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SIXIEME AVERTISSEMENT
lui. Sur ces paroles de Salomon etde Moïse, les Pères ont dit que Dieu tenait conseil avec son Fils, que son Fils était son conseiller ; qu'il déterminait et arrangeait toutes choses avec lui. A la rigueur, ces expressions tournent plutôt contre le Père que contre Je Fil«; car celui dont on demande les conseils, à cet égard est supérieur à celui qui les demande. Mais en Dieu il faut entendre autrement les choses. Le Verbe est le conseil du Père, mais un conseil qu'il tire de son sein : il tient conseil avec lui, parce qu'il fait tout avec sa sagesse , qui est son Verbe , sa parole et sa pensée. C'est en ce sens qu'on l'appelle le conseiller de son Père. On voit bien qu'on l'appelle aussi dans le même sens son ministre; c'est pourquoi on fait marcher ces expressions d'un pas égal. ïertullien , par exemple, sur ces paroles. Faisons U homme , dit que « Dieu par l'unité de la Trinité parlait avec « le Fils et le Saint-Esprit comme avec ses ministres « et ses conseillers, quasi cum minislris etarbi- « tris^. » Prenez ce terme à la rigueur, je dis même celui de ministre , vous nuisez autant au Père qu'au Fils ; car il aura donc besoin de ministres comme les hommes, et il faudra qu'il emprunte une force étrangère. Reconnaissez donc qu'il faut adoucir ce mot , et en ôter quelque chose même à l'égard du Père éternel. Otez-en donc le besoin, ôtez-en l'emprunt : vous trouverez que le Père se sert de son Fils , non pas comme il se sert de ses anges , peuple naturellement suj£t et créé; mais il se sert de son Fils comme on se sert de sa raison etde sa sagesse. Voilà un beau ministère qu'il trouve toujours en lui-même et dans son sein , oxx il n'y a rien d'étrarïger ni d'emprunté , et qu'il emploie aussi non point par besoin, mais parce qu'il lui est toujours inséparablement uni.
Après avoir ôté du côté du Père ce qui blesserait sa divinité dans le terme de ministre, faitesen autant du côté du Fils. Otez du nom de ministre l'infériorité et la sujétion; il ne restera dans le Fils qu'une personne subsistante , une persomie distinguée, une personne envoyée, qui reçoit tout de son Père, dans lequel réside la source de l'autorité , parce qu'il est en effet l'auteur et le principe de son Verbe, d'où vient aussi le mot d'autorité : en un mot, il restera une personne par qui le Père fait tout à même titre qu'il fait tout par sa raison. Tout cela est une suite naturelle de la foi qui nous apprend qu'il y a en Dieu une raison et une sagesse engendrée, en laquelle nous découvrons la fécondité et la plénitude infinie de l'être divin. Voilà enfin ce qui restera dans le titre de ministre, à en ôter tout le reste comme le marc et la lie : et après cet épurement il n'y aura rien en ce terme que de véritable , et qui ne convienne parfaitement à la dignité du Père et du Fils.
C'est donc ainsi que les anciens ont quelquefois donné au Fils de Dieu et au Saint-Esprit le nom de ministre du Père; et non pas pour leur attribuer, comme fait M. Jurieu*, une opération inégale; car cela est de la crasse du langage humain , et de cette
• Adv. Prax. n. 12. — ' P. 2C4 , 205.
