‹ ŒuvresChapitre 13 sur 148 · SÉRÉNISSIME PRINCE ET SEIGNEUR · texte numérisé non relu

SÉRÉNISSIME PRINCE ET SEIGNEUR

I. Ncnis avons appris de Bucer, et lu dans l'instruction que voire altesse lui adonnée, les peines d'esprit et les inquiétudes de conscience où elle est présentement; et quoiqu'il nous ait paru très-difficile de répondre si tôt aux doutes qu'elle propose, nous n'avons pas néanmoins voulu laisser partir sans réponse le même Bucer, qui était pressé de retourner vers votre alless*".

II. Nous avons reçu une extrême joie, et nous avons loué Diea de ce qu'il a guéri votre altesse d!uae dangereuse ma-

ladie ; et nous le prions qu'il la veuille longtemps conserver dans l'usage parfait de la santé qu'il vient de lui rendre.

III. Elle n'ignore pas combien notre Église pauvre, misérable , petite et abandonnée a besoin de princes régents vertueux qui la protègent; nous ne doutons point que Dieu ne lui en laisse toujours quelques-uns, quoiqu'il menace da temps en temps de l'en priver, et qu'il la mette à l'épreuve par de différentes tentations.

IV. Voici donc ce qu'il y a d'important dans la question que Bucer nous a proposée. Votre altesse comprend a&set delle-mème la différence qu'il y a d'établir une loi universelle, et d'user de dispense eu un cas particulier pour da pressantes raisons , et avec la permission de Dieu : car U est d'ailleurs évident que les dispenses n'ont point de lieu cou. tre la première des lois , qui est la divine.

V. Nous ne pouvons pas conseiller maintenant que l'on introduise en public, et que l'on établisse, comme par une loi, dans le nouveau Testament , celle de l'ancien , qui permettait d'avoir plus d'une femme. Votre altesse sait que si l'on faisait imprimer quelque chose sur cette matière , on le prenr drait pour un précepte ; d'où il arriverait une infinité de trour blés et de scandales. Nous prions votre altesse de considérer les dangers où serait exposé un homme convaincu d'avoir introduit en Allemagne une semblable loi, qui diviserait les familles , et les engagerait en des procès éternels.

VI. Quand à l'objection que l'on fait, que ce qui est juste devant Dieu doit être absolument permis , on y doit répondra en cette manière : Si ce qui est équitable aux yeux de Diea est d'ailleurs commandé et nécessaire , l'objection est véritable ; s' il n'est ni commandé ni nécessaire , il faut encore , avant que de le permettre , avoir égard à d'autres circonstance» : et pour venir à la question dont il s'agit , Dieu a iosUtué la mariage pour être une société de deux p«rsoDae8 , et non paf

HISTOIRE

ilia sententia : Erunt duo in carne una , idque priniitus fuit ohservatum.

VII. Sed Lamech pluralitatem uxorum in matrimonium invexit , quod de illo Scriptura memorat tanquain introductum contra prioiam regulam.

VIII. Apud infidèles tamen fuit consuetudine rereptum ; postea Abraham quoque et posteri ejus plures duxerunt uxores. Certum est hoc postinodum lege Mosis permissum fuisse, teste Scriptura ( Deuter. XXI, 15), ut homo haberet duas uxores :nam Deus fragili naturae aliquid induisit. Cum vero principio et creationi consentaneum sit unica uxore contentum vivere, hujusmodi lex est laudabiHs, et ab Ecclesia accipienda , nec lex huic contraria statuenda ; nam Christus repetit hanc sententiam : Erunt duo in carne una (Matth. xix), et in memoriam revocat quale matrimonium ante humanam fragilitatem esse debuisset.

IX. Certis tamen casibus locus est dispensationi. Si quis apud exteras naliones captivus, ad curam corporis et sanitatem , inibi alteram uxorem superinduceret; vel si quis haberet leprosam : bis casibus alteram ducere cum consilio suipastoris, non intentione novam legem inducendi , sed suae necessitati consulendi, hune nescimus qua ratione damnare liceret.

X. Cum igitur aliud sit inducere legem, aliud uti dispensatione, obsecramus vestram celsitudinem sequeiitia velit considerare. .

Primo ante omnia cavenduni, ne hsec res inducatur in orbem ad niodum legis, quam sequendi libéra omnium sit potestas. Deinde considerare dignetur vestra celsitudo scandalum nimium, quod

de plus, supposé que la nature ne fût pas corrompue; et c'est !h le sens du passage de la Genèse : Ils seront deux en tine seule chair; et c'est ce qu'on observa au comraenceraent.

