CONCERMAHT LE SECOND MARIAGE DC LANDGRAVE
*INSTRUCTIO]S
Donnée au docteur Martin Bucer, par Philippe , landgmve de Hesse, sur les choses qu'il doit demander instamment aux docteurs Martin Luther et Philippe Melanchton ; et ensuite, si ceux-ci le Jugent à propos , à l'électeur de Saxe.
I. n commencera par leur souhaiter de ma part toute sort» de biens et de prospérités, et leur témoignera combien Je serai ravi d'apprendre qu'ils sont en bonne santé de corps, et d'espiit. Ensuite, il leur dira que depuis la dernière maladia que Dieu m'a cnvojée , j'ai beaucoup réfléchi sur mon état el principalement sur ce que peu de temps après mon mariage, je me suis plongé dans l'adultère et la fornication; et que mi>fc pasteurs m'ayant souvent exhorté à m'approcher de la Sainte Table , je n'ai pas crudevoir le faire depuis quelques années, à cause de ma vie déréglée. Comment en effet pourrais-Je en conscience m'asseoir à la Table du Seigneur, pendant que je ne veux point quitter ce genre de vie? Je sais qu'en le faisant, bien loin de remplir le devoir de chrétien, j'encourrais la juste vengeance tlu Seigneur. D'ajUeurs J'ai lu daai-
HISTOIRE
TJlteriiis legi \a Paulo pluribus quam uno 'ocis, quomodo nullusfornicator necadulter regnum Del possidebit. Quia vero apud me deprehendi quod apud iiieam uxorem praesenteni fornicatione ac luxuiia atque adulterio abstinere non possim : nisi ab hac vita desistam , et ad eraendationem me convertam. nihil oertius habeo expectanduin quam exhseredationem a i e>;no Dei , et seternam damnationem. Causae autem, quare a fornicatione, adulterio, et bis similibus abstinere non possim apud banc meam prsesentem uxorem, sunt istse.
II. Primo quod initio, qno eam duxi, nec animo nec desiderio eam complexus fuerim. Quali ipsa quoque complexione, amabiiitate, et odore sit, et quomodo interdum se superfluo potu gerat, hoc sciunt ipsius aulae preefecti, et virgines, abique plures : cumque ad ea describenda difflcultatem habeain, Bucero tamon omnia declaravi.
III. Secundo, quia vaUda complexione, ut medici sciunt, sum,et saepe conùngit ut in fœderum et Imperii comitiis diu verser, ubi laute vivitur et corpus curatur : quomodo me ibi gérera queamabsque uxore, cum non semper niagnunv gynaeceum mecum ducere possim, facile est conjicere et considerare.
IV. Si porro diceretur quare meam uxorem duxerim ; vere imprudens homo tune temporis fui , et ab aliquibus meorum consiiiariorum, quorum potior pars defuncta est, ad id pcrsuasus sum. Matrimoiiium meum ultra très septimanas non servavi, et sic constanter perrexi.
V. Ulterius me concionatores constanter urgent, ut scelera puniam, fornicationemet alia: quod etiam libeiiter facereai : quoiiiodo autem scelera, quibus ipsemet immersus sum, puniam; ubi omues dicerent : Magister,pnus teips uni puni f Jam si debe-
plusipurs endroits desaintPauI, qu'aucun fornicateur et adultère ne possédera le royaume de Dieu. Étant donc pleinement convaincu que, tandis que je n'aurai point d'autre femme que la mienne, je ne pourrai, de ma vie, m'abstenir de la foj-nication , de la luxure et de l'adultère , et me corriger de ces vices, il s'ensuit évidemment que je n'ai rien autre chose à attendre que le bannissement du royaume de Dieu, et la damnation éternelle. Voici pourquoije ne puis, avec la femme que j'ai, m'abstenir de la fornication, de l'adultère, et d'autrrs désordres semblables.
II. Premièrement, quand je l'épousai, je n'avais aucun goût, aucune inclination pour elle; les ofliciers de la cour, les dames qui sont à son service, et plusieurs autres, connaissent son humeur difficile, son caractère peu aimable; savent qu'elle sent mauvais, et que quelquefois elle boit avec cxc s. J'ai peine à m'expliquer sur ces choses , que j'ai pourtant découvertes à Bucer.
