‹ ŒuvresChapitre 70 sur 148 · LES PROMESSES DE J.-C A SON EGLISE · texte numérisé non relu

LES PROMESSES DE J.-C A SON EGLISE

ou RÉPONSE AUX OBJECTIONS D'UN MINISTRE CONTRE lA PREMIÈRE INSTRUCTION

JACQUES-BÉNIGNE, parla permission divine, évéque de Meaux : au clergé et au peuple de notr» diocèse, salut ex bénédiction.

Heureux qui trouve un ami fidèle , et gui a*-

< Jaf. u , 18.

SUR LES PROMRSSES DE L'ÉGLISE

nonce la justice à une oreille aitentivc'l C'est à cette béatitude que j'aspire dans cette Instruction, J'ai proposé dans la précédente les promesses de Jésus- Clirist prêt à retourner au ciel , d'où il était venu, pour assurer ses apôtres de la durée éternelle de leur ministère; et j'ai montré que cette promesse, qui rend l'Église iutaillible, emporte la décision de toutes les controverses qui sont nées , ou qui pourront naître parmi les fidèles. Les ministres demeurent d'ùccord que si l'interprétation des paroles de Jésus- Christ est telle que je la propose, ma conséquence est légitime ; mais ils soutiennent que je l'ai prise dans mon esprit, et que la promesse de Jésus-Christ n'a pas le sens que nous lui donnons. Il m'est aisé de faire voir le contraire; et si vous voulez m'écouter, mes chers frères, j'espère de la divine miséricorde , de vous rendre la chose évidente. Pourrez-vous me refuser l'audience que je vous demande au nom et pour la gloire de Jésus-Christ? Il s'agit de voir si ce divin Maître aura pu mettre en cinq ou six lignes de son Évangile tant de sagesse, tant de lumière, tant de vérité, qu'il y ait de quoi convertir tous les errants , pourvu seulement qu'ils veulent bien nous prêter une oreille qui écoute, et ne pas fermer volontairement les yeux. Ce discours tend uniquement à la gloire du Sauveur des âmes , et il n'y aura personne qui ne le bénisse , si l'on trouve qu'il ait préparé un remède si efficace aux contestations qui peuvent jamais s'élever parmi ses disciples.

Qu'on ne dise pas que c'est une matière rebattue, et qu'il serait inutile de s'en occuper de nouveau. Point du tout. Un ministre habile vient de publier un livre sous ce titre : Traités des préjugés faux ei légitimes, ou Réponse aux Lettres et Instructions pastorales de quatre prélats : MM. de Noailles, cardinal, archevêque de Paris; Colhert, archevêque de Rouen; Bossuet, évéque de Meaux; et Nésmond, évéque de Montauban : divisé entrais tomes, à Delft, chez Adrien Beman : M. DCCI.

On serait d'abord effrayé de la longueur de ces trois volumes, d'une impression fort serrée, si on allait se persuader que j'en entreprenne la réfutation entière. Non, mes frères, l'auteur de cette réponse a mis à part ce qui me touche , et c'est à quoi est destiné le livre iv du tome ii '.

Dès le commencement de son ouvrage, il en avertit le lecteur par ces paroles^ : « EnQn l'Instruo- « tion pastorale de M. de Meaux, contenant les « promesses que Dieu a faites à l'Église, a paru « lorsque l'édition de cet ouvrage était déjà fort « avancée. Elle entrait si naturellement dans no- « tre dessein , que nous n'avons pu nous dispenser « d'y répondre : » et un peu après : « M. de Meaux « sait effectivement choisirses matières: celle de l'É- « glise lui a paru susceptible de tous les ornements

• qu'il a voulu lui donner; et si les années ont di- « minué le feu de son esprit et la vivacité de son

• style, elles ne l'ont pas éteint. On a tâché de pré-

• venir les effets que l'éloquence et la subtilité de

» Eecli. XXV, 12. — ' Jorn. u, p. 537. — * Tom. i, Jvert. n'3.

