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II« INSTRITCTION PASTORALE
des évêqiies intrus, à des évèques mis par violence en chassant les légitimes pasteurs, à des évéques dont la succession n'est pas constante, ou qui s'arrachent de l'unité par une rupture. « Il y eut , dit-il' , R des évêchésoù plusieurs prélats se succédèrent l'un « à l'autre également hérétiques. » Que veut-il conclure de là, puisque leur succession n'est qu'une continuation de la violence ? Le bannissement d'un Athanase, d'un Hilaire , d'un Eusèbe de Verceil et de Samosate, d'un Paulin de Trêves, d'un Lucius de Mayence, et de tant d'autres illustres exilés , ne leur ôtait pas leurs sièges, et ne donnait point d'autorité à ceux qui les usurpaient. Le peuple tenait par la foi à ses légitimes pasteurs, à quelque extrémité du monde qu'ils fussent chassés. Ainsi la succession subsistait toujours , et même d'une manière très éclatante. Quelle difGculté y peut-on trouver ? On objecte les dix provinces d'Asie qui étaient pleines, disait saint Hilaire, de blasphémateurs''. Sans doute elles étaient pleines de ces blasphémateurs que Constance avait établis par la force , et dont le titre emportait leur condamnation. Que nuit à la succession une pareille violence ?
Au reste, il ne faut point chicaner sur la violence, ni insinuer qu'on ne voit pas dans les cœurs, pour discerner ceux qui dissimulent d'avec ceux qui croient de bonne foi. La violence paraîtassez quand on ne change que par force , et qu'on revient à son naturel aussitôt qu'on est en sa liberté. C'est ce qui arriva du temps de Constance. Le ministre en est d'accord, et il répète par deux fois qu'on changea d'un moment à l'autre par la seule mort de l'empereur^. On ne peut donc pas douter de l'état violent où tout était.
On ne veut pas croire la surprise. L 'arianisme, dit-on ■* , était trop connupour s'y laisser tromper. Cependant le fait est constant. Dans le temps que les donatistes objectaient à l'Église l'obscurcissement qui arriva sous Constance : « Qui ne sait, leur « répondit saint Augustin ^ , qu'en ce temps plu- « sieurs hommes de petit sens furent trompés par « des paroles obscures , en sorte qu'ils croyaient « que les ariens (qui affectaient de parler comme « eux ) étaient aussi de même créance 7 »
Saint.HiJaire explique plus amplement ce mystère d'iniquité , et il disait aux ariens: «Pourquoi « imposez-vous à l'empereur, aux comtes (et aux « officiers de l'empire), et pourquoi circonvenez- vous « l'Église de Dieu par les artifices de Satan ? Que ne « parlez-vousfranchement? Ou avouez ouvertement « ce que vous voulez avouer, ou niez ouvertement « ce que vous voulez nier ^ . »
En général , tout novateur est artificieux ; et pour ôter au peuple l'idée de son innovation odieuse , il tâche de faire passer ses dogmes sous la figure et l'expression des dogmes anciens. C'est la pratique ordinaire de tous les hérétiques, qui savent si bien se cacher, que les plus fins y sont pris ; et dans les innovations du seizième siècle les équivoques de
' P. GI6. — ' T n,p. 618, 071, 673. — » P. 598, 69». - * Ihid. 699. — * Ep. xciii, col. XLVIU, ad Fincent. n" 31 , t. 11, col. 244. — * Epist. ad Aiac.
Bucer sur la présence réelle en pourraient tftre un exemple. Quoi qu'il en soit , c'est ainsi que furent déçus les évéques de Rimini. 11 ne faut pas dire que l'arianisme était trop connu; les ariens, et, entre les autres, Ursaceet Valens, qui avaient fait plus d'une fois une feinte abjuration de l'arianisme , et dont le dernier la renouvela solennellement dans le concile de Rimini , étaient de si subtils dissimulateurs et si féconds en expressions trompeuses , que les évéques trop simples, « hérétiques sans le « savoir, sine conscientia hœretici , tombèrent, « dit saint Jérôme ' , dans leurs nouveaux pièges, « Jrimenensibus dolis irretiti ; » et ce Père, après avoir raconté « qu'ils appelaient à témoin le corps « du Seigneur et tout ce qu'il y a de saint dans « l'Église , » qu'ils n'avaient rien soupçonné qui fût douteux dans la foi de ceux qui les avaient engagés à souscrire, les fait parler en cette sorte : « Nous pensions que leur sens s'accordait avec « leurs paroles : nous n'avons pu croire que dans « l'Église de Dieu , ou règne la bonne foi et la « pure confession de la vérité, on cachât dans le « cœur autre chose que ce qu'on avait dans la « bouche : nous avons été trompés par la trop « bonne opinion que nous avons eue des méchants, « decepit nos bona de vialis existimatio : nous « n'avons pu croire que des ministres de Jésus- « Christ s'élevassent contre lui-même. » Voilà dans le fait ce que disaient ces évéques : et si j'ajoute ua seul mot à leurs discours , le ministre peut me convaincre à l'ouverture du livre : ce que j'ose bien assurer qu'il n'entreprendra pas.
