‹ ŒuvresChapitre 76 sur 148 · BIT · texte numérisé non relu

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traire, ils la regardaient comme des titres de Panquité de la foi. On .sait les combats de saint Ambroise, pour ne point livrer les catholiques que les ariens voulaientlui ùter par l'autorité de l'impératrice Justine. « Qu'on nous les enlève par force, répondait- « il', je ne résisterai pas; mais je ne les livrerai «jamais; je ne livrerai pas l'héritage de Jésus- « Christ;... je ne livrerai pas l'héritage de nos pè- « res, l'héritage de Denis qui est mort eu exil pour « la cause de la foi , l'héritage d'Eustorge le confes- « seur, l'héritage de Myrocles et des autres évé- « ques Odèles, mes prédécesseurs. » Ils conservaient donc autant qu'ils pouvaient les temples sacrés que leurs prédécesseurs avaient bâtis; et comme nous ils prouvaient par ces monuments l'antiquité de la foi catholique. Quand ils leur étaient ravis par force, ils se contentaient de garder la foi, qui ne laissait pas néanmoins de demeurer établie par ces temples mêmes, quoiqu'entre les mains des hérétiques; parce que tout le monde savait qu'ils n'avaient point été dressés pour eux. C'est ce que nous disons encore, et nous employons ces témoignages dans le même esprit que les Pères.

J'ai donc achevé l'ouvrage que la charité m'imposait pour le salut de nos frères réunis, et il ne me reste qu'à prier Dieu, comme j'ai fait au commencement, qu'il leur donne des yeux qui voient , et des oreilles qui écoutent. Pour peu qu'ils les ouvrent et qu'ils se rendent attentifs à la vérité , elle ne leur sera pas longtemps cachée. Les promesses de l'Évangile , que je les prie de considérer, sont courtes, claires, précises : on a vu qu'elles ne demandent aucun examen pénible; et si j'ai voulu entrer dans quelques faits qui dépendent de l'histoire ecclésiastique , comme ils sont connus , incontestables, et dans le fond avoués par le ministre , ils ne peuvent plus causer aucun embarras.

En effet, considérons encore une fois devant Dieu, et en éloignant l'esprit de dispute, ce qu'on a prouvé par tant de faits, tirés par exemple de l'histoire de l'arianisme. Quoi ? qu'il y aura eu des tentations, des scandales, des chutes affreuses, de longues persécutions , sous prétexte de piété , et par de faux frères soutenus de l'autorité de quelques rois chrétiens? iSous le savons; nous avons été avertis que nous avions tout à craindre, même de 710S pères, de nos mères, de nos frères , et des domestiques Aq la foi». C'est pourquoi , s'il s'est trouvé parmi les persécuteurs, desIVérons, des Domitiens, ouvertement inQdèles; s'il s'y est trouvé des apostats et des déserteurs de la foi; il s'y est aussi trouvé, et bientôt après , des Constances', des Valens , des Anastases, qui ont affligé l'Église sous l'apparence d'un christianisme trompeur; et nous avons déjà remarqué que nous attendions encore à la On des siècles quelque chose de plus séduisant. Mais que l'on puisse perdre pour cela la trace de la succession apostolique; loin de nous l'avoir prédit, Jésus-Christ nous a promis le contraire, et l'expérience du temps passe aide encore à nous conGrmer pour l'avenir.

' Auib. Ep. lib. I ; ep. xxi , M" 18 — ' Mallh. 5 , 35 , ».

> INSTRUCTION PASTORALE

Ainsi l'on n'est pas même obligé à savoir ces (iiits, qu'on ex.igère si fort; les promesses fonda- ■ nentales de l'Évangile sur la durée de l'Église i^rant, comme on a vu, très-intelligibles par ellesnuhnes, il ne faut, pour toute réponse à ceux qui chercbent des diflicultés dans leur accomplissement, que l'exemple d'Abraham, qui, comme disait saint Pauh , « n'a point vacillé dans la foi, ' mais au contraire s'y est affermi, donnant « gloire à Dieu , et demeurant pleinement persuadé « qu'il était assez puissant pour accomplir ( à la « lettre) tout ce qu'il avait promis. »

Si donc on a peine à croire qu'au milieu de tant de traverses, et des changements qui arrivent sous le soleil , Dieu conserve sans interruption la succession des apôtres et la suite du ministère ecclésiastique, en sorte que toute rupture et toute innovation soituneconvictiond'erreuret de schisme, sans même avoir besoin de remonter jamais plus haut ; si , dis-je,ona peine àcroireque cela se puisse exécuter, et qu'on y cherche des difficultés ou des embarras, il n'y a qu'à se souvenir que Jésus-Christ nous a donné sa toide-puissance pour garant d'une promesse si merveilleuse, et conclure avec Abraham, selon saint Paul, qu'il est puissant pour accomplir ce qu'il apromis.

