A MONSIEUR HUBER-SALADIN
Rome, décembre 183 1.
J'ai reçu hier, 4 du courant, votre lettre du 16 juillet, qui m'est revenue de Naples ainsi que les charmants dessins que vous envoyez à Mllc Ivanolf. Les dates vous prouveront que si ma réponse a tardé, il n'y a pas de ma faute. J'ai de même reçu dans le temps le petit écrit sur l'Italie. Mes idées à ce sujet sont, vous le savez bien, diamétralement opposées aux vôtres, et il serait bien difficile de nous entendre, même si, au lieu d'en traiter par écrit, nous avions une conversation suivie
. . . Ces grands mots d'émancipation de l'espèce humaine n'ont à mon avis aucun sens ; cxiste-t-il de nation plus émancipée que la française depuis plus de quarante ans? Qu'a-t-elle jusqu'ici? S'émanciper, c'est donc trahir trmentS, mentir pendant quinze ans, el s'en vanter, ruiner tOUt Commerce, abattre les signes d< la religion, etc., etc. Il faut avoir une grande philanthropie pour les générations futures, et une
foi bien vive de leur bonheur à venir, pour prendre intérêt à un semblable ordre de choses. Je n'accuse point la liberté de tous ces maux, comme vous le croyez, mais j'aime la liberté toute faite, parce qu'elle vient de Dieu, et je déteste cordialement la liberté que les hommes veulent faire, parce qu'ils n'en ont ni le droit ni les moyens. Le malheur peut donner le droit, mais la vertu seule peut donner les moyens; ces deux conditions manquent dans les révolutions modernes.
Qu'est-ce que la vérité ? demandait Pilate, et moi, je vous demanderai qu'est-ce que la liberté? Je crois qu'elle n'est autre chose qu'un bon gouvernement, quel que soit le nom qu'on lai donne. Vous me demandez : Qu'est-ce qu'un bon gouvernement? et je vous répondrai qu'il consiste dans une réunion d'honnêtes gens, soit qu'ils aient un roi à leur tête, ou qu'ils se gouvernent eux-mêmes. Si vos bons ancêtres avaient été corrompus au point où nous le sommes maintenant, vous ne jouiriez pas du bonheur dont vous vous vantez aujourd'hui. Quant à ce que vous me dites du mouvement des esprits qui ne peut être rétrograde, je suis parfaitement de votre avis, je crois seulement que ces mots: mouvement des esprits, force des choses, impulsion générale, sont des sobriquets que les philosophes modernes ont donnés à la Providence3 qui conduit tout à ses fins par des voies impénétrables; aussi je ne porte aucune haine aux hommes égoïstes et sans foi qui, par orgueil et pour un intérêt personnel, bouleversent le monde; ce sont des outils de la Provi-
dence, mais je les plains, et pour rien au monde je ne voudrais être un de ces instruments. Cette providence ne peut pas vouloir le désordre final, elle y mettra ordre sans doute et d'une manière que personne ne peut prévoir. Lorsqu'il nie vient en idée quelque système d'amélioration' ou de réforme politique, je crois entendre le bon La Fontaine qui me dit à l'oreille :
C'est dommage, Garo, que tu n'es point entré Au conseil de Celui que prêche ton curé.
Et je n'attends pas qu'un gland me tombe sur le nez pour louer Dieu de toutes choses. Ces idées vous paraîtront quelque peu surannées, mais vous y reviendrez peut-être un jour.
Parlons maintenant des belles gouaches que vous envoyez à Natalic ; elle vous en remercie beaucoup et a été charmée de voir que vous n'aviez pas oublié votre promesse. J'ai cru reconnaître dans un des tableaux une vache dont j'ai vu le dessin sur papier gris dans l'atelier de monsieur votre père à Cour, il y a bientôt quarante ans. Nous les garderons pour les faire encadrer en Russie, car ils sont trop grands pour être places dans un album.