Vil. Lamech fui le premier qui épousa plusieurs femmes; et l'Écriture témoigne que cet usage fut introduit contre la première règle.

Vin. 11 passa néanmoins en coutume dans les nations infidèles; et l'on trouve même depuis, qu'Abraham et sa postérité eurent plusieurs femmes. Il est encore constant par le Deutéronome, que la loi de Moïse le permit ensuite, et que Dieu eut en ce point de la condescendance pour la faiblesse de la nature. Puistju'il est donc conforme à la créaUon des hommes, et au premier établissement de leur société, que chacun d'eux se contente d'une seule femme , il s'ensuit que la loi qui l'ordonne est louable; qu'elle doit être reçue dans l'Église ; et que l'on n'y doit point introduire une loi contraire; parce que Jésus-Christ a répété dans le chapitre 19 de saint Matthieu le passage de la Genèse : Ils seront deux en une simule chair; et y rappelle dans la mémoire des hommes quel avait dû être le mariage avant qu'il eût dégénéré de sa pureté.

IX. Ce qui n'empêche pourtant pas qu'il n'y ait lieu de dispense en de certaines occasions. Par exemple , si un homme marié , détenu captif en pays éloigné , y prenait une seconde femme pour recouvrer sa santé , ou que la sieivne devint lépreuse, nous ne voyons pas qu'en ces cas on pût condamner le tidèle qui épouserait une autre femme par le conseil de son pasteur; pourvu que ce ne fut pas à dessein d'introduire une loi nouvelle , mais seulement pour satisfaire à son besoin.

X. Puisque ce sont deux choses toutes différentes d'introduire une loi nouvelle , et d'user de dispense à l'égard de la même loi, nous supplions votre altesse de faire réflexion sur ee qui suit.

Premièrement , il faut prendre garde avant toutes choses que la pluralité des femmes oe &'lntr*duise point d&os le

Evangelii hostes exclamaturi sint, nos similes esse anabaptistis, qui simul plures duxerunt uxores. Item Evangelicos eam sectari libertatcm plures simul ducendi, quae in Turcia in usa est.

XI. Item, principum facta latius spargi quam privatorum consideret.

XII. Item consideret privatas personas, hujusmodi principum facta audientes, facile eadem sibi permissa persuadere, prout apparet talia facile irrepere.

XIII. Item considerandum celsitudinem vestram abundare nobilitate efferi spiritus, in qua multi, uti in aliis quoque terris, sint, qui propter amplos proventus, quibus ratione cathedralium beneficiorum perfruuntur, valde Evangelio adversantur. Non ignoramus ipsi magnorum nobilium valde insulsa dicta ; et qualem se nobilitas et subdita diu'o erga celsitudinem vestram sit prœbitura, si publica introductio fiât, haud difficile est arbitrari.

XIV. Item celsitudo vestra , quae Dei singularis est gratia , apud reg^s et potentes etiam exteros magno est in honore et respectu : apud quos merito est, quod timeat ne hœc res pariât nominis diminutionem. Cum igitur hic multa scandala confluant, rogamus celsitudinem vestram , ut hanc rem maturo judicio expendere velit.

XV. Illud qiioquc est verum , quod celsitudinem vestram omni modo rogamus et hortamur, utfornicationem et adulterium fugiat. Habuimus quoque, ut quod res est loquamur, longotempore non parvum moerorem, quod intellexerimus vestram celsitudinem ejusmodi impuritateoneratam, quam divins ultio, morbi, aliaque pericula sequi possent.

monde, en forme de loi que tout le monde puisse suivre quand il voudra. Il faut en second lieu , que votre altesse ait égard à l'effroyable scandale qui ne manquera pas d'arriver, si elle donne occasion aux ennemis de l'Évangile de s'écrier que nous ressemblons aux anabaptistes , qui font un -jeu du mariage, et aux Turcs , qui prennent autant de femmes qu'ils en peuvent nourrir.

XI. En troisième lieu , que les actions des princes sont plu* en vue que celles des particuliers.

XII. En quatrième lieu, que les inférieurs ne sont pas plutôt informés que les supérieurs font quelque chose, qu'ils, s'imaginent avoir la liberté d'en faire autant; et que c'est par là que lalicence devient générale.

