ARTICLE VII
Autre égarement du ministre sur !e concile de Nicée, où il veut trouver ses deux prétendues nativités du Verbe.
Mais ses erreurs vont croissant à mesure qu'il avance, car, après avoir assuré que le décret du concile laisse en son entier cette criminel le inégalité , il passe outre , et il soutient que cette seconde génération, qui rend le Verbe parfait d'imparfait qu'il était auparavant , loin d'avoir été condamnée par cette sainte assemblée, est confirmée par ses anathèmes^.
C'est encore ici un nouveau prodige, et dans le concile de Nicée une découverte que personne jusqu'au ministre n'avait jamais faite. Mais pour voir jusqu'où peut aller le travers d'une tête qui ne sait pas modérer son feu, il faut encore -considérer sur quoi il se fonde. C'est sur cet anathème du concile : « Si quelqu'un dit qu'il fut un temps que le Fils de « Dieu n'était pas, ou qu'il n'était pas avant que de « naître, et qu'il a été fait du néant , l'Église catho- « lique et apostolique le déclare anathème ^. » Voici donc comme le ministre raisonne * : La seconde proposition arienne était celle-ci : Le Fils de Dieu n'était pas avant que de naître. L'opposite très-catholique était donc qu'il était avant que de naître : or, cela ne pouvait s'entendre de sa première génération , puisque celle-là étant éternelle, il n'y avait, rien devant; il en faut donc reconnaître une azjtre postérieure et dans le temps , qui est celle que lerainistre attribue aux Pères , et à raison de laquelle le Fils de Dieu qui est éternel était avant que de naître.
C'est bien ici s'égarer dans le grand chemin , et, à force de rafûner , laisser écliapper les vérités les plus palpables. Ces trois propositions des ariens , il fut un temps que le Fils de Dieu n'était pas ; et , it n'était pas avant que de naître ; et , il a été tiré du néant, visiblement ne sigaiQaient que la même chose en termes un peu différents. Saint Athanase en par. lant aux ariens : Lors, dit-iP , que vous avez dit,^ « Le Fils n'était pas avant que de naître , cela « signifie la même chose'que ce que vous avez dit aus- « si. Il fut un temps que le Fils n'était pas : et l'une et « l'autre de ces expressions signifie qu'il y a eu ua o temps devant que le Verbe fût. » La. raison en est bien claire. Le but des ariens était dfe dire que tout ce qui naissait avait un commencement; et par conséquent que si le Fils de Dieu naissait , comme on en était d'accord , sa naissance était précédée par quelque temps. Et le but des catholiques était au
' Phil. n, 6. — » />. 273. — • Symb. i\ic. Anath. in Ep. Euseb. Cœsar. n. 4, in fine Op. S. Alhanas. de Decr. fiic Syn. lom. i , p. 240. — * P. 277. — ' Or. 2 adr. ar. vuvae, Ot.. >-,.«. Il ^l'tm. lyj). 4i&..
SIXIÈME AVERTISSEMENT
contraire de dire que le Fils de Dieu naissait, à la vérité , mais de toute éternité , d'un Père qui n'était jamais sans Fils; et par conséquent, que le temps n'avait point précédé cette naissance. C'est la perpétuelle application que donne saint Athanase à cette proposition des ariens. Saint Hilaire dit aussi qu'il se servaient des trois expressions" : «Il fut un temps « qu'il n'était pas; il n'était pas avant que de naître; « et il a été fait du néant : parce que la nativité « semblant apporter avec elle cette condition, que « celui qui n'était pas commençât à être , et qu'il « naquît n'étant pas auparavant; ces hérétiques se « servaient de cela pour assujettir au temps le Fils « unique de Dieu. » Ainsi vouloir trouver un autre sens dans ses anathématismes du concile , c'est y vouloir trouver un sens que les Pères de ce temps-là et ceux mêmes qui y ont été présents, pour ne pas ici parler de la postérité, n'ont pas connu. Et pour comble de conviction, quoique je n'en aie peut-être que trop dit sur une si visible absurdité, je veux bien ajouter encore que les anathématismes du concile n'y ont été prononcés après le symbole, que pour proscrire les erreurs contraires à la doctrine que le concile venait d'y établir. Le concile venait d'établir dans le symbole , que le Fils de Dieu était né devant
ous les siècles. On convient qu'il voulait dire par là que sa naissance était éternelle ; puisque, dès que ^ ous sortez de la mesure du temps , vous ne voyez plus devant vous que l'éternité. Que restait-il donc au concile , après avoir établi l'éternité de la naissance du Fils , que de frapper d'anathème ceux qui disaient que sa naissance fut précédée par le temps , ou, ce qui est la même chose, qiïiln'éfait pas avant que de naître? Et si , comme le ministre le prétend, l'intention du concile eût été de dire que le Fils de pieu était effectivement avant que denaître; puisqu'il a mis, comme on vient de voir, sa naissance dans l'éternité, il faudrait qu'il eût voulu dire qu'il était devant l'éternité, et que son être précédât l'éternité même, puisqu'il précédait sa naissance qu'on supposait éternelle.
