‹ ŒuvresChapitre 95 sur 148 · Luc. Il, 4S. - » Ibid · texte numérisé non relu

Luc. Il, 4S. - » Ibid

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

Ui

lui f;iit le même honneur que s'il était père comme los autres. O Jésus ! que tout est réglé dans votre famille îCommechacun, sans avoirégard à sadignité, y fait ce que demande l'édification et le bon exemple! Bénie famille, c'est la sagesse éternelle qui vous règle.

« Pourquoi me cherchiez-vous ? Ne saviez-vous • pas qu'il faut que je sois occupé de ce qui regarde « mon Père • .' » Voici donc cette réponse sublime de l'Enfant que nous avions à considérer : mais elle mérite bien une attention distincte et particulière.

Vie ÉLÉVATION.

Réflexions sur la réponse du Sauvear.

■ Pourquoi me cherchiez-vous ! » Etquoi.'ne vouliez-vous pas qu'ils vous cherchassent? Et pourquoi vous retiriez -vous , sinon pour vous faire chercher ? Est-ce peut-être qu'ils vous cherchaient , du moins Joseph , avec un empressement trop humain ? Ne jugeons pas ; mais concevons que Jésus parle pour notre instruction. Et en effet , il veut exclure ce qu'il y peut avoir de trop empressé dans la recherche qu'on fait de lui. Qui ne sait que ses apôtres , quand il les quitta , étaient attachés à sa personne d'une manière qui n'était pas autant épurée qu'il le souhaitait? Ames saintes et spirituelles, quand il vous échappe , quand il retire ses suavités , modérez un empressement souvent trop sensible : quelquefois il veut revenir tout seul ; et s'il le faut chercher , ce doit être doucement, et sans des mouvements inquiets.

« Ne saviez-vous pas que je dois être occupé des « affaires de mon Père ? » Est-ce qu'il désavoue Marie, qui avait appelé Joseph son père? Non sans doute; mais il leur rappelle le doux souvenir de son vrai Père qui est Dieu, dont la volonté , qui est l'affaire dont il leur veut parler, doit faire son occupation. (Croyons donc , avec une ferme foi , que Dieu est le Père de Jésus-Christ, et que sa volonté seule est sa règle en toutes choses -, soit qu'il se montre, soit qu'il se cache, soit qu'il s'absente ou qu'il revienne, qu'il nous échappe, ou qu'il nous console par un retour qui nous comble de joie.

La volonté de son Père était qu'il donnât alors un essai de la sagesse dont il était plein et qu'il venait déclarer, et tout ensemble de la supériorité avec laquelle il devait regarder ses parents mortels sans suivre la chair et le sang; leur maître de droit, soumis à eux par dispensation.

Vile ÉLÉVATION.

La réponse de Jésus n'est pas entendue.

« Et ils ne conçurent pas ce qu'il leur disait*. » Ne raffinons point mal à propos sur le te.xte de l'Évangile. On dit non-seulement de Joseph, mais encore de Marie même, qu'ils ne conçurent pas ce que wulait dire Jésus. Marie concevait sans doute ce qu'il disait de Dieu son Père , puisque l'ange lui en

• Lue. H, 4». - ^ Ibid. M.

avait appris le mystère ; ce qu'elle ne conçut pas aussi profondément qu'il le méritait , c'était ces affaires de son Père dont il fallait qu'il fdt occupé. Apprenons que ce n'est pas dans la science, mais dans la soumission, que consiste la perfection. Pour nous empêcher d'en douter, Marie même nous est représentée comme ignorant le mystère dont lui parlait ce cher Fils. Elle ne fut point curieuse; elle demeura soumise : c'est ce qui vaut mieux que la science. Laissons Jésus-Christ agir en Dieu , faire et dire des choses hautes et impénétrables : regardons-les comme fit Marie avec un saint étonnement , conservons-les dans notre coeur pour les méditer, et les tourner de tous côtés en nous-mêmes, et les entendre quand Dieu le voudra , autant qu'il voudra.

