Aco. I
' j£oc. XVII, 10. — ' Ace. I. parl.p^. II. — » IL Petr. ui,.8.
HISTOIRE
eraoereurs, qui ont rempli le plus de temps par leur durée. Mais , au contraire , celui que saint Jean a caractérisé par la brièveté de sa durée , non-seulement dure plus que chacun des autres, mais encore dure plus que tous les autres ensemble : quelle absurdité plus manifeste ! et n'est-ce pas entreprendre de rendre les prophéties ridicules, que de les expliquer de cette sorte ?
Mais disons un mot des dix rois sur lesquels notre interprète croit triompher, après Joseph Mède '. C'est lorsqu'il nous fait paraître, 1. les Bretons, 2. les Saxons, 3. les Français, 4. les Bourguignons, 5. les Visigoths, 6. les Suèves et les Alains, 7. les Vandales, 8. les Allemands , 9. les Ostrogoths en Italie où les Lombards leur succèdent, 10. les Grecs. Voilà dix royaumes bien comptés, dans lesquels l'empire romain s'est divisé au temps de sa chute. Sans disputer sur les qualités, sans disputer sur le nombre , sans disputer sur les dates , voici du moins une chose bien constante : c'est qu'aussitôt que ces dix rois paraissent , saint Jean leur fait donner leur autorité et leur puissance à la bête *. Nous l'avouerons, disent nos interprètes, et c'est aussi où nous triomphons; car c'est là ces dix rois vassaux et sujets que l'empire antichrétien, c'est-à-dire, l'empire pontifical, a toujours eus sous lui pour l'adorer, et maintenir m puissance^. Voilà une convenance merveilleuse; mais, je vous prie, qu'ont contribué à établir l'empire papal, des rois ariens, tels qu'étaient les Visigoths et les Ostrogoths, les Bourguignons et les Vandales; ou des rois païens, tels qu'étaient alors les Français et les Saxons? Est-ce là ces dix rois vassaux de la papauté, qui ne sont au monde que pour l'adorer? Mais quand est-ce que les Vandales et les Ostrogoths ont adoré les papes? Est-ce sous Théodoric et ses successeurs , lorsque les papes vivaient sous leur tyraimie? ou sous Genséric, lorsqu'il pilla Rome avec les Vandales , et en emporta les dépouilles en Afrique? Et puisqu'on amène ici jusqu'aux Lombards , seraient-ils aussi parmi ceux qui agrandissent l'Église romaine; eux qui n'ont rien oublié pour l'opprimer durant tout le temps qu'ils ont subsisté, c'est-à-dire durant deux cents ans? Car qu'ont été durant tout ce temps les Alboïn, les Astulphe et les Didier, que des ennemis de Rome et de l'Église romaine? Et les empereurs d'Orient, qui étaient en effet empereurs romains, quoiqu'on les mette ici les derniers, sous le nom de Grecs, les faut-il encore compter parmi les vassaux et les sujets du pape , eux que saint Léon et ses successeurs, jusqu'au temps de Charlemagne, ont reconnu pour leurs souverains? Mais, dirat-on , ces rois païens et hérétiques ont embrassé la vraie foi. 11 est vrai , ils l'ont embrassée longtemps après cedémembrement en dix royaumes. Les Français ont eu quatre rois païens : les Saxons ne se sont convertis que sous saint Grégoire, cent cinquante ans après le démembrement : les Goths,
> PréJ. légit. 1. part. ch. Vir, p. 126. Ace. des Proph. II. ^ri. 27 ,28. — » Apoc. XVII , 13. — ^ Ace. I. part. c. xv, p.