Je dnis sans doute à l'amitié de M. Dcodat l'insertion de mon mémoire sur les couleurs; j'ai vu avec chlgrin que le prote a omis une ligne entière dans la i:"" page, ce qui me fait avancer un fait qui n'existe pas; en revanche, on a corrigé
une Faute de françaia : Li nacre au lieu du nacre ■ I ie ('avait écrit, ainil il y a compensation.
Je suis reconnaissant de tout ce que vous voulez bien me dire de flatteur dans votre lettre ; j'accepte le tout comme une marque d'amitié de votre part, et non autrement; j'espère que vous recevrez de même es que je viens de vous écrire; si vous sentiez quelque disposition à en être fâché, contentez-vous de croire que ces réflexions viennent d'un vieillard retardataire, qui n'est pas à la hauteur des lumières du siècle, mais que cela ne nuise pas aux bons rapports qui existent entre nous et que j'ai le plus vif désir de pouvoir conserver.
M. et M'ue Eynard m'avaient promis de m'envoyer l'ouvrage de M. Deodati sur le Christianisme, mais ils ont été en voyage. Jusqu'ici, vous avez pris de si bonnes mesures pour me faire parvenir vos dessins, qu'ils me sont arrivés comme des nues sans que je sache par qui, ni comment. Si vous pouviez m'envoyer le livre en question par la même voie, vous me rendriez un vrai service et je vous en serais très-reconnaissant. Je vous prie de remercier l'excellent M. de Wansbcrg de son aimable souvenir, de ma part et de celle de mes deux dames, et de le féliciter sur la naissance de sou petit-fils : Generatio rectorum bene* dicetur.
J'ai appris avec une grande satisfaction le rétablissement de la santé de M. "Wernet, et je désire vivement que le temps agisse avec toute son énergie naturelle sur la douleur de Mme de Staël, sans produire aucun changement sur son angélique visage. Le pouvoir de consoler est la seule bonne qualité du temps. Veuillez, lorsque vous en aurez
l'occasion, me mettre aux pieds de ces dames et croyez aux sentiments les plus vrais,
De votre tout dévoué.
au mi"; me.
Rome, S mars iS-,2.
J'ai tardé à vous répondre pour une raison que je ferais peut-être mieux de ne pas vous donner, car les plaisirs et les tracas d'un carnaval excuseraient mal le retard que j'ai mis à repeindre à votre aimable lettre, dans laquelle vous m'annoncez l'excellent ouvrage de M. Dcodati et une nouvelle production de votre plume. Je recevrai le tout avec beaucoup de plaisir et de reconnaissance.
Nos plaisirs de Rome ont encore fini brusquement, comme l'an passé, par la prise d'Ancâne, Tous les ministres étrangers ont contremandé les
fêtes pour lesquelles ils avaient déjà fait les in\ita-
lui vie France, qui tenait bon. a contremandé ion bal la veille même du jour fixé, prévoyant qu'il j aurait été seul avec sa famille. Comment cela
Rnira-t-il? Dans tons les événements qui se sont I mes yeux depuis quarante ans, j'ai sou-
vent Cherché dans l'avenir ce qui me semblait le plus
probable; ensuite j'imaginais le contraire, croyant
deviner l'un ou l'autre, mais il est toujours arrivé un troisième résultat auquel je n'aurais jamais pu songer; il vaut donc mieux ne pas s'embarrasser de l'avenir et l'attendre patiemment; c'est le parti que je prends aussi pour tout ce que vous me dites dans votre lettre ; malheureusement je ne verrai jamais le dénoûment du drame, ou plutôt de la farce, qu'on joue actuellement en France et qu'on s'apprête à répéter et à traduire dans le reste de l'Europe, et je pense même que vous-même, tout jeune que vous êtes, vous ne vivrez pas assez longtemps pour en être le témoin. Si l'on peut prévoir quelque chose en général, c'est qu'il ne peut résulter rien de bon de l'immoralité et de l'irréligion, c'est que le gouvernement représentatif est impossible sans liberté de la presse, et qu'aucun gouvernement ne peut exister avec cette liberté dans une nation corrompue, enfin qu'une catastrophe sanglante est inévitable, à la suite de laquelle une main de fer, comme celle de Napoléon, peut seule rétablir un ordre quelconque momentané pour recommencer ensuite de plus belle. Voilà mon opinion, à laquelle, comme je vous l'ai dit, je ne tiens pas davantage qu'à celle qui lui sera contraire, mais j'espère en Dieu qui peut tout arranger et qui seul le peut.