Jésus préparait la voie dans l'esprit des Juifs à la sagesse dont il devait être le docteur : il posait de loin les fondements de ce qu'il devait prêcher, et accoutumait le monde à lui entendre dire qu'il avait un Père dont les ordres le réglaient, et dont les affaires étaient son emploi. Quelles étaient ert particulier ces affaires , il ne le dit pas , et il nous le faut ignorer jusqu'à ce qu'il nous le révèle , selon la dispensation dont il use dans la distribution des vérités éternelles , et des secrets du ciel. Plongeons-nous humblement dans notre ignorance; reposons-nous-y , et faisons-en un rempart à l'humilité. O Jésus, je lirai votre Écriture; j'écouterai vos paroles , aussi content de ce qui me sera caché que de ce que vous voudrez que j'y entende. Tournons tout à la pratique; et ne recherchons l'intelhgence, qu'autant qu'il le faut pour pratiquer et agir. Crains Dieu, et observe ses commandements : c'est là tout Uhomme ' . Celui qui fera la volonté de celui qui m'a envoyé, connaîtra si ma doctrine vient de Dieu ».

VlIIè ÉLÉVATION.

Retour de Jésus à Nazareth : son obéissance et sa vie cacliée , avec ses parents.

Et il partit avec eux , et alla à Nazareth '. Ne perdons rien de la sainte lecture ; le mot de l'évangéliste est, qu'f/ descendit avec eux à Nazareth. Après s'être un peu échappé pour faire l'ouvrage et le service de son Père, il rentre dans sa conduite ordinaire, dans celle de ses parents , dans l'obéissance. C'est peut-être mystiquement ce qu'il appelle descendre; mais, quoi qu'il en soit, il est vrai que, remis entre leurs mains jusqu'à son baptême, c'est-à-dire jusqu'à l'âge d'environ trente ans, il ne fit plus autre chose que leur obéir.

Je suis saisi d'étonnement à cette parole : est-ce là donc tout l'emploi d'un Jésus-Christ , du Fils de Dieu? Tout son emploi, tout son exercice est d'obéir à deux de ses créatures. Et en quoi Icmt obéir? dans les plus bas exercices , dans la pratique d'un art mécanique! Où sont ceux qui se plaignent, qui murmurent, lorsque leurs emplois ne répondent pas à leur capacité ; disons mieux, à Icut

' L'ccl. xi!,^3.

Aww. VII, 17. — ' Luc. Il , 61.

orgueil? qu'ils viennent dans la maison de Joseph et de Marie, et qu'ils y voient travailler Jésus- Christ. Nous ne lisons point que ses parents aient jamais eu de domestiques, semblables aux pauvres gens dont les enfants sont les serviteurs. Jésus a dit de lui-même , qu'il était venu pour servir '. Les anges furent obligés, pour ainsi dire, à le venir servir eux-mêmes dans le désert » ; et l'on ne voit nulle part qu'il eût de serviteurs à sa suite. Ce qui est certain , c'est qu'il- travaillait lui-même à la boutique de son père ^. Le dirai-je! il y a beaucoup d'apparence qu'il perdit Joseph avant le temps de son ministère. A sa Passion il laisse sa mère en garde à son disciple bien-aimé , qui la reçut dans sa maison 4 ; ce qu'il n'aurait pas fait , si Joseph son chaste époux eût été en vie. Dès le commencement de son ministère , on voit Marie conviée avec Jésus aux noces de Cana ^ : on ne parle point de Joseph. Un peu après on le voit aller à Capharnaiim, lui , sa mère, ses frères et ses disciples ^ : Joseph ne paraît pas dans un dénombrement si exact. Marie paraît souvent ailleurs; mais depuis ce qui est écrit de son éducation sous saint Joseph, on n'entend plus parler de ce saint homme. Et c'est pourquoi au commencement du ministère de Jésus-Christ , lorsqu'il vint préciser dans sa patrie , on disait : N'est-ce pas là ce charpentier, fils de Marie 7 .? comme celui, n'en rougissons pas, qu'on avait vu, pour ainsi parler, tenir la boutique, soutenir par son travail une mère veuve, et entretenir le petit commerce d'un métier qui les faisait subsister tous deux. Sa mère ne s\tppelle-t-elle,pas Marie? JS'avons-nous pas parmi nous ses frères Jacques H Joseph, et Simon et Jude, et ses sœurs » ? On ne parle point de son père ; apparemment donc qu'il l'avait perdu : Jésus-Christ l'avait servi dans sa dernière maladie. Heureux père, à qui un tel fils a fermé les yeux ! Vraiment il est mort entre les bras et comme dans le baiser du Seigneur. Jésus resta à sa mère pour la consoler, pour la servir : ce fut là tout son exercice.