Voilà des absurdités dont je puis dire, sans exagérer, que ce ministre est seul capable. Mais encore que ce qu'il pensesoitsi insensé, qu'il ne mériterait pas de réponse ; comme j'ai affaire à un homme qui croit pouvoir soutenir et persuader au monde tout ce qui lui plaît , il faut une fois lui fermer la bouche , et faire voir au public jusqu'où il est capable de s'égarer. Si le concile de Nicée a connu et confirmé, comme il le prétend , ces deux prétendues naissances du Fils de Dieu, il faut faire dire à ce concile deux choses également absurdes et également opposées à pes décisions : la première, que le Fils de Dieu est ïiémuable;la seconde, qu'il est né trois fois au lieu de ces deux nativités connues de tous les fidèles, l'une éternelle comme Dieu , l'autre temporelle comme homme.
Que le Fils de Dieu soit muable dans la suppositioa de cette seconde nativité de M. Jurieu, on i'ji vu', et la chose parle d'elle-même; puisque
« l,ib. \i de Trin. n. II , etalib. i-^ Ci-dessus.
par cette seconde nativité, qui est la parfaite ,k comparaison de laquelle la première est une parfaite conception , le Fils de Dieu est devenu Verbe et Personne parfaitement née : ce qu'il n'était pas auparavant. Voilà donc ce qu'il faut trouver, nonseulement dans les anciens docteurs , mais encore dans le concile de Nicée, puisque, loin de condamner cette doctrine , on soutient qu'il la confirme par ses anathèmes. Mais c'est dans ces anathèmes que je trouve tout le contraire, puisqu'il y est expressément porté : « Si quelqu'un dit que le Fils de « Dieu soit capable de changement ou de mutation , « la sainte Église catholique et apostolique lui dé- « nonce qu'il estanathème' : » car il faut savoir que les ariens , en tirant le Fils de Dieu du néant , concluaient de là que, n'étant pas immuable dans sa substance, non plus que nous, il pouvait aussi, comme nous , recevoir quelque changement dans ses qualités, et en un mot, qu'il était d'une naiure changeante. Par une raison contraire, les Pères de Nicée concluaient que n'étant pas tiré du néant, mais de la substance de son Père , il était en tout et partout, immuable et inaltérable comme lui '; ce qui condamne directement la prétention du ministre.
Et ce serait en vérité pousser trop loin l'ignorance et la témérité, que de dire qu'on ne connut pas même alors la parfaite immuta!)ilité de Djpu, qu'on trouve à toutes les pages dans saint Athanase. Car il la fait consister en ce qu'on ne peut rien ajouter à la substance de Dieu : Si Pon pouvait , dit-il 3, ajouter à Dieu d'être Père , il serait muable , c'est-à-dire, il ne serait pas Dieu; car , poursuit-il , si c'était un bien d'être Père , et qu'il ne fût pas toujours en Dieu, donc le bien n'y serait pas toujours. Concluez de même, si c'est un bien au Fils d'être Verbe, d'être Personne parfaitement née et développée, d'acquérir cette nouvelle manière d'être, qui fait la perfection de sa naissance , et que ce bien ne soit pas toujours en lui, le bien n'y est donc pas toujours : d'où saint Athanase conclura qu'il n'est point l'image du Père, s'il ne lui est pas semblable et égale , en ce qu'eV est immuable et invariable ; car, poursuit-iP, comment celui qui est changeant sera-t-il semblable à celui qui ne l'est pas 1 II n'avait donc garde de s'imaginer que son Père l'eût engendré à deux fois, ou que le Fils pût acquérir quelque perfection ; puisqu'il assure au contraire qu'il est sorti d'abord parfait du parfait , immuable de l'immuable , et qu'en naissant il tire de lui son invariabilité tout entière^ . Et la racine de tout cela, c'est qu'il ne vient pas du néant; car, dit-il 6, !( ce qui fait que les créatures sont d'une nature « muableet capables d'altération, c'est qu'elles sont « tirées du néant , et passent du non-être à l'être : » ce qui fait qu'ayant changé dans leurfond, elles peuvent aussi changer dans tout le reste. « Mais au con- « traire, poursuit-il , le Fils de Dieu étant né de la
' Symb. Nicœn. ubi sup. — ' Epist. Alex, ad omnes. Ep. ap. Socr. 1,4. — ^ Oraù. 2 cont. Ar. nunc. Or. i, n. 28, p. 433. — 4 Loc. mox cit. — * Alh. Exp. fid. et de Dec. A'jcv ubi sup. — 6 Or. 2 adv. Ar. n. 29, p. 433 et$eq.
