‹ Œuvres inéditesChapitre 58 sur 81 · CUV · texte numérisé non relu

CUV

Un homme d'esprit seroit souvent bien embarrassé sans la compagnie des sots.

GLY

On se vante souvent de ne se point ennuyer ; et l'homme est si glorieux qu'il ne veut pas se trouver de mauvaise compagnie.

On ne lotie que pour estre loué..

CLYII

Comme c'est le caractère des grands esprits de faire entendre en peu de paroles beaucoup de cho-

LA BOCHEF. — 1. Ih

ses, les petits esprits, en revanche, ont l'air déparier beaucoup et de ne dire rien.

GLVIII

C'est plutôt par l'estime de nos sentiments que nous exagérons les bonnes qualités des autres que par leur mérite , et nous nous louons en effet lorsqu'il semble que nous leur donnons des louanges.

(143.) CLÏX

On n'aime point à louer, on ne loue personne jamais sans intérêt; la louange est une flatterie habile, cachée et délicate, qui satisfait différemment celuy qui la donne et celuy qui la reçoit. L'un la prend comme la récompense de son mérite, lautre la donne pour faire remarquer son équité et son discernement. Nous choisissons souvent des louanges empoisonnées qui découvrent par contre- coup des défauts en nos amis, que nous n'osons divulguer ; nous élevons mesme la gloire des uns pour abaisser par là celle des autres, et on loueroit moins le duc de Turenne et Monsieur le Prince, si on ne vouloit pas les blâmer tous deux.

Peu de gens sont assez sages pour aimer mieux le blâme qui leur est utile à la louange qui les trahit.

La modestie qui semble refuser les louanges n'est en effet qu'un désir d'en avoir de plus délicates.

La nature fait le mérite et la fortune le met en ceuvre.

11 y a des gens dont le mérite consiste à dire et à faire des sottises utilement et qui gasteroient tout s'ils changeoient de conduite.

GLXIV

Ce n'est pas assez d'avoir de grandes qualités : il en faut avoir l'économie.

On se mécompte toujours dans le jugement que l'on fait de nos actions quand elles sont plus grandes que nos desseins.

Il faut une certaine proportion entre les actions et les desseins qui les produisent, sans lesquels les actions ne font jamais tous les effets qu'elles doivent faire.

On admire tout ce qui éblouit, et l'air de bien savoir mettre en œuvre de médiocres qualités dérobe souvent l'estime et donne souvent plus de réputation que le véritable mérite.

Il y a une infinité de conduites qui ont un ridicule apparent et qui dans leurs raisons cachées sont très-sages et très-solides.

Le monde ne cognoissant pas le véritable mérite n'a garde de pouvoir le récompenser, aussy eslève-t-il à ses grandeurs et à ses dignités que des personnes qui ont de belles qualités, et il couronne généralement tout ce qui luit, quoyque tout ce qui luit ne soit pas de l'or.

L'espérance, toute vaine et fourbe qu'elle est d'ordinaire, sert au moins à nous mener à la fin de la vie par un beau chemin agréable.

La honte, la paresse et la timidité conservent

toutes seules le mérite de nous retenir dans notre devoir, pendant que notre vertu en a tout l'honneur.

Il n'y a que Dieu qui sache si un procédé net,

sincère et honnête est plutôt un effet de probité que

d'habileté.

(no.)

Comme il y a de bonnes viandes qui afadissent le cœur, il y a un mérite fade, et des personnes qui desgoutent des qualités bonnes et estimables.

Toutes les vertus des hommes se perdent dans l'intérêt, comme les fleuves se perdent dans la mer.

La constance en amour est une inconstance perpétuelle qui fait que notre cœur s'attache successivement à toutes les qualités de la personne que nous aimons^ donnant tantôt la préférence à l'une, tantôt à l'autre, de sorte que cette constance n'est que nostre inconstance arrêtée et renfermée dans un sujet. La durée de l'amour et ce qu'on appelle ordinairement la constance sont deux sortes de choses bien différentes; la première vient de ce que l'on trouve

sans cesse dans la personne que l'on aime de nouveaux sujets d'amour, comme dans une source inépuisable; la seconde vient de ce que l'on se fait un honneur de tenir sa parole.

La persévérance n'est digne de blâme ni de louange^ parce qu'elle n'est que la durée des goûts et des sentiments qu'on ne s'ôte ni qu'on ne se donne point.

Je ne sais si cette maxime, que chacun produit son semblable, est véritable dans la physique, mais je sais bien qu'elle est fausse dans la morale, et que les passions en engendrent souvent qui leur sont contraires. Ainsi l'avarice produit quelquefois la libéralité, et la libéralité l'avarice : on est souvent ferme de foiblesse, et l'audace naît de la timidité.

(Cil.)

GLXXVIII

Ce qui nous fait aimer les nouvelles cognoissances n'est pas tant la lassitude que l'on a des vieilles, ny le plaisir de changer, que le desgout que nous avons de n'estre pas assez admiré de ceux qui nous cognoissent trop, et l'espérance de l'estre davantage de ceux qui ne nous cognoissent guère.

Notre repentir ne vient point de nos actions, mais du dommage qu'elles nous causent.

GLXXX

Il y a deux sortes d'inconstances, l'une qui vient de la légèreté de l'esprit, qui à tout moment change d'opinion , ou plutôt de la pauvreté de l'esprit qui reçoit toutes les opinions des autres ; l'autre, qui est plus excusable, qui vient du dégoût des choses.

Les vices entrent dans la composition des vertus, comme les poisons entrent dans la composition des plus grands remèdes de la médecine. La prudence les assemble, elle les tempère^ et elle s'en sert utilement contre les maux de la vie.

Nous avouons nos défauts pour réparer le préjudice qu'ils nous font dans l'esprit des autres, par l'impression que nous donnons de la jvUstice des nostres.

CLXXXIII Il y a des héros en mal comme en bien.

On hait souvent les vices; mais on méprise toujours le manque de vertu.

La santé de l'âme n'est pas plus assurée que celle du corps; et quelque éloigné que nous paroissions des passions que nous n'avons pas encore ressenties, il faut croire toutefois qu'on n'est pas moins exposé que l'on est à tomber malade quand on se porte bien.

GLXXXVI

On n'est pas moins exposé aux rechutes des maladies de l'âme que de celles du corps : nous croyons être guéris^ bien que le plus souvent ce ne soit qu'une relâche ou un changement de mal; quand les vices nous quittent, nous voulons croire que c'est nous qui les quittons ; on pourroit presque dire qu'ils nous attendent sur le cours ordinaire de la vie, comme des hôtelleries où il faut nécessairement loger^ et je doute que l'expérience même nous en peut garantir, s'il étoit permis de faire deux fois le même chemin.

(188 et 191.)

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