SECTION. DE LA CHAUX
La chaux est destinée à doubler les produits dans les terres argileuses et sablonneuses. — On l'emploie aujourd'hui dans toute l'Europe.
On ne fume point l'année où l'on chaule.
460 L'AGRICULTURE POPULAHIE.
La chaux détruit le chiendent ; — elle prépare admirablement la terre pour la luzerne et les trèfles.
On en noet de 45 à 100 hectolitres par hectare, — JMieux vaut en mettre moins et y revenir plus souvent. — 11 y a une chaux faible et une chaux forte. Il en faut moins de la dernière que de la première.
Il y a plusieurs manières de remployer. — ^En voici trois:
1** On prend des curures de fossés , de mares , d'étangs, ou de la terre sur la lisière du champ , on la dresse en tombe ; — on Téventre et on met dedans de la chaux en pierre , qu on recouvre de terre afin que la pluie n'y pénètre pas.
On brasse , trois semaines après , quand la chaux est en poussière. On brasse encore ; enfin on conduit ce mélange, on retend et on laboure encore pour semer.
Cette méthode est excellente; mais elle exige trop de travail.
2' On dépose la chaux , sortant du four, par petits tas . dans le champ qu'on veut chauler ; — on les couvre de terre.
On les brasse , on les étend , on laboure et on sème.
Quelques-uns font cette opération un mois avant les semailles , et labourent encore en semant.
3" j'ai inventé la méthode suivante ; voici pom-quoi : — 1" Je doute que la chaleur et la vapeur qui s'échappent de la chaux, quand elle s'éteint , aient une vertu fertilisante. — 2' Si tout le monde va au four à la fois , me disais-je , les troi^ quarts n'auront pas de chaux.
Il faut donc la faire soi-même , comme? en Normandie , ou renoncer à la chaux. — On y renoncera.
3" Le chaufouniier qui ne peut brûler que pendant un ou deux mois , et qui verra arriver dix acheteurs , quand il n'en pourra contenter que trois , élèvera le prix.
J«l ti»K l'J> * ■'•''• .
■ ;t. >a nj;»i»:
GUIDE DES œMlCES. 467
Si la chaux éteinte à Tair et à couvert est aussi bonRe , au bout de deux et de dix années , que celle qui sort da fOMY , il y a un avantage immense pour le cxdtivateur et le fournisseur.
Le chaufournier brûlera toute l'année , et déposera sa chaux sous un hangar. — Le cultivateur ira la chercher en tout temps , au printemps , et l'été ; il n'attendra pas les pluies et les mauvais chemins de Téquinoxe. Il suffira de la jnettre à couvert.
Or , j'ai essayé la vieille et la nouvelle chaux ; elles ont produit le môme efTet.
Les savans s'élèveront contre ma théorie ; j'observe que ce n'est point une théorie , c'est \m fait que je rapporte. — C'est vrai sur mon sol; sur un autre , cela ne réussira peutêtre pas , c'est possible ; mais il ne coûte rien d'essayer. Or , voici comme je répands celte chatix. Des hommes ont une bricole qui passe sur T épaule droite et sous le bras gauche ; au bas de la bricole est un crochet de bois qu'on passe dans l'anse d'un panier long.
Je vous observe que la terre est préparée , que le semeur de blé , — les semeurs de chaux , — ainsi que les laboureurs sont là.
Un tombereau chargé de chaux (ou une charrette) suit. — Je cultive à sillons. Les semeurs de chaux ne sèment pas de droite à gauche , comme on sème le blé. — Ils filent et répandent seulement la chaux sur l'écret , c'est-à-dire , sur ce qui va former la sommité et les cotés du sillon.
La semence se trouve en contact immédiatement avec la chaux , tout est fumé de la même manière , et le blé est partout de la même hauteur. Souvenez-vous qu'on doit envelopper soigneusement la main du semeur de chaux avec du linge attaché avec du fil ; sans cela, sa main serait cautérisée.
J'emploie 52 hectolitres par hectare , un tonneau ou kll hectolitres par 15 ares.
Il ne faut pas toujours chauler la même terre , mais hmer et chauler alternativement.
Dans l'arrondissement de Valenciennes (Nord) , la tare n'est pas de première qualité ; on y emploie beaucoup la chaux ; j'y ai vu des récoltes superbes.
Je vous dirai que la cendre des fours à chaux et à tuile est excellente , quand on n'y brûle que du bois. Maiscdk des fours chauffés à la houille ne vaut rien pour les terres labourables ; je l'ai expérimentée. — Elssayez ; peut-être qu'elle sera bonne ailleurs ; on la dit excellente pour les prés mouillés ; je l'ignore.