‹ ŒuvresChapitre 49 sur 148 · ARTICLE PREMIER · texte numérisé non relu

ARTICLE PREMIER

Dénombrement de ses erreurs : la Trinité directement attaquée avec l'immutabilité, et la spiritualité ou simplicité de l'Être divin.

Sur la première question, le ministre nous promet d'abord « d'expliquer et de justifier contre l'é- « vêque de Meaux la théologie des anciens sur le « mystère de la Trinité et celui de la génération du « FilsdeDieu'. » Il n'en promet pas davantagedans cette sixième lettre de son Tableau. Mais d'abord ce n'est pas là satisfaire à l'évêque de Meaux. Il est vrai que je l'accuse d'avoir reconnu et toléré dans les anciens une doctrine contraire à l'égalité, à la distinction et à la coéternité des trois personnes divines; mais ce n'est pas là tout son crime. Selon lui, le.^ Pérès du troisième siècle et même ceux du quatrième n'ont pas mieux entendu l'incarnation que la Trinité; pid.iqu'ils nous ont fait un Dieu converti en chair, selon l'hérésie qu'on a attribuée à Eutyche. Leur erreur n'e.st pas moins extrême sur les autres points : puisque dans leurs sentiments « la bonté « de Dieu n'estqu'un accident, comme la couleur; « la sagesse de Dieu n'est pas sa substance : c'était la « théologie du siècle. On ne croyait pas que Dieu « fdt partout, ni qu'il pût être en même temps dans « le ciel et dans la terre ». » Faut-il s'étonner après cela que la foi de la providence vacillât! Un Dieu qui n'était qu'au ciel ne pouvait [)as également prendre garde atout: aussi était-ce « l'opinion co^stan- « TE ET RÉGNANTE, quc Dicu avait abandonné le « soin de toutes les choses qui sont au-dessous du

« ciel, SANS EN EXCEPTER MEME LES HOMMES,

« et ne s'était réservé la providence immédiate que « des choses qui sont dans les cieux ^. » La grâce n'était pas mieux trai'.ée. « On la regarde aujour- « d'hui » (remarquez que c'est toujours la foi d'aujourd'hui qite le ministre reçoit, et vous en verrez d'autres exemples); •< la grâce donc, qu'on regarde » aujourd'hui avec raison comme un des plus im- « portants articles de la religion, jusqu'au temps

• Tnh. Lett. VI, p. 2:0, art. 1,2, 3, 4, p. 227, 237, 2ti2, 27C. — > Ibid. — ^ Lett. v, p. 49.

SUR LES LETTRES DE M. JURtEU.