Pour éluder un raisonnement si pressant, votre ministre propose cette trompeuse maxime : l'événement est interprète de la promesse *. On voit bien où ces messieurs en veulent venir. C'est à éluder l'effet évident et le sens certain de la promesse de .lésus-Christ, en alléguant des interruptions telles qu'on voudra , en inventant des innovations sur la doctrine, et en attribuant à l'Église des idolâtries qu'elle n'eut jamais. Mais si l'on veut, par exemple, lui imputer à idolâtrie l'honneur qu'elle rend aux saints, à leurs reliques et à leurs images , il faudra comprendre non-seulement l'Église romaine, mais encore l'Église grecque, dans cette accusation ; puisque c'est elle qui a célébré avec Rome même, et qui compte encore aujourd'hui parmi ses conciles le concile de Nicée , où tout cela est contenu. Qu'était donc devenue alors la promesse de .Jésus-Christ? Pour soutenir ces idolâtries prétendues universelles dans l'Église, il faudrait dire de deux choses l'une, ou que Jésus-Christ avait été tous les jours avec une Église idolâtre , ou que ce mot, tous les jours , n'exclut pas toute interruption, et que Jésus-Christ (ce qu'à Dieu ne plaise) a jeté en l'air de grands mots qui n'ont point de sens.

On me fait accroire que j'entreprends de donner des bornes à la promesse de Jésus-Christ par rapport aux Grecs , et on croit avoir droit , à mon exemple, de lui en donner par rapport aux Latins. Mais c'est là une pure chicanerie, et j'ai déjà dit que la proinesse de Jésus-Christ n'est astreinte par elle-même , ni aux Grecs, ni aux I^atins, ni à aucune nation particulière; mais qu'il suffit, pour la vérifier, que la succession des apôtres subsiste toujours par toute

ïiom. I, 20, 21.

T. Il , /). 565 , 683.

la terre, en quelque peuple que ce soit. Si on prétend que l'événement démente cette promesse, on argumente contre Jésus-Christ , et on chanf^e le sens naturel de ses paroles.

Laissons donc là ce commentaire par l'événement. J'avouerai peut être que l'événement pourra, en second, servir d'interprète à des prophéties obscures et paraboliques. Mais pour la promesse fondamentale de l'Évangile, qui est conçue en termes si clairs, elle s'interprète elle-même; et pour toute interprétation, il n'y a qu'à dire : Jésus-Christ es^ assez puissant pour faire tout ce qu'il apromis : et la restreindre par l'événement , c'est la démentir.

La promesse de Dieu à Abraham : Je multiplierai ta postérité, était absolue; et Dieu avait déterminé que cette postérité lui serait donnée par Isaac^ : le cas arriva qu'Abraham allait l'immoler par ordre de Dieu ; mais ce terrible événement ne titchercher à Abraham aucune restriction à la promesse : il n'en crut pas moins que sa race lui serait comptée dans cet Isaac qu'il était prêt d'égorger; à cause qu'il crut, dit saint Paul * , que Dieu le pouvait ressusciter. C'est-à-dire qu'il faut croire tout ce qu'il y a de plus incroyable, plutôt que d'affaiblir des promesses claires , contre leur sens manifeste. Toute puissance m'est donnée : allez donc avec assurance; et, sans vous jeter dans la recherche des faits particuliers , croyez d'une ferme foi que votre ouvrage n'aura ni fln ni interruption , puisque c'est moi qui le dis.