En voilà assez de politique, dont je m'occupe bien peu. Je veux maintenant vous parler de la perte que vous venez de faire dans la personne de votre excellent oncle. Depuis longtemps il ne voyait plus les objets matériels, et son intelligence éclairée et supérieure, en passant dans un autre
ordre de choses, n'a fait que continuer dans l'éternité une vie mortelle et sans tache. J'ai quelque regret que vous ayez occupé ses derniers jours en lui lisant les rapsodies que je vous avais écrites ■et que je ne vous aurais peut-être pas mandées si j'avais pu prévoir qu'il les lirait.
Veuillez, je vous prie, dire mille choses aimables à M. Deodati et le remercier d'avance pour son livre que je recevrai avec grand plaisir ; rappelez-moi aussi au souvenir des personnes de la colonie genevoise de la place d'Espagne, qui sont encore près de vous; je crois que M. et Mme Eynard sont à Paris.
AU M Ê M E
\ iples, !-, mai i~5v
Je pense, Monsieur, qu'à l'heure qu'il est vous êics à Paris, et je m'empresse de vous remercier pour l'aimable envoi que vous m'avez fait de votrs Écharpe. J'ai lu avec le plus grand plaisir opuscule ; vous vous étiez proposé uiu difficulté à vaincre en évitant les catastrophes ordinaires de tous les romans du jour, et je trouve que vous y avez parfaitement réussi; mais laeimntiment ne Bont pas de mise aujourd but. L'Écharpe, je vous en avertis, aura moins de lecteurs que les Tours de Wotre Dame de
CORRESPONDANCE. 2j
V. Hugo, mais ils seront d'une meilleure espèce, et cela doit vous suffire.
Votre petit livre, dont le style est clair et élégant, est entre les mains de Mlle Ivanoff, qui le traduit en allemand avec son maître; votre gloire n'y gagnera pas beaucoup, mais c'est toujours un suffrage de plus. D'après la facilité que vous avez d'écrire d'aussi jolies choses, il me semble que vous pourriez choisir un sujet plus étendu et y mettre le temps nécessaire, je crois ne rien hasarder en vous promettant des succès.
Mlle Silvestre, qui a passé quelque temps à Naples, m'a communiqué votre brochure sur la tolérance, que, par parenthèse, vous m'aviez annoncée et que vous ne m'avez jamais envoyée. Je l'ai lue avec beaucoup d'intérêt, quoique nous différions un peu dans nos idées à ce sujet. La tolérance religieuse absolue peut être bonne dans l'état actuel des idées à Genève. Dans un pays où il y a tant d'opinions différentes qu'il est impossible de concilier, le mieux est sans doute de les tolérer toutes, présentes, passées et à venir, mais ce système n'ouvre-t -il pas la barrière à tous les écarts de l'esprit humain? Cette tolérance absolue n'est autre chose que l'agonie de la religion. Vos idées sur la part à prendre dans les affaires politiques me conviennent davantage : heureux celui qui, comme nous, est simple spectateur ! Je cherche vainement parmi les acteurs de tous les partis celui à la place duquel je voudrais être, à commencer par Charles X jusqu'à M. de La Fayette, en passant par le juste-milieu.
i!0 Cl) R R Es PON D A N C V.
Lorsqu'on se trouve placé dans la bagarre par les circonstances, on a bien de la peine à mettre d'accord sa conscience avec les événements imprévus, à mener de front l'amour qu'on a pour son pays au milieu de l'égoïsme de ceux qui le gouvernent. Veut-on s'attacher à des souvenirs, à ce que le cœur et la raison vous montrent comme légitime? Voilà la ducliessede Berry qui vous donne un coup de massue sur la tête. Contentons-nous donc, Monsieur, du sort favorable qui nous a placés en dehors du tourbillon.
