OBSERVATIONS
40 La France contient 52 millions d'hectares; elle n'en a que 25 millions en labour ; c*est un peu moins de la moitié.
Le département contient 604 mille hectares ; il en a 403 en labour ; c'est un peu plus des deux tiers.
Pour nous ramener à la proportion générale , il ne faudrait , chez nous, que 300 mille hectares en labour. — Nous devons donc mettre
de suite 400 mille hectares en prairies. Quand je propose d'obliger ks fermiers à en faire 4 33 mille , je suis loin d'avoir atteint le nivna commun ; car on fait ailleurs des prairies sur les terres labourabks. et on en fait plus que nous. — Cela montre que je ne suis pas excessif dans mes exigences ; je n'arrive même pas au but.
2« Vous avez 403 mille hectares en labour , et 75 mille en prés. 11 faut alors qu'un hectare de pré fume 5 hectares 3G arcs de terre labourable , ou 35 boisselées 2/3 de 4 5 ares l'une ou 400 toises carrées. — Est-ce possible ? Votre agriculture poche par la l)ase , j>ar les engrais ; il faut donc faire des prés. Le premier qui dira (pie non , devrait être mis à l'hôpital des fous , pour servir d'exemple aux autr».
3'» Vos 75 mille hectares de prés sont répartis fort inégalement, comme les eaux qui arrosent le sol. H y a des communes c^ui n'en ont pas un pouce carré : la mienne est du nombre ", il faut donc faire des prés où il en mamjue partout , les marais exceptés.
4** Ces 75 mille hectares ne sont pas tous bons, il s'en faut ; la plus grande partie ne vaut rien et rapporte peu.
Dans les années sèches , les prés hauts ne donnent presque pas d'herbe ; puis elle est brûlée quand on la coupe et ne vaut rien. Dids les années humides, le foin des prés bas n'est pas nourrissant ; lerpgain seul convient aux bœufs et aux moutons. La seconde coupe vaut mieux que la première. Faites donc des prés artiûciels ; le fourrage en est toujours bon.
5° Dans les plaines , une partie des prés est sujette au parcours. Un mot sur le parcours.
Pillage , ravage et gaspillage ! O^^an^l ^L 1p public a un droit , M. le public veut tous les droits. On pAturc ici jusqu'au 1"^ mars . ailleurs jusqu'au 25. La fauchaison se fait du l^'au 10 juin. Lo propriétaire a doux mois et demi , trois au plus. C'est un (piart de propriété rendant un quart de récolte.
La société d'agriculture et l'administration [>ourraient s'ocouix»r de celle a fia ire.
Voici co (pie je propose en deux mots :
L(» iMircours s'ouvre au premier septembre ; il est clos le premier février.
Pounjuoi ? Je lo dis ox\ trois paroles :
I" Quand on jotto le bétail dans un pré dos qu'il est fauché . et quil > reste tout loto , lo clio\al , la nulle et lo mouton arrachent l'herbe . niangonl los racines . ot lo sol ne so garnit plus.
2^ Dans nos climats , la promioro pousse est en février ; c'est dan< ce mois (juo lo pré s'assole ot so garnit : cpjand le bétail pince , broute ot foule cette i)romiore herbe, la réc*olto ne vaut rien ; parce que la sécluTOsse arrive avant (pie lo sol soit garni , ot la terre brûle : il faudrait une année tout exprès , et le bon Dieu n'en fait guéres \X)ut !c« routiniers.
3" Il faut une probibilion ab-oluo pour la l)éte à laino elle détruit
entièrement un pré , à moins que l'herbe ne soit haute ; et l'herbe n'est jamais haute dans le parcours?
Au reste , ce que je dis là » c'est ce que fait le propriétaire dans ses prés clos. Pourquoi ne le ferait-on pas dans le parcours ?
Si l'autorité ne peut faire un règlement , qu'elle dise aux maires qu'elle cassera , sur la première réclamation , toute disposition contraire.
Mais nous sommes si fms en culture que ce sont paroles en l'air.
6"* Dans la France entière, on estime qu'il faut un hectare de pré, ( qualité moyenne) , pour nourrir une pièce de gros bétail à l'écurie. C'est tout au plus s'il suflit chez nous.
Est-ce que nous n'avons que 75 mille betes , me dira-t-on ? Vous en avez davantage. Je porte le nombre à 440 mille au plus. Mais vous me faites moins de fumiers que si vous nourrissiez '75 mille bétes à rétable. Vos animaux vont se vider dans les champs pendant 5 , 6 ou 40 mois de Tannée ; ils ne font pas de fumier. Celui qui n'entend cela est sourd comme un pot folé.
