‹ ŒuvresChapitre 8 sur 148 · Ibià · texte numérisé non relu

Ibià

HTSTOIRE

ipics expressions qu'ils ne pussent plus délourner, et il dressa l'article de Smalcalde en la forme que nous avons vue.

En efl"tH, comme nous l'avons déjà rendarqué ' , si le vrai corps de Jésus-Christ, selon l'opinion des sacramentaires, n'est reçu que par le moyen de la foi vive, on ne peut pas dire avec I^uther, que les impies le reçoivent; et tant qu'on soutiendra que le pain n'est le corps de Jésus-Christ qu'en figure, assurément on ne dira pas, avec l'article de Smalcalde, que le pain est le vrai corps de Jésus-Christ : ■ ainsi Luther par cette expression excluait le sens figuré, et toutes les interprétations des Sacramentaires. Mais il ne s'aperçut pas qu'il n'excluait pas moins sa propre doctrine; puisque nous avons fait voir que le pain ne peut-être le vrai corps, qu'il ne le devienne par ce changement véritable et substantiel que Luther ne veut point admettre.

Ainsi quand Luther et les luthériens, après avoir tourné en tant de diverses façons l'article de la présence réelle, tâchent enfin de l'expliquer si précisément, que les équivoques des sacramentaires demeurent tout-à-fait bannies; on les voit insensiblement tomber dans des expressions qui n'ont aucun sens selon leurs principes, et ne peuvent se soutenir que dans la doctrine catholique.

Luther s'explique à Smalcalde très-durement contre le Pape, dont, comme nous avons vu, on n'avait fait nulle mention dans les articles de foi de la Confession d'Augsbourg, ni dans l'apologie; et il met parmi les articles dont il ne se veut jamais relâcher ' : « que le Pape n'est pas de droit divin : que « la puissance qu'il a usurpée est pleine d'arrogance « et de blasphème : que tout ce qu'il a fait et fait « encore en vertu de cette puissance est diabolique : « que l'Église peut et doit subsister sans avoir un « chef : que quand le Pape aurait avoué qu'il n'est « pas de droit divin, mais qu'on l'a établi seulement « pour entretenir plus commodément l'unité des « chrétiens contre les sectaires, il n'arriverait ja- « mais rien de bon d'une telle autorité ; et que le « meilleur moyen de gouverner et de conserver l'É- « glise, c'est que tous les évéques, quoique inégaux o. dans les dons, demeurent pareils dans leur mi- « nistère sous un seul chef, qui est Jésus-Christ ; « qu'enfin le Pape est le vrai Antéchrist. »

Je rapporte exprès tout au long ces décisions de Luther, parce que Melanchton y apporta une restriction qui ne peut être assez considérée.

A la fin des articles on voit deux listes de souscriptions, où paraissent les noms de tous les ministres et docteurs de la Confession d'Augsbourg ^. INIelanchton signa avec tous les autres; mais parce qu'il ne voulait pas convenir de ce que Luther avait dit (lu Pape, il fit sa souscription en ces termes 4 : ;,« Moi Philippe Melanchton, j'approuve les articles ' « précédents comme pieux et chrétiens. Pour le « i'ape, mon sentiment est que s'il voulait recevoir « l'Kvangile, pour la paix et la ccmmune tranquil- « lilé de ceux qui sont déjà sous lui, ou qui y se-

' (^i-dpssus. ^i;. II. — 2 Arf Y. p. 312. - ' Coiic. p. 336. -»/6<d. ;j. 333.

« ront à l'avenir, nous !ui pouvons accorder la su» « périorité sur les évêques, qu'il a déjà de droit « humain. »

C'était l'aversion de Luther que cette supériorité du Pape, en quelque manière qu'on l'établît. Depuis que le Pape l'avait condamné, il était devenu irréconciliable avec cette puissance, et il avait fait signer à INIelanchton même un acte par lequel toute la nouvelle réforme disait en corps : Jamais nous n'approuverons que le Pape ait le pouvoir sur les autres évêques '. Melanchton s'en dédit à Smalcalde. Ce fut la première et la seule fois qu'il dédit son maître par acte public : et parce que sa complaisance , ou sa soumission, ou quelque autre semblable motif, quel qu'il soit, lui firent passer, malgré tous ses doutes, le point bien plus difficile de l'eucharistie, il faut croire que de puis.santes raisons l'engagèrent à résister sur celui-ci. Ces raisons sont d'autant plus dignes d'être examinées, que nous verrons dans cet examen l'état véritable de la nouvelle réforme; les dispositions particulières de Melanchton; la cause de tous les troubles dont il ne cessa d'être agité jusqu'à la fin de sa vie; conmient on s'engage dans un mauvais parti avec de bonnes intentions générales, et comment on y demeure au milieu des plus violentes agitations que puisse jamais sentir un homme vivant. La chose mérite bien d'être entendue; et ce sera IMelanchton lui-même qui nous la découvrira dans ses écrits.

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