• de saint Augustin était entièrement informe. » Ce mot d'informe lui plaît, puisque même il Tattribtie à la Trinité; et l'on verra comme il s'embarrasse en tâchant de se démêler de cette expression insensée. Mais peut-être que les erreurs qu'on avait sur In matière dfe la grâce, avant le temps de saint Augustin, étaient médiocres? Point du tout : « Les uns « étaient stoïciens et manichéens, d'autres étaient « purspélagiens; les plus orthodoxes ontété se- « mi-pélagiens : » ils sont tous par conséquent con- \aincus d'erreurs sur des matières si essentielles. Il en dit autant du péché originel. Quoi plus? « La satis- « faction de Jésus-Christ, ce dogme si important, si « fondamental et si c.airement révélé pari' (écriture, k est demeuré si informe jusqu'au quatrième siè- « de, qu'à peine peut-on rencontrer un ou deux « passages qui l'expliquent bien '. » On trouve même dans saint Cyprien « des choses très-injurieuses à cette doctrine : et , pour la jusliflcation , les Pères « n'en DISENT RIEN', ou ce qu'ils disent est faux, « mal digéreet imparfait». » Prenez garde : cenesont point ici des sentiments particuliers , mais partout les opinions régnantes , et la théologie du TEMPS. Il ne dit pas quelques-uns, mais tous, et les Pères en général. Il ne dit pas : on s'expliquait, mal ou l'on parlait avant les disputes avec moins de précaution : mais on croyait, on ne croyait pas ; et il s'agit de la foi. EnGn l'ignorance de l'ancienne Église allait jusqu'aux premiers principes ; et la foi n'était pas même arrivée à sa perfection « dans le « dogme d'un Dieu unique, tout-puissant, tout « sage, tout bon, infmi et infiniment parfait^. » On a varié sur des points si essentiels, et si connus, comme sur tous les autres, quoiqu'il n'y ait « point « d'endroit où les Pères de l'Église auraient dû être « plus uniformes et plus e.xempts de variations que <> celui-là, s'y exerçant perpétuellement dans leurs « disputes contre les païens. » Tous les savants sont d'accord qu'on a parlé plus correctement et avec plus de précision des choses dont on avait à disputer , que des autres , parce que la dispute même excitait l'esprit : mais il n'y a que pour les Pères des trois premiers siècles que cette règle trompe; et ils avaient l'esprit si bouché, même dans les choses de Dieu, qu'ils ignoraieutjusqu'à celles qu'ils avaient tous les jours à traiter avec les païens , et même son unité et sa perfection infinie. IS'ous le verrons mieux tout à l'heure; puisqu'on nous dira nettement qu'ils ne le croyaient ni immuable, ni indivisible. Je ne m'étonne donc pas si , en parlant des- Pères de ces premiers siècles, le ministre les a appelés de pauvres théologiens qui ne volaient, que rez-pied rezterre. Quand il voudra néanmoins, ce seront des aigles, et les plus purs de tous les docteurs. Mais on voit en tous ces endroits-là comme il les abime. Et comment auraient-ils pu s'en sauver, puisqu'ils n'étudiaient pas l'Écriture sur les matières les plus importantes, comme sur celles delà grâce* , et qu'en général // ne parait pas qu'ils se soient beaucoup attachés à cette lecture * , se rem-

• Lelt. Y, p. 49. — » Ibid. — ' Lett. TT , p. 4G. - ♦ Lett. «U, p. 50. 1" M\ if^ 133. — »I"^r.p. kSl^

plissant seulement de celle des platoniciens? Que de redites importunes! dira M. Jurieu. Il est vrai, c« sont des redites. J'ai relevé toutes ces erreurs tîe M. Jurieu dans mon premier Avertissement; mais je ne vois pas qu'on puisse, sans les répéter, lui fane voir qu'il ne songe seulement pas à y faire la moindre réponse dans l'ouvrage qu'il vient de donner pour sa défense. Pourquoi ? Est-ce peut-être que ces matières ne regardent pas d'assez près l'essence de la religion ? Mais c'en sont les fondements. Ou bien est-ce qu'elles ne regardent pas le socinianisme, dont M. Jurieu fait le tableau ? Mais lisait bien le contraire : et dans ce même tableau il reproche aux sociniens toutes ces erreurs'. Pourquoi donc se tait-il sur tous ces points, si ce n'est qu'il évite encore autant qu'il peut M. de Meaux? ce lui serait trop d'affaires de chercher des faux-fuyants à tous les mauvais pas où il s'engage : il ne s'attache qu'à la Trinité et il espère se sauver mieux parmi les ténèbres d'un mystère si impénétrable. Il restedonc à lui faire voir qu'il s'y abîme plus visiblement que dans les autres articles , et que ses excuses sont de nouveaux crimes. Rendez-vous attentifs : voici le nœud. La matière est haute; et quelque ordre qu'on y apporte, elle échappe si on ne la suit ; mais, pour abréger la dispute, ou convaincra le ministre par ses propres paroles.

