‹ Œuvres inéditesChapitre 76 sur 81 · Charles II, mort en · texte numérisé non relu

Charles II, mort en

Les propositions qui avoient esté faites au roy d'Angleterre de marier sa nièce, la princesse d'Yorc, au prince d'Orange, ne luy estoient point agréables*. Le duc d'Yorc en paroissoit aussi éloigné que le roy son frère; et le prince d'Orange mesme rebuté par les difficultés de ce dessein, ne pensoit plus à le faire réussir. Le roy d'Angleterre estroitement lié au roy de France, consentoit à ses conquestes, lorsque les intérests du grand trésorier d'Angleterre et la crainte d'estre attaqué par le parlement, luy eut fait chercher sa sécurité particulière en disposant le roy son maistre à s'unir au prince d'Orange par le mariage de la princesse d'Yorc^ et à faire déclarer l'Angleterre contre la France pour la protection des Païs-Bas. Ce changement du roy d'Angleterre a esté si prompt et si secret, que le duc d'Yorc Fignoroit encore deux jours devant le mariage de sa fille. Et personne ne se pouvoit persuader que le roy d'Angleterre qui avoit hasardé dix ans sa vie et sa couronne pour demeurer attaché à la Finance, pût en un moment renoncer à tout ce qu'il en espéroit pour suivre le sentiment de son ministre. Le prince d'Orange qui de son côté avoit tant d'intérest de se faire un chemin pour estre un jour roy d'Angleterre, négligeoit ce mariage qui le rendoit héritier présomptif du royaume. Il bornoit ses desseins à affermir son autorité en Holande,

1. Guillaume de Nassau, prince d'Orange , épousa la fille du duc d'York, roi d'Angleterre en 1685, sous le nom de Jacques II ; en 1688, il détrôna son beau-père.

malgré les mauvais succès de ses dernières campagnes. Et il s'appliquoit à se rendre aussy absolu dans les autres provinces de cet Estât qu'il le croyoit estre dans laZélande. Mais il s'aperçeut bientôt qu'il devoit prendre d'autres mesures. Et une aventure ridicule luy fit mieux comprendre Testât où il estoit dans son païs, qu'il ne le voyoit par ses propres lumières. Un crieur public vendoit des meubles à un encan où beaucoup de monde s'assembla : il mit en vente un atlas, et voyant que personne ne l'encliérissoit, il dit au peuple que ce livre estoit néantmoins plus rare qu'on ne pensoit et que les cartes en estoient si exactes^ que la rivière dont M. le prince d'Orange n'avoit eu aucune connoissance lorsqu'il perdit la bataille de Cassai, y estoit fidèlement marquée. Cette raillerie qui fut reçue avec un applaudissement universel, a esté un des plus puissants motifs qui ont obligé le prince d'Orange à rechercher l'alliance de l'Angleterre pour contenir la Holande et pour joindre tant de puissances contre nous. 11 semble néantmoins que ceux qui ont désiré ce mariage et qui y ont esté contraints, n'ont pas connu leurs intérêts. Le grand trésorier d'Angleterre a voulu adoucir le parlement et se garantir d'en estre attaqué, en portant le roy son maistre à donner sa nièce au prince d'Orange et à se déclarer contre la France. Le roy d'Angleterre a cru affermir son autorité dans son royaume par l'apuy du prince d'Orange, et il a prétendu engager ses peuples à luy fournir de l'argent pour ses plaisirs, sous pré-

texte de faire la guerre au roy de France et de le contraindre à recevoir la paix. Le prince d'Orange a eu dessein de soumettre la Holande par la protection d'Angleterre. La France a appréhendé qu'un mariage si contraire à ses intérests n'emportast la balance en joignant l'Angleterre à tous ses ennemis. L'événement a fait voir en six semaines la fausseté de tant de raisonnements. Ce mariage met une défiance éternelle entre l'Angleterre et la Holande^ et toutes deux le regardent comme un dessein d'opprimer leur liberté. Le parlement d'Angleterre attaqua le ministre du roy pour attaquer ensuite sa propre personne. Les Estats de Holande lassés de la guerre et jaloux de leur liberté, se repentent d'avoir mis leur autorité entre les mains d'un jeune homme ambitieux, et héritier présomptif de la couronne d'Angleterre. Le roy de France qui a d'abord regardé ce mariage comme une nouvelle ligue qui se formoit contre lui^ a su s'en servir pour diviser ses ennemis et pour se mettre en estât de prendre la Flandre, s'il n'avoit préféré la gloire de faire la paix à la gloire de faire de nouvelles conquestes.

Et si le siècle présent n'a pas moins produit d'événements extraordinaires que les siècles passés, on comprendra sans doute qu'il a le malheureux avantage de le surpasser dans l'excès des crimes. Si la France mesme qui les a toujours détestés, qui y est opposée par l'honneur de la nation, par la religion et qui est soutenue par les exemples du prince qui

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règne, se trouve néantmoins aujourd'hui le théâtre où Ton voit paroître plus que tout ce que l'histoire et la fable n'en ont dit des crimes de l'antiquité. Les vices sont de tous les temps, les hommes sont nés avec de Tintérest^ de la cruauté et de la débauche. Mais si des personnes que tout le monde connoît, avoient paru dans les premiers siècles^ parleroit-on présentement des prostitutions d'Héliogabale, de la foy des Grecs, et des poisons et des parricides de Médée?

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