« ce prélat pouvaient faire dans l'esprit des peuples, « en faisant dans le quatrième livre ( du tome ii) « une discussion assez exacte des avantages qu'il « donne à l'Église et à ses pasteurs. »

Ces avantages, que je donne à l'Église et à ses pasteurs, ne sont autres que ceux qui leur sont donnés par Jésus-Christ même, lorsqu'il promet d'être tous les jours avec eux jusqu'à la fin de l'univers. Je m'attache uniquement à ce texte, pour ne point distraire les esprits en diverses considérations. C'est en vain que le ministre insinue que, tout affaibli que je suis par les années, on a encore à se défier de l'éloquence et de la subtilité qu'il m'attribue. Il sait bien , en sa conscience , que cet argument est simple. Il n'y a qu'à considérer avec attention les paroles de Jésus-Christ dans leur tout, et ensuite l'une après l'autre. C'est ce que je ferai dans ce discours, plus uniquement que jamais. Je n'ai ici besoin d'aucuns ornements ni d'aucune subtilité, mais d'une simple déduction des paroles de l'Évangile.

Tavoue que les traités de controverse ont quelque chose de désagréable. S'il ne fallait qu'instruire en simplicité de cœur ceux qui errent apparemment de bonne foi , de tels ouvrages apporteraient une sensible consolation; mais on est contraint de parlercontreles ministres, qu'on voudrait pouvoir épargner comme les autres errants, puisqu'enfin ce sont des hommes et des chrétiens; et on serait heureux de ne pas entrer dans les minuties, dans les chicanes, dans les détours artificieux, dont ils chargent leurs écrits. Il n'y a point de bon cœur qui ne souffre dans ces disputes, et qui ne plaigne le temps qu'il y faut donner. Mais comment refuser à la charité ces fâcheuses discussions.' Puisque donc on ne peut s'en dispenser sans dénier aux errants le secours dont ils ont besoin, éloignons du moins de ces traités tout esprit d'aigreur ; faisons si bien qu'on ne perde pas, s'il se peut, la piste de l'Évangile. C'est à quoi je dois travailler principalement dans ce discours, où je me propose d'en expliquer les promesses fondamentales. Elles consistent en sept ou huit lignes; et afin qu'on ne puisse plus les perdre de vue , je commence par les réciter : « Toute puissance m'est donnée dans « le ciel et dans la terre. Allez donc , et enseignez a toutes les nations, les baptisant au nom du Père « et du Fils et du Saint-Esprit , et leur enseignant « à garder tout ce que je vous ai commandé : et voilà, « je suis tous les jours avec vous ( par cette toute- « puissance) jusqu'à la fin du monde '. » Si je trouve dans cette promesse, faite aux apôtres et à leurs successeurs, les avantages qui ne leur appartiennent pas , il sera aisé de le remarquer, puisque l'auteur a pris soin de les ramasser dans un livre particulier, qui est le quatrième de son ouvrage , avec une discussion assez exacte. Le soin qu'il prend d'avertir son lecteur, qu'il n'écrit point pour les théologiens et pour les savants, et que c'est ici une pièce destinée au peuple * , nous fait entendre quelque chose de simple et de populaire, qui par là doit être aussi très-intelligible. Dieu soit loué ! Si l'on tient

• Matth. xxvm, is. 19, uo. - ' ^v*rt. »• 3.

1I« INSTRUCTION PASTORALE

parole, nous n'avons point à examiner des arguments trop subtils , où le peuple ne comprend rien ; et l'auteur se va renfermer dans les vérités dont tout le monde est capable. Il répète dans le corps du livre » ; Nous n'écrivons pas pour les savants, trop versés dans cette matière pour y recevoir instruction; mais pour un peuple qui a perdu ses livres et l'habitude de parler de ces matières , et d'en entendre parler. On lui va donc composer un livre , où il retrouve ce qu'il a perdu de plus simple, de plus nécessaire et de plus clair dans les autres. Les savants et les curieux ne sont point appelés à cette dispute : c'est aux peuples qu'on veut montrer la voie du salut, dans les avantages que Jésus-Christ a promis à leurs pasteurs, afin de les diriger, sans péril comme sans discussion, dans les voies de la vérité et du salut éternel. Comme ma preuve dans ce dessein doit être formelle et précise, le peuple le plus ignorant la doit voir sans beaucoup de peine; mais en même temps si les réponses du ministre ne sont manifestement que de vains détours , elles ne feront que montrer à l'œil la faiblesse de la cause qu'il veut soutenir. Refuser une ou deux heures de temps, ou quelque peu davantage, si la chose le demandait, à la considération d'un passage de l'Évangile, dont le sens est si aisé à entendre, et dont le fruit sera la décision de toutes les controverses, ne serait-ce pas à la fois vouloir s'opposer à son salut éternel, à la gloire de Jésus-Christ, à la vérité des promesses qu'il a faites en termes si clairs à son Église et à ses pasteurs ?