O Dieu! je suis saisi encore un coup. Orgueil, viens crever à ce spectacle : Jésus , fils d'un charpentier, charpentier lui-même , connu par cet exercice, sans qu'on parle d'aucun autre emploi, ni d'aucune autre action ! On se souvenait dans son Église naissante des charrues qu'il avait faites ; et la tradition s'en est conservée dans les plus anciens auteurs. Que ceux qui vivent d'un art mécanique se consolent et se réjouissent : Jésus-Christ est de leur corps : qu'ils apprennent en travaillant à louer Dieu, à chanter des psaumes et des saints cantiques : Dieu bénira leur travail, et ils seront devant lui comme d'autres Jésus-Christs.

11 y en a eu qui ont eu honte pour le Sauveur, de le\oir dans cet exercice : et dès son enfance 'Is le font se jouer avec des miracles. Que ne diton point des merveilles qu'il fit en Egypte? Mais tout cela n'est écrit que daus des livres apocry-

• Matth. XX, 28. - ' Ihid. iv, II. - ' Ibid. xiH, 55. Marc. V! , 3i. — * Joan. XIX , 2G , 27. — ' 3onn. il, I. — « Ibid. 12. — ■ .Vnrc. VI , 3. — ^ Matth. xili, &ô, '->!•

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

plies. L'Évangile renferme durant trente ans toute la vie de Jésus-Christ dans ces paroles : // leur était soumis ' : et encore : C'est ici ce charj)enlier, fils de Marie. Il y a dans l'obscurité de saint Jean-Baptiste quelque chose de plus grand en apparence : il ne parut point parmi les hommes; et, le désert fut sa demeure ». Mais Jésus dans une vie si vulgaire, connu à la vérité, mais par un vil exercice , pouvait-il mieux cacher ce qu'il était ? Que dirons-nous , que ferons-nous pour le louer? Il n'y a, en vérité, qu'à demeurer dans l'admira* tion et dans le silence.

IXe ÉLÉVATION.

La vie de Marie.

Ceux qui s'ennuient pour Jésus-Clirist , et rougissent de lui faire passer sa vie dans une si étrange obscurité, s'ennuient aussi pour la sainte Vierge, et voudraient lui attribuer de continuels miracles. Mais écoutons l'Évangile : Marie conservait toutes ces choses e)i son cœur 3. L'emploi de Jésus était de s'occuper de son métier : et l'emploi de Marie, de méditer nuit et jour le secret de Dieu.

