Voir plus haut, maxime l
sources et qui par conséquent s'écoulent incontinent. On pleure pour avoir la réputation d'être tendre ; on pleure pour être plaint ; on pleure pour être pleuré ; enfin on pleure, de la honte de ne pleurer pas .
CGXXI
Nous ne sommes pas difficiles à consoler des disgrâces de nos amis lorsqu'elles servent à nous faire faire quelque belle action.
CGXXII
Nul ne mérite d'être loué de bonté, s'il n'a pas la force et la hardiesse de pouvoir être méchant. Toute autre bonté n'est en effet, qu'une privation du vice, ou plutôt la timidité du vice et son endormissement.
CGXXIII
Qui considérera superficiellement tous les effets de la bonté qui nous fait sortir hors de nous-mêmes et qui nous immole continuellement à l'avantage de tout le monde, sera tenté de croire que^ lorsqu'elle agi, l'amour-propre s'oublie et s'abandonne luimême, et même qu'il se laisse dépouiller et appauvrir sans s'en apercevoir. En sorte qu'il semble que la bonté soit la niaiserie et l'innocence de l'amourpropre ; cependant la bonté est le plus prompt de •tous les moyens dont se sert l'amour-propre pour
arriver à ses fins ; c'est un chemin dérobé par où il "revient à lui-même plus riche et plus
CGXXIV
11 n'est pas si dangereux de faire du mal à la plupart des hommes que de leur faire trop de bien.
GGXV
Rien ne nous plaît tant que la confiance des grands et des personnes considérables par leurs emplois, par leur esprit, ou par leur mérite; elle nous fait sentir un plaisir exquis, et élève merveilleusement notre orgueil, parce que nous la regardons comme un effet de notre fidélité ; cependant nous serons remplis de confusion, si nous considérons limperfection et la bassesse de sa naissance : car elle vient de la vanité, de l'envie de parler, et de l'impuissance de retenir les secrets, de sorte qu'on peut dire que la confiance est comme un relâchement de l'âme causé par le nombre et par le poids des choses dont elle est pleine.
CGXXVl
On ne sait si on peut dire de Tagrément séparé de la beauté;, que c'est une symétrie dont on ne sait pas les règles^ et un rapport secret de traits ensemble et des traits avec les couleurs et l'air de la personne.
CGXXVII
La coquetterie est le fond de rhumeur de toutes les femmes, mais toutes en ont l'exercice, parce que la coquetterie de quelques-unes est arrêtée et renfermée par leur tempérament et par leur raison.
CGXXVIII
On incommode toujours les autres, quand on est persuadé de ne les pouvoir jamais incommoder.
CGXXIX
La souveraine habileté consiste cà bien connoître le prix des choses.
La véritable éloquence consiste à dire tout ce qu'il faut, et à ne dire que ce qu'il faut.
CGXXXI
Il y a des personnes à qui les défauts siéent bien , et d'autres qui sont disgraciées de leurs bonnes qualités.
GGXXXII
Il est aussi ordinaire de voir changer les goûts,
qu'il est extraordinaire de voir changer les inclinations.
CGXXxiir
On ne blâme le vice et on ne loue la vertu que par intérêt.
(Inédite 1.) CGXXXIV
La générosité est un désir de briller par des actions extraordinaires, c'est un habile et industrieux emploi du désintéressement, de la fermeté en amitié et de la magnanimité pour aller plutôt à un plus grand intérêt.
CGXXXV
La fidélité est une invention rare de la réputation par laquelle un homme, s'érigeant en dépositaire des choses précieuses, se rend lui-même infiniment précieux; de tous les trafics de l'amour-propre, c'est celui où il fait moins d'avances et de plus grands profits; c'est un raffinement de sa politique, car il engage les hommes, par leurs biens, par leur honneur, par leur liberté et par leur vie, qu'ils sont forcés de confier en quelques occasions, à élever l'homme fidèle au-dessus de tout le monde.
1. Voir maximes clxxxiii et ccliii, édit. de la bibliothèque elzévirienne.
CGXXXVI
La magnanimité méprise tout pour avoir tout.
CGXXXVIl
Il est aussi ordinaire de voir changer les goûts que de voir changer les inclinations.
CGXXXYIII
L'intérêt donne toutes sortes de vertus et de vices.
L'humilité n'est souvent qu'une feinte soumission que nous employons pour soumettre effectivement tout le monde; c'est un mouvement de l'orgueil par lequel il s'abaisse devant les hommes pour s'élever sur eux. C'est ce qui fait les bons ou les mauvais comédiens, et c'est ce qui fait aussi que les personnes plaisent ou déplaisent. C'est son plug grand déguisement et son premier stratagème. C'est comme il est sans doute que le Prothée des fables n'a jamais été; il en est un véritable dans la nature, car il prend toutes les formes comme il lui plaît. Mais quoiqu'il soit merveilleux et agréable à voir sous toutes ses figures et dans toutes ses industries, il faut pourtant avouer qu'il n'est jamais si rare ni si
plaisant que lorsqu'on le voit sous la forme et sous riiabit de l'humilité. Car alors on le voit les yeux baissés; sa contenance est modeste et reposée; sa parole douce et respectueuse, pleine de Festime des autres et de dédain pour lui-même. Il est indigné de tous les honneurs; il est incapable d'aucun emploi. Il ne reçoit les charges auxquelles on l'élève que comme un effet de la bonté des hommes et de la faveur aveugle de la fortune.
Les peines et les sentiments ont chacun un ton de voix, une action et un air de visage qui leur sont propres; c'est ce qui fait les bons ou les mauvais comédiens, et c'est ce qui fait aussi que les personnes plaisent ou déplaisent.
GGXLI
Dans toutes les professions et dans tous les arts, chacun se fait une mine et un extérieur qu'il met en la place de la chose dont il veut avoir le mérite, de sorte que tout le monde n'est composé que de mines, et c'est inutilement que nous travaillons à y trouver les choses.
GGXLII
La civilité est urne envie d'en recevoir; c'est aussi un désir d'être estimé poli.
GCXLIII
La pitié est souvent un sentiment de nos propres maux dans les sujets étrangers. C'est une habile prévoyance des malheurs où nous pouvons tomber qui nous fait donner des secours aux autres pour les engager à nous les rendre en de semblables occa-» sions ; de sorte que les services que nous rendons à ceux qui sont accueillis de quelques infortunes sont, à proprement parler, des biens que nous nous faisons anticipés.
CGXLIV
On ne croit pas aisément ce qui est au delà de ce que nous voyons.
Il n'y a point de libéralité, et ce n'est que la vanité de donner que nous aimons mieux que ce que nous donnons.
La petitesse d'esprit fait l'opiniâtreté.
CCXLYII
On s'est trompé quand on a cru, après tant de grands exemples, que l'ambition et l'amour triomphent toujours des autres passions. C'est la paresse^
toute languissante qu'elle est, qui en est le plus souvent la maîtresse ; elle usurpe insensiblement sur tous les desseins et sur toutes les actions de la vie ; enfin elle émousse et éteint toutes les passions et toutes les vertus.