III. Secondement, les médecins savent que je suis d'une compk'xion vigoureuse. Or, étant souvent obligé de me trouver aux assemblées de l'Empire, ou l'on fait bonne chère, il est aisé de voir que je ne puis m'y passer d'une femme; et que d'en amener une d'une si grande qualité , ce serait un trop grand embarras.
IV. Si l'on me demande pourquoi donc j'ai épousé ma femme, j'avoue qu'alors je fis une grande imprudence, de suivre les avis de quelques-uns de mes conseillers , qui maintenant sont morts en grande partie. Je n'ai pas gardé plus de trois sen..tines la foi du mariage; et depuis j'ai toujours vécu comme je vi?.
V. Mes prédicateurs ne cessent point de me remontrer qu'il r;t de mon devoir ;Ie punir les crimes , tels que la fornication 8l d'autres. Je voudrais bien le faire ; mais comment oserais-
rem in rébus evangeliuae confœaKra» ionis bellare, tune id semper mala conscientia facerem et cogitarem : Si tu in bac gladio , vel sclopeto, vel alio modo occubueris, ad dœmonem perges. Saepe Deum in* terea invocavi et rogavi , sed semper idem remansi.
VI. Nunc vero diligenter considerari Scripturaa antiqui et novi Testamenti , et quantum mibi gratiœ Deus dédit, studiose perlegi, et ibi nullum aliud consilium nec médium invenire potui ; cum videam quod ab hoc agendi modo pênes modernam uxorem meam nec possim, nec velim abstinere (quod coram Deo testor) quam talia média adbibendo, quse a Deo permissa nec prohibita sunt. Quod pii patres , ut Abraham , Jacob , David , Lamecb , Salomon , et alii , plures quam unam uxorem habuerint, et in eumdem Christum crediderint , in quem nos credimus , quemadmodum sanctusPaulus, ad Cor. X, ait. Et prœterea Deus in veteri Testamento taies sanctos valde laudavit : Christus quoque eosdem in novo Testamento valde laudat; insuper lex Moysis permittit, si quis duas uxores habeat, quomodo se in hoc gerere debeat.
VII. Et si objiceretur, Abrahamo et antrquis concessum fuisse propter Christum promissum; invenitur tamen clare quod lex Moysis permittat , et in eo neminem specificet ac dicat, utrum duae uxores habend2o;et sic neminemexcludit. Et si Christus solum promissus sit stemmati Judœ , et nihilominus Samuehspater, rex Achab et alii, plures uxores babuerunt, qui tamen non sunt de stemmate Judœ, Idcirco hoc, quod istis id soium permissum fuerit propter Messiam, stare non potest.
VIII. Cum igitur nec Deus in antiquo, nec Christus in novo Testamento, nec propbetse, nec apostoli
je punir des crimes où je suis plongé moi-même? On neman- (juerait pas de me dire : Seigneur, punissez-vous vous-même. D'ailleurs, si j'étais obUgé d'aller à la guerre, pour la cause de l'Évangile, je ne pourrais m'exposer qu'en tremblant, et en craignant d'aller au diable, si j'étais tué d'un coup d'épéa ou de mousquet. Les prières que j'ai faites à Dieu, pour en obtenir ma conversion, ne m'ont pas procuré le moindre changement.
VI. Dans ces circonstances, je me suis mis à lire exactement et avec toute l'attention dont Dieu m'a rendu capable, les écritures de l'Ancien et du Nouveau Testament, où je n'ai point trouvé d'autre conseil , ou moyen convenable à ma situation , que celui dont je vais parler. Je vois qu'avec la femme que j'ai, ni je ne puis, ni je ne veux changer de vie (j'en prends Dieu a témoin); mais je propose d'user des moyens que Dieu a permis , et non défendus. Les pieux patriarches Abraham, Jacob, David, Lamech, Salomon, qui, selon saint Paul, Corinth. x, croyaient, comme nous, en Jésus-Christ, avaient plusieurs femmes , ce qui n'a pas empoché Dieu de donner de grandes louanges à ces saints , dans l'Ancien Testament, ainsi que Jésus-Christ dans le Nouveau. D'ailleurs , la loi de Moïse permet ces doubles mariages , et prescrit ce que doit faire un homme qui a deux femmes.