SUR LES LETTRES DE M. JURIEU
« substance de son Père : comme on ne peut pas « dire sans impiété , que tJ'une substance immuable « il se tire un Verbe changeant, il faut que le Fils « de Dieu soit autant inaltérable que son Père « même, » à cause visiblement qu'il ne pouvait rien naître que de parfait d'une substance aussi parfaite que celle de Dieu, et que s'il y naissait quelqucchose d'imparfait ou de muable, comme on suppose que serait sou Fils, il porterait son imperfection et sa mutabilité daus la substance de Dieu où il serait reçu.
Qu'un homme qui raisonne ainsi , et qui pose de tels principes, ait pu, étant à Nicée y avoir appris comme le veut M. Jurieu , qu'il faille faire naître deux fois le Fils de Dieu comme Dieu, afln qu'à sa seconde naissance il acquît ce qui manquerait à la première, ce serait un prodige de le penser. Au contraire, si ce grand homme était encore au monde, il dirait à notre ministre : Si le verbe venait du néant, les ariens auraient raison de le faire changeant et flexible comme nous le sommes" ; et de conclure ses changements accidentels , de celui qui lui serait arrivé dans sa substance : si donc vous lui attribuez un changement quel qu'il soit , vous le faites , comme eux , sortir du néant. Que si vous dites qu'il a pu changer une seule fois à la création du monde, et que sa nature ne résiste pas universellement à toute altération, pour petite qu'on l'imagine, saint Athanase vous demandera, comme il demandait aux ariens, quelles bornes vous voulez donner à ces changements ; s'il a changé une fois, quelle raison trouvez-vous de ne le pas faire muable jusqu'à l'infini? C'est donc, continue ce Père, une impiété et un blasphème d'admettre dans le Fils de Dieu la moindre mutation; puisque la moindre, qui serait déjà en elle-même un grand mal , aurait encore celui de lui en attirer d'infinies.
Et c'est aussi en cela, poursuit ce grand homme, qu'il est égal à Dieu, comme dit saint Paul, et en tout semblable à sou Père. Car ce que dit le même apôtre dans le même lieu, que le Fils de Dieu se7-a exalté*, ne peut pas lui convenir en tant qu'il est Fils de Dieu, puisqu'à cet égard rien ne lui manque. « II est parfait, dit saint Athanase, il n'abe- « soin de rien ; il est si haut et si semblable à son « Père , qu'on ne peut rien lui ajouter. » C'est donc selon la nature humaine seulement qu'il peut être élevé plus haut, et dire qu'il puisse être élevé comme Fils de Dieu, c'est une diminution de la substance du Ferbe. Voilà les idées des Pères qui ont assisté au concile de ÎNicée , et celles de saint Athanase qui en était Fàme. Mais s'ils se représentaient le Fils de Dieu comme attendant avec le temps, et dans une seconde nativité, sa dernière perfection, il ne serait pas par sa nature incapable d'être mis plus haut, même comme Dieu, ni sans besoin et sans défaut de toute éternité , puisqu'il aurait eu encore à devenir Verbe, de sagesse qu'il était auparavant ; c'est-à-dire, sans difficulté, à devenir quelque chose de plus parfait et de plus formé
• Ibtd. - ' Pkii. IV 6.
qu'il n'avait été Jusqu'alors. Que dira M. Jurieu? Il faudra dire que c'était là le sentiment de saint Athanase, mais non pas celui du concile de Nicée; et que ce Père n'a pas entendu les définitions qu'on y faisait avec lui et par ses lumières.