qui régnaient en Espagne, se sont convertis de l'arianisme dans le même temps : que fait cela à ces rois, qui, selon la prétention de nos interprètes, devaient commencer à régner en même temps que la bête, et lui donner leur puissance ? D'ailleurs ne sait-on point d'autre époque pour faire entrer ces rois dans l'empire antichrétien , que celle où ils se sont faits ou chrétiens ou catholiques? Quelle heureuse destinée de cet empire prétendu antichrétien , qu'il se compose des peuples convertis à Jésus-Christ ! iMais qu'est-ce , après tout , que ces rois si heureusement convertis ont contribué à l'établissement de la puissance du pape? Si en entrant dans l'Église ils en ont reconnu le premier siège, qui était celui de Rome , ni ils ne lui ont donné cette primauté qu'il avait très-constamment quand ils se sont convertis, ni ils n'ont reconnu dans le pape que ce qu'y avaient reconnu les chrétiens avant eux , c'est-à-dire le successeur de saint Pierre. Les papes , de leur coté , n'ont exercé leur autorité sur ces peuples qu'en leur enseignant la vraie foi , et en maintenant le bon ordre et la discipline : et personne ne montrera que durant ce temps , ni quatre cents ans après, ils se soient mêlés d'autre chose, ni qu'ils aient rien entrepris sur le temporel : voilà ce que c'est que ces dix rois avec lesquels devait commencer l'empire papal.
Mais c'est, dit-on, qu'il en est venu dix autres à la place, et les voici avec leurs royaumes : 1. l'Allemagne, 2. la Hongrie, 3. la Pologne, 4. la Suède, 5. la France, 6. l'Angleterre, 7. l'Espagne, 8. le Portugal, 9. l'Italie, 10. l'Ecosse'. Expliquera qui pourra pourquoi l'Ecosse paraît ici plutôt que la Bohême; pourquoi la Suède plutôt que le Danemarck ou la Norwége; pourquoi enfin le Portugal, comme séparé de l'Espagne, plutôt que Caslille, Aragon, Léon, Navarre et les autres royaumes. Mais pourquoi perdre le temps à examiner ces fantaisies? Qu'on me réponde du moins : ci c'était là ces dix royaumes qui devaient se former du débris de l'empire romain à même temps que l'Antéchrist devait paraître, et qui lui devaient donner leur autorité et leur puissance ; que fait ici la Pologne , et les autres royaumes du Nord que Rome ne connaissait pas , et qui sans doute n'ont pas été formés de ses ruines, lorsque l'Antéchrist saint Léon est venu au monde? Se moque-t-on d'écrire sérieusement de semblables rêveries? C'est, en vérité, pour des gens qui ne parlent que de l'Écriture, se jouer trop témérairement de ses oraclfts ; et si l'on n'a rien de plus précis pour expliquer les prophéties, il vaudrait mieux en adorer l'obscurité sainte, et respecter l'avenir que Dieu a mis en sa puissance.
Il ne faut pas s'étonner si ces interprètes hardis se détruisent à la.fin les uns les autres. Joseph Mède, sur le verset où saint Jean raconte que dans un grand tremblement de terre la dixième partie de la ville tomba », croyait avoir très-oien rencontré en interprétant cette dixième partie de la nouvelle Rome antichrétienne, qui est dix fois plus
> Préj. U'j. I. pnrt. ch. \i, p. 105. — * Apoc. r'. , 13. Mfd. comm. iii Apoc. part. II, p. 489.
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petite que rancienne Rome. Pour parvenir à la preuve de son interprétation , il compare sérieusement l'ère de l'ancienne Rome avec celle de la nouvelle, et par une belle flgure il démontre que la première est dix fois plus grande que l'autre : mais M. Jurieu , son disciple , lui ôte une interprétation si mathématique. // s'est trompé avec tous les autrès, dit flèrement le nouveau prophète • , quand jyar ( t cité dont parle saint Jean il a entendu la seule ville de home. Il faut tenir pour certain , poursuit-il d'un tonde maître*, que la grande cité, c'est Rome avec son empire. Et la dixième partie de cette cité , que sera-ce ? Il l'a trouvé : La France, dit- il 3, es^ cette dixième partie. Mais quoi ! la France tombera-t-elle ? et ce prophète augure-t-il si mal de sa patrie? Non , non : elle pourra bien être abaissée , qu'elle y prenne garde , le prophète l'en menace : mais elle ne périra pas. Ce que le Saint-Esprit veut dire ici , en disant qu'elle tombera, c'est qu'elle tombera pour le papisme * : au reste , elle sera plus éclatante que jamais, parce qu'elle embrassera la réforme, et cela bientôt : et nos rois (chose que j'ai peine à répéter ) vont être réformés à la calvinienne. Quelle patience n'échapperait à ces interprétations ? Mais enBn il a mieux dit qu'il ne pense , d'appeler cela une chute : la chute serait trop horrible , de tomber dans une réforme où l'esprit d'illusion domine si fort.