Vil. Si l'on m'objecte que cette permission avait été donnée à Abraham et aux anciens , en vue du Christ promis , je réponds que la loi de Moïse donne clairement une permission générale , et que ne spécifiant pas ceux qui peuvent avoii deux femmes, elle n'exclut personne du droit de les avoir. On savait que le Christ devait naitre de la tribu de Juda; c« qui n'empêcha pas le père de Samuel, le roi Achab et plusieurs autres, qui n'étaient pas de cette tribu, d'avoir plusieurs femmes. Il est donc faux que cette permission ait été donnée uniquement en vue du Messie promis.
VIII. Ni Dieu, dans l'Ancien Testament, ni Jésus-Christ dans le Nouveau , ni les prophètes , ni les .'^pôti-es , oe dé-
DES VARIATIONS, LIV. VI
prohibeant , ne vir duas uxores liabere possit ; nuUus quoque propheta, vel apostolus propterea, reges principes vei alias personas punierit aut vituperarit, quod duas uxores in matrinionio simul habuerint, neque pro criniine aut peccato , vel quod Dei regnum non consequentur, judicarit; cum tamen Paulus nmltos indicet qui regnum Dei non consequentur, et de his qui duas uxores babent nullam omnino nientionem facial, apostoli quoque, cum gentibus indicarentquomodo se gerere, et a quibus abstinere deberent, ubi ilios primo ad fidem receperant, uti in Actis apostolorum est , de hoc etiam nihil prohibuerunt, quod non duas uxores In matrimonio habere possent ; cum tamen multi Gentiles fuerint qui plures quam unam uxores habuerunt , Judœis quoque non prohibitum fuit, quia lex illud permittebat, et est omnino apud aliquos in usu. Quando igitur Paulus clare nobis dicit oportere episcopum esse unius uxoris virum, similiteretministrum; absque uecessitate fecisset , si quivis tantum unam uxorem deberet habere, quod id ita prsecepisset, et plures UKores habere prohibuisset.
IX. Et post haec , ad hune dieni usque in orientalibus regionibus aliqui christiani sunt , qui dua5 uxores in matrimonio habent. Item Valentinianus imperator, quem tamen historici , Ambrosius et alii doeti laudant, ipsemet duas uxores habuit, Legera quoque edi curavit, quod alii duas uxores habere possent.
X. Item , licet quod sequitur non multum curem , Papa ipsemet comili cuidam qui Sanctum Sepuichrum invisit, et intellexerat uxorem suani mortuam esse, etideo aliam vel adhuc unam acceperat , concessit ut is utramque retinere posset. Item scio Lutherum et Philippum régi Anglise suasisse utprimam
fendent point h un homme d'avoir deax femmes ; et jamais aucun prophète, ou aucun apôtre, n'a puni ou blâmé des rois , des princes, ou même qui que ce soit, pour avoir eu deux femmes à la fois, et ne les a jugés coupables des crimes qui excluent du royaume de Dieu. Saint Paul , qui fait un si grand détail des préva ricateurs qui n'obtiendront point le royaume de Dieu , ne dit rien de ceux qui ont deux femmes ; et les apôtres , quoique très-attentifs , comme on le voit dans les Actes, à instruire les Gentils convertis à la foi , de la conduite qu'ils devaient tenir, et des choses dont ils devaient s'abstenir, ne leur défendent pas d'avoir deux femmes à la fois , quoique plusieurs d'entre les Gentils en eussent plus d'une. Ils ne le défendent pas non plus aux Juifs, parce que la loi le leur permettait, et que quelque-uns étaient dans cet usage. Saint Paul dit clairement, qu'un évéque et un ministre ne doit avoir qu'une femme. Or il n'était pas nécessaire de leur donner un tel précepte, s'il était vrai qu'il fut défendu indistinctement à tout le mondo d'avoir plusieurs femmes.
