‹ Œuvres inédites (volume 2)Chapitre 10 sur 41 · LUI · texte numérisé non relu

LUI

A LA MÊME

Castellamare, 3 septembre 1 S 3 4 .

Quelle aimable et longue lettre, bonne Valentine, vous nous avez adressée ! II faut bien vite, vite que je vous en remercie. J'aurais dû vous écrire plus tôt pendant l'absence de ma femme, mais je ne suis bon à rien quand je suis dépareille. Je n'ai ni peint, ni écrit; le temps a passé à souffrir de la chaleur et à dire mille choses malhonnêtes au schirok.

Sophie s'est fort bien tirée de son expédition d'Ischia; le beau temps l'a accompagnée sans un seul jour d'interruption jusqu'à son retour à Castellamare, enfin nous avons repris notre vie ordinaire dont je me trouve fort bien.

Natalie dans ses lettres vous met au courant des petits événements de société. Je vais vous parler aujourd'hui du Vésuve et du mariage de Pauline; je n'ai pas assisté à cette cérémonie, mais Natalie y était et elle (la noce) a fait tant de bruit que je puis vous en parler sciemment.

Pour bien comprendre ce qui s'est passé, il faut que vous sachiez que l'archevêque de Naples en voulait un peu à M?r Porta, confesseur de Pauline, qni avait béni le mariage d'Albert et d'Alexandrine et lui reprochait, dit-on, d'avoir mis

trop de solennité en unissant un catholique à une protestante.

Lorsqu'on a demandé à l'archevêque l'autorisation pour M»r Porta de bénir le mariage de Pauline, il répondit qu'il avait déjà délégué M^'r Giusti et que, les papiers étant écrits en son nom, il n'était plus possible de charger M^'' Porta de cet office. Celui-ci ne comptait plus en conséquence assister au mariage. Mais Giusti alla lui-même le prier et le prendre dans sa voiture, pour lui montrer, a-t-il dit à ses amis, comment un prêtre catholique doit marier les protestants. A peine entré dans le salon, à côté de la chapelle, il s'écria d'une voix de taureau, dove é la raga\\a ? Les fiancés se présentèrent. Voleté sposar dona Paulina catholica ? Voleté sposar il signor Craven c/ie non à catholico? L'un et l'autre répondent que oui, fort étonnés de cette brutale allocution. Après quoi, Pauline ne se croyant, comme Je raison, nullement mariée, passa dans la chapelle et se mit à genoux à l'autel en attendant la cérémonie et la bénédiction régulière. Mail lorsqu'on pria Giusti de passer dans la chapelle pour achever le mariât;.', il ci la d'une voix de tonnerre: é fatto, c tutto fatlo, levatevi andatc, é tutto f.itto, et ordonna d'éteindre les <

mais nu n'en tit rien.

Tout cela fit dit sur la porte de la chapelle dans laquelle il n'entra pas; il était en habit COVrl

ordinaire sans surplis. Vous concevrez facilement

du eointe et 1.1 stupcl.leti.ni de tOUl le inonJe. Richard lit prier tOUl le monde Je sortir

de cet appartement et lorsque M. de La F. . . fut seul avec cet évêque et un autre prêtre desservant qu'il avait amené, ainsi que quelques hommes de la société, il le traita suivant son mérite, lui disant que ce n'était pas lui qu'il respectait, mais l'habit qu'il portait indignement, que si tous les prêtres catholiques lui ressemblaient, il se ferait chinois ou musulman, enfin tout ce qu'on peut pardonner à un père vivement offensé.

Le petit prêtre ayant voulu excuser son chef, L. F. lui dit que, s'il ajoutait un mot, il le ferait jeter par la fenêtre. L'évêque était pâle et tremblant et consentit enfin à déléguer les pouvoirs à Mf Porta, qui maria les jeunes gens suivant les rites usités et leur fit le discours le plus touchant.

Mcr Giusti faisant mine de rester, Richard Acton le mit poliment à la porte, en lui disant qu'après la conduite qu'il venait de tenir chez lui, sa présence y était déplacée.

Toute l'assemblée fut si contente du discours de Mrr Porta et de la manière dont il s'acquitta de son ministère, après l'algarade de son prédécesseur, qu'on s'empressa de lui baiser la main et de le remercier. Ce fut en effet un bonheur que ce brave homme fût présent pour réparer la sottise de Giusti, car sans cela que seraient devenus les époux si mal mariés ? Pauline ne pouvait se croire mariée.

La voiture les attendait pour partir. Enfin tout est arrangé, Pauline est heureuse, puisse-t-elle l'être autant que je le désire !

Voilà, bonne Valentine, l'histoire abrégée de ce

mariage dans laquelle je n'ai pas parlé des pleurs, des angoisses des jeunes personnes. Albert ne pouvait arrêter ses larmes, Alexandrine était altérée. Je me suis mille fois félicité de n'y avoir pas assisté, j'en aurais été malade de rage en voyant comment un faux zèle peut nuire aux vrais intérêts de notre sainte religion.

Je trouve que ces choses-là font plus de tort que toutes les déclamations des incrédules. Cela n'est-il pas fait pour en dégoûter le jeune homme qui allait à Rome pour abjurer? Je vous dirai les catastrophes du Vésuve une autre fois.

A LA M Ê M E

Naples, [6 septembre 1834.

Je vous ai promis une description effrayante de la dernière éruption du Vésuve, chère lu. mu Valent ine, mais à présent que me voilà la plume à la main, je commence à craindre d'avoir fait une fanfaronnade et je crains fort que vous ne vous Z l'as. Mais comme j'ai beaucoup de dire plus intéressantes que le Vésuve, 1 1 faiblesse de nce descriptive

Ni

part de nus ainis de C.iKtell.i' I une si

douce habitude de voir arriver régulièrement sans

jamais y manquer l'aimable Eulalie, de la voir s'établir dans ses petits coins favoris et les quitter subitement pour y revenir aussitôt; et quand on lui disait : Vous reviendrez ce soir ? — Bien sûr! — promesse qui ne trompait jamais. Aussi chaque divan, chaque fauteuil de notre belle terrasse semble l'attendre encore et le casino Acton, depuis le plafond jusqu'au plancher, est tapissé de son souvenir. Nous avions aussi, quoique moins souvent, la visite de la belle Délie dans les intervalles que lui accordaient ses autres amis ; on en a beaucoup, quand on sait se faire aimer comme elle. Nous sommes maintenant bien isolés!

