LXXXIX
La confiance de plaire est souvent le moyen de plaire infailliblement.
XG*
La confiance que l'on a en soy fait naître la plus grande partie de celle que l'on a aux autres.
(49 R.) 1. Voir cependant la maxime xlix de l'édition de 1678.
LA ROCHEF. — I J4
XGI
Ce qui nous empesche souvent de bien juger des sentences qui prouvent la fausseté des vertus , c'est que nous croyons trop aisément qu'elles sont véritables en nous.
(Inédite.) XGII
La dévotion qu'on donne aux princes est un second amour-propre.
(Inédite.)
La fin du bien est un mal, et la fin du mal est un bien.
(Inédite.)
Les biens et les maux sont plus grands dans notre imagination qu'ils ne le sont en effets et on n'est jamais si heureux ni si malheureux quo l'on pense.
(49 et 339.)
Ceux qui se sentent du mérite se piquent toujours d'être malheureux, pour persuader aux autres et à eux-mêmes qu'ils sont de véritables héros, puisque la mauvaise fortune ne s'opiniâtre jamais à poursuivre que les personnes qui ont des qualités extraordinaires.
MAXIMES. an
XGVI
Rien ne doit tant diminuer la satisfaction que nous avons de nous-mesmes que de voir que nous avons esté dans des estats et dans des sentiments que nous désapprouvons à cette heure.
XGVII
Quelque disproportion qu'il y ait entre les fortunes, il y a pourtant toujours une certaine proportion de biens et de maux qui les rend égales.
xcvni
Quelques grands avantages que la nature donne, ce n'est pas elle, mais la fortune qui fait les héros.
Le mépris des richesses étoit, dans les philosophes, un désir caché de venger leur mérite de l'injustice de la fortune, par le mépris des mêmes biens dont elle les privoit ; c'étoit un secret qu'ils avoient trouvé pour se garantir de l'avilissement de la pauvreté ; c'étoit enfin un chemin détourné pour aller à la considération que les richesses donnent.
Les philosophes ne condamnent les richesses que par le mauvais usage que nous en faisons. Il dépend de nous de les acquérir et de nous en servir sans crime ; et au lieu qu'elles nourrissent et accroissent les crimes comme le bois entretient le feu ; nous pouvons les consacrer à toutes les vertus, et les rendre même par là, plus agréables et plus éclatantes.
(Inédite.)
Comme la plus heureuse personne du monde est celle à qui peu de chose suffit, les grands et les ambitieux sont en ce point les plus misérables, puisqu'il leur faut l'assemblage d'une infinité de biens pour les rendre heureux.
(Inédite.)
La haine qu'on a pour les favoris n'est autre chose que l'amour de ces faveurs. C'est aussi la rage de n'avoir pas la faveur qui console et adoucit par le mépris des favoris ; c'est aussi une secrète envie de la détruire qui fait que nous leur ôtons nos propres hommages, ne pouvant que leur ôter ce qui leur attire celles de tout le monde.
CIP
Une preuve convaincante que l'homme n'a pas été
créé comme il est, c'est que plus il devient raisonnable et plus il rougit en luy-mesmede l'extravagance, de la bassesse et de la corruption de ses sentiments et de ses inclinations.
(Inédite.)
Ce qui fait tant disputer contre les maximes qui découvrent le cœur de l'homme, c'est que l'on craint d'y estre découvert.
(Inédite.)
GIV
Pour s'establir dans le monde, on fait tout ce qu'on peut pour y paroître estably.
GV
Quoique la vanité des ministres se flatte de la grandeur de leurs actions, elle suit bien souvent les effets du hasard ou de quelque petit dessein.
GVI
11 semble que plusieurs de nos actions aient des étoiles heureuses et malheureuses, aussi bien que nous, d'où dépend une grande partie de la louange ou du blâme qu'on leur donne.
On pourroit dire qu'il n'y a point d'heureux ni de
malheureux accidents, parce que les habiles genâ savent profiter des mauvais et que les imprudents tournent bien souvent à leur préjudice les plus avantafiçeux.
La sincérité, c'est une naturelle ouverture du cœur. On la trouve en fort peu de gens ; et celle qui se pratique d'ordinaire, n'est qu'une fine dissimulation pour arriver à la confiance des autres.
GIX
Le vrai ne fait pas tant de mal dans le monde que le vraisemblable y fait de mal.
GX*
On élève la prudence jusqu'au ciel, et il n'est sorte d'éloges qu'on ne lui donne; elle est la règle de nos actions et de notre conduite, elle est la maîtresse de la fortune, elle fait le destin des empires ; sans elle, on a tous les maux, avec elle on a tous les biens, et comme disoit autrefois un poëte : « quand nous avons la prudence, il ne nous manque aucune divinité, » pour dire que nous trouvons dans la prudence tout le secours que nous demandons aux dieux. Cependant la prudence la plus consommée ne sauroit nous assurer du plus petit effet du monde, parce que, travaillant sur une matière aussi changeante et
inconnue qu'est l'homme, elle ne peut exécuter sûrement aucun de ses projets. Dieu seul qui tient tous les cœurs des hommes entre ses mains et qui, quand il veut en accorde les mouvements, fait aussi réussir les choses qui en dépendent; d'où il faut conclure que toutes les louanges dont notre ignorance et notre vanité flattent notre prudence, sont autant d'injures que nous faisons à la Providence.
Un habile homme doit savoir régler le rang de ses intérêts, et les conduire chacun dans son ordre. Notre avidité le trouble souvent en nous faisant courir à tant de choses à la fois, de là vient que pour désirer trop les moins importantes nous ne la faisons pas servir pour obtenir les plus considérables.
(66.) GXII
Il est malaisé de définir l'amour, et tout ce qu'on en peut dire, c'est que dans l'âme c'est une passion de régner, dans les esprits, c'est une sympathie ; et dans le corps que ce n'est qu'une envie cachée et délicate de jouir de ce que l'on aime après beaucoup de mystères.
1. Cette rédaction est vraiment inédite, car, dans l'édition de 1678, cette maxime est resserrée en trois lignes.
CXIIl '^
Il n'y a point d'amour pur et exempt de mélange des autres passions, que celle qui est cachée au fond du cœur, et que nous ignorons nous-mêmes.
Il n'y a point de déguisement qui puisse longtemps cacher l'amour où il est, ni le feindre où il n'est pas.
Si on juge de l'amour par la plupart de ses effets, il ressemble plus à la haine qu'à l'amitié.
Il ^y a beaucoup de femmes qui ont jamais fait de galanterie, mais je ne say s'il y en a qui n'en ayent jamais fait qu'une.