L'EXPÉRIENCE AÉROSTATIQUE DE CHAMBÉRY
E me hâte, mon cher comte^ de mettre fin aux alarmes que vous aurez sans doute conçues sur le sort de notre pauvre ballon : après les maleurs du 22 avril, avec quelle impatience n'aurez-vous pas attendu dans votre paisible château la nouvelle d'une expérience plus heureuse ; mais peut-être sera-t-il nécessaire, avant de vous faire part de nos succès, de revenir sur cette triste journée du 23. On a dit que notr» ballon était mal construit; on a dijt qu'il n'avait jamais pu s'enfler; on a dit que sans respect pour les premiers cléments du calcul, nous avions essayé de lui faire porter trois, quatre, cinq, et jusqu'à sept personnes; on a dit..:.. Eh! que
n'a-t-on pas dit? Puisqu'on mentait dans l'enclos ds Buisson-Rond, on peut bien croire que la vérité n'était pas fort respectée à vingt ou trente lieues de nous. Au reste, désirez-vous quelques détails rapides sur ce fâcheux événement? Vous allez être satisfait.
D'abord, nous nous étions promis à nous-mêmes que le ballon serait construit, lancé et monté par des citoyens; en conséquence, nous refusâmes expressément le secours de quelques étrangers experts qui nous offraient leurs bras, et nous les remerciàmjs de leur bonne volonté, sans vouloir en profiter. De plus, parmi cette foule d'ouvriers, d'artistes et d'amateurs qui ont concouru à l'entreprise, une seule personne avait vu lancer un ballon portant des hommes; et cette personne n'a pu assister au second essai. En sorte que nous nous étions enviroimés volontairement de toutes les difficultés qu'entraîne l'inexpérience, uniquement pour avoir le plaisir de les vaincre. Ce trait de vanité nationale (la seule bonne, par parenthèse) nous a valu une petite humiliation passagère. La théorie la plus réfléchie ne pouvant suppléer parfaitement au défaut d'expérience, quelques-uns de nos aperçus se trouvèrent faux : le filet pesa beaucoup plus que nous ne l'imaginions: nous 'comptions sur une galerie de 250 livres, elle pesa le double. Ce n'est pas tout : le ballon, hissé avec trop de précipitation, se trouva enflé dans dix minutes, et ce fut là une faute capitale; car si l'on se presse trop, la raréfaction est beaucoup moins parfaite, ou peut-être faut-il l'attendre
avec beaucoup plus de patience que nous n'en montrâmes dans cette occasion. Cependant, le public trop fatigué par l'attente et trop avide du spectacle, demandait l'élévation, et par malheur, ces deux sentiments gagnaient l'estrade : pour comble d'infortune, les ouvriers avaient dîné : après un assez grand nombre de manœuvres inutiles , on imagine de soulever la galerie dans l'espérance qu'on établirait ainsi un courant d'air capable de déterminer le départ. On entoure la galerie, on l'élève à force de bras; le câble était relire : on transporte la machine au bord de l'estrade; autre faute qui nous approchait de la dernière. Alors Je ne sais quelle chaleur inexplicable s'empare de toutes les têtes' : mille voix s'élèvent à la fois; on ne s'entend plus. En vain M. Tioilier, dont le zèle égale les talents, avertit qu'on va tout perdre ; un ouvrier s'écrie dans un style qu'il n'est pas possible de bien rendre : « Jetons-le bas! Peut-être il partira. » Ce beau conseil est suivi : l'infortuné ballon, au lieu d'être lancé est jeté; et fidèle aux lois sacrées de la gravitation, il va tomber sur le pré au pied de l'estrade. Dans sa chute, il rencontre un clou énorme planté imprudemment dans le mât. Le clou s'engage dans le filet et en fait sauter vingt m.ailles. Cette secousse prodigieuse fit tomber le ballon de côté; et ce fut là ce qui nous fit craindre un moment pour un des voyageurs qui se trouvait au-dessus du foyer par la chute oblique de la galerie. Cependant il n'arriva rien de malheureux. Les secours furent prompts, et les cordes coupées lestement,
le ballon, débarrassé de son pesant attirail, s'éleva seul et fut bientôt renversé par le poids du filet : il ne perdit à ce jeu que sa doublure de papier et une portion de deux ou trois fuseaux brûlés un peu au-dessous de Véquatetir.