Dès le premier chapitre du livre iv ' , le ministre croit révolter contre moi tous les esprits , en disant : « M. de Meatix réduit tout à un seul point « de connaissance , qui est l'autorité de l'Église. « Tout, dit-il , consiste à bien concevoir six lignes « de l'Évangile, où Jésus-Christ a promis en ter- « mes simples, précis, aussi clairs que le soleil, « d'être » tous les jours avec les pasteurs de son Église jusqu'à la fin des siècles 3. Le ministre s'écrie ici: «Dieu a donc grand tort d'avoir fait de si gros « livres, et de les avoir mis entre les mains de tout « le monde. Six lignes : que dis-je, six lignes.' six « mots gravés sur une planche à Rome auraient levé « toutes les difficultés, puisqu'il devait y avoir à o Rome une succession d'hommes infaillibles , et « qu'il n'y a point de curé dans l'Église qui puisse « changer sa doctrine. » N'embrouillons point le^ matières. Il ne s'agit ni de Rome, ni de l'infaillibilité de ses papes , dont le ministre sait bien que nous n'avons jamais fait un point de foi , ni de celle que le ministre veut imaginer que nous donnons aux curés et aux pasteurs en particulier : il est question de savoir si la sagesse de Jésus-Christ est assez grande pour renfermer en six lignes de quoi trancher tous les doutes par un principe commun et universel. Qui osera contester à Jésus-Christ cet avantage? « Mais, dit-on, si tout est réduit à six « lignes , Dieu a donc grand tort d'avoir fait de si

» Tom. I, c. 2, n' I, p. 125. — ' Tom. u, liv. iv, n" 13, p. 653. — 5 Matlh. XXVH, 20.

, « gros livres: «comme qui dirait : Si après avoir récité deux préceptes de la charité , qui n'ont pas plus desix lignes, Jésus-Christa prononcé qu'en ces deux préceptes, c'est-à-dire, dans ces six lignes, était renferméetoute laloi elles prophètes ' : si saint Paul a poussé plus loin ce mystérieux abrégé , en disant que tout était compris dans ce seul mot, diliges, etc.» ; pourquoi fatiguer le monde à lire ces gros livres des Ecritures, et obliger les prophètes à multiplier leurs prophéties? Si, conformément à cette doctrine, saint Augustin a enseigné que l'Écritura ne commande que la charité et ne défend que la convoitise , pourquoi mettre tant de grands volumes entre les mains des fidèles? Comme donc Dieu a donné un abrégé de toute la doctrine des mœurs, qu'il a comprise en six lignes , ainsi Jésus-Christ en a donné un pour ce qui regarde la foi , en comprenant dans six lignes toutes les voies qui nous mènent à la vérité, et ne demandant autre chose sinon que l'on reçoive les enseignements qui se trouveront perpétués dans la succession des pasteurs, avec qui Usera tous les jours, depuis les apôtres jusqu'à nous et jusqu'à ikfin du monde.