IX. J'ajoute que même aujourd'hui quelques chrétiens d'Orient ont deux femmes à la fois. Bien plus , l'empereur Valenfinlen , dont les historiens , saint Ambroise et d'autres savants hommes font l'éloge, avait deux femmes, et fit une loi pour permettre aux autres d'en avoir aussi deux.
X. Le pape lui-même, de l'autorité duquel je fais fort peu de cas. permit à un certain comte, qui lit un pèlerinage au Saint-Sépulcre, et qui s'était remarié , parce qu'il croyait sa femme morte , de les garder tontes deux à la fois. Je sais que Luther et Melanchton avaient conseillé au roi d'Angleterre de ne point rompre son premier mariage , mais d'épouser une seconde femme, comme on le voit dans leur consultaiioH motivée*. Si l'on me dit qu'ils ont donné ce conseil , parce que ce
• Je tâche de donner un sens à des paroles qui peut-être n'en ont point, et qu'on peut soapçqnner avoir été jetées yar le landgrave
uxorem non dimilteret, sed aliam prœtcr ipsam duceret , quemadmodum prxter propter consihum sonat. Quando vero ia contrarium opponeretur, quod ille nullum masculum haeredem ex prima habuerit, judicamus nos plus hic concedi oportere causae quam Paulus dat, unumquemque habere propter fornicationem. Nam utique plus suum est in bona conscientia, salute anima; , christiana vita, abstractione ab ignominia et inordinata luxuria quàm in eo ut quis haîredes vel nullos habeat. Nam omnino plus anima quam res temporales curanda; sunt.
XI. Itaque haec omnia me permoverunt, ut mihi proposuerim , quia id cum Deo fieri potest , sicut non dubito, abstinere a fornicatione , etomni impudicitia; et via, quam Deus permittit, uti. Nam diutius in vinculis diaboli constrictus perseverare non intendo, et alias absque hac via me prseservare nec POSSUM , NEC VOLO. Quare haec est mea ad Lutherum , Philippum et ipsum Bucerum petitio, ut mihi testimonium dare velint, si hoc facerem , illud illicitum non esse.
XII. Casu quo autem id ipsi hoc tempore , propter scandalum , et quod evangelicae rei fortassis prœjudicare aut nocere posset , publiée typis mantiare non vellent; petitionem tamen meamesse, ut mihi scripto testimonium dent : si id occulto facerem , me per id non contra Deum egisse , et quod ipsi etiam id pro matrimonio habere , et cum tempore viam iiiquirere velint, quomodo res haec publicanda in mundum , et qua ratione persona quam ducturus sum, non pro inhonesta, sed etiam pro honesta habenda sit. Considerare enim possent,
prince n'avait point d'héritier mdle de sa première femme, il me semble qu'on doit avoir encore plus d'égard à la cause alléguée par saint Paul, de prendre une femme , pour ne point tomber dans la fornication. Car il est plus essentiel de. mettre la conscience en paix', de pourvoir au salut de l'àme et de prescrire une conduite chrétienne, en faisant même abstraction du déshonneur qui en résulte, et de l'intempérance apparente, que de procurer un moyen de sedonnerdes héritiers, puisqu'on doit avoir plus de soin de l'àme que des choses temporelles.
XI. Toutes ces raisons me déterminent à user, pour éviter désormais la fornication et toute impureté, du remède et du moyen dont je ne doute en aucune sorte que Dieu ne permette de se servir. Je ne veux pas demeurer plus longtemps dans les lacets du démon , et^'e ne puis, ni ne veux m'en tirer que par cette voie. C'est pourquoi je demande à Luther, à Melanchton et à Bucer même , de décider si je puis m'en servir licitement.
