‹ ŒuvresChapitre 96 sur 148 · LA PREDICATION DE SAINT JEAN-BAPTISTV · texte numérisé non relu

LA PREDICATION DE SAINT JEAN-BAPTISTV

PREMIÈRE ÉLÉVATION

La parole de Dieu hii est adressée.

Verrons-nous donc bientôt paraître Jésus? Noirs J le cachera-t-on encore long-temps? Qu'il vienne : î qu'il illumine le monde. Non : vous n'êtes pas encore assez préparé : sa lumière vous éblouirait r il faut voir auparavant saint Jean-Baptiste.

L'an quinze de l'empire de Tibère César , Fonce Pilate étant gouverneur de Judée , Hérode étant tétrarque de fa Galilée, Philippe son frère l'étant del'lturée etidupays des Trachonites, etLysanias de la contrée d'Abilas, sous le pontificat d'Anne et de Caïphe, la parole de Dieu fut adressée à Jean fils de Zacharie dans le désert'. Elle lui est adressée comme aux anciens prophètes : l'esprit de prophétie se renouvelle et se fait entendre parmi les Juife après cinq cents ans de silence; et les dates sont bien marquées selon le style de l'Écriture.

Il n'était pas nécessaire que Jean fît des miracles pour autoriser sa mission et sa prophétie. Les autres prophètes n'en avaient pas toujours fait : la conformité avec l'Écriture et la convenance des choses justifiaient leur envoi. La vie de saint Jean était un prodige perpétuel. Il était né sacrificateur, et sa mission tenait de l'ordinaire :on se souvenait des merveilles de sa conception et de sa naissance. Né comme Samson d'une mère stérile, comme lui il était Nazaréen , c'est-à-dire consacré à Dieu dès qu'il vint au monde* : tout ce qui naissait de la vigne, ou qui peut enivrer, lui était interdit : sa retraite dans le désert était miraculeuse, et son abstinence étonnante : en se nourrissant de sauterelles il prenait une nourriture vile, désagréable et légère, mais expressément rangée parmi les viandes permises par Moïse dans le Lévitique, où « les animaux « qui avaient de longues cuisses, comme tout le genre « des sauterelles , quoiqu'ils marchassent à quatre « pieds, étaient séparés desvolatiles impurs 3, « qui n'avaient pas cette distinction. Ainsi il vivait en tout selon les règles de la loi : il prouvait son envoi par les prophètes précédents : et surtout la sain-

• Luc. lU , l, 2. - ' Jud. XHI ,2,6.-3 Lev. XI , 21, 32, 3*

ÉLÉVATIONS SUR LKS MYSTERKS.

trié d«? sa vie, le zèle et la vérité qui régnaient dans ses discours, Tautorisaient parmi le peuple, et le faisaient paraître un nouvel Élie.

C'était en effet sous cette Ggure qu'il avait été annoncé par le prophète Malachie' : et c'était un grand avantage au saint précurseur, non-seulement d'avoir eu un prophète qui le prédît si expressément, comme on a vu ; mais encore d'être Oguré dans le prophète le plus zélé et le plus autorisé qui fdt jamais, c'està-dire par Élie, que son zèle fit transporter au ciel dans un chariot enflammé.

Isaïe même l'avait annoncé comme celui « dont la « voix préparait le chemin du Seigneur dans le dé- -sert». » Et quand on l'en vit sortir tout d'un coup, après y avoir passé toute sa vie dès son enfance , pour annoncer la pénitence dont il portait l'habit, et dont il exerçait avec tant d'austérité toutes les pratiques , le peuple ne pouvait pas n'être point attentif à un si grand spectacle.

Allons donc écouter avec tous les Juifs ce nouveau prédicateur de la pénitence, si saint, si admirable, et si renommé par toute la contrée.

Ile ÉLÉVATION.

La prophétie d'Isale sur saint Jean-Baptiste, et conunent il prépara la voie du Seignear.