Jugez, maintenant, mon cher ami, de l'excellence de tant d'épigrammes à la glace décochées contrele ballon deChambéry! Nous nous sommes trompés sur quelques points, et c'est tout : voyez le grand miracle! Nous avons fait aussi bien et même mieux que le renard de La Fontaine :
D"abord il s'y prit mal, puis un peu mieux, puis bien, Puis enfin il n'V manqua rien.
Après le succès malheureux de la première expérience, les souscripteurs, loin de se décourager, s'empressèrent de former les fonds nécessaires pour réparer l'aérostat; et ils se promirent bien de profiter de leurs fautes pour s'assurer une réussite complète. En conséquence, on commença par supprimer le filet qui recouvrait l'hémisphère supérieur du ballon; c'était d'abord une économie de poids considérable, car cette lourde coiffure ne pesait pas moins de 180 liv. Pour suppléer au filet, on doubla les deux nervures: ce qui perlait les cordes au nombre de +8, force suffisante pour maintenir la forme du globe et s'opposer à l'expansion du fluide intérieur. Ensuite, on pensa à la galerie : lors de la première expérience, elle pesait près de 500 liv. et n'avait pas cependant la force nécessaire. Pour obtenir tout à la fois plus de solidité et plus de légèreté, on fit construire
un grand cercle de bois de frêne ayant pour diamètre l'ouverture du ballon, et l'on y fixa solidement, à distances égales, deux espèces de paniers formés des débris de l'ancienne galerie; CCS paniers , assez semblables à deux tribunes, avaient ii pieds de longueur extérieure, et 9 seulement à l'intérieur : ils suivaient la forme du cercle, et on les avait divisés par des tringles de fer en trois cases égales, dont celle du milieu était destinée au voyageur et les deux autres aux provisions : le tout, avec les ferrures, pesait environ 300 liv. Quant à la forme du ballon, nous ne voulûmes rien y changer, parce qu'en effet la forme sphérique est incontestablement la plus avantageuse : vous ne sauriez croire combien on nous a chicanés sur cet article. De tous côtés on nous accablait de prophéties sinistres, et l'on nous prouvait par de beaux arguments que la rondeur parfaite d'un grand ballon s'opposerait à son ascension. Si l'événement ne nous dispensait pas de répondre à ces Messieurs, nous leur conseillerions de construire incessamment un aérostat en forme de fuseau de 20,000 pieds de longueur, avec lequel ils pourraient aisément percer l'air et s'en aller droit à la lune déboucher une de ces bouteilles visitées par feu Astolphe.
Quand toutes les formes seraient indifférentes, il conviendrait toujours de se déterminer pour la sphérique, eu égard à l'excellence intrinsèque de cette forme si fort célébrée par la docte antiquité :
ARISTOTE, Monsieur, péri Méteôrôn Dit fort bien . •
N'ajlez pas, s'il vous plaît, me dire comme le Dandin de Racine :
Je prétends
Qu'Aristote n'a point d'autorité céans.
Tant pis pour vous, mon cher, si vous ne respectez pas lis anciens : croyez qu'il faut toujours en venir là Si je disirais vous expos.-r une idée du philosophe de Staizyrc,
C'est que 1 autorité du Péripatétique Prouverait que la forme. . .
Si cependant celte érudition vous ennuie, je suis prêt à finir; mais j'ai peine à croire que vous comptiez pour rien le témoignage de tout ce que l'antiquité a produit de plus illustre. Je ne vous parle pas seulement d'Aristote ; mais Thaïes et Pytlijgore, cites dans de très-gros livres, Plulémâe, Cléomcde, Cicéron. Plutarque, Al-Far^an, tous, en un mot, s'accordent à regarder la figure ronde comme quelque chose de merveilleu.\; tons la donnent pour l'emblème de la perfection, et le divin Platon avoue dans le Tintée « qu'on ne peul rien comparer à cette forme étonnante, qui renferme en elle-même toutes les autres formes. »
Vous voyez, Monsieur le comte, qu'indépendamment de toute autre considération, un simple motif de respect nous aurait déterminés pjur la forme que nous avons adoptée : nous soiigeâmcs J 'ailleurs :
(^ue tJu:eK Jes parties d'un ballon splicrique
n'étant que la répétition d'un modèle unique, le travail était fort aisé, et devenait pour les ouvriers, au bout de quelques jours, une opération mécanique qui laissait craindre peu de défauts;
Que dans la forme sphérique, la masse croissant en plus grande proportion que la surface, il n'y avait pas à balancer ;
Qu'il était plus aisé de gonfler uniformément le ballon : nulle forme ne favorisant davantage l'action d'une force quelconque également distribuée dans toutes les parties de la masse;
Et que la moindre hauteur du ballon, et le rapprochement du centre de gravité, le rendaient moins susceptible d'oscillations dangereuses.