rouille dont il faut purifier ses lèvres îorsqu jn veut parler de Dieu. Et c'est pourquoi ces saints docteurs , qu'on veut faire passer pour si ignorants, ont bien à la vérité employé quelquefois le mot de ministre en l'épurant à la manière qu'oa vient de voir; mais si d'autres fois ils l'ont regardé avec cette imperfection naturelle au langage humain , ils l'ont aussi pour cette raison exclu des discours où ils parlaient du Fils de J^ieu , puisqu'ils ont o.t « que Dieu nous a envoyé pour nous sauver, non « pas, comme on pourrait croire, un de ses minis- « très, ou quelque ange, ou quelque puissance « du ciel qui soit préposée au gouvernement de la « terre, mais le Créateur lui - même et l'Ouvrier
« de toutes choses : comme un roi qui envoie
« son fils roi comme lui, et comme un dieu qui « envoie un dieu '. »
Au reste, on ne se sert plus maintenant de ce terme de ministre, parce que les ariens en ont abusé, mais il a eu son usage en son temps. Les noétiens et les sabelliens voulaient croire que Dieu agissait par son Verbe, comme un architecte agit par son art : mais comme l'art dans un architecte n'est pas une personne subsistante, et n'est qu'un mode , ou un accident, ou une annexe de l'âme, comme on voudra l'appeler, ces hérétiques croyaient que le Verbe était la sagesse , ou l'idée et l'art de Dieu , de la même sorte, sans être une personne distinguée. Les orthodoxes les rejetaient, en faisant de cette sagesse divine un ministre , qui était par con • séquent une personne distinguée du Père. Mais telle est la hauteur et, pour ainsi dire, la délicatesse de la vérité de Dieu , que le langage humain n'y peut toucher sans la ble.sser par quelque endroit. C'est ainsi qu'en expliquant la distinction et l'origine du Fils , il est à craindre que vous n'y mettiez quelque chose qui se ressente de l'inférieur. Mais , après tout , si vous attendez à parler de Dieu que vous ayez trouvé des paroles dignes de lui , vous n'en parlerez jamais. Parlez-en donc , en attendant, comme vous pourrez, et résolvezvous à dire toujours quelque chose qui ne porte pas où vous tendez, c'est-à-dire au plus parfait. Dans cette faiblesse de votre discours , vous vous sauvez, en songeant que vous aurez toujours à vous élever au-dessus des termes où vous ressentirez de l'imperfection; puisque, dans l'extrême pauvreté de notre langage, il faudra même s'élever au-dessus de ceux que vous trouverez les plus parfaits.
Il faut dans le même esprit épurer encore le terme de commandement. Le Fils a tout fait , et il s'est fait homme par le commandement de son Père ; le Père a commandé à sa parole, qui est son Fils. Quoi ! par une autre parole .' Illusion. Le Fils est lui-même le commandement du Père, ou, pour parler avec saint Clément d'Alexandrie, sa volonté toute puissante '; il est, dis-je, son commandement à même titre qu'il est sa parole : quand il agit par commandement, c'est qu'il agit en même
' Just. Ep. ad Diog. n. 7 , p. 237. — ' Stiom. v.
SUR LES LETTRES DE M. JURIEC
ton.ps par la volonté de son Père et par la sienne; car si Dieu agit par son Verbe ou par sa parole , cette parole ou ce Verbe agit aiisr,i , parce qu'il est une personne; autrement le Fils de Dieu ne dirait pas : yton Père agit, et moi j'agis aussi • ; et si , en recevant la vie du Père, il n'avait pas la vie en lui-même, il ne dirait pas : Comme mon Père a la vieen lui-mCme, ainsi il a donnéàson Fils d'avoir la rie €11 lui-même ». Le Père lui commande donc , non par une autre parole, autrement ilfaudrait aller à l'inlini ; mais par la parole qui est le Fils lui-même : et il reçoit le commandement , comme il reçoit de son Père d'être sa parole. Ténèbres impénétrables pour les incrédules ; mais à nous , qui sommes ravis de croire sans voir ce que nous espérons de voir un jour, tout cela est esprit et vie.