Mais , dit-il , pourquoi alléguer la violence, si c'est une affaire de surprise.' comme si l'on n'eût pas pu mêler ensemble ces deux injustes moyens, et faire servir les menaces à rendre les esprits moins attentifs à l'artifice. Quoi qu'il en soit, le fait est positif, et il n'est pas permis d'y opposer de si vaines conjectures.
Mais encore, poursuit le ministre, « des évéques « si aisés à surprendre étaient-ils fort propres à « assurer la foi des peuples ? » Sans doute dans ce moment ils manquèrent à leur devoir d'une manière déplorable ; mais peu de temps auparavant, et tant qu'ils furent en liberté, ils avaient si bien enseigné la foi deNicée, à laquelle aussi ils revinrent aussitôt après , que les peuples savaient à quoi s'en tenir , et que la foi de leurs évéques leur était connue. .Te pourrais en confirmation vous alléguer d'autres faits aussi constants ; et je suis certain que personne n'osera soutenir que je raconte autre chose que ce qu'on trouve dans saint Athanase , dans saint Hilaire, dans saint Jérôme, dans saint Augustin et dans tous les auteurs du temps , sans en excepter un seul.
Mais voici le dernier effort des objections du ministre. La maxime ( que l'Église ne peut jamais perdre sa visibilité ni son étendue) est de saint Âugustiti; ce sont ses paroles, et de son aveu nous avons déjà pour nous un si grand homme : mais , ajoute-t-il, elleest évidemment fausse, a cause que//f
' Hier, adv. Luci/. cap. 7.
SUR LES PROMESSES DE L'ÉGLISE
est contraire à saint Grégoire de Sazianze; ce qu'il appuie en ces termes : Que messieurs les prélats se déterminent entre ces deux Pères, ils seront assez embarrassés. Il nomme dans la même cause saint Hilaire et saint Athanase '.
Vous le voyez , mes chers frères : toute l'adresse de vos ministres n'est qu'à mettre aux mains les saints docteurs les uns contre les autres sur des articles capitaux. Ils ne veulent trouver dans leur doctrine que doutes et incertitudes , notamment sur li-s promesses de Jésus-Christ. C'est aussi ce que doivent faire ceux qui n'y croient pas , et qui veulent en éluder l'évidence. Mais il n'y a là aucun embarras: car que dit saint Augustin, et que disent ces autres Pères ? Saint Augustin dit que si la visibilité et l'étendue de l'Église était éteinte par toute la terre avant saint Cyprien et Donat , il n'y aurait pluseu d'Église qui eût pu enfanter saint Cyprien, et de qui Donat eût pu naître : Donatus unde ortus est? Cifpriamnn qnx peperit? et encore, pour faire voir que la succession n'a pu manquer, il y avait, dit-il , sans doute unp Krjlise qui pût enfanter saint Cyprien : erat Erdesia qux pareret Cyprian uni' , et ainsi du reste. Si cette doctrine est douteuse, ce n'est pas au seul saint Augustin qu'il s'en faut prendre : saint Jérôme disait comme lui aux luciferiens, avec tous les orthodoxes : « Si « l'Église n'est plus qu'en Sardaigne, d'où espérez- « vous, comme un nouveau Deucalion, retirer le « monde abîmé ^.' «Tous les Pères grecs et latins ont raisonné de la même sorte ; et on a pu voir dans l'Instruction précédente^ leur doctrine, que le ministre laisse en son entier , sans même songer à y répondre. Voyons si saint Athanase, si saint Grégoire de Nazianze , si saint Hilaire ont dit ou pu dire que la succession ait manquédeleurteinps. Mais au contraire nous venons d'ouïr saint Athanase , qui , trois ans après l'affaire de Rimini , nous fait voir l'Église étendue par toute la terre , et les ariens toujours réduits au petit nombre.
Mais il a blâmé les ariens, qui se vantaient de la multitude de leurs peuples, de leurs évêques et de . leurs temples. Oui, dans quelques endroits de ^' l'Orient il a vu des peuples entièrement oppressés, des évêques intrus , des temples et des Églises arrachés par force aux catholiques , dont les fondateurs témoignaient la foi des ancêtres. Il ne veut point qu'on se vante de tels temples; des trous, des cavernes leur sont préférables , et il vaut mieux être seul, comme un Noé , comme un Lot, que d'être avec une telle multitude. C'est ce que dit saint Athanase; c'est ce que dit saint Hilaire; c'est ce que dit saint Grégoire de Nazianze. Veulent-ils dire par là, qu'en effet on demeure seul.' Et qu'a tout cela de contraire à la doctrine de saint Augustin sur la perpétuité et l'étendue de l'Église ?
Il ne faut pas croire pour cela, que les saints évêques abandonnassent les Églises, ni qu'ils en tinssent la possession pour indifférente; au con-
' T. u, p. 667, 668,671, 672. — ^ Epist.\cm, ad Fine, n" 27, etc., col. 246. — •* Hieron. Dial. adv. Lw:[f. cap. i. — * I Imtt. paêt.