Je vous parlerai un jour au long de notre bonne duchesse qui a déjà écrit de Vienne au petit ami, mais je veux achever une page avec le Vésuve. J'ai marqué avec un point noir dans la vignette l'endroit où s'est ouvert le nouveau cratère d'où sont sortis les torrents de lave qui ont couvert une vallée fertile. C'est au milieu d'une côte qui réunit le Vésuve à la Somma. Si l'ouverture s'était faite quelques toises plus au nord, la lave aurait coulé dans \& fossogrande du côté de l'Ermitage. Comme vous avez dessiné la montagne, vous comprendrez cela. On voyait depuis notre terrasse la lave sortir de l'ouverture à gros bouillons et se précipiter sur la pente rapide. Le ciel ressemblait à un dôme de feu. Une fumée noire sillonnée par des éclairs voilait de temps en temps et faisait disparaître l'imposant spectacle.

Le cours de la lave jusque près d'Ottoiano était caché par un rideau de la montagne et on n'aper-

cevait que la fumée éclairée par le feu. Mais à mon avis, l'effet était plus pittoresque de jour que pendant la nuit.

Le grand cratère jetait des tourbillons de cendre à une hauteur qui égalait deux fois et demie la hauteur du Vésuve et qui représentait un énorme pin changeant de forme à chaque instant. Du nouveau cratère et de la lave qui descendait, on voyait s'élever une fumée blanche comme les nuages arrondis de l'été, qui accompagnait la cenirc sans la cacher. Cet amas de vapeurs était ensuite emporté par le vent du côté des Apennins, dans la même direction que celle suivie par la lave, et de cette zone de nuages, on voyait tomber la cendre comme une pluie noire qui se confondail avec la fumée du fleuve cnllammé.

J'ai essayé de peindre d'après nature ce terrible nène, mais le tableau est plus mauvais encore que ma description. Aussi, quoique je vous ■ vous l'enverrai pas et il faudra vous contenter de cette maigre description.

A LA M I M I

. 23 janviei 1

Li pi avez d'éci ant sur

du grand papier annonci que vous êtes dam

le progrès depuis votre au 1 . |, l..i méthode

des petites pages est bonne pour ceux qui sont en peine, lorsqu'ils commencent une lettre, de savoir comment ils la rempliront; mais ce n'est pas là ce qui vous embarrasse, il y a tant de belles et bonnes choses dans votre imagination et dans votre cœur, qu'elles n'attendent que votre permission pour se coucher sur un in-folio. Je vous remercie de leur avoir donné un libre cours dans les huit petites pages que je viens de recevoir de vous.

Personne n'est plus aimable que vous, chère et constante amie ; il faudrait avoir un cœur bien réfractaire, pour ne pas être reconnaissant de cette amitié persévérante sur laquelle l'absence n'a pas de prise, au milieu des nouveaux objets qui pourraient vous séduire au centre de la grande Babylone et de ses prestiges. On serait obligé de vous chérir, même si on ne le voulait pas, mais pour moi, je vous assure que je le veux bien et de tout mon cœur. Si j'étais un jeune homme, il y aurait du danger pour moi et j'y penserais à deux fois, mais puisqu'il a plu à la Providence de me jeter dans ce monde cinquante ans avant vous, je ne vois pas pourquoi je me retiendrais sur la douce pente qui m'entraîne. J'en ai d'autant moins de scrupule, que l'élan est pris et qu'il ne m'est plus possible de m'arrêter. Peut-on s'arrêter au milieu des montagnes russes? Il faut, ou ne pas partir, ou suivre avec la rapidité d'une flèche jusqu'au bas de la montagne. Ainsi m'y voilà bien décidé, je me livre à toute la violence de la course, je ferme les yeux, et je veux vous aimer jusqu'à perdre la respiration.

D'après cette déclaration , vous devez pcns3r combien j'ai été désolé de la perte du précieux bonnet que vous m'avez envoyé et qui est perdu avec la moitié du joli métier adressé à ma femme. Notre désappointement à tous deux est inexprimable. Le jeune homme a dit qu'il l'avait laissé à Marseille avec ses effets, mais où ? A l'auberge sans doute ! Si c'était à Paris, je conserverais quelque espoir, mais à Marseille, hélas! Il est bien perdu le joli ouvrage sur lequel la bonne Valcntine avait promené si longtemps ses mains blanches et ses yeux noirs. Je ne m'en consolerai jamais! Votre voleur de Naples m'en avait dJjà escamoté un, c'est un vrai guignon. Merci cependant, chère enfant, ma reconnaissance est la même que si je l'avais reçu; au lieu de couvrir ma tête chauve, il restera dans mon cœur qui est beaucoup plus jeune qu'elle. .

Les L. F. Boni perd is dans les rép titions. »>n pi pare /.i Famille de Henry Quatre <■/ Marguerite pour la seconde pièce. Pauline joue le rôle du dauphin d.ins la première, je ne sais quel costume elle prendra. Craven sera Henry IV et Charles l'ambassadeur anglais; ces deux rôles me semblent mal distribues. Charles, avec sa lurnure et sa belle moustache, aurait dit ventre-saint-gris de meilleure grâce que Craven, un ver) galant, mais qui n'en a pas l'air. C'est à Pauline à décider ce point de con-

Artlnir est aussi du nombre det pour le rôle de Caston. Les costumes seront superl

CORRESPONDANCE. <Jl

On a changé quelques passages, parce qu'il y a dans la pièce une accusation contre le duc de Savoye qui ne pouvait être prononcée en présence de la jeune reine de Naples. Natalie vous a parlé ou vous parlera des bals et festins auxquels je n'ai point assisté, parce que je suis encore en deuil

A LA MÊME

Naples, 6 février 1835.

Nous avons eu un spectacle charmant chez les Acton, Henry Quatre en famille. Arthur a été du nombre des acteurs dans le rôle de Gaston d'Orléans ; il a joué avec une assurance parfaite et a obtenu le suffrage de tout le monde. Les entrailles paternelles et maternelles se sont émues. Natalie a voulu que je vous envoyé mon Vésuve qui est bien mauvais, mais assez exact; c'est la fin de l'éruption, avec les deux espèces de fumée, l'une de cendre, l'autre de la lave ....

