‹ ŒuvresChapitre 71 sur 148 · II. INSTRUCTION PASTORALE · texte numérisé non relu

II. INSTRUCTION PASTORALE

tion (celle des apôtres ) irJentit par toute la terre , et la voix s' en fait entendre par tout l'univers ' ; et encore : f^otre foi est annoncée par tout le monde* \ et encore : L'Évangile est parvenu jusqu'à vous, comme il est dans tout V univers, et y fructifie, et y croit, comme parmi vous ^. Il ne dit pas que tout le monde doive croire à la fois : Cet Évangile doit être prêché ou sera prêché (successivement) joar toute la terre, en témoignage à toutes les nations; et après viendra la fin 4. C'est Jésus- Christ même qui parle , et il donne à son Église le terme de la fin de l'univers, pour porter à toute la terre la lumière de l'Évangile.

Mais tous croiront-ils ? Non, répond saint Paul ^ : Tous n'obéissent pas à l'Évangile, selon que dit Jsaïe : Seigneur, qui croira les choses que nous avons ouïes ? Mais je dirai : N'ont-ilt pas ouï ? puisqu'il est écrit: Le bruit s'en est fait entendre partante la terre. S'il y a des particuliers qui ne croient pas à l'Évangile, qui doute qu'il n'y ait aussi des nations , puisqu'on en trouve même , à qui tesprit de Jésus ne permet pas de prêcher ^ , durant de certains moments? Allez donc chicaner saint Pj>u1, et Jésus-Christ même, et alléguez-leur la Chine, comme vous faites sans cesse, et, si vous voulez, les terres australes , pour leur disputer la prédication écoutée par toute la terre. Tout le inonde, malgré vous, entendra toujours ce langage populaire qui explique par toute la terre le monde connu , et dans ce monde connu une partie éclatante et considérable de ce grand tout ; en sorte qu'il sera toujours véritable que ce sera de ce monde que l'Église demeurera toujours composée , et que la fin du monde la trouvera enseignant et baptisant les nations, et recueillant de chaque contrée ceux que Dieu lui voudra donner.

Voilà ce commentaire chimérique qu'on m'accuse de faire à ma fantaisie des promesses de Jésus-Christ; quand je n'allègue que saint Paul et Jésus-Christ lui-même, pour les expliquer. Mais voici encore une autre partie de ce commentaire des promesses de l'Évangile : « M. de Meaux y « trouve une Église qui subsistera rangée sous un * même gouvernement, c'est-à-dire sous l'autorité « des mêmes pasteurs; » à quoi le ministre ajoute, en insultant : « Le simple ne voyait point cela dans « le texte de saint Matthieu ^ : •> comme qui dirait , Lé simple n'y voyait pas que le troupeau serait gouverné par les enseignements des apôtres , à qui il est dit : Jllez , enseignez, leur apprenant à garder tout ce que je vous ai commandé. Le siinple ne voyait pas que c'est là le gouvernement ecclésiastique ; le simple ne voyait pas que toute l'autorité des pasteurs devait consister à donner les sacrements , ou bien à les refuser aux indignes , selon qu'ils écouteraient ou qu'ils n'écouteraient pas la prédication de leurspasteurs;ce que ce même ministre conclut enfin par cette amèrc raillerie : « Le peuple « ne voyait pas toutes ces choses: il avait besoin d'un

> TJfwi. x,l8. — '/&irf.i,8. - 3 Col. 1,0. — 'Matth.xxiy, 14. -» Rom. X, 16. —OAct. XTI, 6, 7. — ^ T. Il, p. 669.

« autre soleil (c'est-à-dire de M. de Meaux) pour « l'éclairer, et pour lui découvrir ce qui est plus clair « que le soleil '. » Il fallait un nouveau soleil pour apprendre au peuple, que partout où il y a prédication, sacrement, gouvernement ecclésiastique, il y a une Église visible à qui appartiennent les promesses, puisque c'est à elle, en termes formels , qu'elles sont adressées par le Sauveur du monde.

