‹ Œuvres inédites. Publiées d'après les manuscrits originauxChapitre 80 sur 84 · ANDRÉ C H É M E R · texte numérisé non relu

ANDRÉ C H É M E R

Dis lie j

ne

Je ne sais ce que la rose dit entre ses lèvres, qui attire les pauvres rossignols avecleurs tons plaintifs.

Un jour le jardinier, selon sa coutume ordinaire, fut examiner ses roses; il vit un rossignol plaintif qui frottait sa tête contre les feuilles des roses et qui avec son bec affilé déchirait ce volume embelli d'or.

Disfirjue

Quand le rossignol voit ces roses, il devient hors de lui-même, et abandonne les rênes delà prudence.

Le jardinier, considérant le triste état des feuilles de roses dispersées, arracha avec la main de la confusion le collier de lapatience, et déchira le manteau de son cœur avec les épines perçantes de l'inquiétude. Le jour d'après, il trouva l'action du rossignol répétée, et les flammes de la colère, pour la perte de ses roses.

Hémistiche

Ajoutant une seconde brûlure à la première. Le troisième jour, par les mouvements du bec du rossignol.

Hémistiche

Les roses furent dépouillées, et il ne reste que les épines.

Alors le ressentiment que le rossignol avait excité

ne fut plus contenu dans le sein du jardinier; il tendit un piège trompeur sur son chemin, et l'ayant pris avec l'amorce de la trahison, il le renferma dans la prison d'une cage. Le rossignol découragé, ouvrant son hec comme un perroquet, s'écria: Oh! seigneur pour quelle raison m'emprisonnes-tu? par quel motif as-tu résolu de me rendre misérable? si tu as formé le désir d'entendre mes chants, mon nid est dans ton jardin, où, au matin, tes berceaux fleuris feront mes salons de musique; mais si ce n'est pas ton idée, informe-moi de ce que tu as dans l'esprit. Le jardinier dit: Ne sais-tu pas combien tu as ruiné ma fortune? combien de fois tu m'as rendu misérable par la perte de ma rose favorite? Il est juste que ton action soit punie, que tu sois séparé de tes amis et de ta famille, et que, privé de toute joie et de tout amusement, tu gémisses dans le coin d'une prison ; tandis qu'accablé par la douleur d'être séparé de mes fleurs bien-aimées, je pleurerai dans la cabane du souci.

Disliqae dliafiz

Gémis, ô rossignol I si comme moi lu regrettes la perte de ton ami, car nous sommes deux amants plaintifs et notre occupation est de pleurer.

Le rossignol répondit : Abandonne cette résolution et considère que si je suis emprisonné pour une oITense telle que d'avoir déchiré une rose, quel sera ton châtiment si tu mets en pièces un cœur?

370 ANDRE GHEMER

Vers

Celui qui a formé le firmament sur une exacte mesure, connaît les justes récompenses pour le bien et pour le mal ; quiconque fait le bien, bien lui en viendra; et s'il fait le mal, le mal le suivra.

Ce discours ayant eu son effet sur le cœur du jardinier, il mit le rossignol en liberté. L'oiseau se voyant libre accorda sa voix selon son libre état et dit : Puisque tu m'as rendu ce service suivant la sentence (dans l'Alcoran), est-il quelque salaire pour les bienfaits autre que les bienfaits? Il faut donc que je récompense le tien : Apprends que sous l'arbre où tu es, il y a un coffre rempli d'or; prendsle, et sers-t'en pour suppléer à tes besoins.

Le jardinier ayant cherché dans ce lieu trouva que les paroles du rossignol étaient véritables, il dit : O rossignol! quelle merveille est ceci, que tu puisses voir un cofTre d'or sous terre, et que tu n'aies pu découvrir un piège qui était sur sa surface.»^

Le rossignol dit : Ne sais-tu pas que (sentence arabe) quand le sort tombe, toute précaution est vaine?

