‹ Œuvres inéditesChapitre 41 sur 63 · A JEANNE · texte numérisé non relu

A JEANNE

Belle au rebelle cœur, au courage endurcy, Aux attraits enchanteurs, à l'œillade sorcière, Voulez-vous que je vive, ô ma belle geôlière, Tousjours en ce tourment languissant et transy ?

Voulez-vous demeurer sans pitié ni mercy. En beauté la première, en douceur la dernière, Aussy fiere que belle, aussy belle que jiere? Je le diray partout qu'on vous appelle ainsy.

Mon Dieu ! le bel honneur que d'avoir peu surprendre Un homme qui s'alloit luy-mesme faire prendre ! Je voudrois que l'on fist une pareille loy.

Qu'on vous traitât ainsy que vous traitez un aultre. Vous raviriez mon cœur, on raviroit le vostre. Dieux! je le vouldrois bien, pourveu que ce fustmoy.

Comment, ô belle Croix, sitost que je vous laisse, Vous laissez tout soudain de moy le souvenir ! Cependant j'aperçois vos beautés revenir Tousjours devant mes yeux et revenir sans cesse.

Avez-vous oublié votre parole expresse!' Si pour l'amour de moy ne la voulez tenir. Pour l'amour de vous-mesme il la fault maintenir, De peur d'avoir le bruit de manquer de promesse.

Car vous m'avez promis, mais vous m'avez juré De m'envoyer bienîost ce livre censuré.

Quoi! pensez-vous pécher de me le faire lire?

Non, non, ma belle Croix, ne craignez pas cela : J'ai bien fait des péchez plus grands que celuy-là, Dont vous estiez la cause, et je ne l'oze dire.

0 Croix, qui de la croix ton beau surnom retire, De la croix qui n'est rien que suplice et tourment, Ton nom, comme ton cœur, ne propose en f aimant Que martire et rigueur, que rigueur et martire.

J'adore cependant ton bel œil qui me tire Mille traitz qui me vont les veines allumant : Je suis traistre à moy mesme, allant hastivement Au danger assuré où ce bel œil m'attire.

Je faux, 0 belle Croix : vostre œil et vostre nom Courtois, doux et piteux, ne promettent sinon Qu'une heureuse faveur à mon mal salutaire.

Car, si la croix jadis empescha de périr

Nos esprits demy-morts, vouldriez-vous, téméraire.

Trahir vostre beau nom et nous faire mourir ?

Les soldatz sont trompeurs : ceux qui suivent la guerre N'ont jamais dans le cœur ni foy ni loyaulté : Leur esprit est remply de toute vanité; Plus que leur corps pesant, le fer mesme l'enferré.

Un se vante desja qu'il vous a mise à terre, Souillant le sainct honneur de vostre chasteté : N'usez plus envers luy d'aulcune privauté ; Sa langue contre vous mille injures desserre.

L'amour de ces guerriers est tousjours indiscret : Mars n'eust esté surpris s'il eust esté discret. Et n'eust faict de Venus l'infamie éternelle.

Si vostre cœur est tant aux amours adonné. Choisissez un amant et secret et fidelle. Car un péché secret est demy pardonné.

Que vous estes heureux, si vous pouvez connoisîre, 0 mes vers, mes mignons, ce plaisir souverain! Ma dame vous reçoit d'un œil doux et serain ; Vous estes caressez, et je ne le puis estre.

Mon esprit vous conçoit, ma plume vous faict naistre; Puis vous cherchez Madame et luy touchez la main; Vous faictes plus cncor, vous lui baisez le sein. Je n'ay pas ce crédit, moy qui suis vostre maistre.

Si Madame à la fin se fasche contre vous

{Bien souvent une fille est subjecte à courroux).

Et qu'elle veuille un jour vous jetter dans la flamme.

Vous prendrez patience encontre sa rigueur.

Vous ne valiez pas mieux que mon ame et mon cœur :

Elle me brusle bien et mon cœur et mon ame.

Je veulx, mon cœur, maulgré ce populaire Lourd, ignorant, terrestre, vitieux, Faire un serment, et le temps envieux, Qui defaict tout, ne le pourra défaire.

Si désormais un aultre feu m'esclaire Que le beau feu qui sort de vos beaux yeux, Puissé-je, haï des hommes et des Dieux, Estre à jamais un parjure exemplaire !

Si je le pers, si je faulx de nourrir Ce feu sacré, qu'on me face mourir Comme on faisoit la vestale coulpable.

Dedans mon cœur je le veulx allumer.

Helas! je suis au phœnix comparable :

J'allume un feu qui me doibt consumer.

Fuyant la tirannie aux humains incroiable Où ce maudit amour me tenait arresté, J'ai cherché, fugitif, le désert fréquenté Des plus fiers animaux au courage imployable.

Dans ce lieu solitaire un penser pitoyable Me sert comme une manne en ma nécessité. De ce penser tout seul je suis alimenté Parmy la triste horreur du désert effroyable.

Mon espoir me conduit, c'est mon fidelle appuy ; Quelquesfois je murmure à l'encontre de luy, Puis de mille désirs j'espreuve la picqeure,

Serpentz dont le venin ne se pourroit guérir Sans une belle Croix que regarde à toute heure, Et ceste belle Croix m'empesche de mourir.

BRIDARD SUR LES AMOURS DU SIEUR DE LA ROCHE ET DE DAMOISELLE LA GOUTTE BERNARD

Ce jeune chevallier, si grand que tu le vois, De cœur si généreux, d'espérance si belle, Quelle métamorphose admirable et nouvelle ! Ce n'estoit qu'une roche, il n'y a pas six mois.

Mais la Goutte a monstre en luy à ceste fois L'effect de la vertu qu'on dict qu'elle ha en elle. Elle apercé la Roche et a faict sortir d'elle Ce brave chevalier si beau et si courtois.

Par sa vertu la Goutte a la Roche amollie, A la Roche animée, a la Roche polie, {Miracle !) et en a faict pour elle un bel amant.

Qui se fait à l'aymer tel maintenant parestre

Qu'on voit bien qu'il n'a plus rien de son premier estre

Que la ferme constance et son nom seulement.

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