Je me félicite chaque jour d'en être encore plus éloigné que vous. Si l'on m'objecte que je suis sous le joug, je répondrai qu'il est léger et qu'il me laisse la liberté de saisir en passant l'herbe et les rieurs qui sont sur le bord du chemin, avantage que n'ont pas pour le moment les rédacteurs libres de plusieurs journaux.
Je savais que vous avez habité le même appartement que j'occupe; la belle terrasse est déjà garnie de Heurs, c'esl pendant le printemps el l'automne noire salon ordinaire. Je l'ai déià arrêté poiir l'hiver prochain, et j'ai pris une maison de campagne pour l'été à Casiellaniare. Plus on vil à Naplcs et plus ou B'afTectionne à ce d pays; le climat et les habitants, la terre cl le tnblenl avoir fait m\ pacte pour en rendre i ■ jour en< hanteur.
J'ai écrit à M Deodatl pour avoir le dernier
ouvrage de M. Topffer, La description que vous
ii n m. m; éi i i\.iin m'a i - mbl<
tirée de W.ilM Siolt, qui iUVI m B plu. i
dans une écorce trompeuse l'esprit et l'originalité. Adieu, Monsieur, conservez-vous, jouissez des ressources variées que vous trouverez dans Paris et surtout en vous-même, et croyez à mes sentiments les plus dévoués.
A MADAME LA VICOMTESSE DE MARCELLUS
Naples, mai 1833.
Je vous écris de ma propre main qui a failli devenir immobile; heureusement mon cœur dans lequel vous étiez bien .établie, n'a pas permis cela. J'ai souvent pensé pendant ma maladie aux inquiétudes que vous deviez éprouver dans votre bateau, et lorsque j'ai pu commencer à manger et à boire un peu de votre bon vin de Bordeaux, je n'ai pas manqué de vous en faire une libation. Ainsi, chère bonne amie, si Dieu le permet, nous nous reverrons encore et vous me payerez tous les arrérages d'amitié que ma maladie et votre départ avaient accumulés. Combien j'ai été touché, chère enfant, lorsqu'on m'a dit que vous vouliez retarder votre départ !
Adieu, embrassez M. de Marcellus.
Au revoir !
A LA MEME
Naples, II juin 1833.
Vous vous attendez sûrement en voyant la date de ma lettre qu'elle est écrite à Castellamarc, mais, hélas ! il n'en est rien, nous sommes encore à Napk-s, à notre corps défendant, car il faut que vous sachiez, chère bonne Valentine, que Natalie a eu la fièvre; elle a payé son tribut après ses vieux parents, mais il a été plus faible; 1111 joli petit refroidissement avec des maux de tête et de la fièvre, insensible le matin et qui augmentait le soir. Il faut maintenant attendre quelques jours pour laisser revenir les forces; la voilà sur pieds jusqu'au premier bal où elle se placera auprès d'une fenêtre ouverte, après avoir dansé la galoppe, C'est ainsi qu'elle a attrapé sa maudite fièvre i]ui nous a tous déconcertés au moment de partir pour la campagne. Pour combler la mesure des contre-temps, l'utile Rasile est aussi tombé malade. Voua savez qu'il est le bras droit de ma
, i' 'Mi le ménage roule sur lui.
J'avais déjà emballé mes couleurs et mes toiles i ■ n;: 1 omm • l'oiseau sur la branchi 'uni m. Roular a éti ti attable,
laisse jour par joui' noire appartement,
CORRESPONDANCE. 2p
mais nous payons ainsi deux loyers à la fois, c'est comme de la rhubarbe sur les macarons.
J 'espère que ma dernière lettre adressée à Matour vous aura suivie à Paris.
