‹ Œuvres inéditesChapitre 75 sur 81 · Ce mol de la main du duc, au lieu de défiances · texte numérisé non relu

Ce mol de la main du duc, au lieu de défiances

sans protection. Peu de temps après, cette princesse a formé le dessein de quitter le roy son mary. Elle l'a fait arrester dans Lisbonne, et les mesmes troupes qui un jour auparavant le gardoient comme leur roy. Font gardéle lendemain comme prisonnier. Il a esté confiné dans une isle de ses propres Estats, et on luy a laissé la vie et le titre de roy. Le prince de Portugal, son frère, a épousé la reyne, et elle a revestu ce prince, son mary, de toute l'autorité du gouvernement, sans luy donner le nom de roy. Elle jouit tranquillement du succès d'une entreprise si extraordinaire, en paix avec les Espagnols et sans guerre civile dans le royaume ^

Un vendeur d'herbes nommé Mazaniel fit soulever le menu peuple de Naples, et malgré la puissance des Espagnols, il usurpa Tautorité royale. Il disposa souverainement de la vie, de la liberté et du bien de tout ce qui luy fut suspect. Il se rendit maistre des douanes ; il dépouilla les partisans de tout leur argent et de leurs meubles, et fit brûler publiquement toutes ces richesses immenses dans le milieu de la ville, sans qu'un seul de cette foule confuse de révoltés voulût profiter d'un bien qu'on croyoit mal acquis. Ce prodige ne dura que quinze jours et finit par un autre prodige. Ce mesme Mazaniel qui achevoit de si grandes choses avec tant de bonheur, de

1. Alfonse VI, né en 16^3, doué de facultés médiocres et de goûts déplorables, dut abdiquer en 1657 et fut relégué auxAçores. Son mariage fut cassé par le pape.

gloire et de conduite, perdit l'esprit et mourut phrénétique en vingt quatre heures \

La reyne de Suède, en paix dans son Estât et avec ses voisins, aimée de ses sujets, respectée des étrangers, jeune et sans dévotion, a quitté soîi royaume^ volontairement et s'est réduite à une vie privée.

Le roy de Pologne, de la mesme maison que la reyne de Suède, s'est démis aussi de la royauté par la seule lassitude d'estre roy^

Un lieutenant d'infanterie sans nom et sans crédit, a commencé à l'âge de quarante-cinq ans de se faire connoistre dans les désordres d'Angleterre. Il a dépossédé son roy légitime, bon, juste, doux, vaillant et libéral. 11 luy a fait trancher la teste par un arrest de son parlement. 11 a changé la royauté en République. Il a esté dix ans maistre de l'Angleterre, plus craint de ses voisins et plus absolu dans son

1. 16^7. Il fut empoisonné, dit-on, dans un festin par le duc d'Arcos.

2. Ces deux mots de la main du duc, au lieu de : ses estais. — M. delà Rochefoucauld se trompe, la reine Christine abdiqua en 1654, à cause du mécontentement universel, dû au désordre qui envahit toutes les branches du gouvernement , quand elle s'entoura de nombreux favoris : elle prévint à temps une révolte à laquelle elle n'aurait pu résister.

3. Jean Casimir, fils de Sigismond III, roi de Pologne et neveu de Charles IX, roi de Suède, monta sur le trône en 1648 et abdiqua pour entrer dans les ordres, après la mort de sa femme en 1667. Il mourut en 1672, abbé de Saint-Martin de Nevers.

pays que tous les roys qui y ont régné. Il est mort paisible et en pleine possession de toute la puissance du royaume.

Les Holandois ont secoué le joug de la domination d'Espagne. Ils ont formé une puissante république et ils ont soutenu cent ans la guerre contre leur roy légitime pour conserver leur liberté. Ils doivent tant de grandes choses à la conduite et à la valeur du prince d'Orange, dont ils ont néantmoins toujours redouté l'ambition et limité le pouvoir. Présentement cette république si jalouse de sa puissance, accorde au prince d'Orange d'aujourd'hui, malgré son peu d'expérience et ses malheureux succès dans la guerre, ce qu'elle a refusé à ses pères. Elle ne se contente pas de relever sa fortune abattue, elle le met en estât de se faire souverain de Hollande, et elle a souffert qu'il ayt fait déchirer par ce peuple un homme qui seul maintenoit la liberté publique.

Cette puissance d'Espagne, si estendue et si formidable à tous les roys du monde, trouve aujourd'hui son principal appuy dans ses sujets rebelles et se soutient par la protection des Holandois.

Un empereur jeune, foible, simple, gouverné par des ministres incapables, et pendant le plus grand abaissement de la maison d'Autriche, se trouve en un moment, chef de tous les princes d'Allemagne,

qui, craignent son autorité et méprisent sa personne, et il est plus absolu que jamais n'a esté Charles-Quint \

Le roy d'Angleterre^, foible^ paresseux et plongé dans les plaisirs, oubliant les intérests de son royaume et les exemples domestiques, s'est opposé avec fermeté depuis six ans à la fureur de ses peuples et à la haine de son parlement, pour conserver une liaison étroite avec le roy de France. Au lieu d'arrester les conquestes de ce prince dans les Païs- Bas, il y a mesme contribué, en luy fournissant des troupes. Cet attachement l'a empesché d'estre maistre absolu de l'Angleterre et d'en étendre les frontières en Flandres et en Holande par des places et par des ports qu'il a toujours refusés. Mais dans le temps qu'il reçoit des sommes considérables du roy, et qu'il a le plus besoin d'en estre soutenu contre ses propres sujets, il renonce sans prétexte à tant d'engagements, et il se déclare contre la France^, précisément quand il luy est utile et honneste d'y estre attaché. Par une mauvaise politique précipitée, il perd en un moment le seul avantage qu'il pouvoit retirer d'une mauvaise politique de six années. En ayant pu donner la paix comme médiateur, il est réduit à la demander comme suppliant quand le roi l'accorde à l'Espagne^ à l'Alemaigne et à la Holande.

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