Mais que dirons-nous de ces portions et de ces (larties de substance que quelques Pères attribuent au Fils de Dieu' Car c'est là que M. Jurieu met son fort pour conclure l'inégalité ^. Que ce ministre est injuste ! H a bien osé se permettre de dire que le Fils de Dieu n'était pas toute la Divinité; et il veut que nous excusions par une bénigne interprét.ition une expression si étrange, pendant qall tient à la gorge ses conserviteurs, pour ne pas dire ses maîtres et les saints docteurs de l'Église; et, jusqu'à les étrangler^; il les presse en leur disant : Tu as dit portion , tu as dit partie , tu as mis l'inégalité. Mais, encore un coup, qu'il est injuste par un autre endroit, puisqu'il avoue que fes mots de portion et de partie ne sont employés que dans des comparaisons, telles que sont celles du soleil et de ses rayons , de la source et de ses ruisseaux! AFais, quoi! vous oubliez donc que c'était une comparaison , et non pas une identité , qu'on voulait vous proposer ? Vous ne songez même pas que toute comparaison, surtout lorsqu'il s'agit de Dieu, est d'une nature imparfaite et dégénérante? Mais laissons là le ministre qui se permet tout , et qui est inexorable envers tout le monde. Répondons aux gens équitables qui nous demandent de bonne foi si ces termes de portion et de partie peuvent s'épurer comme les autres. Aisément, en les rapportant à l'origine des Personnes divines : car le Père communique tout à son Fils excppté d'être Père, qui est quelque cbose de substantiel, puisque c'est quelque chose de subsistant. C'est comme dans une source, dont le ruisseau n'a rien de moins qu'elle; puisque toutes les eaux de la source passent continuellement et inépuisablement au ruisseau, qui, à vrai dire , n'est autre chose que la source continuée dans toute sa plénitude : mais la source , en répandant tout , se réserve d'être la source , et s'il est permis en tremblant d'en faire l'application, le Père, en communiquant tout à son Fils et se versant tout entier, pour ainsi dire , dans son sein , se réserve d'être le Père. En ce sens donc et avec ces restrictions, on dira, dans la pauvreté de notre langage , qu'il n'y aura dans le Fils qu'une partie de l'être du Père, puisque
' Joan. V, 17. — î nid. 26. — ' Le//. VI, IC89, 45. Lab. Itlt. VI. p. #64. — « MattA. xvill.
, BOSSCET. — TOME If.
l'être Père n'y sera pas. Mais nous pouvons en» core en invoquant Dieu , et par le soufne de non Saint-Esprit, nous laisser élever plus haut; et dans une plus sublime contemplation, nous dirons que , comme principe et source de la Trinité, le Père contient en lui-même le Fils et le Saint- Flsprit d'une manière bien plus parfaite que l'arbre ne contient son fruit, et le soleil tous ses rayons : qu'en ce sens le Père est le tout, et que le Fils et le Saint-Esprit étant aussi le tout en un autre sens et daus le fond , parce que rien ne se partage dans un être parfaitement simple et indivisible, le Père demeure le tout en cette façon particulière et en qualité de principe, qui, a notre façon de parler, est en lui la seule chose incommunicable.
Par là se voit la puissance et la force de l'unité à laquelle tout se réduit naturellement; puisque, selon la remarque de saint Athanase ' , non-seulement Dieu est un par l'unité de son essence; mais encore que la distinction qui se trouve entre les Personnes se rapporte à un seul principe qui est le Père, et même de ce côté-là se résout finalement à l'unité pure. De là vient que ce sublime théologien conclut l'unité parfaite de Dieu, nonseulement de l'essence qui est une, mais encore des Personnes qui se rapportent naturellement à un seul principe; car s'il y avait eu Dieu deux premiers principes , au lieu qu'il n'y en a qu'un qui est le Père, l'unité n'y régnerait pas dans toute sa perfection possible ; puisque tout se rapporterait à deux , et non pas à un. .Mais comme la fécondité de la nature divine, en multipliant les Personnes, rapporte enfln au Père seul le Fils et le Saint-Esprit qui en procèdent, tout se trouve primitivement renfermé dans le Père comme dans le tout, à' la manière qui a été dite , et la force de l'unité inséparable de la perfection se fait voir inflniment.