Contre la simplicité, la précision , la clarté de ces paroles, on n'allègue que chicanerie, illusion, dissimulation : on appelle au secours la Synagogue , avec laquelle en ce point l'Église chrétienne n'a rien de commun : on critique chaque parole , et visiblement on ne dit rien : et il demeure si clair , par la promesse de Jésus-Christ, que tout ce qui rompt la chaîne, tout ce qui s'écarte de la ligne de la succession , est schismatique, qu'il a fallu en venir enfin à défendre ouvertement le schisme , à le trouver digne des saints et des prophètes , et à séparer ces grands hommes de la société du peuple de Dieu, et du sacerdoce institué par IMoïse. Jugez maintenant , mes frères , qui sont les vrais défenseurs de la promesse de Jésus-Christ , ou ceux qui la prennent comme nous dans toute son étendue, ou ceux qui, contraints d'en déguiser ou violenter toutes Ks paroles, après yavoir cherché toute sorte d'inconvénients, à la fin se laissent forcera trouver l:* sainteté dans les schismatiques.

Au contraire, la gloire de l'Église ne lui peut être ôtée. Luther et les autres novateurs du seizième siècle savent bien, en leur conscience, qu'ils l'ont trouvée en pleine possession lorsqu'ils s'en sont séparés , et que d'abord ils avaient été nourris dans son sein. J'en dis autant des vicléfites, des bohémiens, des vaudois, des albigeois , de Bérenger et des autres. Si nous remontons aux Grecs, le mi^ nistre n'a pu nier que nous n'ayons vécu ensemble,

' Ccn \\:, II!. Rom. IX , 7. — ' Jiebr. iXl, I».

SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE

rt reconnu d'un commun accord la chaire de saint Pierre. Ils se sont donc faits, en la quittant, novateurs comme les autres, et leur défection est notée. Nous sommes à couvert de tels reproches; et l'Éiiiise catholique se peut glorifier d'être la seule société sur la terre à qui , parmi tant de sectes, on ne peut jamais montrer, en quelque point que ce soit, par aucun fait positif, qu'elle se soit détachée des pasteurs qui étaient en place, ou du corps du christianisme qu'elle a trouvé établi. Elle est donc la seule qui nest point sortie de la suite promise par Jésus-Christ, et qui par la succession écoute encore dans les derniers temps ceux qui ont ouï les apôtres, et Jésus-Christ même. Quelle plus belle distinction peut-on trouver dans le monde? quelle plus grande autorité? Mais les errants la craignent, parce qu'elle est trop contraignante pour leurs esprits licencieux.

RÉPO.NSE

A. diverses calomnies qu'on nous fait sur l'Écriture et sur

d'autres points.

Après de si grands éclaircissements sur la promessede Jésus-Christ, vous offenserai-je, mes frères, si je vous conjure de vous y rendre attentifs ? Donnez encore deux heures de temps à relire notre première Instruction pastorale : vous aurez honte des chicanes dont on s'est servi pour y répondre, et des minuties où l'on a réduit le mystère du salut. Surtout, vous y trouverez en quatr? ou cinq pages la résolution manifestedeladifticulté où votre ministre vous jette d'abord '. Il vous fait craindre, mes frères, de prendre à la lettre et dans toute son étendue la promesse de Jésus-Christ ; et il tache de vous faire accroire que nous ne la proposons que dans le dessein At jeter les hommes dans l'ignorance, et de leur rendre l'Écriture sainte non-seulement inutile, mais encore dangereuse > : il conclut, sur ce fondement, que nous inspirons le mépris de l' Écriture ^, et ce n'est pas là, poursuit-il, une illusion 4; une conséquence qu'on nousattribue : M. de Meaux renseigne précisément et nettement. A cela que répondrai-je? me plaindrai-je de la calomnie? en demanderai-je réparation ? Cela serait juste; mais îe salut de mes frères m'inspire quelque chose de meilleur. Je demande, en un mot , par quel endroit prétendent-ils que nous voulons introduire l'ignorance? Est-ce à cause que nous disons que la science du salut ne s'éteint jamais dans l'Église? Est-ce induire à mépriser cette science, que de montrer où elle est toujours?

Mais vous dites qu'on n'a pas besoin de chercher sa foi dans les Écritures ? Le catholique répond : Il est vrai , je n'ai pas besoin de la chercher, parce qu'elle est d'abord toute trouvée. J'ai dit mon Credo avant que d'ouvrir l'Écriture : vaut-il mieux en commencer la lecture dans un esprit de vacillation

' Prem. Inst. sur les Prom. de V Église. —^ T. n , ?. 4 , c. ♦'"• 10 , etc., p. 544, 546, 547, 553, etc. — ' P. MG. — * P. fr>S.

et d'incertitude, que dans la plénitude do la foi?

