‹ ŒuvresChapitre 101 sur 145 · ABUS DES FOIRES , MARCHÉS ET BALLADES · texte numérisé non relu

ABUS DES FOIRES , MARCHÉS ET BALLADES

2** — La France s*est jetée sur les chemins , et c'est bien fait. Mais partout où passe un chemin , on veut des foires. -^ A quoi bon ces chemins , dit-on , si nous n'avons pas de foires! Le voyageur passe et salue ; mais ces saluts ne nous enrichiront pas. Mieux vaut l'argent que la politesse. ( Utilement dit et pensé).

3® — Vient le cabaretier. — En Poitou , c'est un homme important , commerçant , négociant en vins , curieux , nouvelliste , savant , toujours ivrogne et fainéant. — Ce que veut le cabaretier, les ivrognes le veulent. Le cabaretier veut des foires, marchés, ballades, assemblées d'occueillage, de laboureiu^ après les semailles, de moissonneurs après la moisson. (Nous avons de tout cela, rien ne nous manque).

4** — Arrive le conseil municipal ; il veut aussi des foires et des marchés. — Cela , dit-il , enrichit un pays. ( A reculons, je pense).

Puis , quand les cabaretiers vendent un nombre notable de barriques de vin , on établit un octroi.

Vient-il du bétail aux foires , on fait payer 2 sous , 3 sous, 4 sous par tête. — C'est , dit-on , le loyer du champ de foire. (Valant trois fois le capital ). Dam ! ajoute le conseil , nous avons besoin d'argent. — Je le crois bien ; tout le monde en veut , tout le monde en manque.

5* — Écoutez le vigneron , le marchand de vin , le fabricant d'eau-de-vie ; tous ces braves gens sont à la consommation par-dessus les maisons. — Ils veulent des foires partout et tous les jours. — Le charlatan débite son baume.

Les foires ont de grands et nombreux partisans , comme vofiB voyez. — Aussi nous n'en manquons pas.

Ce que j'ai dit s'applique au Poitou , comme à la moitié de la France.

CE qu'on fait ët ce qu'on dit pour avoir des foires.

La chose une fois résolue , tout le monde s'en mêle. — Peines et soins , adresse et persistance , tout est employé, rien n'est négligé.

On envoie des ambassadeurs , des négociateurs daos les communes voisines , et le congrès se tient au cabaret. Une foire coûte ordinairement 350 litres de vin à un habile diplomate. Aussi en demande-t-on beaucoup à la fois , pour épargner.

Ensuite on s'adresse aux conseillers d'arrondissement et de département, préfet et sous-préfets, propriétaires, gecs d'esprit et d'influence , enfin aux députés qu'on harcèle et fatigue.

Que leur dit-on î Voici le discours : « Messieurs , il y a « trop de foires et de marchés ( c'est un exorde obUgé; h « chose saute aux yeux); Mais... ajoute-t-on (onsejettc « de suite dans l'exception pour broder à son aise) , mais 3 " en manque une douzaine ici. Le pauvre laboureur ne sait « où vendre son bétail ; long trajet , mauvais chemins , " ruisseaux à passer dans l'hiver. Donnez des foires à nos » cultivateurs , c'est justice et pitié : il y aura pour eux « peine de moins , temps épargné , économie d'argent. - (Grande tendresse pour le laboureur , comme vous voyez) ! Cette pièce d'éloquence ne manque point de faire effet. — Quelques-uns sont trompés , d'autres feignent de l'être, et le gouvernement accorde en sûreté de conscience.

Mais , leur dis-je quelquefois , parlez donc vrai , dites le motet la pensée.

Ma pensée , répond un cabaretier , est facile à deviner. Je vis du vice , c'est mon état. Il me faut beaucoup de foirets et de marchés , grand nombre de joueurs , de fainéaiis ,

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