‹ ŒuvresChapitre 2 sur 148 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

qu'il n'a pas tenu à no?! calvinistes qu'ils n'en nient dit do nouvelles, qui aient supprimé ou réformé toutes les autres.

On est étonné de ces variations. On le sera beaucoup davantage quand on verra le détail et la manière dont des actes si authentiques ont été dressés. On s'est joué, je le dis sans exagérer, du nom de confession de foi; et rien n'a été moins sérieux <lans la nouvelle réforme , que ce qu'il y a de plus sérieux dans la religion.

Cette prodigieuse nuiltitude de Confessions de foi a effrayé ceux qui les ont faites : on verra les pitoyables raisons par lesquelles ils ont tâché de s'en excuser : mais je ne puis m'empêcher ici de rapporter celles qui sont pro|)osées dans la préface du recueil de Genève • ; parce qu'elles sont générales, et regardent également toutes les Églises qui se disent réformées.

La première raison qu'on allègue pour établir la nécessité de multiplier ces Confessions, c'est que plusieurs articles de foi ayant été attaqués , il a fallu opposer plusieurs Confessions à ce grand nombre d'erreurs : j'en' conviens; et en même temps, par une raison contraire, je démontre l'absurdité de toutes ces Confessions de foi des protestants; puisque toutes, comme il paraît par la seule lecture des titres, regardent précisément les mêmes articles; de sorte que c'était le cas de dire avec saint Athanase> : «■ Pourquoi un nouveau concile, de nouvelles « Confessions, un nouv-eau symbole? Quelle nou- « velle question s'était élevée .-' »

Une autre excuse qu'on apporte , c'est que tout le monde, comme dit l'apôtre, doit rendre raison de sa foi; de sorte que les Églises répandues en divers lieux ont dû déclarer leur croyance par un témoignage public : comme si toutes les Eglises du inonde, dans quelque éloignement qu'elles soient, ne pouvaient pas convenir dans le même témoignage , quand elles ont la même croyance; et qu'on n'ait pas vu en effet , dès l'originedu christianisme , un semblable consentement dans les Églises. Où est-ce que l'on me montrera que les Églises d'Orient aient eu dans l'antiquité une confession différente de celle d'Occident? Le symbole de Nicée ne leur a-t-il pas servi égaleme-nt de témoignage contre tous les ariens? ladéflnition de Calcédoine, contre tous les eutychiens , les huit chapitres de Carthage, contre tous les pélagiens? et ainsi du reste.

Mais, disent les protestants, y avait-il une des Églises réformées qui pût faire la loi à toutes les autres? Tson, sans doute : toutes ces nouvelles Églises, sous prétexte d'éloigner la domination, se sont même privées de l'ordre, et n'ont pas pu conserver le principe d'unité. Mais enfin, si la vérité les dominait toutes, comme elles s'en glorifient, il ne fallait autre chose, pour les unir dans une même Confession de foi , sinon que toutes entrassent dans le sentiment de celles à qui Dieu aurait fait la grâce d'exposer la première la vérité.

Knfin. nous lisons encore dans la préface de Ge-

> Si/itl. ConJ. Prœf. — * Athan. de Syn. et Ep. ad. Afr.

nève, que si la réforme n'avait produit qu'une seule Confession de foi , on aurait pris ce consentement pour un concert étudié; au lieu qu'un consentement entre tant d'Églises, et de Confessions de foi sans concert, est l'œuvre du Saint-Esprit. Ce concert, en effet, serait merveilleux : mais par malheur la merveille du consentement manque à ces Confessions de foi ; et cette histoire fera paraître qu'il n'y eut jamais, dans une matière si sérieuse, une si étrange inconstance.

On s'est aperçu d'un si grand mal dans la réforme, et on a vainement tenté d'y remédier. Tout le second parti des protestants a tenu une assen)blée générale, pour dresser une commune Confession de foi. Mais nous verrons par les actes • qu'autant qu'on trouvait d'inconvénient à n'en avoir point, autant fut-il impossible d'en convenir.

Les luthériens, qui paraissent plus unis dans la confession d'Augsbourg, n'ont pas été moins embarrassés de ces éditions différentes, et n'y ont pas pu trouver un meilleur remède».