Il demeure d'accord d'avoir dît, dans ses Lettres de 1689, que selou la doctrine des anciens, qu'il trouve du moins tolérable» « l'effusion de la sagesse, « qui se fit au commencement du monde, fut ce « qui donna la dernière perfection et, pour ainsi « dire, la parfaite existence au Verbe et à la seconde- « Personne de la Trinité *. » Il n'en faut pas davantage. Le Verbe avait donc manqué , dans l'éternité toutentière, de sa dernière perfection. Or ce qui' manque de sa perfection, visiblement n'est pas Dieu. Quand il la recevrait dans la suite , il ne le serait non plus , puisqu'il serait muable et changeant. Le Fils de Dieu n'est donc Dieu , dans cette supposition que le ministre tolère , ni avant la création , puisqu'il n'avait pas sa dernière perfection , ni depuis , puisqu'il l'a reçue alors de nouveau. N'est-ce pas assez blasphémer , que d'enseigner ou de tolérer de pareils sentiments?

Il s'excuse d"un autre blasphème en cette sorte. Voici ses paroles : J'ai dit dans la sixième Lettre pastorale de 1689, que, selon Tertullien, avec qui il veut que les autres anciens soient d'accord, le Fils de Dieu n'a été personne distincte de celle du Père qu'unpeu anant la création^. Voilà un second blasphème assez évident; mais voici comme il s'en tire : Personne distincte, dit-iH, c'est-à-dire personne développée et parfaitement née. Mais pour lui ôter ce dernier refuge et ne lui laisser aucune évasion , je lui réponds en deux mots : premièrement, que ce n'est pas là ce qu'il avait dit; secondement , que ce qu'il veut avoir dit ne vaut pas mieux.

Premièrement donc , ce n'est pas là ce qu'il avait dit dans ses Lettres de 1689, puisqu'il y avait d;*

• Tab. Lett. I, 2, etc. — » Tult Lett . TI, p. 238. — ' LelL XL de IC89, jj. 14, labl. LelL VI» p. 2CU. — « Ibid.

en tffl-mes exprès « que le Verbe n'est pas éternel

• en tant que Fils; qu'il n'était pas une personne; » que la génération du Verbe n'est pas éternelle; « que la génération de la personne du Verbe fut " faite au commencement du monde ; que la ïri- " nité des Personnes ne commença qu'alors, e/ qu''i\ " y avait trois personnes distinctes à la vérité, mais

* engendrées et produites dans le temps, en sorte « (j-w'elles en venoient à une existence actuelle»: » après quoi il ne faut plus s'étonner qu'on les ait faites v'«eV/afes : comment eussent-elles pu être égales, puisqu'elles n'étaient pas coéternelles? INI. Jurieu fait dire tout cela aux anciens* : M. Jurieu soutient qu'il n'y a là rien d'essentiel, ni de fondamental^- Il faut être bien assuré de faire passer tout ce qu on veut, pour croire qu'on puisse réduire tant d'impiétés à un bon sens.

I' distingue néanmoins : la personne du Fils ae Dieun' était pas encore, et, pour parler plus généralement, la Trinité des Personnes n'était pas encore : la Trinité des personnes développées ; il l'accorde : la Trinité des personnes véritablement distinguées en elles-mêmes , mais non encore enfantées ni développées; il le nie.

Nous verrons bientôt l'impiété de cette doctrine dans son fond : mais maintenant, pour nous attacher seulement aux termes, je lui demande en un mot : si distincte nevoulaitdirequerfe'ye/o/jpee, que n'usait-il de ce dernier terme? que ne disait-il clairement que dans l'opinion des anciens la personne du Fils et celle du Saint-Esprit n'étaient pas encore développées, ce qui lui paraît innocent; au lieu de dire distinctes, qui lui paraît criminel et insoutenable?