« Comme il est écrit dans le livre des paroles du « prophète Isaïe : La voix de celui qui crie dans le « désert, préparez les voies du Seigneur : rendez « droits ses sentiers : aplanissez le chemin : « toute vallée sera comblée, et toute montagne et « toute colline abaissée et aplanie : et toute chair « verra le salut qui vient de Dieu 5. »

Deux moyens de préparer les voies au Christ nous sont montrés dans cet oracle d'Isaîe : l'un , qu il devait « prêcher devant lui à tout le peuple d'Israël « le baptême de la pénitence ^ , » pour préparer son avènement, ainsi que saint Paul le dit dans les Actes : et l'autre , qu'il devait « montrer au peuple « ce Sauveur , » comme il est encore porté dans le même sermon de l'apôtre.

Concevons donc ces deux caractères de saint Jean- Baptiste; laissons-nous préparer par le grand précurseur à l'avènement du Sauveur des âmes.

Iir ÉLÉVATION.

Première préparation par les terreurs de la pénitence.

La prédication de la pénitence a deux parties : l'une, de relever les consciences humiliées et abattues : c'est ce qu'Isaïe appelle, « combler les « vallées : » l'autre; d'abattre les cœurs superbes : c'est ce que le même prophète appelle « abaisser les « montagnes et aplanir les collines. » Saint Jean fait l'un et l'autre, et pour commencer par le dernier, il abat les superbes, en disant aux pharisiens et auxsaducéens : « Race de vipères, de qui ap- « prendrez- vous à fuir la vengeance qui doit venir? « Faites donc de dignes fruits de pénitence :.... car

' Val. Hi, I. — » Is. XL, 3. Marc, i, 2, 3. — 3 Mare, i, î, a. lï XL, 3, 4, 5. lue. m, 4,5. — * Jet. xm,2i, 25.

1 la cognée est déjà à la racine des arbres ■. > Il ne s'agit pas d'un ou de deux : c'est une vengeance publique et universelle : « Tout arbre qui ne porte point « de bon fruit sera coupé et jeté au feu*. » Toutes ces paroles sont autant de coups de tonnerre sur les cœurs rebelles. Et celles-ci où il parle de Jésus-Clirist ne sont pas moins fortes : « Il a un van en sa main, « et il purgera son aire, et il recueillera le bon grain « dans son grenier, et il brûlera la paille d'un feu « qui ne s'éteint pas ^. »

Tout cela est préparé par ces premières paroles : « Faites pénitence , car le royaume des cieux est « proche^. > Le monde dans peu de temps verra paraître son juge : plus il apporte de miséricorde , plus ses jugements seront rigoureux. Abaissez-vous donc , orgueilleuses montagnes , qui semblez vouloir menacer le ciel , abaissez vos superbes têtes. « Ce n'est pas, » dit saint Chrysostôme*, « aux feuil- « les ni aux branches , mais à la racine que la co- « gnée est attachée. » H ne s'agit pas des biens du dehors, des honneurs et des richesses, qu'on peut appeler les feuilles et les ornements de l'arbre; ni de la santé ou de la vie corporelle que l'on peut comparer aux branches qui font partie de nous-mêmes : c'est à la racine, c'est à l'âme qu'on va frapper : il y va du tout; et le coup sera sans remède. Et ce ne sont pas seulement les plantes venimeuses et malfaisantes qu'on menace ; c'est la paille, les serviteurs inutiles; ce sont les arbres infructueux que le feu brûlera toujours sans les consumer ; et pour périr à jamais , il suffit de ne porter pas de fruit. Car c'est alors que vient la rigoureuse parole du sévère Père de famille, qui, visitant son jardin, prononce cette sentence contre le figuier stérile : « Car pour- « quoi occupe-t-il la terre.' coupez-le et le mettez « dans le feu s. » Tremblez donc , pécheurs endurcis : tremblez , âmes superbes et impénitentes : craignez cette inévitable cognée qui est déjà mise à la racine. Si le serviteur tonne ainsi , que fera le maître quand il aura pris la parole? « Si ceux qui onttrans- « gressé la loi de Moïse, sont inévitablement punis, « quel traitement recevront ceux qui auront outra- « gé le Fils de Dieu , méprisé sa parole et foulé son « sang aux pieds:? » Où irons-nous donc , race de vipères, qui ne produisons que des fruits empoisonnés ? Qui nous apprendra à éviter la colère du Tout- Puissant qui nous poursuit? Où nous cacheronsnous devant sa face? « Collines, couvrez -nous ; « montagnes , tombez sur nos têtes*. »

