ABUS DES FOIRES , MARCHES ET BALLADES
d'ivrognes et de gourmands. — Je n'ai qu'un but , ruiner le paysan.
Un citadin. — Pensez- vous que nous nous occupons d'agriculture! nous ne savons ce que c'est, et n'y pensons (la chose est croyable). On attire les gens de campagne à la ville , au bourg , au village , pour qu'ils dépensent et se soûlent. — Nous imposons le vice et daubons le paysan.
Un \ngneron. — Il y a trois fois plus de vignes qu'autrefois, nous plantons tous les ans, et Ton exporte moins. Faut que les produits se consomment. Les sociétés de tempérance sont la ruine des états. De toutes les professions , celle d'ivrogne est la plus utile; voyez combien de gens elle nourrit : le vigneron , le cabaretier , le marchand de vin , le tonnelier , les commis de l'octroi , les employés de la régie , et le reste. Sans ivrognes , tout languirait , et la société tomberait en bottes, comme une vieille barrique. — Les messieurs ne boivent que de l'eau rougie , depuis qu'un certain m^tre Broussais , de fâcheuse mémoire , a vu de l'inflammation partout, et mis son monde à l'eau gommée et aux sangsues. — Force est de tomber sur le paysan.
Un philosophe. — Etudiez la nature, et comprenez la création. Le milan vit d'oisillons , le loup de moutons, et nous mangeons le paysan ; — c'est ma sentence.
Moi , vieux paysan , vieux laboureur , je défends les gens de ma classe , et dis crûment et naïvement la vérité.
C£ GRAND NOMBRE DE FOIRES , d' ASSEMBLEES ET DE MARCHÉS NUIT AU COMMERCE, AUX MOEURS ET AUX CULTURES.
Du Commerce. — L'étranger qui achette dans nos foires et marchés n'en fréquente qu'un petit nombre. Il ne peut être dans dix endroits à la fois , comîr sans cesse , dépenser
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son argent, et manger le bénéfice avant de savoir 8*il en aura. — L'économie est profit de conmierce.
Disséminer, éparpiller le bétail est nuisible anveDdeor comme à l'acheteur. Pour ùire un marché, il faut que ces gens se rencontrent; si Tun va en bise, Tautre en gakne, il y aura perte pour les deux.
On ne juge que par comparaison ; aiissi l'étranger veot voir beaucoup de bétail , afin de comparer , choisir , évaher.
Que trouve4-on dans les cinq sixièmes de nos foiiei borgnes t des fainéans et des ivrognes , de mauvaises bêta de toute espèce. Les marchés se font au cabaret, toujonn entre un sot et un fripon. Ce sont foires de trafic , brocmtage, maquignonnage; foires de Taribara, où trompe qui
peut.
U m'arrive souvent de dire: Comment, mes amis, vont navez pas encore vendu l'ouaille, — le veau, — le petit cochont.... Ahl mon Dieu! non, maître Jacques; c'est la cinquième foire où nous allons. Mais tout n'est pas perdu, il y en a encore six à sept autres. — On mange la bete, et le gousset se vide.
Il y a 60 ans (de cela j'ai pleine souvenance) , il n'y avait , dans le département , que 223 foires , et beaucoup ne valaient rien. En voilà maintenant 590, et personne n'est content.
Comment , vieux paysan , me dit-on , vous ne voyez pas qu'il y a plus de bétail qu'autrefois!.... Guère plus, mes bons amis. Partout où l'on ne fait pas de prés artificiels et de racines , le bétail n'a pas augmenté d'une tête. — Où en fait-on t modérément dans 30 communes sur 360.
Le même pré naturel , le même pâturage donnent la même quantité de nourriture , année commime ; cette même quantité nourrit le même bétail , ni plus ni moins. — Il faut , il a toujours fallu cinq quarts de toile pour faire un sac. — Si