XII. S'ils exigent que leur décision ne tourne à scandale en ce temps, et ne nuise aux affaires de l'Évangile, dans le cas où elle serait imprimée , je souhaite au moins qu'ils me donnent une déclaration par écrit, que si je me mariais secrètement , Dieu n'y serait point offensé ; qu'eux-mêmes regarderaient ce mariage comme valide , et me permettraient de chercher les moyens de le rendre public avec le temps , en sorle que la femme que j'épouserai ne passe point pour une femme malhonnête , mais pour une personn.^ honnête. Je les prie de faire attention que si la femme que je dois épouser était cen-
dans son instruction , comme quelque mot du guet , qui n'eitt compris que par ceux qui sont du secret. Ces mots : Çuemadmodum prœter, propter consilium sonat, ou ne signlSent rien , on doivent, ce semble , signifier que Luther et Melanchton avalent conseillé au roi d'Angleterre de prendre une femme outre sa première : prtrter, et cela pour aes causes légitimes, propter; ce qui parait désignei une consultation raisonnée et moUvée , comme Je le dis dans ma version. ( iVote de Le Âoi.)
HISTOIRE
quwl alias personœ quam ducturus sum graviter acciderct , si illa pro tali habenda esset , quœ non christiane vel inhoneste ageret. Postquain etiam nihil occultum remanet , si constanter ita permanerem , et communis Ecclcsia nesciret quomodo huic personae cohabitarem , utique hœc quoque tractu temporis scandalum causaret.
XIII. Item non metuant quod propterea, etsi aliam uxorem acciperem , meam modernam uxorein maie tractare, nec cum ea dormire, vel minorem aniicitiani ei exliibere velim, quam antea feci ; sed me velle in hoc casu crucem portare , et eidem omne bonum praestare , neque ab eadem abstinere . Volo etiam ûlios quos ex prima uxore suscepi , principes regionis relinquere, et reliquis aliis honestis rébus prospicere : esse proinde adhuc semel petitionera meam , ut per Deum in hoc mihi consulant, et me juvent in iis rébus quae non sunt contra Deum, ut hilari animo vivere et mori , atque evangelicas causas omnes eo liberius et magis christiane suscipere possim. Nam quidquid me jusserintquod christianum et rectum sit , siVE monastebiorum bona , seu alla concernât, ibi me promptum reperient.
XIV. Vellem quoque et desidero non plures quam tantum unam uxorem ad istam modernam uxorem meam. Item ad mundum vel mundanum fructum hacinre non nimis attendenduili est; sed magis Deiis respiciendus , et quod hic praecipit, prohibet, et liberum reUnquit. Nam imperatoretmundusme et quemcumque permittent , ut publiée meretrices retineamus ; sed plures quam unam uxorem non facile concesserint. Quod Deus permittit, hoc ipsi prohibent; quod Deus prohibet, hoc dissimulant : et videtur mihi sicut matrimonium sacerdotum. Nam sacerdotibus nullas uxores concedunt , et me-
fiôe agir en cela d'une manière peu chrétienne et déréglée, ce serait la perdre d'honneur. D' ailleurs , comme mon coranierce avec cette femme ne peut pas toujours demeurer secret, il arriverait, si je persistais à cacher mon mariage , que, dans la suite du temps, l'Église, qui ne saurait point pourquoi j'habiterais avec elle , en serait scandalisée.
XIII Qu'ils ne craignent pas non plus que mon second mariage me porte à maltraiter ma première femme , a me retirer de sa compagnie , et à lui témoigner moins d amltie que par le passé ; puisqu'au contraire , je veux dans cette occasion Boiter ma croix , faire à ma première femme tout le bien que ie puis, et continuer d'habiter avec elle. Je veux aussi laisser mes États aux enfants que j'ai eus d'elle, et donner a ceux nui me viendront de la seconde des apanages convenables. Ou'ils me donnent donc, au nom de Dieu, le conseil que je leur demande, et qu'ils viennent à mon secours sur un point aui n'est pas contre la loi de Dieu, afin que je puisse vivre et mourir plus gaiement pour la causede rÉvaugiIe, et en entreprendre plus volontiers la défense. De mon cote je ferai tout ce qu'ils m'ordonneront, selon la religion et la raison; soit qu'ils me demandent les biens des monastères, soit qu'ils désirent d'autres choses.