Mais quand elle eut perdu son fils, changeât-elle d'occupation? Où la voit-on paraître dans les Actes, ou dans la tradition de l'Église ? On la nomme parmi ceux qui entrèrent dans le cénacle , et qui reçurent le Saint-Esprit 4 : et c'est tout ce qu'on en rapporte. N'est-ce pas un assez digne emploi, que celui de conserver dans son cœur tout ce qu'elle avait vu de ce cher Fils ? Et si les mystères de son enfance lui furent un si doux entretien , combien trouva-t-elle à s'occuper de tout le reste de sa vie ! Marie méditait Jésus : Marie , avec saint Jean qui est la figure de la vie contemplative , demeurait en perpétuelle contemplation , se fondant , se liquéfiant , pour ainsi parler, en amour et en désir. Que lit l'Église au jour de son assomption glorieuse? L'évangile de Marie, sœur de Lazare, assise aux pieds du Sauveur, et écoutant sa parole *. Depuis l'absenc* du Sauveur, l'Église ne trouve plus rien pour Marie mère de Dieu dans le trésor de ses Écritures, et elle emprunte pour ainsi dire, d'une autre Marie, révangile de la divine contemplation. Que dironsnous donc à ceux qui inventent tant de belles choses pour la sainte Vierge? Que dirons-nous? si ce n'est que l'humble et parfaite contemplation ne leur suffit pas. Mais si elle a suffi à Marie , à Jésus même durant trente ans , n'est-ce pas assez à la sainte Vierge de continuer cet exercice? Le silence de l'Écriture sur cette divine mère, est plus grand et plus éloquent que tous les discours. O homme! trop actif et inquiet par ta propre activité, apprends à te contenter, en te souvenant de Jésus , en l'écoutant au dedans, et en repassant ses paroles.

' Luc. II, 51. — ^Ibid.i,m. — 3 Ibid. il, 51. — * ^t. I, 13, 14; II, I, 2. — 'Xwc. X, 39,41.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

X« ÉLÉVATION

Conunenl nous devons Imiter Jésus et Marie dam leur vie obscure.

Voici donc quel est mon partage : Marie cm- $ermit ces choses dans son cœur •. Marie a choisi la meilleure part, qtii ne lui sera point ôtée. Et : Iln'y a qu'une seule chose qui soit nécessaire ». Orgueil humain, de quoi te plains-tu avec tes inquiétudes? de n'être de rien dans le monde? Quel personnage y faisait Jésus ? quelle Ggure y faisait Marie? C'était la merveille du monde, le spectacle de Dieu et des anges : et que faisaient-il ? De quoi étaient-ils ? Quel nom avaient-ils sur la terre ? Et tu veux avoir un nom et une action qui éclate! Tu ne connais pas Marie , ni Jésus. Je veux un emploi pour faire connaître mes talents , qu'il ne faut pas enfouir. Je l'avoue; quand Jésus t'emploie et te donne de ces utiles talents, dont il te déclare qu'il te redemande compte. Mais ce talent enfoui avec Jésus-Christ, et caché en lui, n'est-t-il pas assez beau à ses yeux? Va, tu es un homme rempli de vanité , et tu cherches dans ton action , que tu crois pieuse et utile , une pâture à ton amour-propre.

Je sèche , je n'ai rien à faire ; ou mes emplois trop bas me déplaisent : je m'en veux tirer, et en tirer ma famiUe. Et Marie et Jésus songent-ils à s'élever? Regarde ce divin charpentier avec la scie, avec le rabot, durcissant ses tendres mains dans le maniement d'instruments si grossiers et si rudes. Ce n'est point un docte pinceau qu'il manie : il aime mieux l'exercice d'un métier plus humble et plus nécessaire à la vie : ce n'est point une docte plume qu'il exerce par de beaux écrits : il s'occupe, il gagne sa vie : il accomplit, il loue, il bénit la volonté de Dieu dans son humiliation.

Et qu'a-t-il fait au seul moment où il s'échappa d'entre les mains de ses parents pour les affaires de son Père céleste? Quelle œuvre Qt-il alors? si ce n'est l'œuvre du salut des hommes. Et tu dis : Je n'ai rien à faire , quand l'ouvrage du salut de^ hommes est en partie entre tes mains : n'y a-t-il point d'ennemis à réconcilier, de différends à pacifier, de querelles à finir, où le Sauveur dit : fous aurez sauvé votre frère 3? N'y a-t-il point de misérable qu'il faille empêcher de se livrer au murmure, au blasphème, au désespoir? Et quand tout cela te serait ôté , n'as-tu pas l'affaire de ton salut , qui est pour chacun de nous la véritable œuvre de Dieu? Va au temple : échappe-toi, s'il le faut, à ton père et à ta mère : renonce à la chair et au sang, et dis avec Jésus : Ne faut-il pas que nous travaillions à l'œuvre que Dieu notre Fère nous a confiée^} Tremblons, humilions-nous de ne trouver rien dans nos emplois qui soit digne de nous occuper.