IVe ÉLÉVATION.

La consolation suit les terreurs.

« Pour moi, je vous donne un baptême d'eau, '<■ afin que vous fassiez pénitence : mais celui qui « vient après moi , est plus puissant que moi ; et j« « ne suis pas digne de lui porter ses souliers : c'est « lui qui vous baptisera dans le Saint-Esprit et dans « le feu9, » Si saint Jean nous inspire tant de

I Vatih. m, 7, 8. — » Ibid. 10. — ' Ibtd. 12. - « Mattk. Uî, 2. — » Chrys. tn Malth. Hom. xi, n« 3. — ^ Lne. xin, 7. — • Heb. X , 28, 29 - • Luc. xxill, 30. - » .Vailh. m. II.

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

terreur ; s'il nous brîTle par la frayeur du feu éternel et de l'implacable colère de Dieu, un baptême ïui est donné pour nous rafraîchir. Allons donc avec tout Jérusalem et avec toute la Judée , et avec tout le pays que le Jourdain arrose; allons écouter te prédicateur de la pénitence, et recevons son baptême pour nous y consacrer. Car ce n'est pas ici un de ces faibles prédicateurs qui prêchent la pénitence dans la mollesse : celui-ci la prêche dans le cilice , dans le jeûne , dans la retraite, dans la prière. Mais allons , en confessant nos péchés , non en général , ce que les plus superbes ne refusent pas ; mais confessons chacun en particulier nos fautes cachées , et commençons par celles qui nous humilient davantage. Prenons un confesseur comme Jean-Baptiste, sévère, mais sans être outré. Car que dit-il aux pécheurs en général : « Que celui qui « a deux habits , en donne à celui qui n'en a pas : et « qjie celui qui a de quoi manger en use de même'. » La colère de Dieu est pressante et redoutable : mais consolez-vous , puisque vous avez dans l'aumône un moyen de l'éviter. Partagez vos biens avec ïes pauvres : il ne vous dit pas de tout quitter ; c'est bien là un conseil pour quelques-uns, mais non pas un commandement pour tous. Il ne nous accable donc pas par d'excessives rigueurs. Et que dit-il aux publicains, ces gens de tout temps si odieux? les ©blige-t'il à tout quitter? Non ; pourvu qu'ils « ne « fassent rien au delà des ordres qu'ils ont reçus ^ » Car la puissance publique peut imposer des péages pour le soutien de l'État : il lui faut laisser arbitrer ee que demandent les besoins publics, et s'en tenir à l'exécution sans vexer le peuple. Il ne dit non plus aux gens de guerre : Quittez l'épée, renoncez à vos emplois; mais : « Ne faites point de concussion : « contentez-vous de votre solde 3, « Le prince rendra compte à Dieu , et des tributs qu'il impose, et des guerres qu'il entreprend : mais ses ministres, qui , sans inspirer de mauvais conseils, ne font qu'exécuter les ordres publics, sont à couvert aux yeux de Dieu par l'autorité de Jean. Jésus viendra donner les conseils de perfection : Jean s'attache aux préceptes : et, sans prêcher aucun excès, il console tout le monde en ouvrant la porte du ciel aux emplois non-seulement les plus dangereux, mais encore les plus odieux, s'ils sont nécessaires, pourvu qu'on s'y renferme dans les règles.