XIV Mon dessein n'est pas de multiplier mes femmes , mais seulement d'en avoir une outre celle que j'ai déjà. Je me pro- S.Ï dans cette affaire, de n'avoir aucun fgard au monde ^ à son faste; mais d'avoir Dieu en vue, et de bien examiner ce qu'il ordonne, ce qu'il défend, et ce qu'il laisse à notre liberté L'empereur et le monde me permettraient aisément, ainsi qu'atout autre, d'entretenir publiquement des femmes prostituées; mais ils auraient peine a permettre d'avoir à la fois plus d'une femme. Ils défendent ce que Dieu permet, et tolèrent ce que Dieu défend : comme on le voit à l'égard des prêtres, auxquels ils ne permettent pas da- VOU une femme , quoiqu'ils leur permettent de vivre avec des
retrices relinere îpsis permittunt. Item ecclesiastici nobis adeo infensi sunt , ut propter hune articulum quo plures christianis uxores permitteremus , nec plus nec minus nobis facturi sint.
XV. Item Philippo et Luthero postmodum indicabit, si apud illos, prœter oninem tamen opinionem meam , de illis nullam opem inveniam ; tum me varias cogitationes liabere in animo : quod velim apud Caesarem prohac re instare per mediatores, etsi multis mihi pecuniis constaret, quod Cœsar absque Pontificisdispensatione nonfaceret; quamvis etiam Pontificum dispensationem omnino nihih faciam : verum Caîsaris peimissio mihi omnino non esset contemnenda ; Caesaris permissionem non curarem , nisi scirem quod propositi mei rationem coram Deo habereni , etcertius esset Deum id permisisse quam prohibuisse.
XVI. Verum nihilominus ex humano meta , si apud hanc partem nullum soiatium invenire possem , Cœsareum consensum obtinereuti insinuatum est, non esset coiitemnendum. Nam apud me judicabam si aliquibus Csesareis consiliariis egregias pecunise summasdonarem, me omniaabipsis impetraturum : sed praeterea timebam , quamvis propter nullam rem in terra ab Evangelico deûcere, vel cum divina ope me permittere velim induci ad aiiquid quod evangelicœ causse contrarium esse posset ; ne Caesareani tamen me in aliis saecularibus negotiis ita uterentur et obligarent, ut isti causée et parti non foret utile : esse idcirco adhuc petitionem meam, ut me alias juvent, ne cogar rem in iis locis quaîrere , ubi id non libenter facio , et quodmillies libentius ipsorum permissioni, quam cum Deo et bona conscientia facere possunt , considère velim, quam Csesareae vel aliis humanis permissionibus : quibus tamen non uUerius confi-
prostltuées. Au reste , les ecclésiastiques nous haïssent déjà tellement , qu'ils ne nous haïront ni plus ni moins pour cet article, qui permettrait aux chrétiens la polygamie.
XV. Bucer fera observer à Luther et à Melanchton que sK contre ce que J'espère, ils ne me procurent aucun secours, je roule dans mon esprit plusieurs desseins , entre autres de faire solliciter l'empereur de m'accorder cette permission, quelque argent qu'il dût m'en coûter pour gagiier des solliciteurs. L'empereur ne voudra pas me l'accorder sans la dispense du pape, dont je ne me soucie guère. Mais pour celle de l'empereur, je ne la dois pas mépriser : quoiqu'au reste j'en ferais peu de cas , si je ne croyais d'ailleurs que Dieu a plutôt permis que défendu ce que je souhaite.
XVI. Si la tentative que je fais de ce côté-là ( c'est-à-dirw du côté de Luther ) ne me réussit pas, une crainte humaino me porte à demander le consentement de l'empereur, qui , commeje l'ai déjà dit, n'est pas à mépriser; je me flatte d'en obtenir tout oe que je voudrai , en donnant une grosse somme d'argent à quelques-uns de ses ministres. Mais quoique , pour rien du monde, je ne voulusse me retirer de l'Église, en me laissant entraîner dans quelque démarche qui fût contraire à ses intérêts , je crains pourtant que les ministres impériaux ne saisissent cette circonstance pour m'engager à quelque chose qui ne serait pas utile à cette cause et à ce parti. Je demande donc qu'ils me donnent le secours que j'attends, de peur que je ne sois contraint de l'aller chercher en quelque auke lieu moins agréable, puisque j'aime mille fois mieux devoir mon repos à leur permission , qu'à celle de l'empereur, ou de tout autre homme. Cependant je n'aurais pasconliance dans leur permission même, si ce que Je demande n'avait pas un fondement solide dans la sainte Écriture, comme Je l'ai fait voir plus hauU
derem, nisi antecedonter in divina Scriplura fundata essent , uti superius est declaratum.
