‹ ŒuvresChapitre 102 sur 148 · CI · texte numérisé non relu

CI

prît d'adoration envers Jésus-Christ et Jésus enfant , et Jésus inconnu , Jésus dans l'abjectioti : esprit d'adoration des états inconnus de Jésus- Christ ; esprit d'adoration pour attirer à ce Dieu inconnu ceux qui le connaissent le moins, et qui en sont le plus éloignés : entrez-y pour toutes les créatures qui ne le connaissent pas. Et nous , comment adorerons-nous? comme si nous en entendions parler la première fois, comme si son étoile ne nous avait apparu que de ce jour. Car, en effet, qu'avons-nous vu? qu'avons-nous connu ? Si nous le connaissons tant soit peu, tous les jours nous oessonsde leconnaître; nous nous enfonçons tous les jours dans le centre d'une bienheureuse ignorance , où nous n'avons de vue qu'en ne voyant rien. Sortons donc du fond de cette ignorance comme d'un pays éloigné; et sous la conduite de l'étoile, la foi , tantôt lumineuse, tantôt obscurcie, paraissant et disparaissant, suivant le plaisir de Dieu, allons adorer ce Dieu dont la gloire , dont la grandeur c'est de nous être inconnu , jusqu'à ce qu'il nous ait mis en état de ne plus rien connaître qu'en lui.

Donc, ô Dieu caché, ô Dieu inconnu, anéantissez on nous-mêmes toutes nos lumières; et ne vous faites sentir à nos cœurs que par un poids toutpuissant , qui nous presse de sortir de nous , pour nous élancer, pour nous perdre en vous!

Qu'il vous baptise , non point d'un baptême d'eau, mais d'un baptême de feu, mais d'un baptême d'esprit, mais d'un baptême de sang. Jetez-vous dans le sang de sa passion, dans ses souffrances intérieures et extérieures; perdez terre dans cet océan; enivrez-vous de ce vin, tant que ses fumées, non moins efficaces que délicates et pénétrantes, vous fassent perdre toute attache à vous-même, tout goût, tout sentiment des choses présentes, pour être, dans le fond et dans les puissances, captive de la vertu cachée et toute-puissante, qui est dans le sang et dans les souffrances de votre Époux sous le pressoir. Ainsi puisse-t-il changer l'eau en vin, et accompUr eu votre cœur tous les mystères que l'Église adore dans la fête de l'Epiphanie!

Oubliez tout, chère épouse; oubliez ce que vous faites et ce que vous êtes , vos lumières , vos connaissances , vos grâces , votre paix , vos agitations , votre néant même; oubliez tout de moment à autre , et n'ayez dans l'esprit et dans le cœur que ce que le cher enfant y imprimera. O enfance , ô abjection, ô être inconnu de Jésus, faites-vous des adorateurs aussi inconnus que vous ! Qu'ils ne se connaissent pas eux-mêmes; qu'ils vous aiment sans en rien savoir ; qu'ils vous soient ce que vous leur êtes, adorateurs cachés à un Dieu caché. Oui, cachez en eux votre mystère : éloignez-en les superbes et les curieux; n'y appelez que les simples, les enfants , les ignorants que vous éclairez , et dont vous êtes vous seul toute la science.

O vie, ô mort, ô péché, ô grâce, ô lumière, ô ténèbres, vous n'êtes plus rien! O néant, conçu et aperçu, vous u'êtes plus rien; vous êtes perdu en Dieu! Mais, ô Dieu connu, vous êtes vous-même caché dans le néant! Régnez, ô Jésus, ô Dieu

inconnu, régnez en détruisant tout ! donnez unétra Infini à tout ce que vous devez détruire; afin que l'infinité de votre être ne se montre et ne se déclare , que par l'infinité des destructions que vous opérez.

Deux choses que nous devons apprendre par la Passion, à nous mépriser, à nous estimer : à nous mépriser, à l'exemple de Jésus-Christ qui se prodigue; à nous estimer, par le prix avec lequel ii nous achète.

Pour être unis à la croix , il faut joindre la peine et l'opprobre : pour la diminuer, en ne pouvant éviter la peine , nous en voulons du moins séparer la honte.

Pour détacher Jésus-Christ de la croix , il faut nous y attacher en sa place : celui-là le crucifie de nouveau , qui se détaclie lui-même de la croix.

Double transfiguration de Jésus-Christ sur deux montagnes, le Thabor et le Calvaire. Fada est, dum oraret, species vii/tus ejus al'era ' ; « Pence dant qu'il faisait sa prière, son visage parut tout « autre. » JVon est species ei, neque décor » : « Il « a été sans éclat et sans beauté. » Le soleil obscurci dans l'une et dans l'autre : là, par la lumière de Jésus-Christ; ici, de honte de la confusion de son Créateur. Marie n'a pas vu la transfiguration glorieuse ; elle a vu la douloureuse.

« Par les choses qu'il a souffertes , il nous mon- « tre qu'il est puissant pour prêter secours à ceux « qui souffrent : » In eo enim in quo passas est ipse et tentatus, potens est et eis qui tcntantur auxiliari 3. Car il est juste que celui qui s'est fait infirme par sa volonté, devienne l'appui des autres par sa puissance; et que pour honorer la faiblesse qu'il a prise volontairement , il soit le support de ceux qui sont faibles par nécessité. Il va devant nous pour nous prévenir ; il se retourne, et nous tend la main pour nous appuyer.

m. Aveuglement des impies.

Que les impies nous disent de bonne foi s'ils sont assurés de ce qu'ils pensent ; si le consentement universel , si le changement si soudain de tant de peuples, le commencement si saint et si simple de la religion laisse aucun lieu de douter de la divinité de son origine? Qu'ils se regardent sur le point de passer à l'éternité, et qu'ils voient dans quelle disposition ils voudraient se trouver à ce dernier moment. Étrange aveuglement de l'homme, qui , tout penchant qu'il est à la mort , ne veut prendre qu'à l'extrémité les sentiments d'un mourant qu'elle inspire!

Vous vous plaignez de ce que Dieu ne tous a pas communiqué son secret ! A qui voulez-vous que Dieu le dise? Quoi! qu'il parle à l'oreille à chacun , ou qu'il se montre à tout le monde? Pourquoi vous plutôt qu'un autre ? Choisissez quels honnnes vous désireriez que Dieu envoyât pour vous faire entendre sa parole. Ce sont de ceux-là qu'il a pris. Où en trouveriez-vous de plus sincères , de plus

• Luc. IX , 2». — » Is. uu , 2. — ' Hehr. U . 18.

propres à vous persuader Pet comment pouvez-vous | leur prêter ce complot? "Venez, leur faites-vous due, associons-nous, inventons une belle fable : disons que ce crucifié est le Fils de Dieu. Mais si cela est véritable , comme tant de faits vous le prouvent, quelle est votre opiniâtreté de refuser de vous soumettre!

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