Ve ÉLÉVATION.

Le baptême de Jean , et celui de Jésus-Christ.

« Je vous baptise dans l'eau; mais celui qui vient « après moi, vous baptisera dans le Saint-Esprit « et dans le feu 4. » Ce que Jésus-Christ explique lui-même à ses disciples, lorsqu'il leur dit en montant au ciel : « Jean vous adonné un baptême d'eau , « mais dans peu de jours vous serez baptisés dans « le Saint-Esprit 5. » Saint Paul explique le baptême de Jean par ces paroles : « Jean-Baptiste a baptisé

» Luc. Ht, II. — » Ibid. 12, 13. — ' Ibid. \i. - * Ibid. m, 16. Matlh. m, II. — *Jet. 1,5.

« le peuple du baptême de la pénitence, en Fàvertis- « sant de croire en celui qui devait venir après lui ; « c'est-à-dire en Jésus '. » Voilà donc deux différences des deux baptêmes : celui de Jean préparait la voie à Jésus-Christ, en montrant que c'était en lui, et non pas en Jean, qu'il fallait croire pour avoir la rémission des péchés ; et outre cela le baptême de Jean ne donnait ni le Saint-Esprit , ni la grâce , ni par elle le feu céleste de la charité , qui consume tous les péchés ; et cet effet était réservé au baptême de Jésus-Christ.

Quand saint Jean oppose l'eau de son baptême au feu de celui de Jésus-Christ; et quand Jésus-Christ explique lui-même que ce baptême de feu et du Saint-Esprit, est celui dont les disciples furent inondés au jour de la Pentecôte ; on entend bien qu'il ne faut pas croire que le baptême de Jésus- Christ ne soit pas comme celui de Jean un baptême ; mais c'est que celui de Jean ne contenait qu'une eau simple , au lieu que l'eau que donnait Jésus était pleine du Saint-Esprit et d'un feu céleste; c'est-àdire de ce même feu du Saint-Esprit , dont le déluge s'épancha sur toute l'Église dans le cénacle. C'est ce feu qui anime encore aujourd'hui l'eau du baptême, et qui fait dire au Sauveur, « qu'on n'a « point de part à son royaume , si l'on ne renaît de « l'eauetdu Saint-Esprit» ; » c'est-à-dire, dans le langage mystique , si l'on ne renaît de l'eau et du feu.

Voici donc la consolation des chrétiens. L'eau ^ du baptême de Jésus-Christ n'est pas une eau vide et stérile : le Saint-Esprit l'anime et la rend féconde; en lavant le corps elle enflamme le cœur : si vous ne sortez du baptême plein du feu céleste de l'amour de Dieu, ce n'est pas le baptême de Jésus-Christ que vous avez reçu. La pénitence chrétienne, qui n'est autre chose qu'un second baptême , doit être animée du même feu. « Celui à qui on re- « met davantage , doit aussi , » dit le Sauveur^, « ai- « mer davantage «.Quand vous'n'avez que les larmes que la terreur fait répandre, ce n'est encore quel' eau et le baptême de Jean. Quand vous commencez à aimer Dieu , « comme l'auteur et la source de toute «justice-*, » Jésus commenceà vous baptiser intérieurement de son feu ; et son sacrement achèvera l'ouvrage.

YV ÉLÉVATION.

Quelle est la perfection de la pénitence.