XVII. Deniquc iterato est niea petitio ut Lutherus, Philippus et Bucerus mihi hac in re scripto opinioncm suam velint aperire, ut postea vitain uieam emeiidare, bona coixscientia ad Sacramentum accedere, et oninia negotia nostrsc religionis eo liberius et confidentius agere possim.
Datum Melsingae, Dominica post Catharinae,
aniio 1539.
Philippus, langraffius Hassi.*:.
CONSULTATIO LUTHERI*
ET ALIORt'M,
SUPER POLYGAMIA.
Serenissimoprincipi rfomino philippo , LASGRATIO HASSi.t, comili in CaUenlembogen , DieU, Ziegenhain et hidda, Mostro démenti domino, gratiaJJei.per Dummum no$trum Jesum Christum.
SEBETîISSIME PP.INCEPS ET DOMINE,
I. Postquam vestra celsitudo per dominum Bucerum diuturnas conscientiae suae molestias, nonnullas simulque considerationes indicari curavit, addito scripto , seu instructione quam illi vestra celsitudo tradidit; licet ita properanter expedire responsum difficile sit, noluimus tamen dominum Bucejum, redituni ulique maturantem, sine scripto dimittere.
II. Imprimis sumus ex animo recreati, et Deo gratias agimus quod vestram celsitudinem difficili
DES VARIATIONS, LIV. VI
morbo liberaverit, petimusque, ut Oeus celsitudinem vestram in corpore et animo coufortare et con* servare dignetur.
. III. Nam, prout celsitudo vestra videt, paupercula et misera Ecclesia est, exigua, et derelicta, iiidigens probis dominis regentibus, sicut non dubitamus Deum aliquos conservaturum , quantumvis tentationes diversae occurrant.
IV. Circa quaestionem quam nobis Bucerus proposuit , hsec nobis occurrunt consideratione digna. Celsitudo vestra per se ipsam satis perspicit, quantum différant universalem legem condere , vel in certo casu gravibus de causis , ex concessione divina, dispensatione uti; nam contra Deum iocum non habet dispensatio.
V. Nunc suadere non possumus ut introducatur publiée, et velut lege sanciatur permissio pluros quam unam uxores ducendi. Si aliquid hac de re praelo committeretur, facile intelligit vestra celsitudo, id praecepti instar intellectum et acceptatum iri : undemulta scandalaet diflicultates orirentur. Consideret, quaesumus, celsitudo vestra, quam sinistre acciperetur, si quis convinceretur hanc legem in Germaniam introduxisse, quae aeteriiarum litium et inquietudinum (quod timendum) futura esset seminarium.
VI. Quod opponi potest, quodcoram Deoaequum estid omnino permittendum, hoc certa ratione et conditione est accipiendum. Si res est mandata et necessaria, verura est quod objicitur; si nec mandata, nec necessaria sit alias circumstantias oportet expendere, ut ad propositam quaestionem propius accedamus : Deus matrimonium instituit ut tantum duarum et non plurium persoiiarum esset societas, sinatura non esset corrupta; hoc intendit
XVII Enfin je souhaite encore une fois d'avoir par écrit le gentiment de Luther, de Melanchton et de Bucer, alin que désormais je puisse réformer ma conduite , m'approcher en bonne conscience du Sacrement, e1 traiter avec plus de Uberté et de confiance les affaires de notre religion.
Donné à Melsingue, le dimanche après la Sainte-Catherine, 1539. , ^
Signi phiuppe, landgrave de Hesse.