Il ne faut donc pas s'étonner que Jésus-Christ ait renfermé en six lignes tant de sagesse, et le remède de tant de maux. Au reste, ce que ce ministre trouve si étrange, n'est pas seulement accordé parles catholiques, mais encore par les protestants. Je n'en connais point parmi eux de plus éclairé queBullus, prêtre protestant anglais, le défenseui invincible de la divinité du Fils de Dieu, et de la foi de Nicée, contre les socinicns, à qui il oppose, en ces termes, l'autorité infaillible du concile de Nicée : « Si, dit-il 3, dans un article principal, on « s'imagine que tous les pasteurs de l'Eglise auront « pu tomber dans l'erreur et tromper tous les fîdè- « les, comment pourrait-on défendre la parole de « Jésus-Clirisl, qui a promis à ses apôtres, et eu « leurs personnes à leurs successeurs , d'être tou- « jours avec eux ? Promesse , poursuit ce docteur, « qui ne serait pas véritable ; puisque les apôtres ne « devaient pas vivre si longtemps , n'était que leurs « successeurs sont ici compris en la personne des « apôtres mêmes. » Voilà donc manifestement l'Église et son concile infaillible , et son infaillibilité établie sur la promesse de Jésus-Christ entendue selon nos maximes. Si l'on dit que c'est là produire en témoignage un particulier protestant, qui parle contre les principes de sa religion , c'est ce qui fait voir que ce n'est pas nous qui inspirons de tels sentiments , mais qu'on les prend dans le fond commun du christianisme, quand on combat naturellement pour la vérité, comme faisait ce savant auteur contre ses ennemis les plus dangereux.

Mais ce n'est plus un particulier, c'est tout un synode, qui oppose aux remontrants, lorsqu'ils rejetaient l'autorité des synodes qu'on assemblait contre eux : que « Jésus-Christ , qui avait promis « à ses aoôtres l'esprit de vérité, avait aussi promis « à son Eglise d'être toujours avec elle ; » d'où il

» Matth. xxn, 40. - ' Ram. xni, 9— ' Bull. DeJ.Jid. iVifc

proœni. n* 1.

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

tire cette conséquence : que « lorsqu'il s'assemble- « rait, de plusieurs pays, des pasteurs, pour déci- • der, selon la parole de Dieu, ce qu'il faudrait en- << seii^ner dans les Églises , il fallait avec une ferme « confiance se persuader que Jésus-Christ serait " avec eux selon sa promesse'. « C'est un synode qui parle; il n'est que provincial, je l'avoue : mais il est lu et approuvé par le synode de Dordrect, où toute la réforme était assemblée, sans en excepter aucun pays; en sorte qu'on l'appelait le synode comme œcuménique de Dordrect. Qui leur inspirait ce langage , si contraire aux maximes de leur religion ? D'où leur venait cette ferme confiance : conliance selon la promesse, et par conséquent , selon l'expression de saint Paul*, confiance selon la foi, plus inébranlable que les fondements de la terre , quoique soutenue du doigt de Dieu? C'est que les hommes se trouvent souvent imprimés de certaines vérités fortes qu'ils ne suivent pas. Ils posent le principe; ils ne peuvent soutenir la conséquence. Les philosophes connaissent le pouvoir immense de Dieu : ils n'ont pas la force de l'adorer, et se perdent dans leurs pensées. Le Juif croit ^lichée, qui lui annonce la venue du Christ dans Bethléem ^ ; il n'a pas le courage de s'élever à sa naissance éternelle avec le même prophète. ]Sotre ministre demeure d'accord qu'il « ne faut jamais quitter l'É- « glise de Dieu. Où est, dit-iH, l'homme assez « fou , pour contester qu'on ne doive toujours de- « meurer dans l'Église de Dieu? Il vaudrait autant « demander s'il est permis de se damner. » Voilà de belles paroles, mais qui s'en vont en fumée et se réduisent à rien , si l'on ne fait qu'éluder toutes les expressions des promesses faites à l'Église , pour en venir à conclure qu'on se peut sauver dans le schisme^,\o'm de vouloir demeurer dans l'Église de Dieu , comme la suite le fera paraître.

Mais il faut considérer d'abord comme le ministre incidente sur chaque parole des promesses de Jésus-Christ, Répétons-les donc encore une fois; et n'oublions pas , sur toutes choses, qu'elles commencent par ces termes, qui sont l'âme et le soutien de tout le discours : Toute puissance m'est donnée dans le ciel et dans la ferre ; ce qu'il continue en cette sorte : /illez donc avec la foi et la certitude que doit inspirer untel secours ; allez, enseignez les nations, et les baptisez au nom du Père et du Fils et du Saint-Esprit , leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé : et voilà, je suis avec vous, par cette tout«>-puissance à laquelle rien n'est impossible , je suis, dis-je, avec vous ; j'y suis tous les jour s jusqu'à la fin du monde^. Osez tout, entreprenez tout , allez par toute la terre y attaquer toutes les erreurs : ne donnez de bornes •! votre entreprise ni dans les lieux ni dans les temps : votre parole ne sera jamais sans eiiet : je suis avec vous; le monde ne pourra vous abattre : le temps , ce grand destructeur de tous les ouvrages des hommes , ne vous anéantira pas ; je suis avec vous, moi le Tout-Puis-