Mais voici encore un autre Père de ce saint concile :c'estsaint Alexandre d'Alexandrie, l'évêque de saint Athanase, celui qui excommunia Arius et srs sectateurs. Com/nc /e Père est par/ait, dit-il, sans que rien puisse manquer à sa perfection, il ne faut pas dégrader ou diminuer le f'erbe, ni dire que rien lui manque, ou que rien lui puisse manquer en quelque état qu'on le considère; (car le mot grec signifie tout cela); puisque étatit d'une nature immuable, il est par/ait en toutes façons sans défaut et sans besoin ^ . C'est ce que dit ce grand personnage ; et, comme saint Athanase, il fonde son raisonnement sur ce que le Fi!s de Dieu n'est point tiré du néant, mais de la substance de son Père : d'où ce grand évêque conclut , qu'on ne peut lui rien ajouter, et finit son raisonnement par cette demande : Que peut-on donc ajouter àsa filiation, et que peut-on ajouter a sa sagesse? Mais M. Jurieu lui répondrait, selon la doctrine que ce ministre veut attribuer au concile de Nicée , qu'on peut ajouter à sa sagesse de le faire devenir Verbe , qui est quelque chose de plus formé ; et qu'on peut ajouter à sa filiation ce dernier trait , qui le fait une Personne ^}arfaitement née, et parvenue à son être parfait.
Telle est la doctrme que ces grands personnages, saint Alexandre d'Alexandrie , et saint Athanase, alors son diacre , et depuis son sucnesseur , portèrent au concile de Nicée. Saint Hilaire n'^n dit pas moins qu'eux; puisque partout il conclut pour l'immutabilité du Verbe , égale à celle du Père : et on veut , après cela , que nous croyions qu'on a confirmé à Nicée ces deux nativités qui mettent un changement dans sa personne, et que les Pères de ce saint concile n'aient pas eu, non plus que les autres , cette idée parfaite de l'imnKJtabilité , que nous avons aujourd'hui.
ARTICLE VHI.
Suite des égarements du ministre , qui fait établir au concile trois naissances du Fils de Dieu, au lieu des deux qu'il confesse; l'une du Ris conune Dieu, et l'autre comme homme.
Quand il n'y aurait que ces trois naissances, qu'il faudrait faire attribuer à Jésus-Christ par le concile, c'en serait assez et trop pour confondre le ministre : car il faudrait dire au pied de la lettre, que Jésus-Christ est né trois fois; deux fois comme Dieu , et une fois comme homme. Mais où les Pères de Nicée auraient-ils pris ces trois naissances ? Lorsqu'ils firent leur symbole, ils avaient devant les yeux le commencement de l'Évangile de saint Jean , où ils rencontraient d'abord cette naissance éternelle que les ariens contestaient au Fils de Dieu : Au commencement le Ferbe était, et le Verbe était
' Alex. Alexandrin. Ep. ad Alexandr. Ccutstauiinojf. SaL lui. t. lU. cal. IJ et seq.
SIXIÈME AVERTISSEMENT
tn/Heu, et le rerbe était Dieu\ Le voilà Dieu, Fils unique de Dieu, toujours dans le sein de son Père^, comme il est expliqué un peu au-dessous. Après cette première et éternelle naissance , ils ne trouvaient que celle oià il s'est fait homme : et le Fertye a été fait chair ^. Ils n'avaient donc garde de penser à une troisième naissance également réelle; et c'est pourquoi , en suivant le même ordre et le même progrès que saint Jean , ils disent du Fils de Dieu, à son exemple, qu'il est né avant tous les siècles, de la substance de son Père : d'où ils passent incontinent à la seconde naissance, etila été fait homme , sans songer seulement à cette troisième qu'on voudrait aujourd'hui leur faire confirmer.