Si l'interprète français trouve la France dans l'Apocalypse, l'Anglais y trouve l'Angleterre : la fiole versée sur les fleuves et sur les fontaines sont les émissaires du pape, et les Espagnols vaincus sous le régne d'Elisabeth, de glorieuse mémoire^. Mais le bon Mède rêvait : son disciple , mieux instruit, nous apprend que la seconde et la troisième fiole c''est les croisades, où, Dieu a rendu du sang aux catholique, pour le sang des vaudois et des albigeois qu'ils avaient répandu ^. Ces vaudois et ces albigeois ; et Jean Viclef et Jean Hus , et tous les autres de cette sorte, jusqu'aux cruels taborites, reviennent partout dans les nouvelles interprétations , comme de fidèles témoins de la vérité persécutée par la bête : mais on les connaît à présent , et il n'en faudrait pas davantage pour reconnaître la fausseté de ces prétendues prophéties.
Joseph Mède s'était surpassé lui-même dans l'explication de la quatrième fiole. Il la voyait répandue sur le soleil, sur la principale partie du ciel de la bête 1^ c'est-à-dire de l'empire papal; c'est que le pape allait perdre l'empire d'Allemagne , qui est son soleil : cela était clair. Pendant que Mède, si on l'en veut croire , imprimait ces choses quil avait méditées longtemps auparavant , il apprit les merveilles de ce roi pieux, heureux et victorieux, que Dieu envoyait du Nord pour défendre sa cause * : c'était, en un mot , le grand Gustave.
^ Ace. II. pari. ch. ii, p. I9*. — * Ibid. p. 200, 203. — » Ibid. p. 201. — ' Ibid. — » Med. comm. Apoc. p. 528, ad Phtal. 3, Ap. XVI. — ^Acc. des Proph. II. part. ch. iv, p. 72. Préj. ItgiL I. part. ch. v, p. 98, 99- — ' Comm. Ap. p. 528. Apoc. XVI , 8. — » Comm. Ap. p. 529.
IMède ne peut plus douter que sa conjecture ne soil une inspiration, et il adresse ù ce grand roi tô même cantique que David adressait au Messie : Mettez votre épée, ô grand roi! combattez pour la vérité et pour la justice, et régnez • ! Mais il n'en fut rien; et avec sa prophétie, Mède a publié sa honte.
Il y a encore un bel endroit, où, pendant que Mède contemple la ruine de l'empire turc , son disciple y voit au contraire les victoires de cet empire. L'Euphrate, dans l'Apocalypse , c'est à Mède l'empire des Turcs; et l'Euphrate mis à sec dans l'épauchement de la sixième fiole, c'est l'empire turc détruit '. II n'y entend rien : M. Jurieu nous fait voir que l'Euphrate c'est l'Archipel et le Rosphore , que les Turcs passèrent en 1390, pour se rendre maîtres de la Grèce et de Constantinople^. Bien plus, « il « y a beaucoup d'apparence que les conquêtes àvs « Turcs sont poussées si loin, pour leur donner le a moyen de servir avec les protestants au grand « oeuvre de Dieu 4 ; » c'est-à-dire , à la ruine de l'empire papal : car encore que les Turcs ?/'a/enf jamais été si bas qu'ils sont, c'est cela même qui fait croire à notre auteur qu'ils se relèveront bientôt. « Je regarde , dit-il , cette année 1685 comme « critique en cette affaire. Dieu y a abaissé les ré- « formés et les Turcs en même temps po ub les « BELEVEU EN MÊME TEMPS, et les faire être les « instruments de sa vengeance contre l'empire pa- « pal. « Qui n'admirerait cette relation du turcisme avec la réforme, et cette commune destinée de l'uu et de l'autre.^ Si les Turcs se relèvent; pendant que le reste des chrétiens s'affligera de leurs victoires, les réformés alors lèveront la tête, et croiront voir approcher le temps de leur délivrance. On ne savait pas encore ce nouvel avantage de la réforme , de devoir croître et décroître avec les Turcs. Notre auteur lui-même était demeuré court en cet endroit, quand il composait ses Préjuïîés légitimes ; et il n'avait rien entendu dans les plaies des deux dernières fioles, où ce mystère était renfermé : mais enfin, après avoir frappé deux fois, quatre, cinq et six fois, avec une attention religieuse, la porte s'est ouverte *, et il a vu ce grand secret.
