CANTIQUE
Si ma jeunesse mesprizée Sert aux meschants de rizée, Cruels ennemys de mon bien ; Si j'espreuve tant de traverses, Si j'ay tant de peines diverses, Seigneur, je le mérite bien.
STANCES ET ODES 8l
Si mes amis, en mon absence, S'arment contre mon innocence, Si la dure captivité De mes parents que l'on oultrage Quelquefois trouble mon courage, Seigneur, je l'ay bien mérité.
Helas! je suis si misérable.
Je sens mon ame si coupable.
Que j'estime que mon malheur Est trop petit pour mon offence; Mais donne-moy la patience, Ainsy que tu fais la douleur.
Si mon corps quelquefois endure.
Si je me plains de la froidure Et du vent qui doibt arriver.
Tu fus bien, pour moy détestable.
Tout nud, dans une pauvre estable.
Durant les rigueurs de l'hyver.
Pressé de la chaleur ardente.
Si l'eau de mon front escoulante Rend de sueur mes yeux tachez, Motin.
D'eau sans plus ma face est mouillée Seigneur, la tienne fut souillée De sang et d'eau pour mes péchez.
Si je me plains de la malice De quelque aniy qui nie trahisse, Dont les infidelles appas, Avecques son langage double, Mon esprit trop crédule trouble.
Tu fus bien traliy par Judas.
Si je me plains des adversaires.
Et de la prison de mes frères.
Et de leur tourment enduré, Je pensse à ta douleur extrême :
Tu fus bien prisonnier toy mesme Ainsy qu'un esclave enferré.
Seigneur, que ma peine est petite!
Je n'ay que ce que je mérite; Tu as bien souffert le trespas, Tant de tourments et tant de peines. Tant de traverses inhumaines, Et tu ne le meritois pas !
Si tu veux punir nos offences, Fais qu'au milieu de tes vengeances, Le tourment ne soit le vainqueur, Et que ma langue trop légère D'une parolle mensongère Ne soit infidelle à mon cœur.
Fais qu'avec ta palme indomptable Le fardeau jamais ne m'accable De tous ces malheurs que je voy, Mais que, mesprisant les misères, Mesprisant les armes contraires, Tousjours je me hausse vers toy.
STANCES
« 0 ciel, des dieux l'hoste et le père. Contemple ma juste colère!
Seray-je la fable et le ris D'un homme cruel et superbe.^ Regarde couller dessus l'herbe Le sang de la belle Cypris.
« Que ma doulleur est viollente !
Je voy ma main toute sanglante ; Mais la fureur qui me poursuit Estouffe mes cris dans ma bouche.
Las! que le mal au vif me touche!
Las! que ma blessure me cuit!
« Je suis de sang toute mouillée, Et ma robbe est toute souillée ; Mes yeux sont tout souillez de pleurs, Mon teint est tout souillé de crasse, Et du sang coullant sur la place Je souille les nouvelles fleurs. »
Ainsy lamentait Cytherée.
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Que ne fenflames-tu, toi qui peux enflamer Les mortels de tes yeux, homicides lumières? C'est ainsy comme font les Thessales sorcières, Qui, charmant un chacun, ne se peuvent charmer.
Si c'est un feu qui sort de ton œil radieux. Comment peux-tu loger, toute pleine de glace, Deux contraires chez toy? Las! chacun a sa place La glace dans le cœur et le feu dans les yeulx.
Mais, si c'estoit un feu comme l'aultre élément. Il ne pourroit durer, dépourveu de pasture. Ha ! je faux : n'a-t-il pas sa propre nourriture. Le cœur de ses captifs qui luy sert d'aliment?
Comme est-ce que le feu dans tes yeux tu retiens Qui rend impatient la nue qui l'enserre? Amour, qui va dardant son amoureux tonnerre, Le conserve affin de conserver les siens.
C'est un beau feu divin qui jamais ne te point. C'est un soleil luisant qui jamais ne t'esclaire, Ressemblant à Phœbns, dont la torche ordinaire Eschauffe tout le monde et ne s'eschauffe point.
Ha! chetij, que le feu qui m'est venu de toy Du tien est différent, qui ne t'est difficile! Je semble au mont Etna, horreur de la Sicille, Je brûle incessamment et ne brûle que moy.