Mais , poursuit-on , l'Écriture est donc inutile , si on a déjà la foi sans elle? N'est-ce donc rien de la confirmer, de l'animer, de la rendre agissante par l'amour ; d'en peser toutes les promes.ses , tous les préceptes, tous les conseils; de s'en servir pour mieux entendre ce qu'on croit déjà ; et, dans l'occasion, pour convaincre l'hérétique et l'opiniâtre qui ne veut pas croire à l'Église? Mon Instruction précédente a reconnu ces utilités dans l'Écriture; et vous nous faites accroire que nous croyons inutile ce qui produit de si grands fruits!

La calomnie est bien plus étrange, de nous faire dire que nous la trouvons dangereuse. Mais qui jamais parmi nous a proféré ce blasphème? Sous prétexte qu'il est dangereux de vouloir interpréter l'Écriture par son propre esprit, et qu'il n'y a de salut que de l'entendre humblement comme elle a toujours été entendue, on nous fera dire que nous la trouvons dangereuse! Seigneur, jugez-nous, et inspirez à nos frères des sentiments plus équitables.

Nous méprisons les saints livres : le peut-on «eulement penser? Est-ce mépriser l'Écriture, queae dire qu'elle a son sens simple et naturel, qui a frappé d'abord les esprits des fidèles? Lorsqu'ils écoutaient, qu'au commencement le Ferhe était, et (\\\il était en Dieu, et qu'il était Dieu ' , ils ont entendu qu'il était Dieu, non point en figure, mais naturellement et proprement; et c'est pourquoi l'évangéliste ajoute après, non pas qu'il a été fait Verbe ou qu'il a été fait Dieu , mais qu'étant lerbe et étant Dieu devant tous les temps, il a encore dans le temps été fait homme. Est-ce mépriser l'Écriture, de dire que ce vrai sens a fait impression sur les fidèles, qu'on se l'est transmis les uns aux autres, et qu'Arius, qui l'a rejeté, l'a trouvé établi dans l'Église? J'en dis autant des autres dogmes révélés de Dieu et nécessaires au salut : le vrai chrétien n'en a jamais pu douter : et, sans aucun examen, sa foi est formée. Est-ce donc là ce qu'on appelle mépriser l'Écriture? n'est-ce pas plutôt l'honorer, et, sans crainte de s'égarer, y trouver la vie éternelle?

Mais vous avez dit, m'objecte-t-on», qu'on avait instruit des peuples entiers sans leur faire chercher leur foi dans les Écritures, et qu'en effet « la charité « ne permettait pas d'attendre à prêcher la foi jus- « qu'à ce qu'on sût assez des langues barbares pour « y faire une traduction aussi difficile et aussi im- « portante que celle des livres divins , ou bien d'en « faire dépendre le salut des peuples 3. » Il est vrai, je reconnais mes paroles; mais le ministre , qui me les reproche, ne devait pas oublier que c'est là i!n fait incontestable , et le sentiment exprès de saint Irénée, évêquede Lyon, que j'ai marqué en ces termes, comme connu de tout le monde : « Saint « Irénée et les autres Pères en ont fait la remarque « dès leur temps 4. » Le passage de ce saint martyr n'est ignoré de personne; le ministre l'a vu mar-. que dans ma précédente Instruction, et n'a pu le nier. Lisez-le, mes frères, comme un téraoiguage

' Joan. I, I. — * r. n , p. 550. — ^ Inst. past. — < Ibid.

ir INSTRUCTION PASTORALE

aulfienti(]ue de la foi de nos ancêtres, puisque c'est la foi d'un saint qui a conversé avec les disciples des apôtres , et qui a illustré le seconcl siècle par sa doctrine et par son martyre : l'Kgiise gallicane a eu l'avantage particulier de l'avoir pour évéque, dans une de ses plus anciennes et principales Églises ; et ce nous doit être une singulière consolation , de trouver dans ses écrits un monument domestique de notre foi. Voici ses paroles : « Si les apôtres, « dit-il ' , ne nous avaient pas laissé les Écritures, « ne fallait-il pas suivre la tradition qu'ils laissaient « à ceux à qui ils confiaient les Églises ! ordre qui se « justifie par plusieurs nations barbares qui croient « en Jésus-Christ, sans caractère et sans encre, « ayant la loi du salut écrite dans leurs cœurs par « le Saint-Esprit, et gardant avec soin la foi d'un « seul Dieu créateur du ciel et de la terre, et de tout « ce qu'ils contiennent, par Jésus-Christ Fils de « Dieu; » et le reste qu'il est inutile de rapporter. Il suffit de remarquer seulement qu'il détaille et spécifie tous les articles qu'orî apprend sans les Écritures; et voilà en termes très-clairs la foi salutaire, sans le secours de ces livres divins.