Supposé que ces dernières raisons ne paraissent pas convaincantes par elles-mêmes, en les joignant aux précédentes, elles ne manqueront pas de faire beaucoup d'impression; d'ailleurs, elles acquièrent une certaine force par l'événement. Car enfin, ce ballon de 55 pieds en tous sens, qui portait une galerie de joo liv., un foyer de 80, deux hommes, et plus de 300 liv. de provisions, et qui par conséquent ne pouvait pas partir, est cependant parti le 6 du courant à la face du ciel, de la terre et du duché de Savoye. Nous croyons donc pouvoir exiger de nos détracteurs qu'ils se contentent de cette démonstration de fait qui nous paraît bonne et qui est à leur portée.
Revenons, s'il \oiis plaît, à notre narration. Je vous disais, je crois, qu'on s'était empressé de réparer les ravages causés par le feu. Les couteaux des sauveurs du ballon en avaient causé d'autres;
28 PREMIERS ESSAli.
mais le zèle des souscripteurs et l'activité des ouvriers qui travaillaient jour et nuit, permirent d'annoncer le départ pour le mardi 4. En effet, le ballon, parfaitement réparé, fut en place au jour marqué; mais le vent du nord-esl, qui soufflait sans relâche, ne permit pas d'exécuter l'expérience; et deux jours de suite, le public impatient se retira, après avoir passé tristement la journée à regarder l'estrade. Enfin, comme on avait remarqué que le vent soufflait plus faiblement vers le lever du soleil, le mercredi soir, un des travailleurs, embouchant le porte-voix, annonça par ordre des principaux directeurs de l'entreprise, que le ballon serait lancé le lendemain, à six heures du matin. La grande curiosité du public était de connaître un des voyageurs qui ne se montrait point encore. Primitivement, l'aérostat devait être monté par le chevalier de Chevelu, qui était le moteur et le chef naturel de l'entreprise; et le public, dont il est fort aimé, aurait bien désiré le voir suivre son projet; mais la tendresse paternelle s'opposa au vœu général ; et l'amour de la physique n'empêcha point un père alarmé de défendre net à monsieur son fils de monter cette voiture d'un nouveau genre. Les craintes du père et la soumission du fils les honorent l'un et l'autre; mais c'est avec le plus vrai chagrin que nous avons vu partir ce cher et aimable Chevalier, sans avoir retiré de ses travaux et de sos peines incroyables d'autre fruit que le spectacle d'une expérience nianquéc. Nous espérons au moins que la nouvelle du succès le consolera de tout.
Vous sentez bien que notre bouillante jeunesse offrait autant de voyageurs que de têtes ; mais pour prévenir Jes inconvénients qui auraient pu résulter de la concurrence, on convint de s'en rapporter au choix de l'autre voyageur qui demeurait en place : c'était M. Brun, jeune homme de beaucoup de talent, qui possède à vingtquatre ans des connaissances très-étendues en mathématiques ; bientôt il passe, avec l'agrément du roi, au service de S. M. le roi de Prusse. Nous souhaitons tous bien ardemment que ce premier pas soit pour lui un acheminement à la fortune.
M. Brun, privé de son premier compagnon, désirait vivement faire le voyage aérien avec le chevalier Maistre, volontaire au régiment de la marine, lequel, de son côte, en mourait d'envie; mais le départ du régiment fixé à l'heure même de l'expérience, et les terreurs paternelles rendaient encore la chose fort problématique. Il commença par se débarrasser du premier empêchement, en obtenant la permission de ne partir que dans l'après-dînée, et d'aller joindre le corps à Montmélian. A l'égard des craintes du père, il fut résolu, en grand conseil, qu'à les supposer bien violentes (ce dont il était permis de douter un peu), il suffisait de se taire et de faire confidence du départ au moment de l'arrivée. Le projet ne fut néanmoins décidément arrêté que le mercredi à l'entrée de la nuit; et de toute la famille du voyageur, une seule personne en fut instruite par hasard.