A LA M K M E

Voici une nouvelle plus gaie, si vous ne la savez pas. La belle, la sublime M... a quitté sa tendre mère et s'est jetée à corps perdu dans les bras du comte B... Vous saurez que ce bel Hongrois lui faisait la cour avant M. S... et que L. S... avait favorisé celui-ci, pour éloigner l'autre, et puis les avait ^conduits tous deux. B... a suivi la jeune personne de porte en porte. La famille ayant été instruite de sa poursuite a veille sévèrement sur M... et la tenait en chartre privée. L'amant est parti pour Milan avec fracas, pour tranquilliser son nu in Je, et lorsqu'on n'y pensait plus, au moment où L. S... parlait de Sion en Suisse, sa tille lui dit qu'elle allait faire une visite de congé aux E... qui logeaient dans l.i même auberge et gagna la rue. Kl le dansa si bien la galope qu'elle ne tarda pas à rejoindre la voiture qui l'attendait, Le lendemain, la mère reçut une

lettre de sa tille, dans laquelle elle lui annonçait qu'elle était mariée à M. Ii... depuis Naples, que le mariage avait eu lieu dans la maison même où

il» habitaient, eu présence d'un Autrichien et d'aunes témoins, (."mine F... logeait dans cette même pourra faire croire aux parents que

CORRESPONDANCE. 6j

la cérémonie a été faite chez lui, mais tout cela est faux, le mariage comme les témoins. Tout ce qu'on peut raisonnablement affirmer, c'est que le mariage est consommé, ce qui est très-consolant pour les philanthropes qui s'intéressent à la propagation de l'espèce humaine. Le fait est que la pauvre fille était malheureuse et maltraitée par sa mère, et qu'elle serait aussi volontiers décampée avec S... qu'avec B... si le premier le lui avait proposé, mais L... lui avait demandé sa parole de n'en rien faire et le loyal amant attend en Angleterre les deux ans qui doivent amener la majorité de sa belle! Attendez-moi sous l'orme!

A LA MÊME

Castellamare, 1855

J'aurais répondu plus tôt à votre bonne longue lettre, chère Valentine, si je n'avais mille choses dans la tête et dans le cœur qui me tracassent. Il y a plus de quinze jours que je n'ai écrit une panse d'à à personne et je passe mon temps à me promener sur ma terrasse et à rêvasser en attendant des nouvelles qui seront très-bonnes ou désespérantes. Aujourd'hui le courrier autrichien qui devait nous les apporter est arrivé les mains vides; pour ce qui regarde notre affaire, nous voilà renvoyés à quinze jours. J'en pleurerais, si cela

(j-J. CORRESPONDANCE.

n'était pas ridicule et inutile, et si je savais pleurer.

Je vous dirai cependant, pour changer de sujet, que j'ai commencé un grand tableau qui s'annonce assez bien. Je compte m'y remettre sans faute demain. Je ne sais si vous avez vu l'ébauche qui est faite depuis longtemps.

Le bon Gigante s'est dégoûté de la peinture à l'huile, et il a vendu trente-cinq esquisses d'après nature à un artiste pour cent ducats. C'est une sottise insigne dont il se repent maintenant, car il y en avait de fort jolies ; le petit ami a et.- à temps d'en acheter quelques-unes que j'ai ensuite terminées, et il en est résulté quelque chose que ni Gigante ni moi ne pourrions faire seuls, parce qu'il ébauche fort bien, mais ne sait pas retoucher el finir. Je regrette de n'avoir pas sa Bon intention, je lui aurais fait un meilleur prix el j'aurais eu ■ a de travailler facilement, sans aller faire les tracés d'après nature.

J'espère que vous mettrez à profit votre loisir de la campagne ; l'essentiel est de s'y mettre. I j'ai enfin pris la palette à la main, je

m'étonne d'avoir été paresseux, tant je trouve de plai ii a cette > harmante occupation.

n'avons point encore eu Je chaleur ici. ni même à Naples. Les orages se suivent presque sans interruption el ions les étrangers se récrient sur l'Inconstance de ce célèbre climat, i

un orage, 1 nu nous un< dizaine de . parmi lesquelles trois étaient magni-

fiques et descendaient jusqu'à la mer qu'elles agitaient violemment. Deux ont passé entre Tevegliano et nous , en touchant le rivage ; on les voyait se retirer subitement dans les nuages et disparaître, une bande du ciel serein à l'horizon permettait au soleil de les éclairer sur un fond noir, ce qui faisait un effet merveilleux. Vous connaissez, je pense, ma passion pour les trombes et vous ne serez pas étonnée de ma description enthousiaste

Je ne m'accoutume pas à l'idée de ne pas vous voir ici, et de ne pas même vous y espérer! Quand nous reverrons-nous, chère enfant ? Dieu le sait ! Malgré la psine que j'éprouve de cette rigueur du sort, je sais jouir de mes souvenirs et la pensée de votre amitié est un capital que je tiens en réserve et dont je jouis comme un avare de son trésor, sans y toucher, hélas!

A LA MÊME

Castellamare, 24 juin 1835.

Arthur achève sa quatorzième année;

par conséquent il est nécessaire que son instituteur ait des connaissances suffisantes pour continuer l'instruction de l'enfant que M. Sambon a com-

mencé avec assez de succès. Nous désirerions surtout que le précepteur l'accompagne partout et se dévoue à son éducation pour cinq ou six ans.

Dites-nous, s'il est possible, quels sont les émoluments qu'il demande, en précisant bien, de peur qu'il n'y ait les embarras que nous avons éprouvés avec Sambon et que vous connaissez. L'essentiel est surtout qu'il ne soit pas libéral , qu'il ait des idées religieuses. Vous connaissez les miennes et je connais les vôtres, ainsi personne ne peut mieux réussir dans cette recherche que M. de Marcellus et vous, aussi éloignés l'un et l'autre des mauvais principes que de l'exagération dans les bons. Nous voudrions qu'Arthur fût toujours avec lui et couche dans la même chambre. Voilà bien des détails qui peut-être ne serviront à rien, si vous n'êtes pas en position de nous aider dans cette affaire.