.Votre ministre s'élève ici contre moi, sur ce que je dis : que ces peuples étaient sauvés sans quon leur portât autre chose que k sommaire de la foi dans le Symbole des apôtres * , et il ne veut pas qu'on lui en parle. Mais qu'il l'appelle comme il voudra; il faut bien avouer, au fond, qu'il y avait im sommaire de la foi semblable à celui que nous avons : qu'on l'appelle, ou, comme parlait dans un outre endroit le même saint Irénée 3, la règle immobile de la vérité qu'on recevait dans le baptême , ou. avec toute l'antiquité, le Symbole des apôtres; toujours est-il bien certain que la doctrine n'en pouvait venir que de ces hommes divins qui ont fondé les Églises. Ne vous lassez point, mes chers frères, et écoutez la suite du passage de saint Irénée , que nous avons commencé. « Ceux, dit-il 4, qui ont reçu <■ cette foi sans les Écritures , selon notre langage, « sont barbares ; mais pour ce qui regarde le sens , « les pratiques et la conservation selon la foi , ils « sont extrêmement sages, marchant devant Dieu « en toute justice , chasteté et sagesse; et si quel- « qu'un leur annonce la doctrine des hérétiques, « on les verra fermer leurs oreilles et prendre la « fuite le plus loin qu'il leur sera possible, nepou- « vant seulement souffrir ces blasphèmes ni ces « prodiges, à cause, répondront-ils, que ce n'est « pas là ce qu'on leur a enseigné d'abord. » Vous le voyez, mes chers frères, ces barbares, si bien instruits sans les Écritures, n'étaient pas de faibles chrétiens, mais très-fermes dans la foi et dans les oeuvres , et très-pleinement instruits contre la doctrine des hérétiques. Si c'était moi qui parlasse ainsi; combien votre ministre se récrierait-il que je méprise les Écritures, en les déclarant inutiles ! ]\Iais les sairtts, de qui nous avons reçu les livres divins, ne craignent pointée reproche; car ils sa-

< lyen. adv. Hœr. lib. m, cap. 4. — ' /. Insl. past. Rép. du Min. p. 561. — ' Lib. i. c. i. — •i Lib. ni, c. 4.

valent que l'Écriture viendrait en confirmation d» la foi, qu'ils avaient reçue sans elle; et louant la bonté de Dieu, qui, pour s'opposer davantage a l'oubli des honnnes, avait rédigé la foi dans les écrits des apôtres , ils ne laissaient pas de bien entendre qu'on pouvait être parfait chrétien sans les avoir.

Vous voyez maintenant la cause du silence de votre ministre sur le passage de saint Irrnée : c'est qu'il a senti qu'il ne laissait point de réplique , et ilaseulementtentédelui opposer un endroit de saint Chrysostôme ', « où il assure positiveme.it «que les Barbares, Syriens, Égyptiens, hidiens, « Perses , Éthiopiens, avaient appris à philosopher « en traduisant chacun dans sa langue l'évaniiile << de saint Jean. » Il triomphe de cette parole en disant : Que M. de Meaux démente , s'il veut, saint Chrysostôme. Mais je neveux non plus démentir saint Chrysostôme que saint Irénée. Il ne convient qu'aux ennemis de la vérité, de chercher à commettre entre eux ses défenseurs, plutôt que de les concilier ensemble , comme il est aisé en cette occasion.

Il n'y a pas ombre d'opposition entre saint Irénée, qui assure que , de son temps , il y avait des peuples entiers qu'on regardait dans toute l'Église comme parfaits chrétiens, sans qu'ils eussent l'Écriture sainte; et saint Chrysostôme qui dit, deux cents ans après , qu'elle se trouve chez les peuples qu'on lui vient d'entendre nommer. Car d'abord il est bien certain que, dès le temps de saint Irénée , des peuples entiers, que saint Chrysostôme n'a pas nommés, avaient recula foi. Saint Justin , qui a souffert le martyre un peu devant saint Irénée , compte parmi ceux où la foi avait pénétré, jusqu'à ces Scythes vagabonds et presque sauvages , qui traînaient sur des chariots leurs familles toujours ambulantes ». Qu'on ait traduit l'Écriture dans leur langue, ni saint Chrysostôme ne le dit, ni il n'en reste aucune mémoire dans toute la tradition ecclésiastique ; et quand il serait certain (ce qui n'est pas) que les peuples dont saintChrysostôme a parlé, comme ayant traduit l'Écriture, seraient les mêmes dont saint Irénée a si positivement assuré qu'ils ne l'avaient pas de son tejnps , notre cause n'en serait pas moins en sûreté, et il demeurerait toujours pour également incontestable , qu'on peut être parfaitement chrétien sans l'Écriture, parla seule autorité delà tradition, comme a parlé saint Irénée.

