‹ ŒuvresChapitre 3 sur 148 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

fort oublié et les anciennes maximes de la reforme , et ses propres Confessions de foi , que je n'ai pu m'empêcher de raconter ce changement dans toute sa suiie. Que si je me suis attaché à tracer ici avec soin le plan de ces deux ministres, et à faire bien connaître l'état où ils ont mis la question; c'est de bonne foi que j'ai trouvé dans leurs écrits , avec les plus adroits, toute l'érudition et toutes les subtilités que j'avais pu remarquer dans tous les auteurs que je connais, soit luthériens ou calvinistes : et si parmi les protestants on s'avisait de les dédire, sous prétexte des absurdités oià on les verrait poussés, et qu'on voulût se réfugier de nouveau, ou dans l'Église invisible, ou dans les autres retraites également abandonnées; ce serait comme le désordre d'une armée vaincue, qui, consternée par sa déroute, voudrait rentrer dans les forts qu'elle n'aurait pu défendre , au hasard de s'y voir bientôt forcée encore une fois; ou comme l'inquiétude d'un malade, qui après s'être longtemps inutilement tourné et retourné dans son lit, pour y trouver une place plus commode, reviendrait à celle qu'il aurait quittée, où peu après il sentirait qu'il n'est pas mieux.

Je ne crains ici qu'une chose, c'est, s'il m'est permis de le dire, de faire trop voir à nos frères je faible de leur réforme. Il y en aura parmi eux ]ui s'aigriront contre nous, plutôt que de se calmer, en voyant dans leur religion un tort si visible; quoique, hélas! je ne songe point à leur imputer le malheur de leur naissance, et que je les plaigne encore plus que je ne les blâme. Mais ils ne laisseront pas de s'élever contre nous. Que de récriminations préparera-t'On'contrel'Kglise, etque de reproches peut-être , contre moi-même , sur la nature de cet ouvrage! Combien de nos adversaires me diront, quoique sans sujet, que je suis sorti de mon caractère et de mes maximes , en abandonnant la modération qu'ils ont eux-mêmes louée , et en tournant les disputes de religion à des accusations personnelles et particulères! Mais assurément ils auront tort. Si ce récit rend le procédé de la réforme odieux, les bons esprits verront bien qu'en cela ce n'est pas moi , mais la chose même qui parle. Il ne s'agit de rien moins que de faits personnels, dans un discours où je me propose d'exposer, sur les matières de la foi , les actes les plus authentiques de la religion protestante. Que si on trouve dans leurs auteurs, qu'on nous vante comme des hommes extraordinairement envoyés pour faire renaître le christianisme au seizième siècle , une conduite directement opposée à un tel dessein; et qu'on voie en général, dans le parti qu'ils ont formé, tous les caractères contraires à un christianisme renaissant : les protestants apprendront dans cet endroit de l'histoire à ne point déshonorer Dieu et sa providence, en lui attribuant vn choix spécial qui serait visiblement mauvais.

Pour les récriminations, il les faudra essuyer, eivec toutes les injures et les calomnies dont nos adversaires ont accoutumé de nous charger : mais je leur demande deux conditions, qu ils trouveront

équitables ; la première, qu'ils ne songent à nous accuser de variations dans les matières de foi , qu'après qu'ils s'en seront purgés eux-mêmes; autrement il faut avouer que ce ne serait pas répondre à cette histoire, mais éblouir le lecteur, et donner le change : la seconde, qu'ils n'opposent pas des raisonnements ou des conjectures à des faits constants ; mais des faits constants à des faits constants, et des décisions de foi authentiques à des décisions de foi authentiques. Que si par de telles preuves ils nous montrent la moindre inconstance, ou la moindre variation dans les dogmes de l'Église catholique, depuis son origine jusqu'à nous , c'est-à-dire depuis la fondation du christianisme , je veux bien leur avouer qu'ils ont raison : et moi-même j'effacerai toute mon histoire.

