PARAPHRASE
DU 129e PSAUME DE DAVID
Du profond de mon cœur, plein d'amcres angoisses, D'angoisseuse amertume et d'un profond esmoy, Affin qu'en ta pitié mes douleurs tu cognoisses, Je crie à toy, Seigneur; Seigneur, escoute moy.
Dispose ton oreille à ma voix lamentable; Si tu veux rechercher des hommes le forfait, Qui pourra soustenir ton ire redoutable, Que bientost, choleré, tu ne l'ayes deffaitf'
En ta seule bonté, désespéré, j'espère.
Te voyant si bénin, si piteux et si bon; L'espoir de ta clémence adoucist ma misère; Ta douceur me contrainct de soustenir ton nom.
Si tu voulois aussy d'un courage imployable Te venger aussi-tost qu'on t'a fait courroucer, On te dirait cruel au lieu de pitoyable. Et mon ame vers toy ne vouldroit s'adresser.
Plus ardemment que ceux qui font la sentinelle Ne désirent le jour affin de reposer, Que l'Eglize de Dieu le prompt secours appelle Et vienne dessus luy son attente poser!
Car son cœur a tousjours la pitié pour hostesse, Des humains paresseux le salut recherchant. Qui son œuvre jamais dépourveu ne délaisse, Plus bénin mille fois que l'homme n'est meschant.
Sus donc, peuple, sus donc; adore sa merveille, Jette sur sa grandeur et ton cœur et ton œil ; Si nostre iniquité ne trouve sa pareille. Son sang, qui nous rachette, est un prix nonpareil.
CANTIQ UE
Levez vos yeux, mortels, malencontreuse race De l'orgueilleux Adam, dont l'insolente audace Fit naistre misérable au monde le péché; Regardez, contemplez, cœurs d'acier et de marbre, Celuy qui, pour chasser le mal que fist un arbre. Tout nud pend aujourd'huy à un arbre attaché.
// est donc prias celuy que l'on ne peut comprendre Celuy qui fist le ciel sur vos testes esîendre S'est aujourd'huy pour vous sur la croix estendu; Ce n'est plus un seigneur, c'est un serf misérable ; Ce n'est plus un grand roy d'un respect honnorablc, C'est un chetif esclave en un gibet pendu.
Il n'a veines sur luy, ny muscles, ny joinctures,
Cartilages, tendons, artères, emboîtures,
Que les aspres tourments ne brisent aujourd'huy.
Entre tant de douleurs encores il respire.
Ah! je le voy, pour vous je le voy qu'il expire.
Voudriez-vous bien, mortels, en faire autant pour luy!'
Je l'entends proférer la dernière parole : Desja hors de son corps la déité s'envole; Je luy voy d'une lance entrouvrir son beau flanc. Parmy tant de douleurs et d'estranges alarmes, Qui de vous, ô mortelz, ne versera des larmes, Puisqu'aujourdliuy pour vous il a versé du sang?
Je le voy, ce me semble : ô bienheureuse Liée, Tousjours vers ton object mon ame soit guidée. Sans qu'un aultre penser désormais luy soit doux!
Je voy ses yeux couverts d'obscurité profonde,
Ses beaux yeux tout voyants qui au soleil du monde
Départent la lumière ainsy qu'il fait à nous.
faperçoy la pitié, la douceur et la grâce Et mille autres beautez escriptes dans sa face, Sa face qui pourroit les tygres esmouvoir : Non, je ne la voy pas; son atteinte mortelle, Sa couronne, son poil espanché dessus elle , Le sang et les crachatz, m'empeschent de la voir.
On ne Veust peu dompter ce grand prince indomptable ; Ni du traistre Judas le baiser détestable, Ni des Juifs envieux l'aguet continuel, N'eussent peu surmonter sa puissance ordinaire ; Mais aux hommes ingrats il fut si débonnaire Qu'il se monstra pour eux à luy-mesme cruel.
Victorieux trophée, extase de mon ame, Purge avec les rayons de ta divine flame De l'amour insensé l'impudique flambeau ; Garde que mon esprit, oublieux de sa gloire , S'amuse à la charogne et perde la mémoire De retourner en l'arche ainsy que le corbeau.
8o STANCES ET ODES
Que le poignant remords de mes faultes passées Et le regret de voir tes grandeurs abaissées Arrachent des sanglots de mon cœur soucieux, Et tirent de mon chef un larmoyant orage De pleurs continuels coulant sur mon visage Qui lavent tous les jours mes péchés et mes yeulx.
Ouvre un peu tes beaux yeux, lumières souveraines, Contemple ton Eglise et regarde ses peines; Regarde son tourment et son mortel ennuy; Et que tant de pervers qui font une entreprise De vendre aux ennemis ton espouse l'Eglise Meurent comme Judas et crèvent comme luy.