C'est , dit-il 4 , que f avais à expliquer brièvement ce sentiment des Pères, n'ai/ant aucunintérêt alors de l'expliquer plus au long. Il n'y avait aucun intérêt! C'est tout le contraire; car une des choses qu'il s'était le plus proposées , dans les lettres dont nous parlons, était de faire voir aux sociniens et à ceux qui les tolèrent, qu'il ne leur donnait aucun avantage en tolérant les Pères des trois premiers siècles : et puisqu'il mettait le dénoûment à leur faire dire que la personne du Verbe était dans le sein de son Père, comme un enfant dans celui de sa mère, /orme et distinct, mais non encore enfanté ni développé; lui eût-il coûté davantage de dire développé, que de dire distingué? Et pourquoi n'avoir pas donné d'abord à une si grande difficulté une solution si facile, où il n'eût fallu que trois mots?

Mais, ajoute votre ministre, je m'étais assez expliqué, puisque j'avais dit que le Verbe était caché dans le sein de son Père comme sapience : et, poursuit-il , ce qui est caché est pourtant , et existe comme une personne^ . Il dissimule ce qu'il avait dit, que ce Verbe, qui et ait caché dans le sein du Père comme sapience, était seulement son Fils et son Verbe en germe et en semence. Or ce qui est un germe et une .v^mence, visiblement n'est pas une personne; le Fils de Dieu n'était donc pas une per-

' Lett. VJ âe ir,89, jt. ^^, 45, 46. — ' /" Avert. p. !8I.— ^ P. 44 - « T<il). Utl. VI , p. 238. — ^ Tab. p. 2C0. Lett. VI de im9,p.ii. •

SIXIÈME AVERTISSEMENT

sonne, selon M. Jurieu. Il tronque et il falsifie ses propres paroles : que faut-il donc espérer qu'il laisso dorénavant en son entier?

On voit plus clair que lejour qu'il ne lui reste aucune défense ; car , pour entrer dans le fond de son raisonnement , il sait bien qu'une chose peut être dans une autre, ou en acte et selon sa forme, ou en puissance et selon ses principes, comme l'épi dans le grain , l'arbre dans son pépin ou dans son noyau, un animal dans son germe, tous les ouvrages dont l'univers est composé dans leurs principes primordiaux. Ce n'était donc pas assez à M. Jurieu de dire que le Fils de Dieu fut caché dans le sein de son Père; les ariens mêmes disaient, selon lui, qu'il y était caché en puissance ■ : et pour fermer la bouche aux sociniens et aux tolérants leurs amis, il fallait avoir expliqué que si le Verbe était caché dans le sein du Père , ce n'était pas en puissance, comme l'enfant est dans le germe et dans l'embryon ; mais en effet et en acte, comme il est après sa conception ou sa naissance. Mais , loin de le dire ainsi , ou plutôt de le faire dire aux anciens, M. Jurieu dit tout le contraire dans l'endroit même qu'il cite pour se justifier : et il en conclut un peu après , qu'on devait se représenter Dieu comme mual)le et divisible , changeant ce germe de so.\ Fils en une personnes Ainsi, selon les anciens, approuvés ou tolérés par AI. Jurieu, il ne m'importe, le Fils de Dieu était éternellement dans le sein de son Père comme un germe, comme une .semence , et non pas comme une personne ; et ce germe ne fy t changé en une personne que dans le temps. Qui ne voit manifestement que faire parler ainsi les anciens , c'est les faire blasphémer; et qu'approuver ou tolérer ces expositions de la foi , comme .M. Jurieu les veut appeler, c'est blasphémer soi-même?

Il en est de même des autres pensées que le ministre attribue aux Pères. Par exemple, il leur faisait nier l'éternité de la génération du Fils : il s'explique : l'éternité de la seconde génération, il l'avoue : de la première, il le nie 3. il fallait donc deviner ces deux générations, dont il ne disait pas un seul mot; reconnaître dansuneseule personneselon la divinité deux générations proprement dites, et croire que le Père éternel avait engendré son Fils à deux fois.