Je ne me jette pas sans nécessité dans cette haute théologie ; puisque c'est elle qui nous fait entendre d'oii vient que dans l'Écriture, et ensuite dans les saints docteurs qui ont formé leur langage sur ce modèle, le nom de Dieu est donné ordinairement au Père seul avec une attribution particulière : ce qui se fait sans exclusion du Fils et du Saint-Esprit; puisqu'au contraire cela se fait en les regardant comme originairement contenus dans leur principe. De là vient, pour pousser plus loin cette divine contemplation , que la prière et l'adoration s'est adressée de tout temps, selon la coutume de l'Église, ordinairement au Père seul par le Fils dans l'unité du Saint-Esprit : non qu'on ne les puisse invoquer directement, puisque Jésus- Christ lui-même nous a appris à le faire dans l'invocation la plus authentique qui se fasse parmi nous, qui est celle du baptême et de la consécration du nouvel homme ; mais parce qu'il a plu au Saint-Esprit, qui dicte les prières de l'Église, qu'en éternelle recommandation de l'unité du principe on adressât ordinairement l'invocation au Père,
' l)rat. T, nunciv in Jrian. I.w.i; totn. t,puTt. l. p. «17.
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cJaris lequel on adore ensemble et le Fils et le Saint- Esprit comme dans leur source ; afin que par ce moyen l'adoration suivît l'ordre des émanations divines, et prît , pour ainsi parler, le même cours : ce qui faisait dire à saint Paul : Je fléchis mes genoux deoant le Père de notre Seigneur Jésus- Christ ' , sans exclure de cette adoration ni Jésus- Christ, Diexi béni au-dessus de tout », ni le Saint- Esprit inséparable des deux, mais regardant et le Fils et le Saint-Esprit dans le Père, qui est leur principe; d'oîi vient aussi primitivement la grâce de l'adoption, et toute paternité, toute consanguinité, toute alliance , dans le ciel et dans la terre ^ .
Toutes les fois donc qu'on voit dans les anciens le Fils et le Saint-Esprit comme rangés après Dieu, il faut toujours se souvenir que c'est, selon l'ordre de leur procession, les regarder dans le principe de leur être d'où ils sortent sans diminution, puisque c'est sans dégénérer d'une si haute origine : et ceux qui entendront bien ce divin langage surmonteront aisément les difficultés que la profondeur d'un si haut mystère nous fait trouver quelquefois dans les explications des saints docteurs.
Pour ce qui regarde les similitudes tirées des choses humaines : si on s'étonne de les trouver si fréquemment usitées en cette matière, puisqu'on avoue qu elles sont si défectueuses; il faut entendre que la faiblesse de notre discours ne peut soutenir longtemps la simplicité si abstraite des choses spirituelles. Le langage humain commence par les sens. Lorsque Phomme s'élève à l'esprit comme à la seconde région , il y transporte quelque chose de son premier langage. Ainsi l'attention de l'esprit est tirée d'un arc tendu : ainsi la compréhension est tirée d'unernain qui serre et qui embrasse ce qu'elle tient. Quand de cette seconde région nous passons à la suprême, qui est celle des choses divines, d'autant plus qu'elle est épurée, et que notre esprit est embarrassé à y trouver prise, d'autant plus est-il contraint d'y porter le faible langage des sens pour se soutenir; et c'est pourquoi les expressions tirées des choses sensibles y sont plus fréquentes.
L'intelligence en sera aisée à ceux qui sauront comprendre ce que le ministre a tâché cent fois de dérober à notre vue; c'est, comme nous l'avons dit, que toutes les comparaisons tirées des choses humaines sont les effets comme nécessaires de l'effort que fait notre esprit , lorsque , prenant son vol vers le ciel, et retombant par son propre poids dans la matière d'où il veut sortir, il se prend comme à des branches à ce qu'elle a de plus élevé et de moins impur pour s'empêcher d'y être tout à fait replongé. Lorsque , poussés par la foi , nous osons porter nos yeux jusqu'à la naissance éternelle du Verbe , de peur que, nous replongeant dans les images des sens qui nous environnent , et , pour ainsi dire , nous obsèdent, nousn'allions nous représenter dans les Personnes divines et la différence desâgesetl'imperttction d'un enfant venant au monde , et toutes
» Eph. MI, 14. — » Rom. IX, 5. —^Eph. ni, 15.