J'avais totalement oublié votre itinéraire, ou plutôt je ne l'avais jamais su. Natalie me dit qu'on a parlé vingt fois devant moi de votre court séjour à Audour, de l'époque de votre départ pour Paris, mais ces moments de conversation qui pourraient m'intéresser sont tellement noyés dans les discussions de toilette et les comptes de ménage, comme des éclairs brillants dans une nuit d'orage, que le plus souvent je n'entends rien, par la bonne raison que je n'écoute pas. Au reste cette critique amère pourrait bien retomber sur moi, et sur le compte de mes distractions souvent incommodes pour mes amis; j'en conviens volontiers et je ne me les pardonnerais pas, si je n'avais pas des exemples respectables à alléguer.
J'estime et j'aime en effet des personnes d'un esprit supérieur, d'un excellent caractère, qui n'écoutent pas toujours quand on leur parle et qui ne répondent que quand cela leur convient. Une de ces personnes est la plus jolie et la plus aimable des femmes que j'aie jamais vues, devinez? Si je ne connaissais pas votre modestie, vous pourriez croire que j'ai parlé de vous, chère Valentine! Je fais de mauvaises plaisanteries pour cacher mon humeur. J'en ai beaucoup, premièrement parce que je suis encore à Naples, secondement parce que vous n'y êtes pas, troisièmement parce que je crains que vous n'y retourniez pas ;
cette vilaine idée me revient si souvent, qu'elle prend la tournure d'un pressentiment
Lebzettern a donné un bal superbe, le prince Corsine un autre dans la maison de lord Hartfort. La terrasse était couverte d'une tente bleue cl blanche, ce qui dégageait l'appartement ; c'est là où l'on a soupe. La famille royale et le grandduc de Toscane ont assisté à l'un et à l'autre, mais le roi n'a pas jugé à propos de rendre la politesse. L'heureux couple est reparti avant-hier. Le grand-duc en passant sous nos fenêtres vit de la paille dans la rue, qu'on y a placée pour M"le Vilain XIV qui a fait une fille, et demanda qu' était malade; on lui dit que c'était moi! ma, femme le désabusa le soir chez Lebzettern, et il me fit dire par elle qu'il voulait me voir. J'ai donc été lui faire ma cour le jour du Corps de Dieu. Il me dit :
« Je suis bien aise de vous voir, cela me rappelle Pise et un temps heureux. »
On dit qu'il regrette la défunte duchesse, mais il est très-heureux que la raison d'Etat l'ait forcé de l'appliquer la consolation d'une jeune et jolie femme; c'est le remède par excellence dans une semblable circonstance.
Une circonstance bizarre a eu lieu dans une m que le grand-duc a faite à Pompcï. Il voulut saper lui-même dans une fouille qu'on mitait pour lui et bientôt on découvrit un squelette, puis un autre, puis un troisième; un des trois .t. ut dn ; . Le premier avait
CORRESPONDANCE. ?î
un anneau d'or au doigt, un ministre le prit et l'offrit au grand-duc qui le mit à son doigt et le porta jusqu'à son départ de Pompéi ; il le rendit alors.
Les gens superstitieux ont trouvé singulier que, venant à Naples pour recevoir l'anneau conjugal, un squelette en prît l'initiative
Il y a eu ici une conspiration dont on ne connaît pas les détails; un bas-officier appelé Rozarolo avec un de ses camarades voulaient tuer le roi, lorsqu'il va seul à Cazerte. Ayant été découverts par un complice, les deux conjurés se "sont tués, mais l'un s'est manqué et vit encore. On a arrêté les frères de Rozarolo, on ne sait rien de plus.
M. Langiani me charge de le rappeler à votre souvenir, et vous prie de lui apporter le Voyage autour de ma chambre
A LA MÊME
28 juillet 1S35.