Les autres opinions que le ministre avait imputées aux saints docteurs ne sont pas mieux excusées ; et il n'y a personne qui ne voie que ce qu'il dit aujourd'hui dans son Tableau est une réformation, et non pas une explication de son Système. Pitoyable réformation, puisque, loin de le relever du blasphème dont il a été convaincu, elle l'y enfonce de nouveau , comme on va voir !

Il faut donc ici expliquer le nouveau mystère de cet enveloppement et développement du Verbe, de sa conception et de sa sortie hors des entrailles de son Père, et»de sa double nativité, l'une éternelle, mais imparfaite; l'autre parfaite, mais temporelle, et arrivée seulement un peu avant la création du monde : car c'est là tout le dénoûmen* que donne

• Tah. Lett. VI, p. 275. — ' Tah. Lclt. VI, p »C. /" AverU p 182. — ^LM. VI de 1G89. Tab. Lett. VI.

SUR LES LETTRES DE M. JtlRIEU.

4Sfi

M. Juricu à la théologie des anciens ; et il est temps ilVn démontrer la visible absurdité selon lui-même.

En effet, voici comme il parle» : « Celte pensée « des anciens , « cette double nativité et c« nouveau développement du Verbe , « dans le sens métapho- «. rique est belle et bonne; mais dans le sens pro- « pre, comme ces anciens le prenaient, elle ne s'ac- « corde pas avec l'idée de la parfaite inmiutabilité « de Dieu. »

Il n'y a ici qu'à ouvrir les yeux pour voir l'égarement de notre ministre. Cett« double génération ou ce développement du Verbe, à le prendre proprement, est si absurde qu'il n'entrera jamais dans les esprits. Car (jui pourrait croire qu'un Dieu s'enveloppe et se développe selon sa nature divine , ou que le Père engendre son Verbe à deux fois } Il ne faut qu'ouvrir seulement l'Évangile de saint Jean , pour y remarquer que s'il est engendré deux fois , l'une de ces générations le regardait dans l'éternité comme Dieu, et l'autre dans le temps en tant qu'homme. Mais que comme Verbe il ait pu être engendré deux fois , et qu'il faillit au pied de la lettre le développer du sein paternel , comme un enfant de celui de sa mère , c'était dans cette divine et immuable génération une imperfection si visible et si indigne de Dieu, qu'il faudrait être insensé pour le dire ainsi dans le sens propre.

Cest po;»rquoi le docteur Bullus, le plus savant des protestants dans cette matière, lorsqu'il a vu dans cinq ou six Pères (car il n'en met pas davantage) cette double génération, avait entendu la seconde d'une génération ymtaphorique : qui ne signifie autre chose que son opération extérieure, et la manifestation de ses desseins éternels par la création de l'univers, à la manière que nous verrons si clairement dans la suite, qu'il n'y aura pas moyen d'en disconvenir. Aussi M. Jurieu est-il déjà d'accord avec nous que cette |>ensée des anciens est irréprocliable en ce sens. Cependant il refuse de la suivre; et, obstiné à trouver dans les anciens l'erreur dont un si savant protestant les avait si clairement justifiés : « Pour moi, dit-il *, je tiens pour certain o qu'il n'y a point là de métaphore. » Et un peu « plus haut^ : « J'entends tout cela sans figure, et je «- comprends que des théologiens (ce sont les Pères « des trois premiers siècles) ont cru que les deux per- « sonnes divines , le Fils et le Saint-Esprit, étaient « renfermées dans le sein de la première, comme » un enfant est enfermé dans le sein de sa mère, a parfait de tous ses membres , ayant vie , être , « mouvement et action ; mais n'étant pas encore o développé et séparé de la mère. »

Mais s'il faut prendre au pied de la lettre et sans ligure, comme le ministre nous y veut contraindre, tout ce qu'il vient de raconter ; il y a donc, comme dans la mère et dans son enfant lorsqu'il vient au iuonde , un double changement en Dieu : un dans le Père qui développe ce qui était renfermé dans SCS entrailles ; un dans le Fils qui est séparé et développédesescntrailles paternelles: et ondteégalement

» Tub. Uti. \1, p. 206. — » ILid. — ' P. tel.

au Père et au Fils la parfaite simplicité et immutabiJité de leur être.

