‹ Œuvres inédites (volume 2)Chapitre 1 sur 41 · Oeuvres inédites · texte numérisé non relu

Oeuvres inédites

^ncx»"^ e vous effrayez pas, de grâce, de la Q ^— -V 9 multiplicité de mes lettres. Aujourd'hui j'ai besoin de consolation, tous nos projets de Castellamare sont dérangés: une maudite Anglaise, que nos amis de Naples ont eu le faux scrupule de ne pas faire empoisonner, a loué la campagne pendant notre lente correspondance, cette campagne attenante à celle de M. de La Ferté, cette campagne que nous connaissions et qui nous convenait si fort; j'en ai pleuré et j'en pleurerai longtemps. A présent il faudra en chercher une autre, la trouverons-nous? Les Anglais arrivent comme les sauterelles en

j. CORRESPONDANCE.

Egypte, depuis que la paix est -rétablie en Ausonie. Mais il ne faut pas désespérer, cela devait être ainsi, peut-être sera-ce pour le mieux; nous serons peut-être voisins, qu'importe où, de la bonne Valentine. Ne m'est-il pas déjà arrivé, me croyant sûr d'être heureux, au moins' pour une saison, et avec toutes les chances probables, d'être cruellement détrompé? Non, je ne demande plus rien à l'inexorable Destin, à cette formidable Nécessité qui entraîne tout ce qui existe, qui trompe toutes les espérances, qui déchire les cœurs et qui finit par nous engloutir au milieu de nos illusions mensongères. Je sais bien que ces mots destin, nécessité, ne sont autre chose que des sobriquets que les philosophes ont donnés à la Providence; sans doute c'est elle qui dirige tout; j'en ai une foi bien sincère, aussi je dis chaque jour et à chaque heure du fond de mon cœur avec une amère résignation : que votre volonté soit faite ! Pour mieux commencer cette page que je n'ai fini l'autre, je vous dirai que tout est fini dans les Ktats de Sa Sainteté; les Autrichiens sont maîtres d'Ancône et de tous les points où les insurgés s'étaient follement établis. Ceux d'Ancône avaient forcé le cardinal Benvenuti de signer une capitulation en une quinzaine d'articles par lesquels ils rvaienl les grades militaires dont ils s'étaient eux-infimes. pensions, émoluments, etc., ■.-ports gratis à ceux qui voudraient partir aveu tout ce qu'ils voudraient emporter, puis un dernier article par kquci ils demandaient que le pape Grégoire xvi réformat les abus qui s'étaient

introduits dans le gouvernement pendant les règnes précédents. Le commandant autrichien les a tous fait enfermer dans le Lazaret, ce à quoi ils n'avaient pas songé dans leur belle capitulation; on finira par leur pardonner, afin qu'ils recommencent à la première occasion. On n'a fait de résistance nulle part, excepté à Rimini; là, il paraît que la population entière prenait fait et cause pour les insurgés; une avant-garde autrichienne qui comptait apparemment sur la même facilité qu'on avait trouvée à Bologne a été vivement repoussée ; uh officier tué et deux blessés leur ont prouvé qu'il faut toujours être sur ses gardes à la guerre, même contre les soldats du pape.

Enfin tout est terminé, on a reçu généralement avec plaisir les libérateurs, parce qu'on commençait à être vexé par cette populace insurgée sans ordre et sans discipline. Nous avons été plus de dix jours cernés de toutes parts et sans recevoir de lettres, dans un moment où l'on n'était pas encore sûr de l'arrivée des Autrichiens, en sorte que l'on n'était pas sans inquiétude, par l'impossibilité de partii de Rome, qui était comme une oasis paisible au milieu de ces révolutions. Beaucoup de personnes vont à Naples, on y est fort content du jeune roi. Si quelque brandon français ne vient pas troubler l'Italie, nous resterons fort tranquilles cet été.

J'ai des lettres de Piémont où l'esprit de l'armée est excellent ; les trente et un jours ont désabusé beaucoup de monde. Je ne crains que pour ma pauvre petite Savoie qui, au premier cri de guerre,

ri CORRfSPOSDASCr.,

sera envahie sans faute. Mes vieilles sœurs sont dans une inquiétude mortelle.

Les Polonais veulent encore se défendre, et ils se défendent bien ; leur folie est embellie par le courage, mais elle n'en est que plus grande. Ils auront la triste consolation d'être écrasés honorablement. Vous savez leurs nouvelles avant nous, aussi je ne vous en dis rien

J'espère vous avoir tranquillisée sur le sort de l'Italie.

A L A MÊME

Rome, ; ma! [83 i.

Si nous ne trouvons pas de gîte dans ce paradis terrestre (Caste llamarc), nous en sortirons comme Adam et Eve, en pleurant, mais avec des habits plus amples. — Ne voilà-t-il pas que je r dans les habitudes du vieil homme! Cela est d'autant plus déplacé que j'ai le cœur troublé et com- . . Si vous êtes à Castellamare et nous à sera une douleur, un mal incurable nouvellera à chaque I ver du soleil et qui

durera toute la |oumée et toute la belle saison. Je

; user et je .suis bien déterminé à faire

iblc pour éviter ce malheur. Ajoutez à

cette perspective inquiétante les nouvelles du Nord

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