Le duc Saint-Théodore a reçu des
nouvelles de Païenne. Si le comte de La Ferronuays vous écrit, il connaît tous les détails de
j a CORRESPONDANCE.
cetie lettre dont la substance est que la duchesse de Berry est arrivée en bonne santé à Païenne; elle est beaucoup mieux portante qu'on ne l'avait vue à son dernier passage à Naples, ce qui dément toutes les plaintes de la Galette. On lui avait préparé un logement au château, elle a préféré le casino Butera qu'elle loue à raison de 300 ducats par mois. Le duc de Monteleone l'a été visiter à bord de la frégate avec un officier de santé pour toute escorte ; elle a désiré coucher à bord ; le lendemain le général Bugcaud l'a remise au duc de Monteleone, dont il a repris un reçu, et s'est aus. sitôt embarqué sur un brick français pour retourner en France,
Le comte Luchesi s'était rendu sur le vaisseau à l'arrivée de Madame; ils partirent ensemble dans la même voilure pour le casino Butera, elle y distribua les appartements et choisit une chambre à coucher dans laquelle elle ordonna que l'on fit monter un petit lit .
J'oubliais de vous dire que la nouveau née était
du voyage et qu'elle se porte bien.
M. de La Ferronnays a écrit à Madame pour lui
dire que la discrétion seule l'empêchait d'aller lui
(aire sa cour, mais que si elle avait quelque com
munication à l'aire à Prague, et si elle manquait
i l'un pour cet objet, il était à ses ordres,
CtC, etc., etc
nouvelles, je vous eu donnerai une rtanl >. 'est qu'il m'est survenu une
série J le bras gauche qui m'ont tait
souffrit el qui ue sont pas encore terminés; c'est
un reste de ma maladie. M. de Mun prétend que c'est fort heureux, et que c'est une marque de santé, et que cela n'arrive qu'aux jeunes gens, ce dont il me félicite, mais ma femme dit que cela ne signifie rien.
Castellamare est toujours sublime, même malgré le mauvais temps; une tempête de trois jours a fait de grands dégâts ici, les bains ont presque tous été emportés et cinq personnes ont péri. A Naples une trombe s'est montrée à la pointe de Pausilipe, elle a passé devant la villa Reale et sur le château de l'Œuf, où elle a jeté une sentinelle dans la mer; de là elle a renversé de fond en comble les bains de la Marinella, balayé dans la mer tous les hommes qui se trouvaient sur le pont d'une goélette royale ; on les a sauvés, mais on compte seize morts en ditférents lieux, victimes de ce phénomène. Je n'avais encore jamais vu de nuages semblables à ceux qui se sont promenés dans le ciel, ou pour mieux dire sur la terre, car le Vésuve ne se voyait plus ; c'était superbe, et si cela ne faisait du mal à personne, je serais charmé d'en voir une seconde représentation
A LA MEME
z août 1833.
Nous sommes dans le monde jusqu'aux
oreilles et à faire pitié.
Les Mua sont fort aimables et prévenants.
J'aime beaucoup M""' de Biron, qui a Je l'esprit et de la simplicité.
Nous avons aussi été présentés chez la grandeduchesse Stéphanie. C'est le Lépreux qui me l'a rendue favorable; elle rencontra ma femme chez Lcbzettern, lorsque je ne sortais pas encore, et lui demanda la permission d'être amoureuse de moi; je vois d'ici votre jalousie.
Vous seriez jalouse comme je le suis
des ouvrages de M""' de Mun, surtout de Bon activité. Chaque jour voit paraître un nouveau pris dans les environs, elle en a déjà une vingtaine, elle est inimitable comme Tureniie. Pour moi je n'ai encore fait qu'un seul paysage, D ai deux autres en train. Je veux que VOUS m'approuviez ;i votre retour. J'ai vernisse vos tableaux chez M. de La Ferronnayi; ils vous
feront plaisir, lorsque vous les verrez dans leurs
■upei bi s cadresi
Le clair de lune fait un effet merveilleux ; vous savez que le dépositaire se l'est approprié. J'en aurais fait autant à sa place, et ce larcin peut se défendre devant tous les jurys ; comme cet homme qui avait volé un crucifix d'argent et qui disait pour sa défense qu'il l'avait volé par dévotion ! Bonne chère Valci.tine, savez-vous que le temps passe, nous voilà au 2 d'août, le mois de novembre s'approche peu à peu, et me fait battre le cœur ; que sera-ce, quand je verrai fumer le bateau à vapeur qui vous amènera et qui paraîtra à la pointe de Pausilipe ? Je me ferai attacher comme Ulysse, pour ne pas me jeter dans la mer. N'êtes-vous pas une véritable Sirène, avec la différence, toute en votre faveur, que vous vous cou^ tentez d'embrasser vos amis au lieu de les manger, après les avoir séduits et attirés, preuve évidente des progrès de la civilisation depuis le siège de Troie. Si j'avais plus de papier, je vous écrirais bien d'autres folies, contentez-vous de ceiïe ci pour cette fois.