XIII. En cinquième lieu , que les états de votre altesse sont remplis d'une noblesse farouche , fort opposée pour la plus grande partie à l'Évangile , à cause de l'espérance qu'on y a, comme dans les autres pays, de parvenir aux bénéfices des églises cathédrales dont le revenu est très-grand. Nous savons les impertinents discours que les plus illustres de votre noblesse ont tenus ; et il est aisé déjuger quelle seraitla disposition de votre noblesse et de vos autres sujets, si votre altesse introduisait une semblable nouveauté.

XIV. En sixième lieu , que votre altesse , par une grâce particulière de Dieu , est en grande réputation dans l'Empire et dans les pays étrangers; et qu'il est à craindre que l'on ne diminue beaucoup de l'estime et du respect que l'on a pour elle , si elle exécute le projet d'un double mariage. La multitude des scandales qui sont ici à, craindre noua oblige à conjurer votre altesse d'examiner la chose avec toute la ipaturitii du jugement que Dieu lui a donnée.

XV. Ce n'est pas aussi avec moins d'ardeur que nous con-i. jurons votre altesse d'éviter en toute manière la fornication et l'adultère; et pour avouer sincèrement la vérité , nous avons, eu longtemps un regret sensible de voir votre altesse abandonnée à dételles impuretés, qui pouvaient être suivies dea.

DES VARIATIONS, LIV. VI

XVI. Etiam rogainus celsitudinem veslram ne talia extra matrimoniuin , levia peccata velit aestiiiiare, sicut mundus haîc ventis tradere et parvipendere solet. Verum Deus impudicitiam saepc severissime punivit : nam pœna diluvii tribuitur rejtentum adulteriis. Item adulteriuni Davidis est sevcrum vindictae divinae exeraplum : et Paulus sœpius ait : Deus non irridetur. Adulteri non in- Iroibunt in regnum Dei ; nam Cdei obedientia comes esse débet, ut non contra conscientiam agamus. /. Timoth. 3. Si cor nostrum non reprehenderit, nos possumus laati Deum invocare; et Rom. 8. Si carnalia desideria spirilu mortiOcaverimus, vivemus ; si autem secundum carnem ambulemus , hoc est, si contra conscientiam agamus, moriemur.

XVII. Hoec referimus, ut consideret Deum ob talia vitia non ridere, prout aliqui audaces faciunt , et ethnicas cogitationes animo fovent. Libenter quoque intelleximus vostram celsitudinem ob ejusmodi vitia angi et conqueri. Incumbunt celsitudini vestrac negotia totum mundura concernentia. Accedit celsitudinis vestrœ complexio subtilis, et minîmerobusta, ac pauci somni; unde merito corpori parcendum esset, quemadmodum multi alii lacère coguntur.

XVIII. Legitur de iaudatissimo principe Scanderbergo, quimulta praeclara facinora patravit contra duos Turcorum imperatores , Amurathem et Mahumetera,€tGraeciara, dumviveret, faciliter esttuitus ac conservavit. Hic suos milites saepius ad castimoniam hortari auditus est, et dicere, nullam

cfXetsde la vengeance divine, de maladies, et de beaucoup (Tautpes inconvénients.

XVI. Nous prions encore votre altesse de ne pas croire que l'usage des femmes hors le mariage soit, un péché léger et méprisable, comme le monde se le figure; puisque Dieu a souvent châUé l'impudicité par les peines les plus sévères : que celle du déluge est attribuée aux adultères des grands; que l'adultère de David a donné lieu à un exemple terrible de la vengeance divine : que saint Paul répète souvent que l'on ne se moque point impunément de Dieu , et qu'il n'y aura point d'entrée pour les adultères au royaume de Dieu. Car il est dit au second chapitre de l'Épure première à Timothée, que l'obéissance doit être compagne de la foi , si l'on veut éviter d'agir contre la conscience; au troisième chapitre de la première de saint Jean , que si notre cœur ne nous reproche rien , nous pouvons avec joie invoquer le nom de Dieu : et au chapitre vni de l'Épure aux Romains , que nous vivrons , si nous mortifions par l'esprit les désirs de la chair : mais que nous mourrons au contraire, en marchant selon la chair, c'est-àdire en agissant contre notre propre conscience.

XVII. Nous avons rapporté œs passages . afin que votre altesse considère mieux que Dieu ne traite point en riant le vice de l'impureté , comme le supposent ceux qui , par une extrême audace, ont des sentiments païens sur ces matières. C'est avec plaisir que nous avons appris le trouble et les remords de conscience où votre altesse est maintenant pour cette sorte de défauts, et que nous avons entendu le repentir qu'elle en témoigne. Votre altesse a présentement à négocier des affaires de 1^ plus grande importance qui soient dans le monde : elle est d'une complexion fort délicate et fort vive : elle dort peu, et ces raiscDs, qui ont obligé tant d'autres personnes prudçjites à ménager leurs corps , sont p'us que suffisantes pour disposer votre altesse à les imiter.