Mais écoutons encore où le ministre se réduit : « Pesons, dit-il », toutes les paroles de Jésus- « Christ, comme M. de Meaux les a pesées, et « par ce moyen nous en découvrirons le sens et « la vérité. » C'est là, mes frères, ce que je prétends; et puisque votre ministre le prétend aussi, c'est pour lui que je vous demande une audience particulière.

« Premièrement , M. de Meaux borne cette pro- « messe aux pasteurs de son Église , quoiqu'elle « soit commune à tous les fidèles, avec lesquels « Jésus-Christ sera jusqu'à la consommation des « siècles. » Il produit saint Hilaire et saint Chysostôme, et se donne la peine de prouver ce que personne ne contesta jamais. Quand j'ai dit que la promesse de Jésus-Christ s'adressait directement aux pasteurs, j'ai pour garant Jésus-Christ, qui leur dit lui-même , enseignez et baptisez. Il parle donc directement à ceux qu'il a préposés à la prédication et à l'administration des sacrements. Mais tout cela est fait pour le peuple : Tout est à vous, dit saint Paul ^ , soit Paul, soit Céphas, soit Apollon. Nous ne sommes que les ministres de votre salut, dont la dispensation nous est commise. Jésus-Christ est avec les apôtres pour le profit des fidèles , les fidèles sont donc compris dans la promesse : Je vous prie, dit-il 4, mon Père , non-seulement pour ceux-ci, c'est-à-dire pour mes apôtres, mais encore pour tous ceux qui croiront en moi parleur parole. On voit qu'il prie pour les fidèles, en les attachant aux apôtres. On n'a pas besoin d'alléguer saint Hilaire ni saint Chrysostôme; la chose parle d'elle-même; et le profit des fidèles sous le ministère marque clairement la part qu'ils ont à la promesse, encore qu'elle se trouve directement adressée à leurs pasteurs , comme il fallait pour établir l'autorité aussi bien que l'éternité de leur ministère.

Écoutez donc les paroles , et prenez l'esprit et l'intention des promesses de Jésus -Christ : Je suis avec vous, qui enseignez, qui administrez les sacrements, et qui gouvernez par ce moyen le peuple fidèle : Je suis avec vous, et votre ministère subsistera : Je suis avec vous, et je bénirai ce mi nistère : il sera saint et fructueux , et ne cessera jamais de l'être, parce que je promets, moi qui peux tout; et ma promesse immuable sera tout ensemble l'objet et le soutien de la foi.

Ne croyez donc pas qu'il ne promette que l'extérieur du ministère : c'est bien ce qu'il exprima

• T. n, p. 560. — ' loia. n. i, p. 5C0. — * /. Cor. m, Si. — * Joan. XVII, 20.

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

nommément dans sa promesse; mais l'effet intérieur, les grûces intérieures y sont attachées et renfermées, parce que Jésus-Christ est toujours présent pour donner efficace à sa parole et à ses sacrements , comme il sera plus amplement expliqué en son lieu.

Le ministre poursuit en cette sorte : Jésus- « Christ, le meilleur de tous les interprètes , a fait

• la même promesse aux laïques (qu'aux pasteurs) ,

• en leur disant qu'ils demeureront en lui , et lui en

• eux. L'union est intime , réciproque , et marque « une durée éternelle. Cependant , quoique Jésus- « Christ aitpromis aux Odèlesuneuuionéternelle, M. r de Meaux ne voudrait pas soutenir que les laïques « auront toujours une lumière éclatante et une con- « naissance pure de la vérité : et lui qui nous fait « un si grand crime de la justice inamissible et de « la persévérance des saints, devrait avoir conclu « que si Dieu , malgré sa promesse dej demeurer « dans les saints, les laisse tomber dans le crime, « et du crime sous la puissance du démon, il peut « aussi laisser son Église dans l'erreur et le vice, « malgré cette parole :/e suis avec vous^.