Il sera donc véritable qu'on doit à la vérité donner l'Écriture, le plus tôt qu'on peut , à tous les peuples chrétiens; mais, sans discuter davantage ni saint Justin, ni saint Irénée, ni saint Chrysostôme, il n'y a point de protestant si déraisonnable, pour laisser périr quelques peuples dans leur ignorance, sous prétexte qu'on n'aurait encore pu traduire en leur langue les livres sacrés.

Sans parler des peuples barbares qu'on aurait sauvés par la foi, avant même qu'ils pussent avoir

' T. Il, p. 5»I. Hom. 1, inJoan.— * Jpol. il, et ci'~

Ttnjph.

SUR LES PROMESSKS DE LÉGLISE.

îps F.oritiires, il est bien certain que la méthode commune de tous les chrétiens est de faire dire Credo à ceux qu'on instruit, grands et petits, dès qu'on leur présente l'Écriture sainte, et avant qu'ils l'aient ouverte. Qu'on dise tout ce qu'on voudra du Symbole des apôtres, ce sera toujours un fait véritable qu'il est reçu et pratiqué partout ce qui porte le nom de chrétien , et que , pour en suivre la méthode, il faudra toujours faire connaître aux fidèles l'Église catholique, avant qu'on leur ait nommé l'Écriture sainte , dont le Symbole ne fait aucune mention ; c'est-à-dire que les apôtres, dont ce Symbole a pris tout l'esprit , ont reconnu dans l'Église catholique la source primitive de la foi et du salut.

C'est là que tout hérétique demeurera court; et encore que le nom même de l'Église catholique ne se trouve pas dans l'Écriture , ce sera toujours sous l'autorité de ce nom que les fidèles seront élevés dans la vraie foi. Quand ensuite ils liront l'Écriture sainte, et que, toujours sous l'instruction de l'Église catholique, ils y trouveront la même foi qu'on leur avait annoncée, ils y seront confirmés, leur cœur sera consolé; mais la foi reçue de main en main par les successeurs des apôtres , sera toujours leur première règle.

Quand le ministre trouve ridicule, et même impossible, que les pasteurs de l'Église reçoivent 4a foi les uns des autres , « à cause , dit-il ' , que « la foi de l'évéque mourant s'éteint avec lui , sans « qu'il la puisse laisser à son successeur qu'il ne « connaît pas,» il montre par ce mauvais discours qu'il ignore parfaitement l'état de la question. Quand on dit qu'on reçoit la foi de son prédécesseur , on ne veut dire autre chose sinon qu'on se fait une règle inviolable de croire et de prêcher dans l'Église ce qu'on y a cru et prêché devant nous. Tant qu'on persévérera dans cette résolution , on n'enseignera jamais d'erreur, on ne sera jamais dans le schisme et dans la rupture. Si quelque évêque rompt la chaîne de la tradition, le reste de l'Église réclamera contre : le novateur sera noté éternellement ; et quand il entraînerait son peuple avec lui , son peuple devra sentir dans sa conscience , par la seule innovation de son pasteur, qu'il ne peut plus se sauver sous sa conduite.

Le ministre met donc tout en confusion, et ne s'entend pas lui-même , lorsqu'il demande si l'évéque « qui meurt , laisse sa foi sur son siège, ou « s'il peut la laisser de main en main , comme une « chose matérielle ». » Voici le nœud et la chaîne qui captive tous les esprits. L'Église catholique a toujours pensé, dès son origine, que sa foi ne changerait jamais, et ne devait ni ne pouvait jamais changer. Aussitôt donc qu'on sent quelque changement dans un corps constitué de cette sorte , en quelque temps que ce soit , on se souvient de la promesse :on rappelle dans son esprit la règle de ne changer point , et de n'avoir jamais besoin de changer : l'innovation est marquée , et en même

' r. n , p. 610 , 61 1 , 612, etc.— » Ibid.

temps détestée avec ses auteurs , et la foi demeure immuable dans sa succession.

