AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUR
Les œuvres inédites de Maine de Biran diffèrent beaucoup de la plupart des publications qui portent un titre analogue. On ne trouvera pas ici, comme il serait naturel de le penser, un simple complément formé d'écrits d'une importance secondaire, mais les ouvrages peut-être les plus dignes d'attention d'un écrivain mort pourtant depuis plus de trente années. Le contenu de ces trois volumes, et la comparaison que chacun peut en faire avec les ouvrages déjà publiés du même auteur, fourniront la preuve de cette assertion.
Les circonstances qui ont amené ce résultat étrange, ont été portées à la connaissance du public (1). Il suffira de rappeler ici que depuis les quatre volumes édités par M. Cousin (2), le manuscrit le plus étendu de M. de Biran a été retrouvé avec beaucoup d'autres, et que le Journal intime de ce philosophe a fourni de précieuses lumières
(1) Voir l'histoire des manuscrits inédits de Maine de Biran, en tête du volume^ M. de Bû^an, sa vie et ses pensées, par Ernest Naville; Paris, Cherbuliez, 1857.
(2) Œuvres philosophiques de M. de Biran; Paris, Ladrange,
b OEUVRES DE M. DE BIRAN.
sur l'ordre, la date et le but de tous ses ouvrages.
La publication actuelle, indépendamment de introduction générale qui en forme le préambule, se compose de deux parties assez distinctes. Les deux premiers volumes sont remplis par un ouvrage de psychologie pure qui résume, coordonne et complète tout ce que l'on connaissait naguère de la philosophie de M. de Biran. Le troisième volume ne renferme que des écrits fragmentaires; mais, pour en sentir l'importance, il suffit de savoir que ces fragments contiennent l'étude des questions religieuses, et les premières ébauches d'une philosophie chrétienne.
Quant à l'Introduction, elle a été rédigée après une longue étude, non-seulement de tous les écrits du philosophe dont elle retrace les travaux, mais des documents de toute nature qui pouvaient être un secours pour le rédacteur. Entre ces documents, il en est un qui mérite une mention particulière : la belle étude publiée par M. Cousin en 1834 ( I).
Plusieurs des écrits de M. de Biran demeurent encore inédits (2) ; dans le nombre, il en est qui sont
(1) Celle pièce figure sous le titre de Préface de rÉditeiir, en tête du qualrième volume des Œuvres philosopliiques de M. de Biran, Ce volume avait primitivement été publié seul en 183Z|.
(2) Voir le catalogue raisonné, à la fin du troisième volume de cette édition»
AVANT-PROPOS DE L'ÉDITEUB. e
dignes de voir le jour, mais ils n'auront tout leur intérêt, et ne trouveront par conséquent leur place la plus avantageuse que dans les œuvres complètes de ce philosophe. Le travail nécessaire à la publication de ces œuvres complètes est aujourd'hui à peu de chose près terminé. Le moment viendra, sans doute, où il sera possible d'élever ce monument public à la mémoire d'un penseur d'élite. Des droits acquis, ou, dans tous les cas, des motifs de convenance et d'équité, ne permettaient pas de le faire dans les circonstances actuelles. Du reste, si le lecteur n'a pas sous les yeux toutes les rédactions de M. de Biran, il possède désormais dans les écrits édités par M. Cousin, dans le texte des présents volumes, et dans l'Introduction qui en complète les données d'après les manuscrits, toute la pensée de ce philosophe ; il peut donc se former sur ses doctrines un jugement dont aucune publication subséquente ne viendra modifier les bases.
Je ne redirais pas combien il a fallu de travail pour déchiffrer, coordonner, classer des masses énormes de manuscrits en désordre et souvent indistincts, si je ne désirais saisir l'occasion d'exprimer ici mes remercîments à toutes les personnes qui m'ont prêté leur concours dans l'accomplissement de cette longue tâche. Il en est deux surtout auxquelles je
d CEUVRES DE M. DE BIRAN.
dois une reconnaissance spéciale. M. J.-J. Rapet n*a pas cessé, depuis dix ans, de mettre à mon service toutes les ressources de son active obligeance. M. Debrit, à une époque où les forces me faisaient défaut , a pris sa part d'une œuvre qui sans lui serait vraisemblablement in'achevée encore. Les deux avant-propos signés de son nom abordent des points de doctrine de quelque importance, qui ne rentraient pas dans le cadre de l'introduction générale. La rédaction de ces avant-propos ne représente, du reste, qu'une partie du travail consacré par M. Debrit, non-seulement à la publication actuelle, mais aux ouvrages qui restent encore inédits.
L'usage des dédicaces est passé ; s'il en était autrement, la première page de ce livre ne pourrait qu'être consacrée à la mémoire de mon père, dont le zèle désintéressé et les efforts persévérants ont préservé les manuscrits de M. de Biran de la destruction, et conservé aux amis de la science des œuvres importantes en elles-mêmes, et indispensables à l'histoire complète du mouvement de la philosophie contemporaine.
Genève, le U octobre 1858.