Il ne faudrait point mêler tant de choses , si l'on voulait échircir plutôt qu'embrouiller la question. Surtout il ne faudrait point confondre ensemble la doctrine de Vinamissihilité de ia justice avec celle de la persévérance des saints, ni avancer, ce qui n'est pas, que je fais un crime de l'une comme de l'autre. La doctrine de la persévérance n'a jamais été révoquée en doute : celle de l'inamissibilité de la justice est particulière aux calvinistes ; et par le peu qu'en dit notre ministre, on doit sentir qu'elle est impie. « L'union, dit-il », que Jésus-Christ pro- « met aux laïques est intime, réciproque, et d'une « éternelle durée; néanmoins, malgré sa promesse a de demeurer dans les saints, il les laisse tomber « dans le crime, et sous la puissance du démon; n ainsi le laïque enqui Jésus-Christ demeure, avec n qui son union est intime , réciproque, et d'une « éternelle durée, » est en même temps dans le crime , et sous la puissance de l'enfer. En faudrait-il davantage pour quitter une religion où l'on enseigne des absurdités, disons, des impiétés si manifestes ?

L'application de l'auteur aux promesses faites à l'Église n'est pas moins étrange; et il faudra dire que par la même raison qu'un particulier peut être, dansle même temps, uni intimement à Jésus-Christ et sous la puissance du démon , par cette même raison la société des pasteurs se trouvera par l'erreur, par la corruption , et enfin en toutes manières , sous la puissance des ténèbres ; pendant que tous les jours, sans interrirpiion, Jésus-Christ sera avec elle. Quelle convention y aura-t-il donc avec Jésus-Christ et Déliai^ ? et la réforme est-elle venue pour les concilier ensemble?

Ouvrez les yeux, mes chers frères, et voyez que l'on vous amuse, non-seulement en vous proposant des questions hors de propos, mais encore

• J. u, p. 5«). - » Ibid. — î 11. Cor. Tl, 16.

en sauvant une erreur par une «utre , au lieu de les condamner toutes df'ux. Dieu n'a promis à aucun des saints qu'il ne perdrait jamais ta jtt-xtice ni l'union intime avec lui, comme l'ont perdue, du moins pour un temps, un David, un Salomon , un saint Pierre. Dieu n'a promis à aucun des saints , comme il a fait à l'Église entière , d'être avec lui ^OMs fe.'ï^'oMr.s, c'est-à-dire sans la moindre interruption, et jusqu'à lafm des siècles: le terme de la fin des siècles , qu'il donne à son assistance , dénote l'Église telle qu'elle est en ce monde, visible par toute la terre, à qui il donne pour caractère de sa visibilité la prédication et les sacrements, et lui promet de la conserver tous les jours en cet état , tant que l'univers subsistera. A-t-il dit quelque chose de semblable de son union avec aucun saint particulier? Ecoutons : Fous êtes purs encore , dit le Sauveur' ; demeurez en moi et moi en vous ; tant que vous serez en moi , je serai en vous : est-ce à dire, vous y serez toujours? Point du tout, puisqu'il vient de dire : Fous êtes encore purs; pour insinuer qu'ils cesseraient bientôt de l'être, leur chef en le reniant, et tous en tombant dans l'incrédulité pendant le scandale de la croix. Il poursuit: Qui demeure en moi et moi en lui, portera beaucoup de fruit » : qui en doute ? Mais voulait-il dire que pendant le temps de leur incrédulité Us dussent demeurer en lui et lui en eux; et porter des fruits de vie éternelle , pendant qu'au contraire ils ne produisaient que des fruits d'incrédulité et de mort ? Le disciple bien-aimé prononce : Dieu est amour : et ainsi quiconque demeure dans t amour y demeure en Dieu et Dieu en lui ^. Qui ne le sait pas ? On y demeure en effet tant qu'on aime d'un vrai amour. Est-ce à dire qu'on aime toujours , et qu'on demeure toujours en Z)/ewsans aucune interruption, même en reniant, en maudissant, et en jurant qu'on ne connaît pas Jésus-Christ? Qui osera prononcer un tel blasphème? Reconnaissez donc, encore un coup, que les passages qu'on vous allègue n'ont rien de commun avec celui dont il s'agit, où Dieu promet , sans réserve ni restriction , à son Église visible , à la communion des pasteurs et des troupeaux, d'être avec elle tous les jours, et que le monde périra avant qu'il les abandonne.