« Les chemins tortus seront redressés , et les ra- « boteux seront aplanis* : » ce sont les paroles d'Isaïe rapportées par saint Luc. C'est-à-dire qu'il faut que le cœur souffre la violence, si sa pénitence est sincère ; car on n'est pas sans violence sous la bêche et sous le hoyau : il faut que le bois qu'on veut aplanir, gémisse longtemps sous le rabot : on ne réduit pas sans travail les passions qu'on veut abattre, les habitudes qu'on veut corriger : il vous faut, pour vous redresser, non-seulement une main

' Jet. XIX, 4. — * Joait. m, B. — ' Luc. vu, 47. — ' Conc. Trident. Sess. vi, de Juslif. cap. C. — 5 /j. u,, \. Luc. lll, 3-

ÉLÉVATIONS SUR LES MYSTÈRES

ferme , mais encore rude d'abord : à mesure qu'elle avancera son ouvrage , son effort deviendra plus doux ; et c, la fin tout étant aplani , le rabot coulera comme de lui-même , et n'aura plus qu'à ôter de légères inégalités, que vous-même vous serez ravi de voir disparaître, afin de demeurer tout uni sous ?a main de Dieu, et d'occuper la place qu'il vous donne dans son édifice. Les grands combats sont au commencement; la douce inspiration de la charité vous aplanira toutes choses, et c'est alors, comme dit saint Luc, que » vous verrez le salut « donné de Dieu. »

Avant que ce salut parut au monde, Isaïe avait prédit que la pénitence devait paraître dans toute sa vérité, dans toute sa régularité, dans toute sa force. Avait-elle jamais mieux paru que dans la prédication de saint Jean-Baptiste? et la sévérité de la YÎe s'était-elle jamais mieux unie avec celle de la doctrine? Paraissez donc , il est temps, divin Sauveur : la voie vous est préparée par la prédication delà pénitence.

Vile ÉLÉVATION.

Seconde préparation des Toies da Seignmr, en montrant au moDde Jésos-Cbrist.

Souvenons-nous que la préparation des voies du Seigneur a été mise en deux choses : dans la prédication de la pénitence, et dans la désignation de la personne de Jésus-Christ. Nous avons vu la première : passons à la seconde.

Saint Jean annonce aux Juifs plusieurs choses de Jésus-Christ : la première, qu'il allait venir; la seconde , qu'il était déjà au milieu d'eux sans être connu ; la troisième , qui il était , et quelle était sa puissance.

Pour expliquer ce troisième point, il fallait que Jean commençât à se dépriser lui -même : u Je ne « suis pas, » disait-il », « celui que vous croyez; il « en vient un après moi ,.qui est plus puissant que « moi , et dont je ne suis pas digne de porter ni de « délier les souliers. »

Ce n'était pas assez de parler ainsi en général : il explique en quoi consistait cette prééminence de Jésus-Christ. Il la fait consister premièrement dans son éternelle préexistence : « Celui, » dit-il 3, « qui est « venu après moi, a été mis devant moi , a été fait « mon supérieur : » parce qu'il était devant moi de toute éternité. Il était, et ce qu'il était avant Jean de toute éternité, a été cause de l'avantage qu'il devait avoir sur lui dans le temps, et de ce qu'il a été fait son supérieur. La prééminence de Jésus-Christ consiste en second lieu dans sa plénitude : « Il est « plein de grâce et de vérité •* : » car tout est en lui, et il est la source de la grâce : ainsi elle regorge de sa plénitude : la grâce se multiplie en nous sans mesure. « Nous avons tous reçu de sa plénitude, et « grâce pour grâce s : » une grâce en attire une autre : la grâce de la prière attire celle de l'action :

' Luc. m, 6. — * Act. XIII, 45. Matth. m, H. Marc, j, 7. À*e. m, lô. JouH. I, 27. — ^ Joan. i, 15, 24. — 4 Ibid. 14. — * Ipid. UJ.