Hémistiche

Il est impossible de discuter avec le sort.

Lorsque les décrets du ciel sont accomplis, les yeux de l'entendement demeurent sans clarté, et ni prudence ni sagesse ne sont d'aucun avantagea

1. La matière de ce poème du rossignol et du jardinier est une

Quand le zéphir disperse la douce odeur de ces cheveux musqués, quel ardent désir enflamme le cœur de tes amants !

Ah! tes lèvres riantes de boutons de roses, quel amant rendront-elles heureux? 0 douce branche d'une tendre plante ! pour qui pousses-tu tes rejetons?

Mon oreille est perpétuellement attentive à la mélodie de la flûte et aux douces notes du luth ; mes yeux sont sans cesse fixés sur tes lèvres de rubis et sur la coupe circulante.

Le zéphyr vient féliciter le vieux maître de la maison des festins, de ce que la saison de l'allégresse, de la joie, des plaisirs et du vin s'approche.

Les nuages du printemps paraissent ; les zéphyrs de l'agréable saison soufflent.

Quand les roses se flétrissent et que le bosquet

fable qui figure dans VAnvdr i Suhaili, rédaction persane du célèbre roman de Kalilahet Dimnah (publiée par A. Loiseleur-Deslongchamps, Les Mille et un Jours, contes persans. . . suivis de plusieurs autres recueils de contes traduits des langues orientales, nouv. édit. Paris, i838, p. 448). On a cru trouver dans cette fable l'origine d'un autre conte oriental qui s'est introduit dans notre ancienne littérature sous la forme du Lai de l'Oiselet. D'après les recherches de Benfey {PantscUatantra, l. I, p. agi), la fable copiée par Chénier dans la grammaire de Jones serait probablement de date très récente tandis que le thème du Lai de l'Oiselet s'apparente, par une langue suite d'intermédiaires, au roman grec de Barlaam et Joasaph, œuvre du vi^ ou du vii« siècle. Les deux contes n'offrent d'ailleurs que des ressemblances tout à fait superficielles et sans doute fortuites. Voy. Gaston Paris, Le lai de l'Oiselet, dans Légendes du Moyen Age, p. a4ô et 24^.

27a ANDRE CHENIER

perd ses douces odeurs, on n'entend plus le gazouillement du rossignol.

Fais apporter du vin , et sème des fleurs autour de nous; quelle faveur peux-tu attendre de la fortune? Ainsi parlait la rose ce matin : O rossignol! que distu de cette maxime?

Celui qui plante des épines ne cueillera pas de roses.

La caravane est partie, et tu dors; le désert est autour de toi ; 011 iras-tu ? à qui demanderas-tu ton chemin? que feras-tu? comment pourras-tu exister?

Lorsque le point du jour paraît, sais-tu pourquoi l'oiseau du matin gémit? 11 dit que le miroir du jour montre qu'une nuit entière de ta vie s'est écoulée, tandis que tu es plongé dans l'indolence.

Veux-tu t'affranchir de toute affliction et douleur? écoute une maxime plus estimable que les pierreries les plus précieuses : Ne méprise pas ton ennemi, bien qu'il soit dans la détresse; et ne te confie pas à ton ami, s'il est orgueilleux et malfaisant.

Un jour que j'étais dans le bain, un de mes amis me présenta une pièce d'argile odoriférante (une sorte d'argile onctueuse que les Persans parfument avec de l'essence de roses, et dont ils se servent dans les bains au lieu de savon, remarque le grammairien, — note Chénier — ). Je la pris, et lui dis : Es-tu de musc ou d'ambre gris? Car je suis charmé de ton odeur délicieuse. Elle me répondit : Je n'étais qu'une misérable pièce d'argile, mais ayant été pendant quelque temps en compagnie de la rose, la douce

qualité de ma compagne me fut communiquée; sans cela je n'aurais été qu'un morceau de terre comme je le parais. (Sadi.)