Le maréchal Marmont, qui maintenant est de notre société castellamaricnnc, B été guéri de ses rhumatismes avec des plaques Je fer appliquées sur la partie. Il était depuis quinze ans dans un ct.it désespéré par les vives douleurs qu'il éprouvait, il est complètement guéri et continue

d'user du remède à la plus petite attaque. Ces I laques de fer ou d'acier doivent être bien nettoyées de rouille et avoir la forme de la partie sur laquelle on les applique. 11 en a une collection. Le spécifique est surtout bon pour les douleurs aiguës i te le malade suull'ie plus la nuit que le jour, il assure que plusieurs personnes ont eu le

même succès que lui par l'usage des plaques de fer. Ce qui est singulier, c'est qu'elles se rouillent dans quelques heures sur la partie affectée et gardent leur poli sur toute autre partie saine. Ainsi dit le Marmont ; comme le remède ne peut faire aucun mal et n'est pas ruineux, pourquoi votre cher L... n'essayerait-il pas ?

A 1 A MÊME

N;ip!e5.

Ma conscience me dit chaque jour des injures, bonne Valentine, et je les souffre patiemment, car elle a bien raison; il y a des siècles que je ne vous ai écrit ! comme toutes les raisons imaginables seraient mauvaises, je ne vous en donnerai aucune, car vous parler de mes chagrins, d'un découragement qui m'ôte toutes mes facultés, serait une véritable inconséquence^ puisque je sais fort bien qu'une lettre aimable de vous, comme elles le sont toutes, est le meilleur spécifique que je devrais rechercher. Je voulais vous écrire par le dernier courrier, mais Natalie m'a conseillé d'attendre, en me montrant une douzaine de pages qu'elle vous adressait. J'ai suivi son avis pour vous épargner les frais de poste, sachant que vous aviez le projet impraticable de devenir économe..

Une des bonnes raisons qui rendent mes lettres rares est que Natalie vous instruit de tout ce qui se passe à Naples avec une exactitude et une sagacité dont je ne suis pas capable; vous l'inspirez! Ne trouvez-vous pas qu'elle écrit fort joliment? Elle m'a lu sa lettre et je me suis pâmé de rire à la citation des gendarmes et de l'épicier; il faudra que Mme de M... fasse une grande dépense de cassonade pour rétablir complètement la bonne intelligence. Je n'ai donc rien à vous dire de Naples que vous voyez avec le microscope de Natalie, comme si vous y étiez. Le plan qu'e'le vous a vous aura mise au fait de notre salon ; il ne me resterait donc plus qu'à vous parler de mon attachement pour vous, et c'est comme si je vous disais que Capri est toujours à la même place.

Savez-vous que notre bonne duchesse s'est misj le avec Dieu et avec les hommes. Son dernier mari est congédié ; elle est maintenant l' légitime du prince de R...O;i dit que le co

il payer un peu cher, mais enfin la chose est terminée. Elle garde son nom et sa liberté, on dit que le prince de K — j.idis si beau et si sémillant, n'est plus qu'un ennuyeux; ainsi il n'y a pus à penser à les rapatrier. Tout irait bien, si elle savait prendre son parti et d'autres habitudes analogU i . Mais, hélas! il n'en est rien;

par tout ce qui nous revient de Vienne, s mi CCSUT

<st ton jours jeune ! Je l'ai vue à Castellamare, l'été passé, malheureuse, et, qui fis est. persiflée parles

jeunes Allemandes qu'elle croyait ses amies. Son

'i esprit, ses excellentes qualités ont pu

faire oublier ses irrégularités, mais elle n'échappera pas au ridicule et y succombera. J'en suis désolé, car je l'aime sincèrement ; il n'y a rien de meilleur qu'elle, et lorsque je pense qu'elle pourrait jouer le rôle le plus noble, le plus brillant dans la société et jouir de l'estime et du respect de tout ce qui l'entoure, en sacrifiant de bonne foi des chimères, j'éprouve un mouvement de colère contre la nature humaine, persuadé que j'en ferais autant, si j'avais le même sexe et la même situation. J'apprends à l'instant que le prince de R.... s'est présenté chez elle et qu'elle ne l'a pas reçu; elle ne veut de mari d'aucune espèce. Une dame de Vienne, qui est ici et qui ne l'aime pas, prétend qu'elle a donné au mari répudié quinze mille francs de rente et le déjeuné ; c'est une mauvaise plaisanterie.

Notre appartement du deuxième étage est occupé par le prince et la princesse Vindisgraetz; ils sont fort aimables. Le roi donne aujourd'hui une grande parade au prince lieutenant-général autrichien. Nos lettres nous arrivent maintenant parfumées et déchirées pour le choléra. Hier on disait que ce n'était pas le choléra qui est à Marseille, mais bien la peste. Les agioteurs font courir ces bruits pour leurs infâmes spéculations ; j'espère qu'il n'en sera rien. Je sais que Marseille vous intéresse et que vous y avez des amis et des parents, c'est ce qui m'inquiète le plus, car, je ne sais pourquoi, je ne crains point le choléra, et j'ai déjà passé six mois à Tiflisavec la peste. J'ai pour ma tranquillité une bonne raison, c'est qu'il n'est pas au pouvoir de

Dieu lui-même de me faire mourir à soixante-dix ans, parce que j'en ai soixante et onze

Nous voyons bien souvent les Lebzettern et les parties d'échecs vont leur train au préjudice des dames, mais le piano est muet, à mon grand regret. Qu'est devenu le temps où il soupirait : Sur le penchant des montagnes, et où. je finissais par ne plus entendre à force de regarder ?