A LA MÊME
Naples, 6 septembre 1S3 3 .
Nous avons de bonnes nouvelles du
choléra de Pétersbourg; la maladie s'évanouit ra-
jrt CORRESPONDANCE.
pidement, personne parmi nos amis ou connaissances intimes n'en a été victime.
L'empereur et la noblesse se sont conduits admirablement, personne n'a quitté la ville comme on l'a dit dans vos journaux
L'empereur vient tous les jours de Czarkoe-Selo où il s'est établi pour les couches de l'impératrice; il parcourt la ville à cheval et reçoit la relation des inspecteurs de chaque hôpital, puis il va dans l'île d'Yélaguin, où il a un palais, et reçoit ses ministres et ses généraux et revient le soir à Czarkoe- Selo.
Il y a un hôpital dans chaque quartier à la tête duquel est un personnage distingué. Tous les jeunes gens des premières familles se sont fait inscrire comme adjoints au directeur. Le jeune Demidoff, qui a deux millions de roubles de rente, est adjoint à l'hôpital qu'il a établi à ses frais. Aucun médecin, ni directeur, ni adjoint, n'a pris la maladie; on est persuadé à Pétersbourg que la maladie n'est pas contagieuse.
Le 10 juillet, époque du plus haut période de la maladie, il y a eu 579 nouveaux malades, 237 morts et seulement +H gucrisoiis, et le 29 juillet.il y a eu 11+ nouveaux malades, 13 j guéris et 39 ceci est « officiel ». J'espère que le fléau ne parviendra pas jusqu'à nous.
L'impératrice est accouchée heureusement d'un prince .i, Oas. Cetle bonne race ne périra
Je ne VOUS dis rien de iws projets, que VOUS
|ul n'.. ni poinl i hangé.
Nous serons à Rome pour le icr ou le 2 de novembre, quoiqu'on n'y soit pas sans quelques petites inquiétudes politiques. Mais si les affaires de Pologne se terminent ou sont terminées, comme il est probable, cela peut tranquilliser beaucoup de monde. Vous savez que les cinq principaux jacobins polonais ont quitté la partie et se sont rendus avec cinq cents de leurs partisans à Cracovie.
On traite maintenant pour épargner le sang, et l'absence de ces enragés peut amener un bon résultat
A LA MÊME
Naples, 24 septembre 1S53.
Il y a eu à Ischia une cure miraculeuse. Une jeune fille de vingt ans, perdue de la ceinture aux pieds depuis quatre ans, avait fini ses bains sans la moindre amélioration, et devait partir le même jour que ma femme; la veille, son vieux père et toute sa famille ont été à la messe avec elle et ont communié; la jeune fille s'est endormie pendant les litanies de la Vierge qu'on a chantées après la messe et s'est réveillée tout à coup avec des mouvements convulsifs ; elle a demandé de l'eau, s'est plainte de vives douleurs, puis s'est mise à marcher et s'est jetée à genoux aux pieds de la Madone. Les parents sont dans la
j » CORRESPONDANCE.
joie, ils ont donné tout ce qu'ils avaient d'argent aux pauvres. Les uns disent que c'est l'effet des eaux, Ijs autres que c'est un miracle. Je crois que c'est toujours un miracle quand on guérit d'une maladie, et que c'en est un de n'être pas perclus. Adieu, chère bonne Valentineka, je suis à vos pieds.