On me dira que parmi les protestants les habiles gens se moquent , aussi bien que nous , de ces rêveries. Mais cependant on les laisse courir, parce qu'on les croit nécessaires pour amuser un peuple crédule. C'a été principalement par ces visions qu'on \ a excité la haine contre l'Église romaine, et qu'on ^ a nourri l'espérance de la voir bientôt détruite. On en revient à cet artifice; et le peuple, trompé cent fois, ne laisse pas de prêter l'oreille, comme les Juifs livrés à l'esprit d'erreur faisaient autrefois aux faux prophètes. Les exemples ne servent de rien pour désabuser le peuple prévenu. On crut voir dans les prophéties de Luther la mort de la papauté si prochaine , qu'il n'y avait aucun protestant qui n'espérât d'assister à se^ funérailles. Il a bien fallu prolonger le temps: maison a toujours conservé le même
' P$. XLtV. — "^ Apoc. XVI, 12. Ilnd. al ph. 6, p. D29. -- ' Ace. 11. part. ch. VU,£. W. — ♦. Ibid. loi. -* Ibiit p- »*.
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HISTOIRE
esprit; cl la rcîforme n'a jamais cessé d'être le jouet de ces prophètes de mensonge , qui propliétiseiit les illusions de leur cœur.
> Dieu me garde de perdre le temps à parler ici d'un Cotterus, d'un Drabicius, d'une Christine, d'un Coménius , et de tous ces autres visionnaires dont notre ministre nous vante les prédictions et reconnaît les erreurs ' ! Il n'est pas jusqu'au savant Usser qui n'ait voulu, à ce qu'on prétend , faire le prophète. Mais le même ministre demeure d'accord qu'il s'est trompé comme les autres. Ils ont tous été démentis par l'expérience; et on y trouve, dit le ministre ' , tant de choses qui achoppent, qu'on ne saurait affermir son cœur là-dessus. Cependant il ne laisse pas de les regarder comme des prophètes et de grands prophètes, des Ézéchiel , des Jéréinie. Il trouve « dans leurs visions tant de majesté « et tant de noblesse , que celles des anciens pro- « phètes n'en ont pas davantage ; et une suite de « miracles aussi grands qu'il en soit arrivé depuis « les apôtres. » Ainsi le premier homme de la réforme se laisse encore éblouir par ces faux prophètes, .•♦près que l'événement les a confondus : tant l'esprit d'illusion règne dans le parti. Mais les vrais propliètes du Seigneur le prennent d'un autre ton contre ces menteurs qui abusent du nom de Dieu : « Écoute, ô Hananias, dit Jérémie^, la parole que « je t'annonce, et que j'annonce à tout le peuple. « Les prophètes qui ont été devant nous dès le com- « mencement , et qui ont prophétisé le bien ou le « mal aux nations et aux royaumes; lorsque leurs « paroles ont été accomplies , on a vu qu'ils étaient « des prophètes que le Seigneur avait véritablement « envoyés. Et la parole du Seigneur fut adressée à « Jérémie : Va, et dis à Hananias : Voici ce que « dit le Seigneur : Tu as brisé des chaînes de bois , « en signe delà déliorance future du peuple y et tu « les changeras eu chaînes de fer : j'aggraverai le « joug des nations à qui tu annonceras la paix. « Et le prophète Jérémie dit au prophète Ilana- « nias : Ecoute, ô Hananias! le Seigneur ne t'a pas « envoyé , et tu as fait que le peuple a mis sa cou- « fiance dans le monsonge : Pour cela , dit le Sei- « gneur, je t'ôterai de dessus la face de la terre; « tu mourras cette année , parce que tu as parlé « contre le Seigneur. Et le prophète Hananias mou- « rut cette année, au septième mois. » Ainsi méritait d'être confondu celui qui trompait le peuple au nom du Seigneur; et le peuple n'avait plus qu'à ouvrir les yeux.