Je pense que vous connaissez M"'e de Chatcluz ; si cela est, j'ai une grande prière à vous adresser, à laquelle je tiens beaucoup : il ne s'agit pas moins que de lui persuader que je ne suis pas le plus sot et le plus mal appris des hommes, ce que vous Bavez déjà, j'espère, mais ce dont elle peut fort bien douter, d'après mon procédé envers elle. Cette dame a voulu que je lui fusse présenté chez lady Drummont; lady Aclon s'en est chargée et j'ai eu le plaisir de faire sa connaissance et d'obtenir d'elle la permission de lui rendre ma visite. Les deux jours suivants, des séances interminables pour mou portrait m'ont empêché d'aller chez elle, puis une fluxion an nez qui me défigurait (ne dites pas Cette raison et tachez d'en inventer une autre) m'a reti mi chez moi; enfin dès que je pus me montrer, je

me rendis à s n auberge. Elle était partie la veille

et je revins chez moi tout honteux, avec le sentiment qu'éprouverait un homme en apprenant que ousé un autre. Tâchez, di

CORRESPONDANCE. J l

de me laver de mon ignominie que je ne serai probablement jamais à même de réparer en personne.

A LA MÊME

Naples, 21 août 1835.

La saison est d'une bizarrerie singulière; juin et juillet n'ont point eu de chaleur; des coups de vent, des bourrasques continuelles ne laissaient voir l'azur du ciel que par intervalles, puis tout à coup, ces jours passés, un vent brûlant d'Afrique a failli nous suffoquer et a mis en alarme les pauvres Napolitains, parce que le fameux tremblement de terre de 1806 avait été précédé d'un vent semblable et d'une vapeur sèche qui couvrait toutes les montagnes. Ce phénomène avait été précédé de plusieurs irruptions de lave du grand cratère, à peu près comme celles que vous avez vues, et qui nous ont donné un beau spectacle, vu de notre terrasse de Boccapianola. Je n'ai pas travaillé autant que je me l'étais proposé. Il y a chaque jour quelque empêchement qui fait remettre au lendemain; puis certains jours de découragement, et ceux où souffle le shirocco, le temps passe sans résultat pittoresque.

J'ai peint le chemin couvert qui est sous Boccapianola soutenu par des arcades, ensuite la porte Je Boccapianola qui n'est pas finie, quelques es-

quisses an crayon et voilà tout. Natalie a repris courage : elle a déjà dessiné deux fois d'après nature, depuis le départ de ma femme, et vous seriez contente de ce qu'elle a fait. M. de La F. est parti pour Prague avec son fils Ferdinand. M"'e la duchesse de B... est partie hier pour Rome ou Florence avec cinq voitures, la sienne était à six chevaux; elle va au-devant de M. de La F. (apparemment). On attend M'"" d'Alopeus dans la quinzaine. La nouvelle vient d'Albert, ainsi elle est officielle, on prétend qu'il a reçu une lettre de la comtesse. Les personnes qui mit voyagé dans le bateau à vapeur avec la duchesse ont été frappées du ton de familiarité du Luchésini ; il était avec elle, disait le narrateur, comme un écolier allemand avec son camarade ; c'est sans doute ordonné. Permettez-moi de ne vous rien dire d'aimable aujourd'hui, quoique je ne puisse pas manquer de sujet en vous écrivant ; mais le ghirock BOuffle encore et il

agit singulièrement -sur mon imagination qu'il

bêtifie; mon cœur se fâche vainement contre elle.

A LA MEME

5 décembre 1S35.

En attendant je mène promener les deux tourtereaux avec toute la complaisance possible, rêvant (moi s'entend) à la chimie, admirant les beaux sites, ou bayant aux corneilles. Si la conversation devient générale, c'est pour parler de Valentine; nous avons été ces jours passés au tombeau de Virgile sur cette petite plate-forme d'où vous avez dessiné avec Natalie la villa Citronia. Je vous assure que j'ai eu une véritable vision, une apparition de cette amie qui nous manquait si fort à tous les trois. Quoique vous me soyez toujours présente en mille endroits da palais Esterhazy, où je vous ai vue si souvent, le regret de votre absence a été mille fois plus vif dans cet endroit solitaire où votre souvenir semblait m'attendre. Vous comprendrez ce que j'a éprouvé, je le crois, parce que, parmi les illusions de mon amour-propre, j'ai celle de penser que mon cœur a quelque analogie avec le vôtre.

Certaines situations rendent la mémoire du passé plus vive, mais lorsque je veux opérer une véritable évocation d'une personne vivante que j'aime beaucoup, je me promène seul dans la pe tit

allée obscure de la villa Reale près de la mer, au bruit de la lame que le shiroc pousse contre le rivage, je fredonne doucement certaine romance :

Au penchant des montagnes Qu'il est doux de s'asseoir!

ou bien

Bourgeois de Paris, Rentrez au logis.

J'ai soin de manager ma voix, de manière que le bruit des vagues m'empêche de m'entendre moimême, ce qui gâterait tout. Alors ce n'est plus un simple souvenir, c'est quelque chose de plus réel; l'air connu de ces romances résonne dans mon cœur, comme la carde d'une harpe lorsqu'on touche l'octave; je n'aurais qu'à fermer les yeux pour vous voir, mais je m'en garde bien, Je peur de vous voir disparaître.

Je pourrais vous écrire encore quelques pages,

j .1 eu quelque ment.' à tracer ce

rites : une brodeuse, un marchand d

Ma femme se tâche contre Basile ! Dix ducats dans

un mois el demi, p uir des bougies, dans une maison

où l'on ne brûle que de l'huile!!! Adieu, chère bonne Valentine, je vous écris rarement, ne m'en veuille/ pis. Si i / ce que cVsi que l'apa-

thie insurmontable des vieux, qui nesaveni se décider à rien, quirenvoyenl tout a demain, comme

mp Je demains a dépi ai u'.n poini eu, ..ie j. nouvel! ■ du vin. Dieu veuille qu'il ne trou ir le vai tu qui ap-

M itursvitz el qui a sombre

près du golfe de la Spezia! Ma reconnaissance sera toujours la même, en désirant aussi la dégustation, s'il y a lieu.

A LA MÊME

Castellamare, 26 août 1836.

Si je ne vous ai point écrit depuis longtemps, bonne Valentine, c'est que tant qu'a duré le choléra, je m'étais promis à moi-même de n'en parler que le moins possible, de n'en point écrire et même de n'y point penser, et cela m'a parfaitement réussi; maintenant toutes les inquiétudes sont terminées et les plus grands alarmistes vivent en paix.

Le fléau maintenant serait à Rome; on en dit de mauvaises choses sur les médecins et le clergé, mais je n'en veux rien croire, car, par le temps qui court, on n'est que trop disposé à parler mal de Rome.