XVIII. On lit de l'incomparable Scanderbers , qui défit en tAnt de rencontres les deux plus puissants empereurs des Turcs , .Ajuurat II et Mahomet II , et qui tant qu'il vécut préserva la Grèce de leur tyrannie, qu'il exhortait souvent ses soldats à la chasteté , et leur disait qu'il n'y avait rien de

rem fortibus viris aeque animos demcre ac venerem. Item quod si vestra celsitudo insuper alteram uxorem haberet, et noilet pravis affectibus et consuetudinibus repugnare, adbuc non esset vestrx celsitudini consultum ac prospectum. Oportel unumquemque in externis istis sunrum membronim esse dominum , uti Paulus scribit : Curate ut membra vestra sint arma justitix. Quare vestra celsitudo in consideratione aliarum causarum, nempe scandali, curarum, laborum, ac sollicitudinum, et corporis infirmitatis, velit hanc rem sequa lance perpendere, et simul in memoriam revocare, quod Deus ei ex moderna conjuge pulchram sobolera utriusque sexus dederit, ita utcontentus bac esse possit. Quotalii in suo matrimonio debent palientiam exercere ad vitaudum scandalum.' JSobis non sedet animo celsitudinem vestram ad tam difïicilem novitatem irapellere, aut inducere, nam ditio vestrae celsitudinis, aliique nos impeterent, quod nobis eo minus ferendum esset, quod ex praecepto divino nobis incumbat matrioionium, omniaque bumonaaddivinam instiiutioneni dirigere, atque in ea quoad possibile, conservare, omneque scandalum removere.

XIX. Is jam est mos saeculi , ut culpa omnis ia praedicatores conferatur, si quid diflicultatis incidat, et humanum cor in summae et inferioris conditionis bomiaibus instabile ; unde diversa pertimescenda.

XX. Si autem vestra celsitudo ab impudiça vita non abstineat, quod dicit sibi impossibile, optaremus celsitudinem vestram in meliori statu esse coram Dec , et secura conscientia vivere ad propriae

si nuisible à leur profession , que le plaisir de Tamour. Qoe si votre altesse, après avoir épousé une seconde femme, na voulait pas quitter sa vie licencieuse, le remède dont elle propose de se servir lui serait inutile. Il faut que chacun soit le maitre de son corps dans les acUons extérieures, et qu'Q fasse, suivant l'expression de saint Paul , que ses membres soient des armes de justice. Qu'il plaise donc à votre altesse d'examiner sérieusement les considérations du scandale , des travaux, du soin, du chagrin, et des maladies qui lui ont été représentées. Qu'elle se souvienne que Dieu lui a donné de la princesse sa femme un grand nombre d'enfants des deux sexes, si beaux et si bien nés, qu'elle a tout sujet d'en être satisfaite. Combien y en a-t il d'autres qui doivent exercer la patience dans le mariage , par le seul motif d'éviter le scandale? Nous n'avons garde d'exciter votre altesse à introduira dans sa maison une nouveauté si difiicile. Nous attirerions sur nous, en le faisant , les reproches et la persécution , non-seulement des peuples de la Hesse, mais encore de tous les autres;cequl nous serait d'autant moins supportable, que Dieu nous commande, dans le ministère que nous exerçons, da régler, autant qu'il nous sera possible , le mariage et les autres états de la vie humaine, selon l'institution divine; de les conserver en cet état lorsque nous les y trouvons , et d'éviter toute sorte de scandale.

XIX. C'est maintenant la coutume du siècle de rejeter sur les prédicateurs de l'Évangile toute la faute des actions où ils ont eu tant soit peu de part, lorsque l'on trouve à redire. Le cœur de l'homme est également inconstant dans les conditions les plus relevées et dans les plus basses ; et on a tout à craindre de ce côté-là.

XX. Quant à ce que votre altesse dit, quil ne lui est pas possible de s'al)s tenir de la vie impudique qu'elle mèue tant qu'elle n'aura qu'une femme, nous souhaiterions qu'elle fut en raeil leur état devant Dieu; qu'elle vécût en sûreté de conscience; qu'elle travaillât pour le salut de son àme , et qu'elle donnât à ses sujets un meilleur exemple.