C'est la consolation des catholiques, toutes les fois qu'ils voient le corps de leurs pasteurs tenir toujours le même langage, et prêcher la même foi. Dans les derniers qui sont en place, ils entendent tous leurs prédécesseurs, et remontent par les apôtres jusqu'à Jésus-Christ.

Quand on s'écrie après cela : « PauvTe Écri- « ture , comment Dieu vous a-t-il dictée ? Que « vous devenez inutile ! Il n'y a qu'à montrer l'É- » glise ' : » encore un coup , on ne s'entend pas. Heureux celui qui , né et instruit dans le sein maternel de l'Église et dans la foi des promesses , n'a jamais besoin de disputer ! S'il s'est écarté de cette voie, on travaille à le ramener par les Écritures; s'il n'y a jamais été , et qu'il soit encore infidèle, on lui lira les prophéties dont l'Écriture est pleine , et on tâchera de lui en marquer les autres caractères divins. Mais il y aura toujours grande différence entre celui qui cherche , et celui qui , bien instruit par l'Église , aura tout trouvé dès le premier pas.

L'exemple des hérésies lui fera sentir la sûreté oij il faut marcher. Cette voie , nous a-t-on dit , mène à l' ignorance *.\ oyons donc ce qu'ont appris ceux qui l'ont quittée , et qui ont voulu être plus sages que l'Église catholique. C'est par là que les marcionites et les manichéens ont appris que l'Église précédente avait falsifié les Écritures canoniques, et qu'il y avait deux premiers principes, dont l'un était la cause du péché : les ariens ont appris que le Fils de Dieu était une créature , et ne pouvait être appelé Dieu qu'improprement : les pélagiens ont appris qu'il n'y avait que les simples et les ignorants qui pussent croire qu'on fdt pécheur par le péché de son père ; ou que l'on eût besoin de la grâce, à chaque acte de piété que produisait le libre arbitre. Viclef a appris qu'il n'y a point de libre arbitre, et que Dieu était auteur du péché : Luther, Melanchton, Calvin et Bèze, avec les autres réformateurs du seizième siècle , ont succédé à cette science : les luthériens , en particulier, ont appris à sauver la réalité par leur ubiquité; et les calvinistes, à mettre au rang des saints et à recevoir aux mystères ceux qui tiennent ce prodige de doctrine , aussi bien que le semi-pélagiain'sme , dont les mêmes luthériens sont convaincus. Les calvinistes ont pour leur compte particulier Tinamissibilité de la justice, et la sanctification de tous les enfants des fidèles dans le sein de leurs mères. Ces deux dogmes sont définis dans le synode de Dordrect : la chose n'est pas douteuse parmi les gens de bonne foi : la suite de ces deux dogmes , c'est que jusqu'à la fin du monde la grâce ne peut sortir d'une famille oij elle est enti-ée une fois, et que David dans ses deux crimes , Salomon dans ses idolâtries , et saint Pierre dans son reniement , n'ont point perdu la justice.

C'est ainsi que se sont rendus savants ceux qui

» P. 647, 548, 549, etc. — » /». 546, 553.

II« INSTRUCTION PASTORALE, ETC

ont renoncé à la foi de l'Église. Tous ces faits que j'ai posés sont demeurés et demeureront éternellement sans réplique. Les catholiques évitent par leur soumission ces sc.\encesjau,ssement 7i,om niées '^ . et ils éprouvent heureusement que c'est tout savoir que den'en pas vouloir savoir plus que l'Kglise, c'est-à-dire de ne vouloir pas être savant plus qu'il ne faut *.

Mais on doit bien se garder de croire que, sous ce prétexte, nous négligions d'enseigner au peuple les vérités de la religion. Il n'y a qu'à lire nos Catéchismes; et, puisque c'est moi qu'on prend à partie, et qu'on accuse de vouloir introduire l'ignorance , sous prétexte de faire valoir la promesse de Jésus-Christ, il vous est aisé de connaître la calomnie. Car, puisqu'on vient de parler de Catéchisme, si vous voulez jeter les yeux seulement sur celui que j'ai mis en main au peuple que je sers ( et chaque évêque vous en dit autant dans les diocèses oii vous êtes , avec encore plus de confiance ) , vous verrez , qu'à l'exemple de saint Paul , nous ne leur avons rien soustrait de ce qui est utile à leur salut, et que nous leur annonçons , en toute vérité et pureté, la connaissance de Dieu, et la foi en Jésus- Christ notre Seigneur ^.

