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la résolution de revenir attendre la mort à ses côtés? D'un incident, d'un scrupule qui semblerait bizarre chez un marin, en restituant la pudeur à la jeune fille, en faisant mourir, non plus deux inconnus, mais deux amants, le romancier tire d'un procès-verbal un drame pathétique, plus vraisemblable que la vérité. Il à corrigé la réalité, et assuré la popularité à un des cent mille épisodes du nécrologe maritime. Deux obscures victimes d'un sinistre sont transfigurées en deux héros qui ne sortiront plus de notre mémoire.
L'imagination de Xavier n'avait pas à faire tant de frais, mai? il n'en est pas moins intéressant de comparer la simplicité du fait, la réclusion d'un misérable lépreux, avec la scène touchante, avec le dialogue humain, attendri, qu'il a inspiré à notre conteur, M. A. Piedagnel a bien voulu nous communiquer une note écrite de la main même de Xavier, à Rome, le i" mai 1831, sur un exemplaire du Lépreux, appartenant au comte Joseph d'Estourmel. Voici l'autographe de Xavier de Maistre : i< Le lépreux, comme on le voit dans son histoire, est né dans la principauté d'Oneille, où il habitait une maison isolée près de la mer. Lorsque l'armée française vint envahir le pays, il crut devoir s'éloigner et vint à Turin, sans passeport ; on l'arrêta à la porte de la ville et on le conduisit chez le gouverneur, qui le fit placer dans un hôpital, jusqu'.i ce que sa demeure de la cité d'Aoste fût préparée ; il y était depuis quelques années, lorsque sa sœur, affectée de la même maladie, vint partager sa solitude. Outre cette sœur, il avait un frère plus jeune que lui, qui se destinait à l'état ecclésiastique et paraissait jouir d'une bonne santé ; mais, au moment de prendre les ordres, il fut attaqué par la lèpre, qui se déclara tout à coup sur une de ses mains. Le malheureux, voyant cet horrible mal augmenter rapidement, mourut de douleur dans un court espace de temps. C'est tout ce qu'on a pu recueillir sur ce sujet. » Signé : l'auteur de Vopuscuh ci-joint.
Que savait l'auteur sur son triste héros? presque rien,
on le voit, moins que M. G.Carrel, à qui nous avons emprunté pour notre i" volume quelques particularités curieuses; mais qu'importe? M. Carrel a reconstitué par ses investigations l'état civil et le bulletin de santé d'un pauvre mendiant, d'un pensionnaire d'hôpital; Xavier de Maistre a assuré une vie immortelle à ce misérable moribond ; il a, en écrivant un chef-d'œuvre, introduit ce paria à tous les foyers.
P'^ge LJ'II, ligne 4. — Le prèceplc Ae vie pratique que La Bruyère avait déjà appliqué. « Un bon auteur et qui écrit avec soin éprouve souvent que l'expression qu'il cherchait depuis longtemps, sans la connaître, et qu'il a enfin trouvée est celle qui était la plus simple, la plus naturelle, qui semblait devoir se présenter d'abord et sans effort. » (Des ouvrages de l'esprit, t. U'r, p. 106. Éd. Lemerre.)
Pi^e LIX, ligne 20. — Xavier de Maistre son disciple. Le Voyage sentimental de Sterne est de 1768. Si nous avions songé à comparer Xavier de Maistre au plus célèbre humoriste français du même temps, H. Bevle (Stendhal), ce ne serait qu'un rapprochement par contraste, car nous ne connaissons pas d'esprit plus paradoxal, plus sceptique, plus froidement ironique, plus incapable d'émotion naïve que celui de Stendhal.
Page LXII, ligne 2. — Voilà ma profession de foi politique. (Lettre d'août 1830.)
Page LXII, ligne ./. — Cet ouvrage, dit-il, n'est pas de via compétence. (Lettre de Naplcs, 1837.)
Page LXII, ligne 6. — Son inaptitude en celte matière. (Lettre du 3 avril 1839).
Page LXII, ligne i/. — El ne vous hriilera pas. (Lettre du 23 mars 1831).