1** Combien une béte de ferme ( petite et grande ) fume-t-elle de terre ? Si elle est 9 mois de l'année à l'étable et qu'elle y couche les 3 autres mois , passablement nourrie au foin et à la paille , elle fumera 35 à 40 ares , de 9 à 4 4 cents toises carrées : encore sera-ce un petit fumage.
Dans le bocage, où les bétes sont souvent dehors, elle ne fumera que 48 à 20 ares.
Mais le chanvre consomme l)eaucoup de fumier, les jardins également , les vignes un peu , les prairies moins ; et le tout est enlevé aux terres labourables.
n faut certainement le fumior d'une InHe de ferme pour 25 ares de jardin , y compris le clianvre. Vous en avez 9,450 hectares ; c'est le fumier de 37,800 bétes. Les vignes consomment du fumier de 6 mille au moins , et les prés de 2. — Total 45,800 bétes. — Olez ce nombre de 440 mille, il en reste 64,200 , qui fumeront, terme-moyen , .15 ares chacune et en totalité 22,470 hectares , ou la 48» partie des terres labourables.
Ainsi , mes enfans , si chaque boisseUn; était fumée à son tour , elle le serait une fois tous le-i 48 ans. 0 la belle culture ! Croyez-moi , ne faites pas de prés ; criez fort que maître Jacques est un sot , c'est plutôt dit (luun pré n'est fait. Sainte-Paresse , priez pour nous !
Le paysan s'embrouille , dit un malin ; nous fumons plus que cela. — Je le sais bien ; mais comment fumez-vous , dans la plaine surtout ? A coups de pistolet , un petit tas ici , l'autre là , gros comme la tète et de loin en loin. Autant vaudrait ne pas fumer que de fumer de même.
V'ià ce qui se passe à Chalouë, chez le laboureur. Le bétail ne sort point pendant 9 mois , il ne couche jamais dehors. Quand on a ])ris le fumier pour le chanvre et les jardins , chaque béte ne fume que 24 ares et jamais plus ; c'est une boisselée deux tiers ou 666 toises carrée^.
Je ne fais qu'un blé, et ne sème , après le froment , ni métcil . ni
436 L'AGRICCLTURE POPULAIRE.
baillai^e ou avoine; mais des recolles vertes, pour le bêlait, Mli pomme de lerre. Tout ce que je ne puis pas fumer de la sorte est tt»
Vous croyeï que ça ne donne rien. Apptenez-le .■ Ce n'rtt pu» a qti'on lème , e'ett ce qu'on fume qui produit.
8" Un homme médisait un jour : Aveelanl de prés , il faudra beaucoup lie bétail , qu'en ferons-nous ? Où le vcndra-t-on 7
Ecoule , ai-je répondu : Le bétail est une machine A fumier , une in>chinc à froment , une machine à engrais , une machine ï toutes récolleR. Il faut du bétail à la terre ; il lui en faut pour qu'elle rapport*.
Pour nourrir passablement i l'étable , pendant neuf mots . le bélMl qu'on a , il faut encore 50 mille hectares de prairies au moins. avK des racines et des récolles vertes. Si on en fait 1 iO raille , on n'ann qu'un tiers de bétail de plus, mais on fera trois fols plus de fumîfl', Comprenez-vouB cclaî
Le bétail e^t encore une machine i sr^nt. La Suisse et l'Alleaugne nous fournissent une grande quantité de braufs et de moulons ; i« contrées approvisionnent Paris et «Sdcpartemens . pendant pluseon mois de l'année. Ne craignez donc rien . vous ne serez pas obligés dt mettre vos bœufs en fricassée ou de les manger i la broche.
Un autre voudrait qu'on imposAt de suite un bon assolement ; qu'on empécbSt de semer taujours du grain. — Patience I n'allons pas legiktp: ne battons pas la mariée avant la noce, elle dirait : non. Qui demande trop n'a rien. Le paysan est tellement entêté des semailles. qu'il voit , chaque année , sa fortune dans ses blés , et tous les ans st» blés le trompent.
Il fout que le tpm|is et les livres balaient encore rerlains préju^ Une amélioration en amène une autre ; chaque eliosc a .sa saisjtn l'omme la feuillée et le rossignol.
Ai-je parlé, au moins, et prêché longuement? Eh bien ? sai«vous ce que produira ce bavardage , cette lettre à tout le monde!' On no (lira ni oui ni non ; mais on ne itoussera point à la roue , el U charrette restera dans le bourbier. Les routiniers el les ivrognes g'?"*" roui encore ce procès , et Ton se moquera du laboureur.