Les ouvriers passèrent la nuit du mercredi au
j O PREMIERS ESSAIS.
ieudi auprès du ballon; et dès trois heures du malin, il était gonflé par un feu léger, mais constamment soutenu. Il y a même apparence que cette raréfaction graduelle fut cause en grande partie du succès de l'expérience. A six heures, le public se rendit dans l'enclos de Buisson-Rond : tout était disposé pour le départ; le feu pétillait dans le fourneau, et les cordes bandées disaient : « Tout ira bien, n
M. Brun, en chemise sur l'estrade, donnait ses ordres; mais on ne voyait qu'un voyageur; le chevalier Maistre. en uniforme, sa croisait les bras, et ne montrait aucun projet. Cependant M. Brun saute dans son panier, et son compagnon de voyage, faisant le tour du ballon, s'approche du sien et se déshabille. Il faut noter que, par la disposition des lieux, le public n'occupait guère que deux côtés de l'enclos; et le panier destiné au voyageur anonyme était placé dans une direction opposée à la foule : il put donc s'y jeter sans être aperçu de beaucoup de monde, et au lieu de se tenir debout, il s'y coucha et se couvrit d'une toile. Dans ce moment, une des cordes qui suspendait son panier sauta tout à coup, sans doute parce que le ballon commençait à s'élever insensiblement, et que la corde n'ayant pas été scrupuleusement égalisée aux autres, se trouva trop courte et porta tout le poids. Mais le voyageur s'étant assuré par un léger examen que les autres cordes sulllsaient à sa sûreté, il ne jugea point à propos de perdre le temps en réparations inutiles, et d'alarmer peut être les esprits : alors,
l'REMlERS ESSAIS. jl
son frère, qui était sur l'estrade, toucha les cordes, lui dit un adieu laconique, et vint se miler à la foule. Enfin, l'instant désiré arrive, le grand câble avait disparu : le ballon parfaitement gonflé faisait des efforts visibles pour s'échapper; tous les coeurs palpitent : toutes les lunettes sont en l'air. — On demande silence. — M. Brun se tourne et tire un coup de pistolet. C'était le signal cjnvenu. On lâche toutes les cordes : rien ne retient le ballon; il quitte l'estrade; son foyer brille à tous les yeux; il est en l'air. — Tentsrai-je de vous peindre la sensation universelle? Non! Il n'y a qu'un ange ou un sot qui puisse l'entreprendre. Mais vous, mon cher comte, qui réunissez à tant de talents celui de la peinture qie vous possédez à un si haut degré de perfection, écoutez-moi! Broyez vos couleurs! Prenez votre toile, vos pinceaux : je veux vous offrir un modèle digne de vous. Voyez dans l'enclos ces jeunes personnes fixant des yeux humides sur ce ballon qui fuit comme la flèche. Peignez-moi cela! Faites-moi voir sur ces visages la pâleur de la crainte, l'ext.ise de l'admiration et le sourire de la tendresse; rendez-moi ce sentiment qui les suspend sur leurs sièges, et ce geste machinal qui va chercher le ballon dans les airs, qui le soutient, le dirige, et lui défend de tomber sur les rocs. Allons! mon cher ami, courage! Soyez sublime, soyez vous-, même! El que votre tableau dise comme vos modèles : u mon frère est là! » — Mais vous allez me dire que vous n'êtes ni ange m sot : continu mis.
A quelques toises d'élévation, M. Brioz se tourne sur l'enclos et salue l'assemblée avec beaucoup de sang-froid. Son compagnon, sentant qu'il était temps de quitter sa première attitude, se lève, prend le porte-voix, et fidèle aux promesses du Prospectus, il crie de toutes ses forces : Honneur AUX dames! Mais il ne fut guère ouï que des hauteurs voisines : car dans l'enclos, on pouvait dire presque au pied de la lettre :
Dieu, pour se faire ouïr, tonnerait vainement.