les autres bassesses des générations vulgaires ; le Saint-Esprit nous présente ce que la nature a de plus beau et de plus pur, la lumière dans le soleil comme dans sa source , et la lumière dans le rayon comme dans son fruit. Là on entend aussitôt une naissance sans imperfection, et le soleil aussitôt fécond qu'il commence d'être, comme l'image la plus parfaite de celui qui , étant toujours , est aussi toujours fécond. Arrêtés dans notre chute sur ce bel objet, nous recommençons de là un vol plus heureux , en nous disant à nous-mêmes , que si l'on voit dans les corps et dans la matière une si belle naissance , à plus forte raison devons-nous croire que le Fils de Dieu sort de son Père comme l'éclat rejaillissant de son étemelle lumière, comme une douce exhalaison et émanation de sa clarté infinie, comme le miroir sans tache de sa majesté et l'image de sa bonté parfaite. C'est ce que nous dit le livre de la Sagesse • . Et si nos prétendus réformés ne veulent pas recevoir de là ces belles expressions , saint Paul les leur ramasse en un seul mot, lorsqu'il appelle le Fils de Dieu l'éclat de la gloire et C empreinte de la substance de son Père-". Il n'y a rien qui démontre mieux dans le Père et dans le Fils la même nature , la même éternité, la même puissance, que cette belle comparaison du soleil et de ses rayons, qui , portés à des espaces immenses , font toujours un même corps avec le soleil, et en contiennent toute la vertu. Mais qui ne sent toutefois que cette comparaison , quoique la plus belle de toutes , dégénère nécessairement comme les autres.? et si l'on voulait chicaner, ne dirait-on pas que le rayon, sans se détacher du corps dusoleil, souffre diverses dégradations, ou, comme parlent les peintres, que les teintes de la lumière ne sont pas également vives.' Pour ne point laisser prendre aux hommes une idée semblable du Fils de Dieu, saint Justin, le premier de tous, présente à l'espritunautresoutien: c'est dans la nature du feu, si vive et si agissante, la prompte naissance de la flamme d'un flambeau soudainement allumé à un autre 3. Là se répare parfaitement l'inégalité que le rayon semblait laisser entre le Père et le Fils; car on voit dans les deux flambeaux une flamme égale, et l'un allumé sans diminution de l'autre ; ces portions et ces divisions qui nous offejisaient dans la comparaison du rayon , ne paraissent plus. Saint Justin observe expressément qu'il n'y a ici ni dégradation ou diminution, ni partage; et M. Jurieu remarque lui-même-*, que ce martyr satisfait parfaitement à ce que demandait l'égalité. Il est donc à cet égard content de lui , et peu content de Tertullien avec ses portions et ses parties. Mais s'il n'était point entêté des erreurs qu'il cherche dans les Pères, il n'y aurait qu'à lui dire que tout tend à la même fin; qu'il faut prendre des comparaisons , non , comme il fait, le grossier et le bas; autrement le flambeau allumé de saint Justin ne serait pas moins fatal à
• Sup. vn, 25, 26. — î Hcbr. i, 3. — ' Llb. adv. Tryph. r, 61, p 168. — < Tab. Lett. vi , p. 229.
SUR LES letthes de m. jurîeu.