Gênes est attaquée pour la troisième fois, et quoique la maladie soit partout, les quarantaines continuent, la misère augmente en conséquence et prépare les éléments de nouvelles invasions.

Tout cela n'est pas gai ; quand je compare nos brillantes villégiatures précédentes à Castellamare avec celle-ci, je bénis le ciel qui s'est opposé à nos désirs de vous la voir partager; cela fait bien

•jC CORRESPONDANCE.

voir qu'il ne faut jamais murmurer. Vous avez cru bonnement et humainement que vous ne pouviez pas venir en Italie faute de moyens, mais la vraie raison qui vous en a empêchée est que le bon Dieu nî voulait pas que vous fussiez en butte à Citte vilaine maladie et je l'en remercie de bien bon cœur. Nous avions cru en diminuer le danger en venant à Castcllamare, mais elle a été proportionnellement plus forte ici qu'à Naples. Outre les malades qje nous avons eus dans la maison, le petit Boccapianola où nous logions en était entouré; à tout moment la sonnette du viatique se faisait entendre et nous avons vu passer sous nos fenêtres neuf pauvres capucins qu'on emportait sur une planche.

Je pense que les F... vous ont appris que nous avons abandonné tout à coup le petit Boccapianola quim naçail de s'écrouler; une espèce d'architecte consulté a dit qu'il ne voudrait pas y coucher une nuit; sur ce, ma femme monte sur Bon âne et va louei i.i maison d'Ackenkausen ; deux jours après,

ta y étions établis et nous y voilà. Cent duc. us

ont fait l'affaire. Mon avis avait été de les épargner, car la maison suspecte durera plus que moi, mais ma bonne Sophie, qui a été visiter à plusieurs reprises nos cholériques sans la moindre crainte, s'est tellement effrayée du mauvais prol'architecte, qu i nous a\^u-, décamp< le lendemain; nous y avons beaucoup gagné pour le table.

La nouvelle maison csl délicieuse, pi ■ celle d'A( Ion <>ù nous avons logé,

Le grand Boccapianola est habité par la reine de Sardaigne et par le comte et la comtesse de Syracuse. Les écuyers piémontais nous tiennent bonne compagnie après qu'ils ont mis coucher leur reine.

Nous voyons la duchesse de Patriano Escalon qui est auprès de la jeune princesse, Mme de Leavenberg et les Anglais dont Natalie vous a parlé, en outre Frisari et le marquis de Lagrua qui peint des croûtes comme moi, et qui parle de son art comme Vatel de sa cuisine. Mais au nombre de nos consolations, je ne dois pas oublier les bons dînes que nous fait le cher Gondrée, votre ancien cuisinier, qui maintenant est à notre service. Ma femme est heureuse de n'avoir plus affaire avec le mauvais sujet russe que nous avons chassé et qui la volait sans pitié.

Gondrée est fort discret, d'un bon caractère; on n'entend jamais sa voix. Sophie a le projet, lorsque nous partirons au printemps, de le placer chez la reine de Sardaigne. Nous avons déjà quelques promesses à ce sujet. Les écuyers et secrétaires qui ont goûté de sa cuisine en sont enchantés et de temps en temps ils font semblant de dîner à midi avec leur souveraine pour venir dîner tout de bon chez Gondrée. Vous comprendrez que ce dernier met tout son savoir en jeu dans ces occasions. Il [y] a mille détails à vous raconter sur la société que je vous ai nommée, mais il faut laisser passer ce moment de trouble avant de vous laisser voir la face riante de mon pauvre cœur qui est encore sous le coup qui lui a été porté

A LA MÊME

Le 2/14 avril 18-57.

On vous dit tant de bonnes choses, chère enfant, que tout ce que je pourrais vous écrire ne serait qu'une répétition. Je veux seulement que vous sachiez bien que toutes les fois que vos amis de Naples, et même de Paris, vous disent quelque chose d'aimable, ou vous parlent de leur tendresse et de leur amitié, il faut, dis-je, que vous sachiez que je voulais vous dire la même chose et que j'y avais pensé avant ; ils auront beau imaginer et inventer des expressions, des tournures de phrases persuasives, persuadez-vous qu'ils ne sont que des copistes, de véritables plagiaires, qui profitent de mon absence pour vous dire ce qui est sur nies lèvres, et qui nie eoupent indiscrètement la ■ honneur de nies sentiments.

Le projet mort né doni vous parlez peut et doit

bien vite ressusciter, sans cela vous me feriez croire

qu'il n'était jamais né bien sincèrement, car le

choli ra supposé, qui n'existe plus nulle part en

, n'aurait pas suffi pour le tuer. Pour moi,

ie ne p ni ' mit-T...

Pari ' Us veulent, dans les bras Je Louis-Philippe, mais qu'ils ne détournent pas nos amis de venir par 1 dormir debout

Naples, 1S57.

Je voulais vous écrire par le courrier passé, chère enfant, mais comme Gustave et Natalie vous écrivaient, j'ai remis mon épître à aujourd'hui. Ils vous ont donné toutes les nouvelles de notre malheureux choléra qui heureusement est à sa fin, quoique l'on ne soit pas encore totalement hors de danger ; toutes les inquiétudes ont disparu, car on finit par s'accoutumer à tout, même au choléra. Ma chère Sophie, malgré son extrême sensibilité, a montré beaucoup de courage, elle n'a été troublée qu'un seul instant, lorsque nous apprîmes que notre bon ami le vieux Viénot avait été enterré dans la même fosse avec 150 autres victimes du fléau, et que personne n'était exempt de cette horrible sépulture, puisque le ministre de la guerre lui-même n'a pu en être excepté. Cette idée, qui n'a fait aucune impression sur moi, lui arracha des larmes, mais ce ne fut qu'un instant et elle n'y songea bientôt plus

Je ne vous ai jamais parle de M. Palegoix dont nous sommes fort contents. Son seul défaut est d'être trop jeune pour son élève qui devient grand

8û CORRESPONDANCE.

garçon et qui a quelque disposition à l'indocilité.

Nous remédions autant que possible à cet inconvénient, en mêlant notre autorité à celle du maître et la chose va.

Nous avons eu la plus grande peine à inspirer de la confiance à ce dernier, et à le mettre de la famille. Il était discret et réservé outre mesure, ne se mêlant jamais de la conversation, ce qui était tout à fait contre nos idées.