Page LXII, ligne 28. — -Échauffourées misérables on criminelles. Parlant d'une insurrection à Bologne, Xavier de Maistre comparait les Bolonais à « des écoliers révoltés qui se barricadent dans la salle à manger de leur collège contre le père recteur ». Encore sent-on qu'en écrivant cette comparaison, il est dans un de ses moments d'indulgence.
Page LXIII, ligne 26. — Dans les loisirs de ma reiraile. A Audour. Ce château est situé dans le département de Saône-et-Loire, prés de Dompierre-les-Ormes, à 26 kil. de Mâcon. Le comte de Marcellus, arraché à la politique et à la diplomatie par la révolution de 1850, y partageait sou temps entre des travaux d'érudition et d'agronomie.
Page LXIV, ligne. iS. — Je la croyais plus avancée. Cette citation est tirée de l'ouvrage qui a pour titre : Chateaubriand cl son temps (p. 4^6).
Page LXIV, ligne 2S. — Quand Dieu t'y a faiâ naijire. Quatrain cix, p. 97. (Éd. Lemerre, 1874.')
Page LXV, ligne 12. — Soit qu'ils se gouvernent euxmêmes. Lettre de décembre 18? i, à propos de l'envoi de la brochure : Peu de mots sur l'Italie.
Page LXV, ligne 22. — Dans une autre lettre. Lettre du 18 mars 1832.
Page LXVI, ligne 16. — Emprunte à M. de Marcellus. (Voir les Grecs anciens et modernes, p. Ij6.)
Page LXVI, ligne 22. — Le tumulte des capitales et le choc des esprits. Rien de plus vrai pour Joseph qui, parlant de Paris, « la sage, folle, élégante, grossière, su-
blime, abominable, noble cité », écrit presque dans les mêmes termes que son frère :
< A travers le choc des partis, cette grande ville a toujours des charmes pour tous les âges et pour tous les goûts.... J'y ai trouvé cette espèce de séduction qu'on ne rencontre qu'à Paris, il est difficile d'en sortir...
« Je tâcherai de quitter cetteville et j'espèrey réussir ; » tandis qu'il se promet de s'arrêter dans sa patrie « aussi peu que possible ». A son départ de Saint-Pétersbourg (mai 1817) il éprouve une vraie joie d'enfant » d'aller faire un petit tour à Paris ». Xavier au contraire aimait et a souvent regretté ses montagnes de Savoie. Aussi VHarmonie de Lamartine remuait-elle dans son cœur une fibre toujours sensible en célébrant :
Cet air tout embaumé d'antiques souvenirs.
Page LXFII, ligne } — En daignant quelquefois emprunter sa plume. L'introduction des Soirées de Saint-Pétersbourg, qui rappelle le poétique début de certains dialogues de Platon, et quelques autres pages, sont dues à la plume de Xavier. On y sent en effet comme une note plus douce, plus attendrie.
Page LXVIl, ligne 4 — Un hymne du philosophe grec Proclus. L'hymne à Minerve Polymetis.
Page' LXVII , l'gne 9. — Quand je repasse mon Pater. Xavier ne pratiquait pas beaucoup plus le xvi« siècle que l'antiquité classique. Pourtant il est difficile de ne pas voir l.\, ce qui n'otc rien li la sincérité de l'accent, une réminiscence d'un beau pass.-.ge de Montaigne sur le Paler nosirc qu il voudrait que les chrétiens employassent toujours, t qui difl tout ce qu'il faut, de quoy il se sert partout, la seule prière qu'il ait en mémoire. » (Essais, iiv. 11, ch. Lvi, p. 455, iid. Lemcrre.) M. de Murcellus a bien pu, au souvenir d'une émotion comminic, mêler à ,011 insu un de ses propres souvenirs i\ celui de son ami.
Page LXVIIl, ligne ^, — S'écroulera sur ses archilectes, (Lettre du 24 août 1830.)
Page LXVIII, ligne S. — Les Muscs s'en mêlassent. Lettres et opuscules, etc., recueillis par le comte Rodolphe de Maistre, tome I", p. 66, lett. XVII. « 11 (Xavier) prétend que vous êtes nécessairement possédés du diable, vu qu'à notre âge les Muses ne s'en mêlent plus. »
Page LXVIII, ll^ne i/. — Au premier vers d'une e'pltte. Expédition noclurne, cl\. vu, page. 97 de notre édition.