l'union inséparnble du Père et du Fils, que le rnvon de Tertuliien semblait l'être à leur égalité : car ces deux flambeaux se séparent ; on en voit luii brûler quand l'autre s'éteint ; et nous sommes bien loin du rayon qui demeure toujours attaché au corps du soleil. C'est donc à dire, en un mot, que de chaque comparaison il ne fallait prendre que le beau et le parfait : et ainsi on trouverait le Fils de Dieu plus inséparablement uni à son Père, que tous les rayons ne le sont au soleil , et plus égal avec lui que tous les flambeaux ne le sont avec celui où on les allume ; puisqu'il n'est pas seulement un Dieu sorti d'un Dieu, mais, ce qui n'a aucun exemple dans les créatures , un seul Dieu avec celui d'où il est sorti ',
Et ce qui rend cette doctrine sans difficulté, c'est que tous les Pères font Dieu immuable; comme on a vu dans une évidence à ne laisser aucun doute. Ils ne le font pas moins spirituel et indivisible dans son être , « sans grandeur, sans division , sans « couleur, sans tout ce qui touche les sens ; et ina- « percevable à toute autre chose qu'à l'esprit '. » Car aussi est-il immuable s'il est divisible , s'il se diminue, s'il se partage ? Qui est donc Dieu, est Dieu tout entier, ou il ne l'est pointdu tout ; etqui estDieu tout entier ne dégénère de Dieu par aucun endroit. Tous les Pères sont uniformes sur la parfaite simplicité de l'être divin; et Tertuliien lui-même, qui, à parler franchement, corporalise trop les choses divines parce qu'aussi dans son langage inculquant, le mot de corps, peut-être, signifie substance, ne laisse pas, en écrivant contre Hermogène , de convenir d'abord avec lui, comme d'un principe commun, que Dieu n'a point de parties, et qu'il est indiri.sible ^ : de sorte qu'en élevant leurs idées par les principes qu'ils nous ont donnés eux - mêmes , il ne nous demeurera plus dans ces rayons, dans ces extensions , dans ces portions de lumière et de siibstanct, que l'origine commune du Fils et du Saint-Esprit, d'un principe infiniment communicatif ; et, à vrai dire, ce qu'a dit le Fils en parlant du Saint-Esprit, il prendra du mien, ou de ce que f ai, db meo ^ , comme je prends de mon Père avec qui tout m'est commun.
Il ne fallait donc pas imaginer dans la doctrine des Pères ce monstre d'inégalité, sous prétexte de ces expressions qu'ils ont bien su épurer, et bien su dire avectout cela, que le Fils de Dieu é tait sor ti parfait dupai/ait, éternel de l'éternel, Dieu de Dieu. C'est ce que disait saint Grégoire, appelé par excellence le faiseur de miracles ^ : et saint Clément d'Alexandrie disait aussi qu'<7 était le Ferbe, né parfait d'un Père parfait ^ : il ne lui fait pas attendre sa perfection d'une seconde naissance, et son Père le produit parfait comme lui-même. C'est pourquoi non-seulement le Père , mais encore en particulier le Fils est toid bon et tout beau 7 , par conséquent tout parfait : « il n'est pas parole com-
• Tertull. adv. Prax. n. 12. — » Jusl. adv. Tryph. etc. S'op. Athenag. Leg. pro Christ, sup. etc. — ' Cap. 2. etc. — * J'>aH. xvr. 15. — * Jp. Gveg. Nyss. de Fit. Greg. Neoc. Ed. IWs. /». 5W. — • Pœdag. 1,5,6-.-' Ibid. ni, cap. ulL
« me la parole qu'on profère de la bouche; ma^ il « est la sagesse et la bonté très-manifeste de Dieu , « sa force toute-puissante et véritablement divine » : « en lui on possède tout, parce qu'il est tout-puis- « sant, et lui-même la possession à laquelle rien ne « manque *. » Il est donc plus clair que le jour que l'idée d'inégalité n'entra jamais dans l'esprit des Pères : au contraire nous venons de voir que pour l'éviter, après avoir nommé selon l'ordre le Père et le Fils, ils disaient exprès, contre l'ordre, le Fils et le Père, dans le dessein de montrer que si le Fils est le second , ce n'est pas en perfection , en dignité ni en honneur. Loin de le faire inégal, ils le faisaient en tout et partout un avec lui aussi bien que le Saint-Esprit ^ : et afin qu'on prît l'unité dans sa perfection, comme on doit prendre tout ce qui est attribué à Dieu , ils déclaraient que « Dieu était une seule et même chose ; une chose « parfaitement^une, au delà de tout ce qui est un, « et au-dessus de l'unité même ■*. »