Un prophète avant l'évangéliste avait prédit ces deux nativités. Michée, dans cette admirable prophétie qui , étant rapportée dans saint Matthieu 4, était continuellement à la bouche et devant les yeux de tous les fidèles, avait dit : Et toi, Bethléem , le conducteur d'Israël sortira de toi : mais de peur qu'on ne s'arrêtAt à cette naissance humaine , sans vouloir croire que le Sauveur sortît de plus haut, il ajoute : et sa sortie est dès le commencement, dès les jours éternels^. L'évangéliste et le prophète s'accordent à raconter comme d'une voix ces deux nativités du Sauveur; l'une dans l'éternité, et l'autre dans le temps; l'une comme Dieu , et l'autre comme homme : et la seule différence qu'il y a entre eux, c'est que l'un, comme historien, commence par la naissance éternelle, d'oii il descend à la temporelle; et l'autre conduit d'abord par le Saint-Ksprit à la crèche de Bethléem , oij il contemple Jésus-Christ nouvellement né du sein de sa mère , s'élève jusqu'au sein du Père éterlïel où il était engendré devant tous les temps. Mais dans ce progrès admirable , ni l'un ni l'autre ne trouve, pour ainsi parler, en son chemin cette troisième nativité qu'on veut être si parfaite ; et le concile de Nicée,qui les suit tous deux, n'en fait non plus nulle mention, mais passe seulement, comme eux, de la naissance éternelle à la temporelle. Car aussi n'y ayant en Jésus-Christ que deux natures , il pouvait bien naître deux fois, mais non pas davantage : et le faire naître deux fois selon sa nature divine , comme si le Père éternel n'avait pas pu tout d'un coup l'engendrer parfait, c'est attribuer au Père et au Fils tant de changement , et tout ensemble tant d'imperfection et tant de faiblesse, qu'une telle absurdité n'a pu entrer dans l'esprit d'aucun homme de bon sens, pour ne pas dire d'un si grand concile.
Il est vrai que nous trouvons dans la lettre d'Arius à saint Alexandre, son évêque, que quelquesims , dont les noms ne sont pas venus jusqu'à nous furent assez insensés pour avoir dit en parlant du Fils de Dieu, qu'étant auparavant , il avait été dans la suite engendré et créé pour être Fils ; mais nous lisons dans le même endroit, qu'Alexandre
' Joan. I, I. — ' Joan. I, 14 , I8.
lit <• - * Mich. V, 2.
■ 3 Ibid, 14. — ♦ Matth.
les rejeta en pleine Église ' : et maintenant M. Jurieu prétend qu'une si ridicule imagination, que saint Alexandre avait rejetée en pleine Église, ait été confirmée en plein concile , le même Alexandre présent, et ayant dans ce saint concile une autorité ^j si éminente. ™i
Le ministre est donc convaincu d'avoir calomnié, non plus des docteurs particuliers, mais tout un concile œcuménique : et encore quel concile! celui que les chrétiens ont toujours le plus révéré, et celui qu'on reçoit expressément dans la profession de foi des prétendus réformés; puisqu'on y lit ces paroles : Nons avouons les trois symboles , des apôtres, de Nicée et d'Athanase, pour ce qu'ils sont conformes à la parole de Dieu '. Mais aujourd'hui un ministre de cette société, et celui à qui on remet d'un commun accord la défense de la cause, entreprend de convaincre le symbole de Nicée d'avoir pris le prétendu sens de Tertuilien , pour induire l'inégalité des Personnes : et afin qu'il ne restât rien d'entier dans ce saint concile, il veut que ses anathèmes aient confirmé une seconde naissance du Fils de Dieu comme Dieu , pour suppléer au défaut et à l'imperfection qu'il reconnaît dans la première. C'est ainsi qu'il reçoit la foi de Nicée comme conforme à l'Écriture.
Il ne faut donc pas s'étonner si la foi de Nicée lui paraît informe , puisqu'on y trouve encore tanl d'arianisme. Mais celle des autres conciles ne lui paraîtra pas plus parfaite, puisqu'on les commence toujours par y confirmer la foi de Nicée , et à la poser pour fondement. Ne lui parlons pas davantage sur cette matière. Car enfin, après avoir fait arianiser non-seulement les saints Pères et l'Église des trois premiers siècles , mais encore le concile de Nicée, entêté comme il est de sa seconde naissance, il la trouvera partout. Il soutiendra à David que c'était de cette naissance qu'il voulait parler, lorsqu'il faisait dire au Père éternel : Je t'ai engendré devant l'aurore^-, caria première naissance n'était qu'une conception et un vain effort du Père qui n'avait pu tout à fait enfanter son Fils. Saint Jean ne s'en sauvera pas; et lorsqu'il a dit: Au commencement le Ferbe était, il faudra encore l'entendre de la seconde nativité ; puisque dans la première il n'était pas Verbe , et qu'il n'était qu'une sapiencequi attendait à devenir Verbe avec le temps. Et sans exagération, il faut bien qu'il trouve en sont cœur ces interprétations soutenables, puisqu'il veut que ces prétendus arianlsants ne puissent pas être refutés par l'Écriture : ou c'est qu'il ne pense pas à ce qu'il écrit, et qu'il ne faut plus prendre garde à ses vains discours.