' Syn. Delph. Act. Dord. p. 66. — ' Rom. iv, 13 , 16, 19 , 20, etc. — î Mich. v, 2.-4 Jverl. n. 3. — » Ci-dessou8. — * Matlh. XXVIII, la, 19, 20.

sant, dès aujourd'hui, tous les Jours, et jusqu'à ta fin du monde.

Ces paroles portent la lumière jusque dans les cœurs les plus ignorants : embrouillons-les donc, disent vos ministres. C'est ce que va entreprendre, avec plusd'adressequejamais, celui qui m'attcque; et voici par où il commence : « M. de Meaux , qui sou- « tient que ces deux mots. Je suis avec vous, sont « simples, précis, clairs comme le soleil, et qu'ils n n'ontbesoin d'aucun commentaire, est obligé d'y en « faire un , dans lequel il insère ses préjugés, et fait n dire à Jésus-Christ ce qui lui plaît'. » Voyons, lisons , examinons s'il y a un seul mot du mien dans ce qu'il appelle mon commentaire. « Il y trouve (M. n de Meaux) une Église toujours visible , comme n une chose qui est sortie avec emphase de la bou- « che de Jésus-Christ. » Laissons l'emphase qu'il ajoute, et voyons si j'explique bien les paroles du Fils de "Dieu : « Il ne faut pas demander (c'est ainsi , « dit-il, que M. de Meaux fait parler ce divin Maî- « tre) si le nouveau corps, la nouvelle congréga- « tion, c'est-à-dire, la nouvelle Église que je vous « ordonne de former, sera visible , étant , comme <■ elle le doit être, composée de ceux qui donnent n les sacrements et de ceux qui les reçoivent. Ce- « pendant, poursuit le ministre, Jésus-Christ n'a « rien dit de semblable. » Il n'a rien dit de semblable, mes frères? L'a-t-on pu penser, que la distinction expresse de ceux qui enseignent et de ceux qui sont enseignés , de ceux qui baptisent et de ceu.x qui sont baptisés, n'eût rien de semblableà une Église visible ? A quoi donc est-elle semblable? A une Église invisible? La fausseté saute aux yeux. La prédication de la parole est comprise , en termes formels, sous cette expression, ensetg'ne^; l'administration des sacrements n'est pas moins évidemment contenue sous le baptême, qui en est la porte : ce sont là les caractères propres et essentiels qui rendent l'Église visible : tous les chrétiens , sans en excepter les protestants, l'entendent ainsi. C'est donc ici une chose qui non-seulement est semblable à l'Église visible , mais qui est l'Église visible elle-même.

Passons, et écoutons le ministre. « M. de Meaux « trouve encore ici l'Église composée de toutes les I « nations , jusqu'à la fin des siècles *. « Eh ! de quoi ' sera donc formée, d'où sera tirée, de qui sera composée cette Église , dont les pasteurs ont reçu cet j ordre : Allez par tout le monde, prêchez l'Évangile \ à toute créature ^ : et encore, allez, enseignez toides I les nations ■* ? Mais, direz-vous, il n'exprime pas que l'Église, qu'il a désignée par ces paroles , sera jusqu'à la fin composée de toutes les nations. Non , sans doute : il ne dit pas, non plus q'je moi, que toutes les nations y seront toujours actuellement rassemblées ; mais les apôtres et leurs successeurs ne cesseront de prêcher et d'annoncer l'Évangile à toutes les nations, au sens que saint Paul disait, après le Psalmiste : Le bruit que fait leur prédica-

' r. Il , /. nr , e. 2 , n. 3 , p. 559. — ' Ibid. — ' .Varc. xiv, U — ♦ Matih. xxviii, 18.

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