LORSQUE LE VOISIN DE MARIE MOURUT DE PESTE
Grand Apollon, par tes traictz, par ta lyre, Par tes rayons qui nous donnent le jour, Par le rameau qui serre tout autour Tes beaux cheveulx, ton amoureux martyre,
Viens, je te prie, 0 Phœbus, et retire Bien loing la peste, oste-la d'alentour De ma maistresse : en la sauvant. Amour Te sçaura gré de sauver son empire.
De ton nepveu garde le paradis :
Tu le feras, car, Apollon, jadis.
Tu sceus que c'est de l'amoureuse flame!
C'est donc assez; Marie, ostez la peur
De cette peste et qu'eussiez dans le cœur
Tous les tourments qu'Amour sème en mon ame!
14 SONNKTS
Je n'ayme point à voir cette idole admirée De ces veaulx qui font cas de son visage peint, Qui d'une bouche estroicte et d'un parler contrainct, Mignardant tous ses motz, contrefaict la sucrée;
Mais j'ayme la beauté d'une fille bien née Qui à jamais ses mœurs et ses propoz ne feint, Qui ne sçait point changer à toute heure de teint, Aussy belle au matin comme à l'apres-dînée.
Pour mouiller vos cheveulx, hausser vostre tetin. Il ne faut désormais vous lever plus matin: Car en vostre beauté vous êtes trop deceiie.
Votre miroiier vous ment et vous mentent tous ceulx Quidisent : aJe vousayme!» On peint Amour sans yeulx ; Et j'ay, pour vous aimer, une trop bonne veiie.
Lorsque, fâché, ta cruaulté j'accuse, Et que je viens hardy te demander Cela de quoy tu ne me veulx ayder, Et si ne veulx permettre que j'en use,
Tu me respons d'une subtille ruze :
« // fault, Motin, encore retarder !
Prenez ma foy que je vous veulx garder. Je vous la donne! » 0 la gentille excuse!
Tous jour s, tous jour s tu me pr esches ta foy;
Et, sans tirer aultre chose de toy.
Tu veulx sans plus que ta foy je retienne.
Que sert la foy sans aultre plus grand bien ? Père Bernard prêchant à Saint-Esîienne Dit que la foy sans les œuvres n'est rien.