^On sera fatigué sans doute en voyant ces variations, et tant de fausses subtilités de la nouvelle réforme; tant de chicanes sur les mots ; tant de divers accommodements; tant d'équivoques et d'explications forcées sur lesquelles on les a fondées. Est-ce là, dira-t-on souvent, la religion chrétienne, que les païens ont admirée autrefois comme si simple, si nette et si précise en ses dogmes! Christianam y religionem absohitamet simplicem? JNon certainement, ce ne l'est pas. Ammian IMarcelin avait raison , quand il disait que Constance , par tous ses conciles et tous ses symboles , était éloigné de cette admirable simplicité, et qu'il avait affaibli toute la vigueur de la foi, par la crainte perpétuelle qu'il avait de s'être trompé dans ses sentiments ^.

Encore que mon intention soit ici de représenter les Confessions de foi , et les autres actes publics où paraissent les variations, non pas des particuliers, mais des Églises entières de la nouvelle reforme : je ne pourrai m'empêcher de parler en même temps des chefs de parti qui ont dressé ces Confessions, ou qui ont donné lieu à ces changements. Ainsi Luther, Melanchton, Carlostad, Zuingle, Bucer, OEcolampade, Calvin, et les autres, paraîtront souvent sur les rangs : mais je n'en dirai rien qui ne soit tiré le plus souvent de leurs propres écrits , et toujours d'auteurs non suspects : de sorte qu'il n'v aura dans tout ce récit aucun fait qui ne soit constant, et utile à faire entendre les variations djnt j'écris l'histoire.

Pour ce qui regarde les actes publics des protestants, outre leurs Confessions de foi et leurs Catéchismes, qui sont entre les mains de tout le monde, j>n ai trouvé quelques-uns dans le recueil de Genève; d'autres dans le livre appelé Concorde, imprimé par les luthériens en 1G.')'1 ; d'autres dans le résultat des synodes nationaux de nos prétendus réformés , que j'ai vus en forme authentique dans la bibliothèque du Roi; d^autres dans l'IIistoiji'é Sacramentaire, impnmée à Zuriel^ en 1^02 , par

• Liv. Xiï. — ' Ltv. n\ , vni. — * Ammian. Marcel, lilj. : .u.

DES VAlllATrDNS.

Bospiriien, auteur zuinglien, ou enOn dans d'autres auteurs protesta nts^^n un mot, je ne dirai \Jrien qui ne soit authentique et incontestabiej;;5jAu^;\ ivste, pour le fond des ciioses, on sait bien itqiieli ' avis je suis : car assurément je suis catholique aussi/ soumis qu'aucun autre aux décisions de l'Église ,| et tellement disposé, que personne ne craint da-', vanta;î3 de préférer son sentiment particulier au ; sentiment universel. Après cela, d'aller faire le( neutre et l'indiff^ireiit , à cause que j'écris une histoire, ou de dissimuler ce que je suis, quand tout I le monde le sait et que j'en fais gloire, ce serait// farre au lecteur une illusion trop grossièpp^^'mais^ avec cet aveu sincèr9<^e maintiens aux protestants qu'ils ne peuvent me refuser leur croyance , et qu'ils ne liront jamais nulle histoire , quelle qu'elle soit, Iplus indubitable que celle-ci ; puisque, dans ce que ^ j'ai à dire contre leurs Églises et leurs auteurs , je /n'en raconterai rien qui ne soit prouvé clairement I par leurs propres témoignages.

Je n'ai pas épargné ma peine à les transcrire; et le lecteur se plaindra peut-être que je n'aie pas assez ménagé la sienne. D'autres trouveront mauvais que je me sois quelquefois attaché à des choses qui leur paraîtront méprisables. Mais , outre que ceux qui sont accoutumés à traiter les matières de la religion savent bien que dans un sujet de cette importance et de cette délicatesse , presque tout , jusqu'aux moindres mots, est essentiel; il a fallu considérer, non ce que les choses sont en ellesmêmes , mais ce qu'elles ont été ou sont encore dans ■ l'esprit de ceux à qui j'ai affaire ; et après tout on w*fa4>iea-.que cette histoire est-d'un.geure-tout |»a£tMî«lk44 -qu'elle a dû paraître avec toutes ses preuves, et munie, pour ainsi dire, de tous cotés; . et qu'il a fallujiasarderde la rendre moins divertis» ' santé, pour la rendre plus convaincante et plus util^- Quoique mon dessein me renferme dans Thi^Kîire des protestants, j'ai cru en certains endroits devoir renionter plus haut ' ; et c'a été lorsqu'on a vu les ! ] vaudois et les hussites se réunir avec les calvinistes et les luthériens : il a donc fallu, en ces endroits, faire connaître l'origine et les sentiments de ces sectes, en montrer la descendance, les distinguer d'avec celles avec qui on a voulu les confondre , découvrir le manichéisme de Pierre de Bruis et des albigeois, et montrercomment les vaudois sont sortis d'eux ; raconter les impiétés et les blasphèmes de V[glef, dont Jean Hus et ses disciples ont pris naissance; en un mot, révéler la honte de tous ces sectaires à ceux qui se glorifient de les avoir pour prédécesseurs.