Dites-nous donc, mes frères, en quoi nous entretenons l'ignorance? Vos ministres voudraient bien qu'on crût que nous n'instruisons pas assez notre peuple sur la connaissance de Dieu et contre l'idolâtrie. Mais ils savent bien le contraire ; ils savent bien,dis-je, que nous enseignons parfaitement que Dieu est seul , et que seul il a tout tiré du néant. Le reproche d'idolâtrie tombe visiblement par ce seul dogme. Aussi vos ministres ne nous le font plus que par coutume ou par engagement ; et leur conscience les dément , comme la nôtre nous fait mépriser de vains reproches, où nous ne sommes touchés que de l'injustice de ceux qui osent encore les renouveler.

Si par là ils sont contraints d'avouer qu'avec un tel sentiment il est impossible qu'on soit idolâtre dans son cœur, et qu'ils tâchent de trouver notre idolâtrie dans notre culte extérieur, ils n'entendent pas la nature de ce culte , qui , ne pouvant être autre chose que la démonstration des sentiments intérieurs, ne permet en aucune sorte qu'on soupçonne d'idolâtrie ceux qui connaissent Dieu en vérité, et l'adorent seul au-dedans.

Mais si nous enseignons très-purement la connaissance de Dieu, nous ne sommes pas moins soigneux de faire connaître Jésus -Christ. Peut-on nous reprocher avec la moindre vraisemblance que nous taisions à nos peuples qu'étant Dieu et homme, la satisfaction qu'il a offerte pour nous à la croix est infinie et surabondante; en sorte qu'il n'y manque rien, et qu'il ne reste autre chose à faire au chrétien que de s'en appliquer la vertu par une foi vive.^ En quelle conscience pourrait-on dire que nous laissons ignorer cette foi , ni que nous puissions après cela égaler le fini à l'infini , et comparer au-

» /. Tint. VI , 20. — * Hom. \l\ , 3. — =* Act. XX , 20, 21.

cune intercession ou des hommes ou des anées h celle du Sauveur?

On nous objecte des conséquences qu'on tire de notre doctrine Mais outre qu'elles sont fausses, du moins ne peut-on nier dans le fait qu'elles ne soient désavouées par cent actes authentiques, et que nous ne délestions toute doctrine qui déroge aux grands principes qu'on vient de poser.

Nous enseignons parfaitement la sainte et sévère jalousie de Dieu et de Jésus-Christ; mais de le rendre jaloux de ses ouvrages connus comme tels, qui sont ses saints , ou de lui-même dans l'eucharistie , ou des choses que l'on ne cor.serve dans les Églises que pour exciter le souvenir de ses mystères et de ses grâces, et les porter jusqu'aux yeux les plus ignorants, c'est une délicatesse indigne de sa bonté et de sa grandeur.

C'est du cœur qu'il est jaloux; et, pour ne le point irriter, on ne doit non plus partager son culte que son amour. Mais quoi! n'enseignons - nous pas que le vrai culte de Dieu est de l'aimer de tout son cœur et plus que soi-même, et son prochain comme soi-même pour l'amour de lui? Quelle partie de ces deux préceptes laissons-nous ignorer à nos peuples? et ne leur apprenons-nous pas en même temps que tout ce qu'ils font pour accomplir ces deux préceptes, autant qu'il se peut, en cette vie infirme et mortelle, est donné d'en haut par une pure miséricorde, à cause de Jésus-Christ; en sorte qu'il n'y a point de mérite qui ne soit un don spécial de Dieu , et qu'en couronnant nos bonnes œuvres il ne couronne que ses propres libéralités? Où est donc l'ignorance qu'on nous reproche d'affecter ou d'introduire? Avouez qu'on ne sait où la trouver, et que les ministres ne peuvent ici nous l'objecter, qu'en supposant sans raison tout ce qu'il leur plaît.

Il n'est ni nécessaire ni possible d'entrer maintenant dans un plus grand détail. On n'a pas besoin de boire toute l'eau de la mer, pour savoir qu'elle est amère, ni de rapporter au long toutes les calomnies qu'on nous fait, pour faire sentir toute l'amertume qu'on a contre nous.

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