Au reste , je ne prétends pas faire un récit sec et décharné des variations de nos réformés. .l'en découvrirai les causes : je montrerai qu'il ne s'est ' fait aucun changement parmi eux, qui ne marque un inconvénient dans leur doctrine, et qui n'en soit l'effet nécessaire. Leurs variations, comme celles des ariens , découvriront ce qu'ils ont voulu excuser, ce qu'ils ont voulu suppléer, ce qu'ils ont voulu déguiser dans leur croyance. Leurs disputes, leurs contradictions et leurs équivoques rendront témoignage à la vérité catholique. Il faudra aussi de temps en temps la représenter telle qu'elle est , afin qu'on voie par combien d'endroits ses ennemis sont enfin contraints de s'en rapprocher. Ainsi, au milieu de tant de disputes, et des embarras de la nouvelle réforme, la vérité catholique éclatera partout, comme un beau soleil qui aura percé d'épais nuages; et ce traité, si je l'exécute comme Dieu me l'a inspiré, sera une démonstration de la justice de notre cause; d'autant plus sensible, qu'elle procédera par des principes et par des faits constants entre les parties.

Enfin , les altercations et les accommodements des protestants nous feront voir en quoi ils ont mis de part ou d'autre l'essentiel de la religion et le nœud de la dispute; ce qu'il y faut avouer, ce qu'il y faut du moins supporter selon leurs principes. La seule Confession de foi d'Augsbourg avec son apologie , décidera en notre faveur beaucoup plus de points qu'on ne pense, et sans hésiter, ce qu'il y a de plus essentiel. Nous ferons aussi reconnaître au calviniste, complaisant envers les uns, et inexorable envers les autres, que ce qui lui paraît odieux dans le catholique, sans le paraître de la même sorte dans le luthérien, ne l'est pas au fond. Quand on verra qu'on exagère contre l'un ce qu'on favorise ou qu'on tolère dans l'autre, c'en sera assez pour montrer qu'ont n'agit point par principes, mais par aversion; ce| qui est le véritable esprit de schisme. Cette épreuve, que le calviniste pourra faire ici de lui-même, s'étendra plus loin qu'il ne croit. Le luthérien trouvera aussi les disputes fort abrégées par les vérités qu'il reconnaît ; et cet ouvrage, qui d'abord pourrait paraître contentieux, se trouvera dans le fond L*3Ucoup plus tourné à la paix qu'à la dispute.

DES VAIUATIONS.

i'our ce (|iii regarde le calholique, il ne cessera parloul de louer Dieu de la continuelle proleclioa qu'il donne à son Kglise , pour en maintenir la sim- |)licitéet la droiture inflexible, au milieu des subtilités dont on embrouille les vérités de l'Évangile.

, La perversité des bér etiijues sera un grand spectacle aux humbles de cœur. Ils apprendront à mépriser, avec la science qui enlle, l'éloquence qui éblouit; et les talents que le monde admire leur paraîtront peu de chose, lorsqu'ils verront tant de vaines curiosités cl tant de travers dans les savants; tant de déguisements et tant d'artifice dans la politesse du style ; tant de vanité , tant d'ostentation et des illusions si dangereuses parmi ceux qu'on appelle beaux esprits, et enfin tant d'arrogance, tant d'emportement, et ensuite des égarements si fréquents et si manifestes dans les hommes qui paraissent grands , parce qu'ils entraînent les autres. On déplorera les misères de l'esprit

__Jmmain , et on connaîtra que le seul remède à de si grands maux est de savoir se détacher de son propre sens ; car c'est ce qui fait la différence du catholique et de l'hérétique. Le propre de l'hérétique, c'est-à-dire de celui qui a une opinion parculière , est de s'attacher à ses propres pensées ; et le propre du catholique, c'est-à-dire de l'uni' versel , est de préférer à ses sentiments le sentiment connnun de toute l'Église : c'est la grâce qu'on de^ mandera pour les errants. Cependaiit on sera saisi d'une sainte et humble frayeur, en considérant les tentations si dangereuses et si délicates que Dieu envoie quelquefois à son Église , et les jugements qu'il exerce sur elle; et on ne cessera de faire des vœux pour lui obtenir des pasteurs également éclairés et exemplaires, puisque c'est faute d'en avoir eu beaucoup de semblables, que le troupeau racheté d'un si grand prix a été si indignement ravagé.

HISTOIRE DES VARIATIONS

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