Tel est le caractère de l'inconstante forlune : ni sa douceur ni sa rage ne sont de durée; elle n'exalte qui que ce soit sans finir par l'opprimer; car elle est volage dans ses affections, quoique très violente dans sa haine.

L'heureux Feridoun n'était pas un ange; il n'était pas formé de musc et d'ambre gris. Il acquit une grande réputation de justice et de libéralité : sois juste et libéral, et tu seras un Feridoun.

(Ghénier dit à ce propos : la note du grammairien [sur le mot heureux] est curieuse, et il la transcrit à la suite du texte : Le savant d'Herbelot, dit Jones, a fait une étrange méprise dans la traduction de ces deux lignes (voy. Farrakh), car ne se ressouvenant pas du sens du mot /arroM, heureux en persan, il en fait un nom propre, et nous dit que Farrakh était un homme que les Persans regardaient comme un parfait modèle de justice et de magnanimité.)

Il y avait un aimable et tendre jeune homme, qui était accordé en mariage à une très belle fille. J'ai lu qu'un jour qu'ils cinglaient en pleine mer, ils tombèrent ensemble dans un gouffre. Le marinier ayant entrepris de sauver le jeune homme et tendant la main, celui-ci s'écria en montrant du doigt son

2?^ ANDRÉ CHÉNIEK

amante que les vagues submergeaient : Laisse-moi, et prends la main de mabien-aimée. Ces paroles furent admirées de tous les spectateurs qui l'entendirent en expirant prononcer ces mots : N'apprenez point la leçon d'amour du misérable qui oublie son amante à l'heure du danger.

ODE d'hafiz.

La rose n'est point odorante sans les joues de ma bien-aimée ; le printemps n'a point de douceur sans du vin.

Les bordures des bosquets et les allées du jardin ne sont point agréables sans les chants du rossignol.

Le mouvement des ondoyants cyprès et des vacillantes fleurs ne plaisent point sans une maîtresse dont les lèvres sont semblables aux tulipes.

La présence d'une beauté aux douces lèvres et au teint de rose n'a point de charmes sans les baisers ni les caresses.

Le jardin de roses et le vin sont doux, mais ils n'ont pas de véritables délices sans la compagnie de ma bien-aimée.

Tous les tableaux que la main de l'art peut tracer n'ont rien de frappant sans les couleurs d'une belle fille.

Ta vie, ô Hafiz! n'est qu'une modique pièce d'argent, dont le prix n'est pas assez considérable pour être offerte dans cette fête.

(Note du grammairien : Ce dernier distique fait

allusion à la coutume asiatique de jeter Targent parmi les convives, soit dans les festins de noces, soit dans les autres occasions extraordinaires.)

Si cette aimable et jeune beauté de Schiraz voulait accepter mon cœur, je donnerais les villes de Samarcadeou de Bokhara pour le seing qui est sur sa joue.

Garçon, apporte-moi le reste de ce vin, car tu ne trouveras en paradis ni les agréables bords de Rocnabad, ni les berceaux de roses de Mosella.

Hélas! ces nymphes folâtres, ces aimables trompeuses dont la beauté excite un tumulte dans notre ville, ont enlevé à mon cœur le repos et la patience, semblables aux Turcs qui s'emparent de leur pillage.

Mais notre amour ne peut accroître les charmes de nos favorites ; un visage embelli par la nature at-il besoin de parfums, de couleurs artificielles et d'ornements étrangers .^*

Parle-moi de musique et de vin, et ne cherche point à pénétrer dans les secrets de l'avenir ; car nul, quelque sage qu'il fût, ne les a découverts, et nul ne les découvrira.

Je puis aisément comprendre comment la profonde impression que les beautés de Joseph firent sur Zuleikha, rompit le voile de sa chasteté.

I . Chénier avait déjà transcrit sur un autre feuillet quelques fragments de cette ode .