Je sais qu'en France on craint généralement cette familiarité que nous voulons établir, et c'est sans doute aux principes qu'il a reçus dans son éducation que nous avons dû cette réserve qui tient peut-être un peu à un orgueil malentendu. A force de prévenances et d'encouragement, ma femme est parvenue à l'apprivoiser. Maintenant il est fort bien et Arthur lui est affectionné.

Vous ne savez peut-être pas que le bon jeune homme porte une perruque, fort bien faite à la \ rite, mais pas assez cependant pour qu'il puisse croire qu'on ne s'en aperçoit pas. Cependant il le cache avec soin ; cette fausse limite l'emp prendre des bains de mer avec Arthur, et si la disposition de nos appartements nous obligeait à le faire coucher dans la même chambre que son élève, ce qui peut fort bien arriver, il aurait de la 1 j consentir.

i nd lain de son arrivée, le petit Noldc Schta.

i icontra

i ■ Arthur à la promenade Je la Villa. Je

1 , dit-il à ce dernier en le quittant, tu as

CORRESPONDANCE. Si

Arthur revint à la maison nous donner cette importante nouvelle.

Pour les études il est très-persévérant et sait son affaire. Tous les mois il y a un examen dont nous sommes très-satisfaits ; dans le dernier il a traduit (Arthur) et analysé quelques pages des Commentaires de César avec facilité. Dieu aidant, nous le ramènerons en Russie en état de subir les examens nécessaires pour entrer dans une carrière quelconque; ma femme, qui l'adore, ne le gâte cependant pas ; mais on reproche au papa d'être trop indulgent. Comme j'ai été le plus paresseux des enfants, j'ai de la peine à être sévère sur ce point. Pour tranquilliser Sophie à ce sujet, je lui cite un proverbe savoyard : « // ira à la messe avec les autres. » C'est sûrement un de mes compatriotes ramoneurs qui l'a imaginé.

Je devrais nvexcuser auprès de vous, chère enfant, sur mon long silence et sur Tinexactitude de notre correspondance avec vous, qui êtes toujours si exacte, non -seulement à répondre, mais qui avez eu souvent la bonté de me prévenir. C'est en vain que je voudrais vous le cacher et me le diss;muler à moi-même , je me sens devenir apathique et léthargique, malgré tous les efforts que je fais souvent pour me tenir éveillé. Dès que je suis seul , au lieu de penser à mes amis absents , je pense à ceux qui ne sont plus ; mon pauvre esprit, qui me racontait jadis mille balivernes dont j'aimais à vous faire part, ne me dit que de tristes souvenirs. Je me vois resté seul d'une nombreuse famille; tous mes contemporains ont disparu; je

les ai vus sombrer l'un après l'autre dans cette mer sur laquelle ma barque fracassée surnage encore. Lorsque je repasse dans ma mémoire les événements passés, lorsque je cherche à me rappeler tant de visages bienveillants, ces sourires de soeurs , ces jours d'arrivée , ces chimères d'espérances pour un avenir qui n'existe plus que dans ma mémoire, alors je cherche autour de moi, et je ne trouve plus personne à qui je puisse dire : « Te souviens-tu ? » Tous les échos de ma jeunesse sont muets, et je n'entends plus que le bruit imperceptible de ma vie, dont le reste tombe goutte à goutte dans l'éternité.

Voila , chère bonne Valentine, à quoi se passe mon temps, au lieu de unis écrire; c'est ordinairement depuis quatre heures du matin, où le sommeil m'abandonne, jusqu'à neuf heures ou dix que je rêve ainsi mélancoliquement. .Alors immence à sortir de cette triste léthargie; . Arthur, Natalie, Gustave, me font entendre leurs voix chéries. L'obsession cesse el je remercie la Providence qui m'a laissé une portion de bonheur qu'elle n'accorde pas à tous les hommes à: mon âge; H n'\ manquerait rien, si Valentine venait d eun r ave< nou . Votre pi Bence me ranimerait, mou imagination reprendrait de la cha serait quelque chose d'analogue à l'été de la Saint-Martin, qui fait croire qu'on esl encore dans la belli tison quelques jours avant la

I i il i Natalie que M. de Lamartine voudrai) : avoir si fe buis aua I lin qn

mon neveu dans le jugement que je porte sur son poëme. Malheureusement je ne l'ai pas lu, il n'en existe qu'un seul exemplaire à Naples, et je n'ai pas pu me le procurer; mais, par ce que j'en ai vu dans les journaux, je ne vois que trop que cet ouvrage est contre toutes mes idées arrêtées depuis longtemps. La chose est toute simple, je n'ai pas changé et j'en suis encore aux belles pages des premières poésies du célèbre auteur. Déjà dans son livre de la Politique rationnelle, qui n'est pas de ma compétence, j'avais entrevu la nouvelle route dans laquelle il s'acheminait, en fait d'opinions religieuses. Il s'y déclare contre la suprématie du Saint- Père, il trouve que le saint-simonisme a une marche parallèle avec le christianisme. Dites-moi ce que cela veut dire, si cela veut dire quelque chose? Il a touché l'écueil sur lequel ont échoué beaucoup d'hommes supérieurs , précisément à cause de leur supériorité. Comme par la force d'intelligence que Dieu leur a donnée, ils comprennent une infinité de choses qui échappent au commun des hommes , leur génie orgueilleux s'irrite contre tout ce qu'ils ne peuvent concevoir, et la foi, la sainte foi, leur échappe. Par ce même travers d'esprit , de grands astronomes sont devenus athées, et des hommes éminemment religieux ont apostasie comme M. Lamennais. Déjà Jocelin a été mis à l'index par le Saint-Siège avec le Croyant de Lamennais.

Je ne puis vous exprimer le chagrin qne j'ai éprouvé, en voyant le nom d'un ami .qui m'a fait l'honneur de se déclarer mon allié dans l'épître

qu'il m'a adressée, de le voir, dis -je, décoré de cette triste couronne! Que fera-t-il maintenant? Poursuivra-t-il , comme Lamennais, les conséquences de cette abjuration publique de nos croyances? Poursuivra-t-il cette carrière politique, dans laquelle sa loyauté ne peut lui faire jouer qu'un rôle subalterne dans le chaos actuel, dans l'espérance de parvenir à ce que les Français appellent le pouvoir, pour s'entourer de la gloire dont rayonnent MM. Thiers , Guizot, Montalivet, etc. Un grand poëte que Lamartine admire a dit :

Non far trcgua coi vili ; il santo vero Mai non Irààir, ne proferir mai verbo Che plauda un vizio.