Page LXVIII, ligne 16. — Certaine ode. Lettre de Joseph, 23 décembre iSoy.
Page LXVIII, ligne 17. — La pièce du papillon. (Voir à la fin de notre dernier volume, pagï 220.)
Page LXIX, ligne 9 . — Sur la vérité de mon système. Passage cité par Sainte-Beuve d'une lettre adressée à un ami, dans son étude sur le comte Xavier de Maistre.
Page LXIX, ligne tj. — Que la peinture est un art sul'iime, Voyage autour de ma chambre, ch. vu, page 11 de notre édition.
Page LXX, ligne 12. — La comtesse de Latour qui me les a fait voir. Nous croyons qu'il s'agit d'une vue des ponts de Châtillon et des usines de Liverone.
Page LXXI, ligne i. — Pour les achever de son pinceau. (Tome II, p. 64.)
Page LXXI, ligne 6. — La Judith d'Horace Vernel. (Voir t. 1er, p. 15,.)
Page LXXII, ligne 3. — J'ai vu, dit M. de Marcellus (Chateaubriand et son temps'), page 491.
Page LXXII, ligne 2}. — La foulante Arlacie d'Homère. Odyssée, chant x, vers 107.)
Paire LXXII, ligne 2/. — Certain mémoire sur la couleur de l'air, etc. Voir pour les mémoires scientifiques cités dans cette étude la bibliographie qui la termine.
Page LXXIII, ligne 26. — Joseph écriialt en 1S06. (Lettre du mois de mai i8oé.)
Page LXXV, ligne i. — Contempler d'un seul regard. Phrase de Xavier de Maistre dans le Prospectus de l'Expérience aérostatique (p. 17, ligne 22). C'est probablement à l'époque où la navigation aérienne préoccupait Xavier qu'il songeait aussi à construire des appareils de vol mécanique, comme l'atteste un passage de ÏExpcJition nocturne (ch. ix), p. 100.
Page LXXV, ligne /. — Le lavis à l'encre de Chine. Réflexions et menus Propos de Topffer, liv. II, ch. viii : « De mon bâton d'encre de Chine. » Sous prétexte de lavis, l'auteur, parmi une foule de digressions, y aborde les considérations les plus hautes, sur Vidcal dans l'art et dans la littérature.
Page LXXV, ligne 21. — Naturel comme lut. Réminiscence ou rencontre fortuite, il y a chez ToptTer telle page que l'on croirait écrite par de Maistre, ce passage par exemple : t Si vous avez jamais voyagé à pied, n'avervous pas senti naître en vous et croître, avec les journées et les services, cette affection pour le sac qui préserve vos bardes, pour le biton, si simple soit-il, qui a aidé votre marche et soutenu vos pas? Au milieu des étrangers, ce bJton n'cst-il pas un peu votre ami... et ne vous scrait-i I pas arrivé, au moment de vous en séparer, de le jeter sous l'ombrage caché de quelques fouillis, plutôt que de r.ibaiidonncr aux outrages de la grande rouie? » {Rt-
flexions et menus Propos, Liv. II, ch. viii, Paris, Dubochet, 1S48.)
Comme un fils d'adoption garde toujours quelque trace d'origine, reconnaissons chez le conteur genevois un naturel, une originalité plus bourgeoise. Tous deux aiment et sentent la nature : l'un la voit le plus souvent de la terrasse de sa villa et exprime son enthousiasme très-sincère dans une langue plus aristocratique, plus pure, mais moins personnelle; l'autre cheminera pédestrement toute sa vie, le bâton à la main, entouré de ses gais écoliers, et sa langue se ressent de ce voisinage. Son style est, de même que ses impressions, plein d'imprévu et semble parfois inégal et raboteux comme les sentiers qu'il gravit à travers les montagnes. En un mot, Tôpffer et le comte Xavier de Maistre ont chacun leur naturel qui conserve le trait de race, le pli de la vie, la marque individuelle.
Page LXXVII. — Bibliographie. M. de Caussade, bibliothécaire au ministère de l'Instruction publique et M. Renaudin de la Bibliothèque nationale ont bien voulu nous fournir les éléments de ce travail et en vérifier l'exactitude.