Et remarquez , mes chers frères , que je ne vous jette ni dans des discours inutiles ou d'une grande recherche , ni dans des questions ou subtiles ou étrangères : seulement je pèse avec vous, parole à parole, les promesses de Jésus-Christ, sans qu'il faille ouvrir d'autres li\Tes que l'Évangile, ou que jusqu'ici il s'y trouve la moindre dif. Gculté. Voyons si votre ministre en use de même.

« M. de Meaux, poursuit-iM, applique la pro- « messe de Jésus-Christ uniquement aux pasteurs n et aux évêques latins. » On vous amuse, mes frères : je ne distingue dans la promesse ni Latins ni Grecs , et j'y comprends également tous les pasteurs grecs, latins, scythes et barbares , qui succé-

' éoan. XV, 3, 4. — * Ibid. 5. - ' 7. Joan. iv, 16. — « T. i ii,n. b,p. 601.

IV INSTRUCTION PASTORALE

deront aux apôtres sans aucune interruption , et sans avoir changé leur doctrine par aucun fait positif. Ainsi, ce qu'on dit des Grecs jusqu'ici demeure inutile : il faudra seulement nous souvenir d'examiner en son lieu la foi des Grecs, et s'il est vrai qu'ils n'aient jamais abandonné la succession; ce qui ne regarde ni l'examen ni l'intelligence de la promesse dont i.l s'agit, considérée en elle-même.

Laissons donc en surséance, pour un peu de temps , ce qui regarde l'application de la promesse ou aux Latins , ou aux Grecs , ou aux autres peuples particuliers , puisqu'il n'en est rien dit dans cette promesse, et continuons à peser les propres paroles qu'elle contient.

« C'est assez parler des personnes, continue votre « ministre ' : venons au fond. Jésus-Christ promet « à l'Église qu'il sera toujours avec elle : ce terme, « avec elle, dit M. deMeaux, marque une protec- « tion assurée et invincible de Dieu : » ce qu'il avoue en disant : « Il a raison jusque-là. » Si j'ai raison jusque-là, je tire deux conséquences : l'une, que l'Eglise visible sera toujours; l'autre, qu'elle sera attachée aux pasteurs qui prendront la place des apôtres, et que l'erreur y sera toujours exterminée. C'est ici que votre ministre cite ces paroles de mon Instruction : « Ceux qui voudront être en- « seignés de Dieu n'auront qu'à vous croire, comme « ceux qui voudront être baptisés n'auront qu'à « s'adresser à vous *. » A cela , quelle réponse ? Le ministre avoue que Dieu « peut suppléer à tous nos « besoins par sa présence, quand il veut 3; mais, « ajoute-t-il , il ne le fait pas toujours. Où est « donc cette protection assurée et invincible, que « j'ai raison de reconnaître dans ces paroles , Je a suis avec vous? » et comment est-elle assurée, si Dieu pouvant la donner, il ne le veut pas?