Xle ELEVATION.

L'avancment de Jésus est le modèle du nôtre. Peut-on dire d'un Jésus, du Fils de Dieu, d'un

' Luc. II, 51. — * Ibid.X, 39, 41 - 3 Mallh. XVill, 16. — ♦ Joan. IX, 4.

homme-Dieu , à qui la sagesse n.éme était unie on personne , qu't/ croissait en sagesse et en grâce , comme en âge, devant Dieu et devant les hommes' ? N'avons-nous pas vu , qu'en entrant au monde , il se dévoua lui-même à Dieu pour accomplir sa volonté , en prenant la place des sacrifices de toutes les sortes»? N'est-il pas appelé dès sa naissance, le Sage , le conseil , l'auteur de la paix^? N'avait-i' pas la sagesse dès le ventre de sa mère? Et n'est-ce pas en vue de cette sagesse accomplie que le prophète avait prédit comme une merveille, qu'une femme environnerait un homme ^ : Urum : enfermerait dans ses flancs un homme fait? Entendons donc que la sagesse et la grâce qui étaient en lui dans sa plé* nitude, par une sage dispensation , se déclaraient avec le temps et de plus en plus, par des œuvres et par des paroles plus excellentes devant Dieu et devant les hommes.

Parlons donc, non par impatience, ni par faiblesse, ni par vanité, et pour nous faire paraître; mais quand Dieu le veut : car Jésus dans son berceau n'a parlé ni aux bergers, ni aux mages qui étaient venus de si loin pour le voir. La sagesse humaine apprend beaucoup, si elle apprend à se taire. Aimons donc à demeurer dans le silence , quand Jésus est encore enfant en nous. Car s'il s'y formait tout d'un coup en son entier, son apôtre n'aurait pas dit : Mes petits enfants, que f enfante encore jusqu'à ce que Jésus-Christ soit formé en vous ^. Jusqu'à ce qu'il y soit formé , fortifions-nous avec Jésus : allons au temple interroger les "docteurs : supprimons une sagesse encore trop enfantine : apprenons de Jésus, la sagesse même , que c'est souvent la sagesse qui fait cacher la sagesse.

Mais quel docteur pouvons-nous interroger, sinon Jésus, la sagesse même? En toutes choses, en toute affaire, en toute action, consultons la sagesse de Jésus, la lumière de sa vérité, la doctrine de son Évangile.

Le plaisir me trompe, et me fait croire innocent ce qui m'agrée : nous croyons en être quittes pour dire, avec Eve trop ignorante : Le serpent m'a déçu^. Mais si nous consultons la sagesse et la raison éternelles, nous verrons qu'elles maudissent ce serpent qui se glisse sous les fleurs, et nous en fait connaître le poison. Les grands du monde nous flattent par leurs vaines et artificieuses paroles : vous croyez être quelque chose ; et , tout rempli de leur faveur, votre cœur s'enfle : ouvrez les yeux : consultez Jésus, qui vous fera regarder et ouvrir vos mains vides. Où est cette imaginaire grandeur, et cette enflure d'un cœur aveuglé? C'est Jésus qui vous répond : écoutez-le avec ces docteurs, et admirez ses répooses.