HISTOIRE

animae salulcm , et ditionum ac subditoriim eiiioluinentum.

XXI. Quod si denique vestra celsitudo omnino concluserit adhuc unam conjugem ducere, judicainus id secreto facienduin, ut superius de dispensatione dictum , nenipe , ut tantùm vestraî celsitudini, illi personœ ac paucis personis fidelibus constet celsitudinis vestrœ animus et conscientiasub sigillo eonfessionis. Hinc non sequuntur alicujus momenti contradictiones aut scandala. Nihil enini est inusitati principes concubinas alere; et quamvis non omnibus e plèbe constaret rei ratio, tamen prudentiores intelligerent, et magis placeret haîc moderata vivendi ratio, quam adulterium etaliibeiiuini et impudici actus; neccurandi aliorum sermones, si recte cum conscientia agatur. Sic et in tantuixi hoc approbamus : nam quod circa matrimonium in lege Mosis fuit perniissum, Evangeliuin non revocat ; aut vetat quod externum non regimen non immutat; sed adfert seternam vitam, etorditur veram obedientiam erga Deum , et conatur corruptam naturam reparare.

XXII. Habet itaque celsitudo vestra non tantum omnium nostrum testimoniuni in casu necessitatis, sed etiam antécédentes nostras considerationes, quas rogamus, ut vestra celsitudo, tanquam laudatus, sapiens , et christianus princeps velit ponderare. Oranius quoque Deum , ut velit celsitudinem vestram ducere ac regere ad suam laudem, et vestrœ celsitudinis animse salutem.

XXIII. Quod attinet ad consilium banc rem apud Cœsarem tractandi ; existimamus illum ad ulterium inter minora peccata numerare; nam magnopere verendum, illum Papislica, cardinalitia, Italica, Hispanica, Sarracenica imbutum fide, non cura-

XXI. Mais enfin si votre altesse est entièrement résolue d'épouser une seconde femme , nous jugerons qu'elle doit le faire secrètement , comme nous avons dit à l'occasion de la dispense qu'elle demandait pour le môme sujet; c'est-à-dire qu'il n'y ait que la personne qu'elle épousera, et peu d'autres personnes lidèles, qui le sachent, en les obligeant au secret sous le sceau de la confession. Il n'y a point ici à craindre de contradiction , ni descandale considérable ; car il n'est point extraordinaire aux princes de nourrir des concubines;et quand le menu peuple s'en scandalisera, les plus éclairés se douteront de la vérité; et les personnes prudentes aimeront toujours mieux cette vie modérée que l'adultère et les autres actions brutales. L'on ne doit pas se soucier beaucoup de ce qui s'en dira , pourvu que la conscience aille bien. C'est ainsi que nous l'approuvons, et dans les seules circonstances que nous venons de marquer : car l'Évangile n'a ni révoqué , ni défendu ce qui avait été permis dans la loi de Moïse, à l'égard du mariage. Jésus-Christ n'en a point changé la police extérieure ; mais il a ajouté seulement la justice et la vie éternelle pour récompense. 11 enseigne la vraie manière d'obéir à Dieu , et il tâche de réparer la corruption de la nature.

XXII. Votre altesse a donc dans cet écrit, non-seulement l'approbation de nous tous , en cas de nécessité , sur ce qu'elle désire, mais encore les réflexions que nous y avons faites : nous la prions de les peser en prince vertueux, sage et chrétien ; et nous prions Dieu qu'il conduise tout pour la gloire , et pour le salut de voire altesse.

XXIII. Pour ce qui e«t de la vue qu'a votre altesse de communiquer à l'empereur l'affaire dont il s'agit , avant que de la conclure , il nous semble que ce prince met l'adultère au nombre des moindres péchés ; et il y a beaucoup à craindre que sa foi étant à la mode de celle du pape, des cardinaux, des Italiens , des Espagnols et des Sarrasins , il ne traite de ridi-

turum vestra; celsitudinis postulatum , et in proprum emolumentum vanis verbis sustentaturum, sicut intelligimus perfidum acfallacem virum esse! morisque germanici oblitum.

XXIV. Videt celsitudo veslra ipsa quod nuHis necessitatibus christianis sincère consulit. Turcam sinit imperturbatum, excitât tantum rebelliones in Germania, ut burgundicam potentiam efferat. Quare optandum ut nulli christiani principes illius inOdis machinationibus se misceant. Deus conservet vestram celsitudinem! Nos ad serviendum vestrjecelsitudini sumuspromptissimi. Datum Vittembergae , die Mercurii post festum sancti Nicolai 1539.