Pour montrer que ces paroles , Je suis avec vous, emportent une protection assurée autant qu'invincible, j'allègue ce qui fut dit par l'ange à Gédéon : Fous sauverez Israël, parce que je suis avec voîis; et je produis en même temps plusieurs passages où cette parole , Je suis avec vous, marque un effet toujours certain 4. Le ministre n'a pu le nier, comme on a vu; mais sur l'exemple de Gédéon , il répond deux choses ^ ; la première : « Comme tous ceux avec qui Dieu « est , tfont pas la force de Gédéon pour tuer mi- « raculeusement six vingt mille hommes dans une « bataille ; ainsi, quoique Dieu soit avec les succes- « seurs des apôtres , il ne s'ensuit pas qu'ils doivent n étendre comme eux l'Église jusqu'au bout du « monde , ni avoir la même autorité qu'eux. » C'est la première réponse ; voici la seconde : « Comme la « présence de Dieu , qui était avec Gédéon, ne l'em- « pécha pas de faire un éphod , après lequel Israël « idolâtra, ce qui fut un lacet à sa maison '^ ; ainsi la « présence de Dieu dans l'Eglise n'empêche pas « que ses principaux chefs n'introduisent en certains « lieux Terreur, et ne rendent l'Église très-obscure

' r. II , Hb. IV , cap. 3 , n" I , p. 566. - ' I. Insir. past. — * Ilid. — * Ibid. — * T. Il p. 667, WSJ. — .« Jtiiic, Tl,

« par leur idolâtrie. » Vous le voyez , mes chcru frères, il n'a pas osé pousser à bout sa conséquence. Pour la tirer tout entière, il devait conclure que tous les pasteurs pourraient tomber dans l'idolâtrie : il n'a osé le conclure que des principaux. 11 devait encore conclure que toute l'Église devait être obscure par l'idolâtrie : il a évité ce blasphème, qui ferait horreur, et n'ose livrer à l'idolâtrie que de certains lieux ; ce qui n'empêcherait pas la pureté du culte dans le gros. Il a donc lui - même senti la défectuosité manifeste de son principe, qu'il n'a osé pousser à bout. Mais, quoi qu'il en soit, ses deux réponses vont tomber sans ressource par un seul mot.

Cette parole, Je suis avec vous, n'emporte de garde assurée et de protection invincible, que dans l'effet pour lequel Dieu l'a prononcée, et pour lequel il a promis d'être avec nous. C'était à l'effeï de défaire les Madianites , et d'en délivrer Israël , que Dieu était avec Gédéon : aussi cet effet n'at-il pas manqué , et les Madianites ont été taillés en pièces par ce capitaine. C'était aussi à l'effet d'enseigner la vérité et d'administrer les sacrements , que Jésus-Christ devait être tous les jours et jusqiCà la fin du monde avec ses apôtres et leurs successeurs : cet effet est donc celui qui n'a pu manquer; autrement il ne sert de rien d'avoir avec soi le Tout-Puissant , si l'on peut perdre l'effet pour lequel il assure qu'il y est, et qu'il y sera toujours. Appliquons la même chose à l'éphod érigé par Gédéon; l'effet de cette promesse, Je suis avec vous , était accompli par la défaite des Madianites, pour laquelle elle était donnée : l'éphod qui vient si longtemps après , n'appartient pas à cette promesse; et le ministre, qui nous le produit, abuse trop visiblement de votre créance.

« M. de Meaux , poursuit le ministre', devait re- « marquer que Dieu avait promis à l'Église judaï- « que d'être éternellement avec elle, d'y mettre son « nom à jamais ; et néanmoins que cette présence « n'a pas empêché ni sa ruine , ni que , pendant « qu'elle a duré, il n'y ait eu des abominations et « des idolâtries jusque dans le temple, et que les « prêtres et les sacrificateurs ne se soient corrom- « pus. »

Pour procéder nettement, je distingue ici deux difficultés : l'une qu'on tire de la ruine de l'Églisa judaïque, et l'autre qu'on tire de sa corruption pendant qu'elle subsistait.