Dans ce moment, par le plus heureux hasard, le régiment de la Marine défilait le long des murs de Bitisson-RonJ, qui bordent, comme vous savez, la grande route de Piémont. Le ballon passa précisément au-dessus du bataillon, et les tambours battirent aux champs.
Cependant, le globe s'élevait avec une rapidité prodigieuse, mais presque perpendiculairement, au grand déplaisir des voyageurs qui regrettaient bien une de ces bouffées de vent qui nous avaient tant impatientés précédemment. Arrivés à une trèsgrande hauteur, un léger courant les entraîne lentement du côté de (thalles, dans la direction nord-est du lieu du départ. Malgré ce malheureux calme qui avait duré douze minutes, et malgré la faiblesse du vent qui s'élevait, le bon état de la machine et la sécurité p.irfaite des voyageurs liMir faisaient entrevoir un succès peut-être sans exemple. Mais, comme il faut touiours que, dans CC8 sortes d'occasions, on commette quelque faute
par défaut d'expérience, on s'était trompé sur la quantité des combustibles nécessaires :i8o liv. de bois paraissaient une provision suffisante. On était dans l'erreur, et cette erreur a rendu l'expérience beaucoup moins brillante.
D'abord, les voyageurs s'amusèrent à faire la conversation et à contempler la beauté du spectacle qu'ils avaient sous les yeux. Durant cet accès d'admiration, le feu déclinait et le ballon baissait ; on crut même dans l'enclos qu'il allait toucher terre ; mais les voyageurs s'apercevant qu'ils avaient baissé, ranimèrent le feu, et bientôt on les vit se relever. La plus haute ascension, marquée par les observateurs, fut de, 506 toises ; néanmoins (tout orgueil à part) les Argonautes aériens ont quelques doutes sur cette estimation. Assurément, rien n'égale la haute considération dont ils font profession pour les graphomètres et pour les tables des sinus; mais quand ils songent que les signaux dont ils étaient convenus pour marquer l'instant où ils voulaient être lorgnés n'ont point été aperçus ; que l'un des observateurs s'est vu forcé par les circonstances d'observer presque perpendiculairement dans une position embarrassante ; quand ils se rappellent qu'ils ont vu audessous d'eux la Dent de Nivolet, celle de Gravier, et le roc de Chafardon, ils croient (en attendant qu'on ait mesuré ces montagnes) s'être élevés au delà de %o6 toises. Le baromètre ne pouvait décider cette question. « Faites seulement vos observations, dit le chevalier Maistre à M. Brun, je me charge du feu. — Bon! dit ce
jj, PREMIERS ESSAIS.
dernier, j'ai cassé mon baromètre. » (On n'en avait embarqué qu'un; n'en dites rien, au nom de Dieu!) <■■ Et moi, reprit son compagnon, ^e viens de casser le manche de ma fourche . i>
C'était là un malheur d'importance, car au lieu de mettre les fagots tranquillcmeiU dans le foyer, il fallut les jeter, et le pauvre jeune homme, gêné par une pièce de fer placée en saillie sur le bord intérieur du panier, manqua son coup et perdit trois fagots.
Tandis que le ballon voyageait, la mère de M. Brun, qui n'avait pas eu le courage d'assister au départ, l'aperçut en l'air du milieu d'une place où elle passait par hasard. — » Ah! vion Dieu! s'écria-t-elle, ;t' ne verrai plus mon cher enfant!» Elle ne le vit que trop tôt, car les provisions manquaient aux deux Phaélons. Pour plus grande sûreté, et sur l'avis du célèbre physicien M. de Saussure, on avait réduit à deux le nombre des voyageurs ; le filet était supprimé, et la galerie allégée. On aurait pu augmenter considérablement la quantité des provisions. Le volume des fagots trompa les yeux; c'est à peu près la seule faute qu'on ait commise, mais clic était considérable. Furieux de se voir forcés de toucher terre avec un ballon parfaitement sain, les voyageurs brûlèrent tout ce qu'ils pouvaient brûler. Ils avaient une quantité considérable de boules de papier imbibé d'Iiiiile, beaucoup d'esprit-de-vin, des chiffoiiR, un grand nombre d'épongés, deux corbeilles contenant le papier, deux seaux dont ils versèrent l'eau : tout fut jeté dans le foyer. Cependant le