Ne lui dites rien de tout ce que je vous écris à ce sujet. Mon opinion aurait peu de poids et je ne veux pas me brouiller avec un homme que j'aimerai toujours quand même.

Adieu, chère et bonne, je sais que Natftli écrit encore aujourd'hui. Ma lettre a chômé quelques jours sur ma table. Je ne sais si je me trompe, mais j'ai un pressentiment que nous nous verrons llamare dans le courant de i!ij7. Je ne veux pas retourner en Russie sans vous revoir. Il

bi i projet de passage à Taris, mais

l'homme propose! Il dites mille tendresses ,i M. Je lus de la part de tout le monde qui m'en-

Castellamare, 17 août 1837.

Natalie m'envoie d'Ischia une plume toute taillée pour vous écrire , chère bonne Valentine, sans doute d'après les plaintes que vous lui faites de mon silence prolongé. Cependant je n'ai pas été le dernier à écrire, je vous ai adressé depuis près de quatre mois une longue et triste lettre après la mort de mon dernier frère, à laquelle je n'ai jamais reçu de réponse. .... Je suis tombé, depuis quelque temps, dans un état d'apathie inexpugnable; mon écritoire est desséchée et mes pinceaux mal tenus sont durs comme de la corne.

Cela ne m'empêche pas de vous chérir comme dans ma jeunesse, lorsque je n'avais que soixante ans, mais cela m'empêche de vous écrire; cela n'empêche pas non plus la belle nature de Castellamare d'être ravissante. Son aspect me ranime de temps en temps, et c'est dans ces moments que je me propose de commencer un paysage et d'écrire une lettre bien aimable à Valentine, mais pour le lendemain. Vous qui êtes l'activité personnifiée, vous ne pouvez pasvous faire une idée de ce malheureux état de l'âme humaine; ma bonne femme en souffre plus que moi-même.

Pour m'amuser et me réveiller, elle me lit les gazettes, impuissante ressource ! J'écoute les nouvelles d'Espagne et les progrès de don Carlos avec attention et plaisir ; mais dès qu'elle en vient à la chambre des Lords ou à celle des Pairs, je m'endors si profondément qu'elle n'essaie pas même de me tirer de mon assoupissement. Je ne sais si vous connaissez personnellement le petit Boccapianola que nous occupons. Cette maison ne vaut certainement pas le casino Acton que nous devions habiter avec vous. Mais il y a quelques avantages, entre autres une terrasse , jardin de plein pied salon, bien ornée de fleurs et d'orangers, des petits sentiers escarpés dans la montagne qui mènent au grand Boccapianola, et qui font le bonheur d'Arthur. C'est surtout le matin à la pointe du jour que je jouis seul et en égoïste de ma terrasse.

La vue n'en est pas aussi étendue que cel l a Je ii montagne, cependanl je vois la mer, 1 \ ésuve et les îles lointaines au-dessus d.s toits de Castellamare , dont les maisons sont elles-mêmes en grande partie cachées par un bois de trèscitronniers, qui forment le premier plan du tableau.

Pour jouir de l'air de la campagne, surtout à Naples, il faut se lever de bon matin; personne ne le sait mieux que vous qui êtes toujours si matineuse, ei p mr de meille

linairement pour travailler que vous abré-

meil, au lien que moi. c'est uni-

i pour llàner que je quitte mon lit où le

quitté depuis longtemps.

Depuis treize jours, nous ne voyons pas un nuage; rien n'égale la beauté, la fraîcheur de cas premiers moments de la matinée. La vapeur variable qui couvre à cette heure le Vésuve et les lointains, les présente chaque jour sous un nouvel aspect. La montagne célèbre semble tantôt plus près , tantôt plus éloignée , suivant que le voile opalin qui la couvre est plus ou moins transparent. Quelquefois l'air est si vaporeux qu'on ne distingue plus le ciel de la mer; les toits et les tours de la ville semblent borner l'horizon et se dessiner dans le ciel, jusqu'à ce qu'une voile blanche, frappée par le soleil levant, et qu'on avait prise pour un nuage, vienne déceler la présence de la mer presque aussi lumineuse que le ciel.

Pourquoi ne venez -vous passer quelques matinées avec moi sur ma terrasse? Vos yeux, meilleurs que les miens, seraient les premiers à découvrir la voile et les contours d'Ischia, de Procida. Vous verriez paraître dans l'éloignement et blanchir les palais de Naples ; dans cette douce contemplation, vous oublieriez les chimères de Paris.

Mais le soleil commence à devenir chaud ; rentrons, chère amie, on nous appelle pour le déjeuner, venez vous asseoir avec les meilleurs et les plus tendres amis que vous ayez en ce monde. Hélas! voiià bien un rêve! je ne me repens pas de vous l'avoir raconté; c'est la meilleure manière dont je puisse vous donner une idée juste de mes occupations journalières , qui ne sont autre chose que des rêves ; ils ne sont pas tous aussi agréables que ceux qui me parlent de vous.

Je m'aperçois que je ne vous ai encore parlé que de moi, première charité envers soi-même, et je n'ai pris la plume que pour vous demander des nouvelles de votre santé. J'ai appris que vous avez toujours mal à vos beaux yeux; dites-moi de grâce ce qu'il en est, cela nous inquiète tous au dernier point. Que faites-vous donc à la campagne, chère enfant, sans pouvoir vous servir à volonté de vos yeux? Je crois que la peinture en plus grand que vous ne peignez ordinairement serait l'occupation qui vous fatiguerait le moins. Mes yeux se lassent facilement en lisant ou en écrivant , mais jamais en peignant, lorsque je puis le faire assez en grand pour me passer de lunettes

J'ai si mal écrit ma lettre, parce que la plume de Natalie, venue dans une lettre, n'a que deux pouces de longueur et mu tourne dans la main.

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