O mon âme ! écoute et suis les conseils prudents; car les jeunes gens d'un heureux caractère chérissent les avis des vieillards comme leur propre vie.

Tu as dit du mal de moi; cependant je n'en suis point offensé ; puisse le ciel te pardonner ! tu as bien dit : mais des paroles amères siéent-elles à des lèvres semblables aux rubis, et desquelles ne devrait découler que la douceur ?

O Hafiz ! quand tu composes des vers, tu parais former un cordon de perles : viens, chante-les agréablement; car le ciel semble avoir répandu sur ta poésie la clarté et la beauté des Pléiades.

ESTAMPES CATALOGUEES

PAR ANDRÉ CIIÉNIER

Vue des fameux tombeaux des rois d'Israël. f»- loo et loi

Vue générale de Jérusalem prise du mont des Oliviers.

Vue du tombeau dApsalon.

Vue générale de trois tombeaux dans la vallée de Josaphat.

Vue du Saint Sépulchre.

Vue du tombeau de Gode/roi de Bouillon avec le mont Calvaire .

+ Vue du temple de Salomon, tel qu il a été rebâti sur le Sanctus Sanctorum par Homar-Calab, 3'' empereur des Turcs après Mahomet, ^63 ans avant la prise de Jérusalem par Gode/roi de Bouillon.

Vue de la mer Morte où étaient Sodome et Gomorre, du cours du Jourdain et des montagnes dWrabie, etc.

Vue des trois piscines de Salomon, près de Bethléem.

Deux vues de Nazareth.

378 ANDHÉ ClIKNIER

— Vue de Cana en Galilée, costumes singuliers, etc.

Vue du Thabor, du lac de Tibériade et de toute la Galilée, etc.

Vue de la ville de Napelouse, autrefois Sichcm, ville royale d'Israël.

Tombeau près d'un lieu appelé autrefois Scala Tiriorum sur le rivage de la mer.

— 3^ vue du Liban et de la forêt des cèdres, etc. + Vue de la belle vallée ou coule le Kadicha près

du bourg dEden avec 'le haut sommet du Liban. Vue de la ville de Tripoli et du bel aspect du Liban et de ï Anti-Liban.

— Vue de la ville de Seyde, anciennement Sidon, bel aspect de ses campagnes.

Vue des ruines de la ville de Tyr.

Attaque d'Arabes, etc.

Vue du passage de H armée d Alexandre allant faire le siège de Tyr.

Vue des puits de Salomon, près de Tyr, aujourd'hui Gom.

— Vue de plusieurs bas-reliefs sur les rochers à r embouchure du fleuve Lie us, et ses inscriptions, etc.

Vue de l'intérieur du tombeau des rois de Sidon. Vue des belles cascades du fleuve Kadicha dans les gorges du mont Liban .

— Vue du couvent de Collaya, belle vallée du Liban, etc.

— Vue de la célèbre ville d'Antioche, prise du côté du bourg de Daphné.

Vue des restes considérables du palais de Séleucus, prise au nord-est.

Vue générale de la ville dAlep et du désert de Bagdad.

Vue d' Alexandrelte et des montagnes de la Caramanie; mouillages des vaisseaux francs ; costumes, etc.

+ Vue des sources de rOronte dans le Castravan, etc.

+ Vue d'un temple de Phénicie du côté de Biblos, etc.

Vue de Saint- Jean-d' Acre , autrefois Ptolémaïde.

Vue des ruines de Vancienne Porphyrion au pied du mont Carmel.

Vue de Jajfa, autrefois Joppé, avec les rockers de la fable d' Andromède .

Vue générale de Larnaca et du mouillage des vaisseaux francs.

Vue de Famagouste, etc.

+ + Deux dessins des belles campagnes de Paphos et d'Amathonte.

Vue de Cerinos bâtie par Cinire, etc. ; développement des montagnes de lile de Chipre, etc.

Vue deBella-Paes, beaux restes d antiquités, etc.

Page 1