Les interprètes de la réforme ne valent pas mieux que ses prophètes. L'Apocalypse et les autres prophéties ont toujours été le sujet sur lequel les beaux esprits de la réforme ont cru qu'il leur était libre de se jouer. Chacun a trouvé ses convenances, et les crédules protestants y ont toujours été pris. M. .Turieu reprend souvent, comme on a vu, Joseph Mède, qu'il avait choisi pour son guide ^. Il a fait voir jusqu'aux erreurs de Dumoulin sou aïeul , dont toute
' Avisa tous les Chr. au comni- p. b,6, 7. — * Ace. des proph II. part. p. !74. — ^ Jer. XXVIII, 7 et seq. — 4 Jur. Jet: des Proph. I. part. p. 71. II. part. 4. 183.
I la réforme avait admiré les interprétations sur Icg prophéties; et il a montré que le fondement sur (e.
' quel il a bâti est tout à fait destitué de solidité. Il y avait pourtant beaucoup d'esprit, et une érudition très-recherchée, dans ces visionsde Dumoulin : mais c'est qu'en ces occasions plus on a d'esprit , plus on se trompe; parée que plus on a d'esprit, plus on invente, et plus on hasarde. Le bel esprit de Dumoulin, qui a voulu s'exercer sur l'avenir. Ta engagé dans un travail dont on se moque jusque dans sa famille; et M. Jurieu, son petit-fils, qui montre peut-être dans cette matière plus d'esprit que les autres, n'en sera que plus certainement la risée du monde.
J'ai honte de discourir si longtemps sur des visions plus creuses que celles des malades. Mais je ne dois pas oublier ce qu'il y a de plus important dans ce vain mystère des protestants. Selon l'idée qu'ils nous donnent de l'Apocalypse, rien ne devrait y être marqué plus clairement que la réforme elle-niême avec ses auteurs , qui étaient venus pour détruire l'empire de la bête; et surtout elle devrait être marquée dans l'épanchement des sept fioles , où sont prédites , à ce qu'ils prétendent , les sept plaies de leur empire antichrétien. Mais ce que voient ici nos interprètesestsi mal conçu, que l'un détruit ce que l'autre avance. Joseph Mède croit avoir trouvé Luther et Calvin, lorsque la fiole est répandue sur la mer, c'est-à-dire, sur le monde antichrétien, et qu'aussitôt cette mer est changée en un sang semblable à celui d'un corps mort^. Voilà, dit-il, la réforme : c'est un poison qui tue tout : car alors tous les animaux qui étaient dans la mer moururent ». Mède prend soin de nous expliquer ce sang semblable à celui d'un cadavre, et il dit que c'est comme le sang d'un menibre coupé, à cause des provinces et des royaumes qui furent alors arrachés du corps de lapapauté^. Voilà une triste image pour les réformés, de ne voir les provinces de la réforme que comme des membres co7tpés, qui ont perdu , selon Mède, toute liaison avec la source de la vie , tout esprit vital et toute chaleur , sans qu'on nous en dise davantage.
Telle est l'idée de la réforme, selon Mède. Mais s'il la voit dans l'effusion de la seconde fiole, l'autre interprète la voit seulement à l'effusion de la septième; « lorsqu'il sortit, dit saint Jean<, une « grande voix du temple céleste comme venant du « trône, qui dit : C'est fait. Et il se fit de grands « bruits, des tonnerres et des éclairs, et un si grand « tremblement de terre , qu'il n'y en eut jamais un « tel depuis que les hommes sont sur la terre : » c'est là , dit-il , la réforme *.
A la vérité, ce grand mouvement convient assez aux troubles dont elle remplit tout l'univers : car on n'en avait jamais vu de semblables pour la rtv ligion. 3Iais voici le bel endroit : La grande ville '
fut divisée en trois parties. C'est, dit notre auteur, l'Église romaine, la luthérienne et la calvinienne :
» Jos. Med. ad Ph. 2. Apoc. XXF, 3. — * Apoc. ibid. — * Med. ibid. — * Apoc, xvi, 17. — ' Ace. I. part. ch. 8, ;;. 122.
DES VARIATIONS, LIV. XIV