Vous vous mêlez dans les grandes choses; vous croyez que tout le monde vous admire, et vous pen* sez devenir l'oracle de l'Église : consultez Jésus et la sagesse éternelle : examinez-vous sur cee grandes œuvres que vous aimez comme éclatantes, plutôt

" Lkc. Il , b-2.—^ Hebr. x, 5, 6, 7. — ^ /». U. 8. — « Jerem. XIXI , 22. — » Gai. IV, 19. — • Gen. Ul , 13.

que comme solides et utiles : vous travaillez peut- ^tre pouf votre ambition, sous prétexte de travailler pour la vérité. Eh bien donc, je quitterai tout , et j'irai me cacher dans le désert. Arrêtez-vous, consultez Jésus : la vanité mène quelquefois au désert joiissi bien que la vérité : on aime mieux mépriser le monde, que de n'y pas être comme on veut, et au gré de son orgueil. Que ferai-je donc? Faites taire toutes vos pensées : consultez Jésus : écoutez la voix (lui éclate sur la montagne : » Celui-ci est mon Fils « bien aimé : écoutez-le; « et : « Ils ne trouvèrent que « Jésusseul'. » Quand Jésus reste seul, etque,renon- «^-ant à vous-même , vous n^écoutez que sa voix, c'est ùii qui répond ; et sa réponse vous édifie.

Xllc ÉLÉVATION.

Recoeil des mystères de l'enfanee de Jésus.

' En ramassant dans son esprit avec Marie ce qu'on vient de voir de l'enfance de Jésus-Christ, on y voit les profondeurs d'une sagesse cachée, et d'autant plus admirable q^ue , renfermée en elle-même , elle n'éclate en Jésus-Christ par aucun endroit. 11 se dé- «lare avec mesure : il suit les progrès de l'âge : il paraît comme un autre enfant. S'il a fallu une fois marquer ce qu'il était, ce n'est que pour un moment : un intervalle de trois jours n'est pas une interruption de l'obscurité de Jésus : au contraire, une si courte illumination ne fait que mieux marquer le dessein précis de se cacher.

Si Jésus s'abaisse hii-mênie en se plongeant dans riiumilité d'un art mécanique; en même temps il relève le travail des hommes, et change en remède l'ancienne malédiction de manger son pain dans la sueur de son corps. Pendant que Jésus en se soumettant à cette loi prend le personnage de pécheur, il montre aux pécheurs à se sanctifier par cette voie.

Pendant que la sagesse divine prend un si grand soin dese cacher, toutes les conditions, tous les âges, et enfin toute la nature se réunit pour publier ses louanges. Une étoile paraît au ciel : les anges y font retentir leur musique : les mages apportent au saint Knfant la dépouille de l'Orient , et tous les trésors de la nature; ce qu'elle a de plus riche dans l'or, ce qu'elle a de plus doux dans les parfums. Les sages du monde et les riches viennent l'adorer en leur personne, les simples et les ignorants en celle des bergers. Un prêtre aussi vénérable par sa vertu que par sa dignité prévient la lumière qui s'allait lever, et le reconnaît sous le nom de l'Orient : sa fennne se joint à une mère vierge pour le célébrer : un enfant le sent dans le sein de sa mère : d'autres enfants depuis l'âge de deux ans lui sont immolés, et ces victimes innocentes vont prévenir la troupe de ses martyrs. Si une vierge , si une femme l'ont honoré, une veuve prophétise avec elles, et une vieillesse consumée dans le service de Dieu veut s'exhaler : Siméon, à qui l'Évangile ne donne point de caractèreque celui d'un commun fidèle qui attend l'espérance d Tsnél, se joint aux sacrificateurs et aux docteurs de

> lue. IX,35,3«.

la loi , pour reconnaître Jésus-Christ dans son saint temple : il prophétise les contradictions qui commencent à paraître. La manière d'honorer ces vérités nous est montrée dans une profonde considération qui nous les fait repasser en silence dans notre cœur. Que désirons-nous davantage? et qu'attendons-nous pour célébrer les mystères de la sainte enfance et de la vie obscure du Sauveur?

XXIe SEMAINE.

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