‹ Œuvres inédites. Publiées d'après les manuscrits originauxChapitre 66 sur 84 · AN DUE G H?: NIER · texte numérisé non relu

AN DUE G H?: NIER

J'aime fort qu'on ne soit point esclave de ses habitudes, et qu'en cédant toujours aux circonstances on sache toujours les asservir à soi. J'aime fort, quand je puis avoir mes aises, à les prendre entièrement, à vivre comme un Sybarite ; dans le cas contraire, je n'ai aucune peine à vivre comme un Spartiate, mangeant la sauce noire.

A l'heure (pendant la nuit) oii seul, retiré chez lui, l'honnête jeune homme., se promet de bien vivre... et se rappelle quelque moment d'oubli de soi-même et de la vertu... ses réllexions. Un mot d'une lecture, un mot qu'il a entendu dire lui rappellent un de ses égarements inconnu de tout le monde; la rougeur monte à ses joues, son front se trempe de sueur, il baisse les yeux comme s'il craignait d'être vu; il pleure un instant, il regrette avec amertume que la jeunesse, un moment de folie, une passion violente ou la pauvreté l'aient égaré dans une erreur dont il faut rougir en silence, qu'il faut cacher, et qui n'est point du nombre de celles qu'on avoue pour les faire excuser, et même pour les rendre aimables.

Il arrange ses projets, il les dispose... dans tant f^'og d'années tout cela sera fait... alors dans son lit, se retournant, ne pouvant dormir... il sue\ il s'élance dans l'avenir. . . il voudrait que ces années fussent déjà écoulées où il jouira. . .

O mon père, je profit[erai] de vos leçons... je ihidem. serai... je ferai... Mon fils, la vertu parfaite est dangereuse... son éclat peut lui nuire... pour apaiser l'envie, il faut souvent qu'elle se cache et se déguise presque sous l'apparence des faiblesses humaines, et qu'elle emprunte leurs termes... ainsi le soleil se couvre lui-même... et attire des exhalaisons grasses et fangeuses dé la terre pour en composer un nuage qui le couvre... écoute... (et l'histoire que j'ai en tête...)

Comm. -.

O retraite du cabinet... qui consoles... solitude f<>2o8r

1. Ce mot peut surprendre à cette place, mais M est très nettement écrit.

2. Un autre fragment de Ghénier que nous trouvons au tome II du manuscrit, folio i6o verso, est à rapprocher de celui-ci et peut aider à préciser sa destination : « Le commencement est : O retraite,

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chérie, non pour s'envelopper d'une hauteur colère. . . atrabilaire et vanter son grand amour pour toute la race humaine afin de pouvoir haïr et dénigrer chaque homme en particulier, mais pour, etc.

Ibidem. Damasippc, ce manteau, cette longue barbe annoncent que tu es un grand philosophe, mais quoi! tu es toujours en colère... Tu détestes tout le genre humain... c'est ton système habituel... Tu outrages philosophiquement tous tes amis... Tes soupçons, ton orgueil, ton inquiétude troublent sans cesse leur repos et le tien... et allons! on peut être sage sans tout cela... va, dépouille ton manteau cynique. Fais venir un barbier, aime, ris, mange, bois; grand fou, sois indulgent pour de moins fous que toi.

Le philosophe barbu doit commencer ce dialogue par: Tous les hommes sont comme cela... et toi, poète qui écris... — Dans le cours du dialogue, comme il témoignera sa colère sur les perfidies littéraires qu'il essuie, le poète lui dira : As-tu vu au microscope

ô mon cabinet, ô... toi qui consoles, toi qui..., salut... » Ainsi le sigle Comm. signifierait Commencement et s'appliquerait à un projet d'exorde pour le poème sur La République des Lettres, autre forme des Considérations sur la perfection des lettres. Cf. édition Dimoff, t, I, p. 307.

I. Le sens de ce fragment, transcrit immédiatement à la suite du fragment VI, confirme l'attribution de celui-ci aux ébauches du poème sur la République des lettres et les perfidies littéraires. Le j fragment VIII se rapporte encore à ce même sujet.

les animaux qui sont dans la poussière de fromage, comme il font des efforts, nouveaux Sisyphes, pour pousser ces masses énormes. . . Tels que les Titans. . .

Qui voyage beaucoup voit beaucoup de choses... f" 212 r« j'allai voir un autre groupe de marbre digne de Polyclète ou Scopas. Il était d'un peuple de figures. J'ignorais ce qu'il représentait: on me dit que c'étaient les muses, mais je ne pus le croire. Je vis bien neuf sœurs avec [la] lyre... et tous les attributs que les peintres et [les] poètes donnent aux muses, mais elles avaient un air effronté! Les unes couronnaient d'or et habillaient de pourpre des hommes qui, à pleines mains, leur versaient de l'or, mais dont la figure ignoble, basse, infâme, contrastait ridiculement avec les ornements dont ces sœurs les décoraient. D'autres sœurs repoussaient avec dédain et outrages d'autres hommes couverts de haillons, mais au travers de ces haillons poudreux.

Un calme auguste et fier gravait' sur leur visage Des plus nobles vertus la belle et sainte image.

Les autres sœurs, avec des regards caressants, ap- verso. pelaient, en leur tendant des couronnes de laurier diverses en grandeur, une troupe de gefts qui se consultaient entre eux,

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