Vestrae celsititudinis parati acsubjecti

servi ,

Martinus Luthek. Philtppus Melanchton.

MaKTINUS BucERUS. AlNTONlUS COBVINUS.

Adam. JoannesLeningus. Justus Wintfebte.

DlONYSlUS Melanther.

Ego,GeorgiusKuspicher, accepta a Caesare potestate, notarius publicus etscriba, testor, hoc meo chirographo publiée, quod banc copiam ex vero et inviolato originali propria manu a Philippe Melanchtone exarato , ad instantiam et petitionem mei clementissimi domini et principis Hassiae, ipse scripserim, et quinque foliis numéro, excepta inscriptione, complexus sim; etiam omnia proprie et diligenter auscultarim et contulerim , et in omnibus cum originali et subseriptione nominum concordet. De qua re iterum testor propria manu. Georgius Nuspicher, notarius.

cule la proposition de votre altesse , ou qu'il n'en prétende tirer avantage en amusant votrealtesse par de vaines paroles. Nous savons qu'il est trompeur et perflde, et qu'il ne lient rien des mœurs allemandes.

XXIV. Votre altesse voit qu'il n'apporte aucun soulagement sincère aux maux extrêmes de la chrétienté , qu'il laisse le Turc en repos , et qu'il ne travaille qu'à diviser l'Empire , afin d'agrandir sur ses ruines la maison d'Autriche. Il est donc à souhaiter qu'aucun prince chrétien ne se joigne à ses pernicieux desseins. Dieu conserve votre altesse ! Nous sommes très-prompts à lui rendre service. Fait à Vitemberg , la mercredi après la fête de saint Nicolas , l'an 1539. Les très-humbles et très-obéissants serviteurs de votre altesse ,

Martin Luther. Philippe Melanchton. Martin Bucgr. Antoine Corvin. Adam. Jean Leningue. Juste Wintfertb. Denis Melanther.

Je, George Nuspicher, notaire impérial, rends témoignage par l'acte présent , écrit et signé de ma propre main , que j'ai transcrit la présente copie sur l'original véritable et li-» dèlement conservé jusqu'à présent de la propre main de Philippe Melanchton , à la requête du sérénissiine prince de Hesse; que j'en ai examiné avec une extrême exactitude chaque ligne et chaque mot , que je les ai confrontés avec le même original : que je les ai trouvés conformes, non-seulement pour les choses , mais encore pour les signatures ; et j'en ai délivra la présente copie en cinq feuilles de bon papier. De quoi J« rends encore témoignage. George Nuspicher, notaire.

"DES VARIATIONS, LIV. VI

INSTRUMENTUM COPULATIONIS '

PBILirPI LANDCRAVII, ET MARGABETi DE %klU

iN NOMiNE DoMiNi. .^meti.

Notum sit omnibus et singulis, qui hoc publicum instrumentum vident, audiunt, legunt,quod anno post Christum natum 1540, die Mercuru mensis Martii, post meridiem, circa secundam circiter, indictionis aniio 13, potentissimi et invictissimi Romanorum imperatoris CaroU Quinti , clementissimi nostri Domini, anno regiminis 21 , corain me mfrascripto notario et teste, Rotemburgi in arce comparuerint serenissimus princeps et dominus Philippus, landgravius, cornes in Catzneleubogen, Dietz, Zingenhain, et Nidda , cum ahqufbus suae celsiludinis consiliarlis ex una parte : et honesta ac virtuosa virgo, Margareta de Saal, cum aliquibus ex sua consanguinitate, et altéra parte; illa intentioneet voluntate, coram me publico nolario ac teste, publiée confessi suntut matrimonio copulentur : et postea aute m'emoratus meus clementissimus dominus et princeps landgravius Philippus per reverendum dominum Dionysium Melandrum, suae celsitudinis concionatorem, curavit proponi ferme hune sensum. Cum omnia aperta sint oculis Dei, et homines pauca lateant, et sua celsitu dovelit cum nominata virgine Margareta matrimonio copulari , etsi prier suae celsitudinis conjux adhuc sit in vivis; ut hoc non tribuatur levitati et curiositati , ut evitetur scandalum , et nomiuatae virginis et illius honestae consanguinitatis honor et fama non patiatur; edicit sua celsitudo hic coram Deo, et in suam conscientiam et animam hoc non ficri ex levitate aut curiositate, nec ex aliqua vilipen-

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