‹ ŒuvresChapitre 40 sur 145 · D'OU VIENNENT LES PROVERBES · texte numérisé non relu

D'OU VIENNENT LES PROVERBES

Qn SONT DANS l'aLMANACH.

Il y avait une fois trois bons camarades en labourage ; ils avaient , à eux trois , l'âge de deux chiens , une canne et trois poulets; ça doit faire 26 ans : calculez comme vous voudrez.

Ils entreprennent uil grand voyage , pour voir la culture qui se fait partout. — Ils vont, — ils vont, — bien loin , — bien loin, — encore plus loin, — après bien loin. — C'est que le monde est grand.

Ils marchaient à cheval, en diligence; souvent comme Tristapatte , qui n*a de voiture que ses deux jambes.

Ces bons garçons étaient d'abord maître Franck , ensuite Edouard, et puis Emile, les deux enfans de M. Aymé, baron de la Che\Telière , en Goumay .

Vous voyez bien que ce que je vais dire est vrai , il y a trois témoins tout grouillans , et cassant bien la croûte ; ça ne peut être autrement.

d'ou viennent les proverbe^ de nos almanachs.

Un jour donc , allant à pied , nous trouvâmes sur la route lin petit vieux, une petite vieille, avec une petite fille.

vêtue simplement. Ils allaient leur petit bonhomme de chemin; mais si doucement, si doucement, qu'ils ne faisaient le tiers de la moitié du quart d'un pas dans ime journée.

Vous êtes malades , dîmes-nous. . . . Non vraiment , reprit le vieillard.... Vous êtes donc aggravés.... Pas davantage.... Vous n'allez gubres vite. . . . Chât-petit va loin. . . . Vous n'arriverez au gîte.... Nous marchons nuit et jour.... Ah! voiis êtes le Juif-Errant , c'est sa famille! . . . . Non pas , mes petits enfans. Je me nomme Bon-Sens, ma fenmie Raison, et notre fille Vérité. . . Quel âge avez-vous î . . . J'ai 7543 ans, ma femme en a deux de moins, et j'avais 25 ans quand ma fille est née. . . Vous paraissez bien vieux et elle bien jeune. . . Mes amis , c'est comme ça : nous vieillissons et elle ne vieillit. . . Je le vois , dit Emile , on ne lui donnerait pas 10 ans : elle ne sera jamais en âge d'être mariée , malgré qu'elle ait plus de 7,500 ans... Je le crains fort, r^ritle vieillard; je voudrais pourtant l'établir, et vois que ça ne se peut. Cest mon chagrin.

Qu* avez-vous dans ce sabot , dit Edouard , à la vieille! . . . A petit mercier petite balle , répondit-elle; en petites boîtes sont les bons onguens. C'est de la marchandise que nous fabriquons nous-mêmes , en nous promenant patienmient.

Elle découvrit le sabot , et vîmes de petits morceaux de papier, tout savetés , avec un petit d'écriture dessus.

Ce sont proverbes et simples discours , reprit la petite : chacun d'eux vaut im gros livre ; ça dure long-temps , plus de dix mille ans , et ne s'use jamais.

Ce n'est pas de même de la marchandise de celle qui se dit ma cousine , mam'zelle la Menterie : elle vend de belles paroles ; mais c'est de la guenille ; ça dure ime heure , un jour au plus. Elle a 500 mille personnes qui travaillent pour elle : ramassent les vieux lopins , rapiècent , passent en cou-

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