Après ces extravagances, qu'on nous débite comme des oracles, le ministre m'avertit séricusemeiit « de ne continuer pas à harceler la théologie des « Pères par des conséquences , en disant que, selon « le sentiment que je leur attribue , il faut que la « Trinité soit nouvelle et non éternelle ; que Dieu « soit muable; qu'il faut que Dieu puisse s'étendre « et se resserrer • . » Voilà des objections contre sa doctrine qui sans doute sont considérables; mais il les résout en un mot. Tout cela est chicane, dit-il. C'en est fait , l'oracle a parlé. Mais est-ce chicane de dire que celui qui ouvtc son sein , et qui développe ce qu'il y tenait enfermé, et celui qui sort de ce sein où il était auparavant, aient ce double défaut d'être muables et divisibles? Je le demande à tout homme qui a les premiers principes de l'intelligence.

Pour la mutabilité, la chose est claire. Le ministre demeure d'accord que, dans la supposition qu'il attribue aux anciens, « l'effusion faite dans le temps « de la sagesse divine donxa l\ dernière peb- « FECTiON et, pour ainsi dire, la parfaite existence « au Verbe et à la seconde personne de la Divinité. » Sur ce fondement je raisonne ainsi : Ce qui reçoit de nouveau sa dernière perfection, en termes formels est changé ; or, dans la supposition de M. Jurieu » la seconde personne reçoit de nouveau sa dernière perfection : donc dans cette supposition la seconde personne , en termes formels , est changée. Vous le voyez, mes chers frères, j'aime mieux toraberdans la sécheresse d'un argument en forme, que de donner lieu, quoique sans sujet, à votre ministre de dire que j'exagère et que je fais le déclamateur.

Voulez-vous ouïr un autre argument également clair, écoutez ce qu'on attribue à TertuUien et aux autres Pères ^ : « Dieu dit. Que la lumière « soit : voilà la seconde génération du Fils : ce que « TertuUien appelle la parfaite naissaace du Verbe, « et qui fait voir qu'il en reconnaissait une autre « iMPABFAiTE en Comparaison de celle-ci : c'était la « génération éternelle, par laquelle le Verbe, en tant « qu'entendement et raison divine , était en Dieu « éternellement, bien distingué à la vérité de la « personne du Père, mais encore enveloppé. » Demeurons-en là, et disons : Ce qui passe d'un état imparfait à un état parfait, change d'état ; mais, dans cotte supposition, le Fils de Dieu passe d'un état imparfait à un état parfait; par conséquent le Fils de Dieu change d'état. Il passe manifestement de l'imparfait au parfait; qui est, non parconséquence,raais précisément et selon la définition, ce qu'on appelle changer.

Et remarquez que son état imparfait est celui où il était mis par sa naissance éternelle : c'est cet état qu'on regarde comme imparfait, à comparaison de celui où il est élevé dans le temps et au commencement du monde. Dieu donc dans l'éternité a engendré un Fils imparfait , qui a acquis sa perfection

• Tab. LeU. vi, p. 269. — ' Ibid. p. 259. - » Ittid.

SIXIÈME AVERTISSEMENT

avec le temps. Si ce n'est pas là blasphémer en termes formels contre le Père et le Fils , je ne sais plus ce que c'est.