Quant à la méthode de cet ouvrage, on y verra marcher les disputes et l€s décisions dans l'ordre qu'elles ont paru, sans distinction des matières-, parce que les temps mêmes nî'invitaient à suivre cet ordre. Il est certain que, par ce moyen, les variations des protestants et l'état de leurs Églises sera mieux marqué. On verra aussi plus clairement, en mettant ensemble sous les yeux les circonstances des lieux et des temps, ce qui pourra servir à la

* JJv. u. •

conviction o« à la défense de ceux dont ils'aiïrt: Il n'y a qu'une controverse dont je fais l'histoire à part; et c'est celle qui regarde l'Église • : nwtière si importante, et qui seule pourrait emporter in décision de tout le procès, si elle n'était aussi em brouillée dans les écrits des protestants, qu'ellrt est claire et intelligible en elle-même. Pour lui rendre sa netteté et sa simplicité naturelle , j'ai recueilli dans le dernier livre tout ce que j'ai eu à raconter sur cette matière, alin qu'ayant une fois bien envisagé la difficulté, le lecteur paisse aperce.voir pourquoi les nouvelles Églises se sont senties obligées à tourner successivement de tant de .c6t«s ce qui dans le fond ne pouvait jamais avoir qu'unft même face. Car enfin tout se réduit à montrer on était l'Église avant la réforme. Naturellement o» la doit faire visible , selon la commune idée de tous Iv.s i chrétiens , et on était allé là dans les premières Confessions de foi, comme on le verra dans celles d'Aug.sbourg et de Strasbourg, qui sont dans chaque parti des protestants les deux premières. On s'obligeait,par ce moyen, à montrer dans sa croyance, non pas des particuliers répandus deçà et delà, et encore les uns sur un point, et les autres sur un autres mais des corps d'Église, c'est- à-dire des corps composés de pasteurs et de peuples : et on a lofigtemj;s amusé le monde en disant, qu'à la vérité l'Église n'ér tait pas toujours dans l'éclat; mais qu'il y avait du moins , dans tous les temps, quelque petite assem» blée où la vérité se faisait entendre. A la fin, comme on a bien vu qu'on n'en pouvait marquer, ni petite ni grande, ni obscure ni éclatante, qui^fût de la croyance protestante ; le refuge d'Église invisible s'est présenté très à propos, et la dispute a roulé longtemps sur cette question. De nos jours on a reconnu plus clairement que l'Église réduite à un état invisible était une chimère inconciliable avec leplaa . de l'Écriture et la commune notion des chrétiens,, et on a abandonné ce mauvais poste. Les protestants ont été contraints à charcher leur successioa jusque dans l'Église romaine. Deux fameux ministres de France ont travaillé à l'envi à sauver les inconvénients de ce système, pour parler dans le style du temps : on entend bien que ces deux ministres sont messieurs Claude et Jurieu. On nepouvait a[\porter ni plus d'esprit, ni plui d'étude, ni plus de subtilité et d'adresse, en un mot, plus de tout ce qu'il fallait pour se bien défendre :onne pouvailnon plus faire meilleure contenance, ni renvoyer leurjs adversaires d'un air plus fier et plus dédaigneux avec les petits esprits, et avec les missionnaires tant méprisés par les ministres : toutefois la difficulté qu'on voulait faire paraître si légère, à la fin s'est trouvée si grande, qu'elle a mis la division dans le parti. U a enfin fallu reconnaître publiquement qu'on trouvait dans l'Église romaine, comme dans les autres Églises, avec la suite essentielle du vrai clvristianisme , mémele salut éternel; secret que la politique du parti avait tenu si caché depuis longtemps. Au reste , on nous a doimé tant d'avantagt-, il a fallu se jeter dans des excès si visibles, oa a si ' Liv. \\\.

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