la grâce de la patience attire cellede la consolation : la grâce qui nous rend fidèles dans les moments , attire celle de la persévérance : la grâce de cette vie attire cellede l'autre. « INIoîse a donné ta loi ', > qui était stérile , et ne consistait qu'en figures; propre à nous déclarer pécheurs , et non pas à nous justifier; propre à nous montrer le chemin , mais non pas à nous y conduire, ni à nous y faire entrer : « par Jésus-Christ est venue la grâce ■ qui nous fait agir; « et la vérité, » au lieu des ombres. Enfin le dernier trait de prééminence en Jésus-Christ , c'est qu'il est « le Fils et le Fils unique, et le Fils « toujours dans le sein de son Père'. » Ce qui fait que la connaissance de Dieu se va augmenter, puisque c'est celui qui est dans son sein, qui nous en révélera le secret : « Jamais personne n'a vu « Dieu : mais son Fils unique » va nous « dé- « couvTir le secret du sein paternel : » en sorte « qu'en le voyant , » nous « verrons son Père ^. » Faut-il donc s'étonner, si Jean ne se reconnaît pas digne de lui délier ses souliers ? Si Jésus-Christ n'était qu'une créature, Jean en aurait -il parlé ainsi? Qui jamais a ainsi parlé, ou d'Élie, un si grand prophète , ou de Salomon , ou de David, de si grands rois, ou de Moïse lui-même? Aussi n'étaient-ils tous que des serviteurs ; mais Jésus- Christ est le Fils unique*. S'il estéternellement dans le sein du Père, il ne peut pas être d'une nature inférieure ou dégénérante : autrement il avilirait, pourainsi parler, le sein où il demeure. Abaissonsnous donc à ses pieds : c'est le seul moven de nous élever. Jean s'abaisse jusqu'à se juger indigne de déchausser son souverain : et Jésus pour le rélever viendra bientôt recevoir de lui le baptême •" et cette main qui se juge indigne de toucher les pieds de Jésus, est élevée, dit saint Chrysostôme*, an haut de sa tête , pour verser dessus l'eau baptis' maie.

Ville ÉLÉVATION.

Première manière de manifester Jésus-Christ, arant qae de l'avoir vu.

Dieu avait déterminé à saint Jean-Baptiste deux temps où il devait faire connaître le Sauveur, dont le premier était avant que de l'avoir vu. Quelle merveille ! Un artisan encore dans la boutique , et gagnant sa vie, est le sujet des prédications d'ur prophète , plus que prophète , et si révéré , qu'on le prenait pour le Christ. C'était de cet homme dans la boutique, que saint Jean disait :Ily a un homme au milieu de vous que vous ne connaissez pas , et dont je ne suis pas digne de toucher les pieds ^. Il est plus grand que Moïse : il donne la grâce, quand Moïse ne donne que la loi : il est devant tOHS les siècles le Fils unique de Dieu , et dans le sein d©^ son Père : nous n'avons de grâce que par lui : cependant vous ne le connaissez pas , quoiqu'il soit au milieu de vous. Dans quelle attente de si hauts

' Joaii. ? . 17. — » Ibid. 18. — ' Ibid. XIV, 9. — ♦ Heb. lit, 6, 6. — * Chrysost. Hom. m, alias. Hom.m,iH UaUK, «5 5. — * Joiin. 1,26,23.

discours devaient-ils tenir le monde , et quelle préparation des voies du Seigneur! On s'accoutumait à entendre nommer le Fils unique de Dieu , qui .enaiten annoncer les secrets : mais , quoi ! c'était de ce charpentier qu'on parlait ainsi. Qu'est-ce après cela que la gloire humaine ? qu'est-ce devant f)ieu que la différence des conditions ? Jean ne l'avait jamais vu , et ne le connaît peut-être que par l'impression qu'il en avait ressentie au sein de sa mère; elle se continuait, et il éprouvait que le Fils de Dieu était au monde par les effets qu'U faisait sur lui. Aussi confessait-il , que nous recevons toîtsde sa plénitude ' : et il sentait que c'était (le là que lui venait à lui-même cette abondance (le grâce. Mais il se prépare de plus grands mystères: Jé^us va paraître au monde ; et le premier qu'il va visiter , c'est Jean-Baptiste : et si ce saint précurseur l'a si bien fait connaître avant que de l'avoir vu, quelles merveilles nous paraîtront quand ils seront en présence l

XXll^ SEMAINE.

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