ET A LA PAILLE
Je m'adï-esse au fermier, dit M. de Neuilly. — As-tu beaucoup de fourrage? tu le fais manger. En as-tu peu? c'est tout de même.
Tu ne portes rien d'une année sur l'autre; quand vient le nouveau, le vieux est parti. — C'est comme la bourse de Paf-Paf , qui est à sec tous les dimanches.
Je vas te dire d'où ça vient. — Dans la plupart des fermes , tout le monde appâture le bétail , les femmes et lesenfans, les hommes et les jeunes gens. Chacun donne
IL FAUT DU BËTAIL. UV
^r^nde brassée , remplit le râteau , et nourrit à gogo. Cest ^ 1^ façon de maître Javasson.
Si tu prends un granger , tu choisis un enfant , la moitié
d'iixi innocent. — Le gaillard va le galop et fourre comme
**'il avait trop. — Il donne tantôt de la paille, tantôt du
foin ; au plus tôt prêt, ce qui lui tombe sous la main. —
iNiis arrive le printemps , ni foin en grange , ni herbe aux
champs.
C'est-il vraiî. . . Très-vrai , dit tout le monde. Excusez , dit Franck , si je vous coupe la parole. — Je vas souvent à C!halouë. L'hiver dernier , je trouvais le vieux Sanson , travaillant avec son apprenti.
Ils mettaient ime couche de foin , une couche de paille , trois de chaque façon. Puis brassaient avec xme fourche , et mettaient en monceaux. Ça s'appelle du mélot.
Bonhomme , lui dis-je , pourquoi ne donnez*vous pas le foin pur et la paille seule? . . . Jamais , mon enfant. Le foin se mangerait bien ; mais la paille , non : les bêtes la tirent , jettent sous leurs pieds , attendant mieux , et la moitié marche en litière. — Je veux que tout se mange.
Est-ce qu'elles ne trient pas , quand c'est mélangé ! . . . Tout de même , si j'emplis le râteau. — Mais je donne petite brassée , dix fois par jour à chacune.
Vois-tu , mon petit , les bêtes ont de l'esprit. Quand elles voient beaucoup de pâture au râtelier , elles tirent , trient et choisissent. Y en a-t-il peu î elles se dépêchent , mangent goulûment. Le granger est comme la ménagère. — Quand chaque jour il faut dépenser , chaque jour faut épargner. — Un brin par-ci , xm brin par-là nourrissent les cinq bêtes que voilà.
Puis , quand septembre est venu , je dis au laboureur : faites des brizeaux ; car si vous n'en semez , je mets les
bêtes dans vos blés. — Ils en font , et c'est ce qui me sauve .
Sais-tu , mon petit , que j'ai 60 pièces de bétail , avec un bon paquet de moutons. Ça donne à songer. — Maître Jacques veut une pièce de gros bétail par 7 boisselées, ou 106 ares , ou 2,800 toises carrées ; mais au cadastre, et comptant prés , jardins , cours , chaumes et maisons ; nourrissant toat pendant neuf à dix mois à Técurie. (Tu sais que nous n'avons ni prés naturels , ni pâtis).
Il dit qu'en plaine , en terre sèche et brûlante , c'est assez, mais qu'en bocage , en terre humide , où vient la betterave, il faut une pièce par 80 ares, ou 5 boisselées un tiers, ou 2,135 toises carrées; comptant dix moutons pour une bête.
Quoique nous ayons une bête par sept boisselées , nous fumons sans fumier le quart de nos terres. Nous n'en mettons pas dans les prés ; mais nous plâtrons tous les ans. — Sans plâtre et sans brizeaux , faut se coucher et faire le mort, dit maître Jacques.
Mon pauvre vieux , pourquoi ne pesez-vous pas le fourrage?... Mon petit, en ferme, ça ne se peut. — Chaque bête mange suivant son poids; nous en avons de toute pesanteur , de tout âge et de toute grandeur.
Si je ne donnais pas plus à ces deux grands mulets (Rossignol et Pierrot) , qu'à ces deux petites mules (la Biche et la Mésange) , ça n'irait pas ; ils crèveraient de faim. — Je n'en ai pas dix qui aient même brassée.
Ce n'est pas de même dans la plupart des fermes , on donne à peu-près même ration à toutes. Aussi les petites sont bien, les grandes enragent de faim. — Tu les vois toujours maigres.
Vous êtes toujours là, n'est-ce pas bonhomme?.. . Ah! mon petit! je n'en bouge; toujours brassant, toujours por-
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tant. — On ne me voit point oourir foires on marchés , enridiir Jacques Chopine, et cousiner au cabaret.
CTest bien là que gît le lièvre. — Beaucoup de nos fermiers galopent trop ; — et pierre qui roule n'amasse pas de mousse. — L'œil du mutre nourrit le bétail : et, quand il n'y est pas , la pâture file ou les bêtes souffrent. Souvent avec ce qu'elles ont, je nourrirais 4 à 5 bêtes de plus;-— ça ferait 3 à 400 francs ; au bout de la ferme , c'est de l'argent. — N'y a petite épargne , ni petit gaspillage , tout se trouve dans le ménage.
Est-ce vous, bonhomme , qui engraissez les mules d*âget . . . Non , mon enfEUit , j'ai trop à faire. C'est mon fils Jacquet. ,
Dis-donc, Franck, as-tu connu Sivoyaitt... Oui vraiment... Il passait souvent ici, causait toujours. — Le pauvre homme est mort à l'hôpital; il disait bien et faisait mal. — N'y avait qu'à gagner, écoutant ses raisons, et qu'à perdre en voyant sa maison.
La dernière fois que je l'ai ru, il y a long-temps , c'était le samedi d'avant Pâques. BoohçMnme , me disait-il , — -sans bétail , on ne ûii rien qui vaille ,^ on n'a ni grain, ni foin, ni paille. — Encore faut-il savoir nourrir, rester à la grange et ne pas courir. — Je dis partout : petite brassée et souvent, on arrive au bout de l'an ; — et le bon nourrisseur , vaut le bon laboureur. — Souviens-toi de ça , mon petit.
Et plus rien n'a dit le bonhomme.
Membres du grand conseil, je veux vous parler, dit un liommc... Vous êtes M. Mathieu Bourru, répond M. de Caix; voulez-vous faire un compliment?
Oui , je veux vous dire que vous n'avez pas de bon sens. . . Et pourquoi?... Vous mettez trop de proverbes en l'aima-
L'AGBicouaiB ponuuu.
, fatigant , rebutant, repoussant, révoltant , chagrinant , choquant , dégoûtant. . . Est-ce tout L . C'est désagréable , insupportable , intolérable , insoutenabl. «? . ' Ah! ah, ta mariée est trop belle , dit Franck, le max-ic'' n'en veut pas.
Entendez-vous encore , répond le Bourru ; on dirait q-ue ce drôle en a deux barriques dans la tête, le polisson no parle sans en faire.
Ce n'est pas moi qui les fais, réplique le petit. Voulezvous que je vous conte d'où viennent les proverbes qui tant dans les almanaclut .... Oui, oui, conte toujours, dit M. de Caix.