Pour la ruine, il est vrai que Dieu avait dit : qu'il mettrait son nom à jamais dans le temple de Salomon; et, ce qu'il y a de plus fort, qu'il y aurait tous les jours ses yeux et son cœur : promesse qui ne paraît pas de moindre étendue qu« celle de Jésus-Christ dont nous parlons. Voilà du moins l'argument de votre ministre dans toute sa force. Remarquez pourtant, mes chers frères, qu'il n'a osé citer ce passage entier, de peur d y trouver sa confusion. Lisons-le donc tel qu'il est ' :

' Tom. n, p. 567, c/c. 674 , efc. — > III. Rcg. ix , 3 e< seq. I:far. VH, 15, l«.

SL'U LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

SVI

« Je mettrai mon nom à jamais dans cette maison, « et j'y aurai tous les jours mes yeux et mon cœur. « Si tu marches dans mes voies, comme a fait ton B père David, j'établirai ton trône à jamais. Si au « contraire vous et vos enfants cessez de me sui- « vre, et adorez des dieux étrangers, j'arracherai

• Israël de la terre que je leur ai donnée, et je re- « jetterai de devant ma face le temple que j'ai con- « sacré à mon nom; en sorte qu'Israël sera la risée

• et la fable de tout l'univers, et que ce temple sera

• en exemple à tous les peuples du monde. « On vous a tu, mes chers frères, la condition expressément apposée à la promesse de la S}-nagogue : et vous ne voulez pas voir la différence entre cette promesse absolue , et voilà, je suis avec vous tous tes jours, et celle-ci, 7'y serai, si vous faites bien!

Votre ministre objecte souvent : Quoi donc ! ne faudra-t-il point quitter l'Église , si elle tombe dans l'idolâtrie et dans l'erreur? Autre illusion ; puisque c'est là précisément ce qui est exclu comme impossible par cette promesse absolue. Je suis avec vous tous les jours : étant clioses visiblement incompatibles, et que Jésus-Christ soit avec elle tous les jours, et qu'elle soit quelque jour li\Tée à l'idolâtrie et à l'erreur, avec lesquelles Jésus-Christ ne demeure pas.

Et pour parler plus à fond, sans nous jeter néanmoins dans des discussions embarrassantes, est-il possible, mes frères , que vous ne vouliez pas voir que l'Église judaïque ou la Synagogue par sa condition devait tomber ; au lieu qu'au contraire l'Église de Jésus-Christ par sa condition devait subsister à jamais, malgré les efforts de l'enfer? La chose ne reçoit pas de difûculté. Dieu promet un nouveau Testament : donc le premier devait vieillir et être aboli, conclut saint Paul'. Dieu promet en Jésus-Christ un nouveau sacerdoce selon l'ordre de Melchisédech : donc il promet en même Umps l'abolition de la loi ; puisque , selon le même saint Paul , la loi doit passer en même temps que le sacerdoce*. Jésus-Christ a lui-même prononcé, selon la prophétie de David , que la pierre qui devait/aire la tête du coin, devait être auparavant rejetée par les Juifs ^ : d'où il devait arriver qu'il serait contraint de leur ôter la vigne , et de la donner à d'autres ouvriers*. Jésus-Christ a vu aussi dans Daniel V abomination de la désolation dans le lieu saint : et, dit-il *, que celui qui lit entende, afin qu'on soit attentif à ce grand mystère. Dans ce mystère était compris le meurtre du Christ par ks Juifs ; et après ce meurtre, Ventière dissipation, de tout ce peuple, avec l'abomination et la désolation jusqu a la fin ^. Y a-t-il donc un aveuglement pareil à celui de régler les promesses faites à l'Église par celles de la S\'nagogue, et de ne vouloir jamais reconnaître, ni mettre de différence entre celle dont Dieu se retire, et celle à qui il proteste qu'il est toujours avec elle : entre celle à qui il dit. Je sui^ avec vous jusqu'à la fin, et celle dont il est

« Hebr. TUI, 8, 9 e< seq. — » Ibid. TU, 12. — ' l\faUh. xxi, 42. - * Ibid. 40, 41. - * Ibid. XXIT, 1&. - * Dan. IX, 26,

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