‹ Œuvres inédites. Publiées d'après les manuscrits originauxChapitre 32 sur 84 · LES PRETENDUS PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

LES PRETENDUS PHILOSOPHES

gb ANDRE CHENIER

soit plus grand? Si peu de gens sont en état d'enfanter une idée qui leur appartienne, ou de bien saisir celles des autres, si peu connaissent la vérité, si peu la cherchent, si peu ont des principes à eux. La plupart de ces incrédules ne le sont que par crédulité. Ils sont nés pour croire, pour répéter; leur esprit inactif ne pense point, et croit penser ce qu'on pense autour d'eux. Il est inerte; rien dans lui ne le détermine. Si rien ne le poussait, il resterait immobile. Il ne se meut que du mouvement commun.

Tel homme, il y a deux cents ans, aurait passé sa vie dans les églises, un chapelet à la main, précisément par la même raison qui fait qu'aujourd'hui il plaisante sur la messe avec ses valets. Un peu de lecture ou de conversation lui a appris quelques raisonnements de Bayle, de Voltaire ou de quelqu'un de ces hommes qui nous ont éclairés. Il les répète, il trouve qu'ils ont raison. D'autres lectures, d'autres conversations le pousseraient autrement. Sur la foi de Calvin, il irait brûler Servet. Echauffé par Bucer* ou par Knox^, il tuerait le duc de Guise; prêché par un moine, il poignarderait Coligny. Suivez-le dans les opinions oii il n'a point de guide. Le premier charlatan qui se présente lui dit. . . et il le croit. . . Il lui dit. . . et il le croit. . . Il lui dit. . . et il le croit et il le prouve, et il va partout le criant, le prêchant. Pour moi, je ne vois point qu'il

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