SA VIE ET SES ŒUVRES XXII
le distinguer de ses contemporains. Le lieu commun était le sujet sur lequel s'exerçaient le plus volontiers les poètes. L'absence, l'indifférence, l'ingratitude, le portrait de l'objet aimé, servaient de prétexte aux déclamaiions les plus passionnées. Même en ne cherchant pas à se soustraire à cette tyrannie de la mode, Motin trouvait le m.oyen de tirer de ces banalités quelque idée ingénieuse : sa lecture, difficile parfois, comme je l'ai déjà dit^ demande une attention sérieuse; mais bientôt on est récompensé de ce labeur par la découverte de délicatesses inattendues.
Motin appartenait à cette école indépendante, dont Régnier a été le type le plus glorieux, qui s'était dégagée de la manière de Ronsard, mais qui ne voulait pas s'assujettir aux lois tyranniques de Malherbe, le brutal pédagogue du Parnasse. Celuici, qui n'a pas malmené Motin comme il a fait de tant d'autres de ses contemporains, en parlait volontiers comme d'un de ses meilleurs disciples '.
Régnier disait de son ami « qu'il était bon poète sans être fou et qu'il n'était pas de ces poètes sauvages qui offusquent la nature et l'art de la vériritable poésie par leurs expressions ampoulées ».
L'Académie française voulait, dans son premier
I. singulière prétention delà part d'un poète dont la plupart des productions sont de beaucoup postérieures à celles de Motin.