Enfin, c'est trop disputer; et il n'y a qu'à répéter au ministre ce qu'il écrivait en 1689 , « que les an- « cieiis représentaient Dieu comme muable etdivi- « sible, changeant ce germe de son Fils en une per- «' sonne, et donnant une portion de sa substance « pour son Fils, sans la détacher de soi '. » Qu ya-til de plus scandaleux et de plus impie tout ensemble, que de réduire le Fils de Dieu à l'imperfection d'un germe et d'une semeiice, comme il parle ? Mais n'est-ce pas clairement et en termes assez formels le reconnaître muable, etfaireun Dieu changeant et un Dieu changé ? Mais que fallait-il davantage pour faire un Dieu corporel , que de l'avouer divisible , et de lui attribuer des divisions et des portions de substance? Où réduit-on le christianisme? et ose-t-on se vanter de confondre les sociniens , lorsqu'on dit que de semblables blasphèmes ne ruinent pas le fondement de la foi ?

Voilà ce qu'il écrivait en 1689; et loin de corriger ces blasphèmes dans une lettre qu'il compose exprès pour s'en justifier, il y assure de nouveau que la seconde nativité du Verbe est sa parfaite nativité », et que la première est plutôt une conception qu'un enfantement parfait ^. Ce n'est pas tout : par cette seconde nativité, rfe sagesse il est devenu rerhe , et personne parfaitement née •* ; par conséquent quelque chose de fait et de plus formé qu'il n'était auparavant : en sorte que « la Trinité a pris « dans cette naissance son être développé et par- « fait; ce qui a fait croire aux docteurs des trois « |)remiers siècles , qu'ils étaient en droit de comp- « ter la naissance de la Trinité, de ce qu'ils appe- « laient sa parfaite nativité s. » Non content d'avoir proféré tant d'impiétés, il y met le comble en cette sorte : « A Dieu ne plaise, dit-il ^ , que je « voulusse porter ma complaisance pour cette théo- « logiedes anciens jusqu'à l'adopter ni même la to- « lérer aujourd'hui! On doit pourtant bien remar- « quer que l'on ne saurait réfuter par l'Écriture « cette théologie bizarre des anciens, et c'est une rai- « son pourquoi on ne leur en saurait faire une hé- « rcsie. Il n'y a que la seule idée que nous avons « aujourd'hui de la parfaite immutabilité de Dieu , .' qui nous fasse voirla fausseté de cette hypothèse : « or nous n'avons cette idée de la parfaite et entière « immutabilité de Dieu, que des lumières naïu- « relies qu'une mauvaise philosophie peut obscur- « cir. »

On ne sait en vérité par où commencer pour démontrer l'impiété de cediscours. Mais ce qui frappe d'abord , c'est que les anciens croyaient Dieu véritablement muable; et ce qui passe toute absurdité , que la parfaite immutabilité de Dieu est une idée d'aujourd'hui. Elle n'était pas hier; elle est nouvelle dans l'Église, et ne doit pas être rangée au nombre de ces vérités qui ont toujours été crues,

< LeU. M, de IGx'J. P' Aiert. - ^ Tab. Lctt. VI, p. 259, tel. - » Ibid. 263, 3GJ. - * Ibid. 233, 285. — * Ibid. 2G0, 261. - • Ibid 2''8.

et partout : Quod léique, quod semper. IMais ca qu'il y a de plus absurde et de plus impie, c'est ciu'elle est nouvelle non-seulement à l'Eglise primitive, mais encore aux prophètes et aux apôtres-, puisque, selon M. Jurieu, on ne peut réfuter par l'Ecriture cette bizarre théologie des anciens. Ce n'est que des philosophes que nous prenons cette idée, que nous avons aujourd'hui, de la parfaite immutabilité de Dieu : sans la philosophie, la doctrine des chrétiens sur un attribut aussi essentiel à Dieu serait imparfaite. Croire ce premier être muable, ce n'est pas une erreur contre la foi : c'est, si l'on veut, une erreur ou une hérésie philosophique, laquelle n'est point contraire à la révélation : les philosophes ont mieux connu Dieu que les chrétiens, et mieux que Dieu lui-même ne s'est fait connaître par son Écriture.

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