CE QUE DÎT CET ALMANACH
Vous le voyez , mes bons amis , il faut du fumier , il en faut beaucoup. — Comment faire du fumier sans bétail! — Cest impossible. Comment nourrir du bétail sans fourrages! — Ça ne se peut.
Conmient avoir du fourrage sans prés! — Je vous en défie. Partout oii vient le blé , on peut faire un pré , d'une espèce ou d'une autre. — C'est reconnu, sûr et prouvé. — Commençons donc par là.
Puis il faut alterner, mettre tour-à-tour les terres
labourables en prés pour ramasser du blé. — La ter^^ produit , elle se repose , et Ton fume mieux ce qui rest:^ Dans la plaine, — on fera des sainfoins dans les grok«y ou terres légères , ai jetant toujours après un peu de tuxemo , de trèfle et de bujoline. — Dans les terres fortes , oo fera des luiemes, du trèfle incarnat, du trèfle ordinaire. — Dans les terres m^ées , on fera du sainfoin ; on jettera dessus de la hueme et un peu de trèfle.
Dans nos bocages, on fera du trèfle. — Si on peut , en ii\>is ans. chauler deux années , la luzerne viendra, pourvu que la lerr^ ne soit pas mouillée. — On fera du ray-grass dWiurleten^ ou d*Ècosse «c'est le même). — Jamais de mv-jjrnss d'Italie. — On fera des prés avec des graines de fvùn , un peu de ray^rass d'Angleterre , du trèfle blanc, du irède oïdkiaine.
Ami» Ai ffcwe. — on fna de la ponune de tare, s^uiT. doiinen cùie au (our. comme le dit l'almanach. — rv^ u^fùnamKoQx^.
: Xî.Tw t.v Àx-^jcr* , — on fera des choux , — des navets, ^k> N'^ncr^vc* . — de la pomme de terre , qu*on donnera :. ^\>!;:rîi c:uic a^ toïir — Enfin , oo fera des topinambours.
l\u:s k$ n5.>te oe Dovemhn? . décembre , janvier , !;*\ :^.i"T , nyiTîi cç a>Tii , ixi en^rnùssera le bétail avec des rii, :rK^ c^ Au tvxr, oiri csi dcamera aux éJè\-es , aux bêtes
W'^;:^ h'Wî ck^ r.^as!Sirs ic famer^ à Tecurie et récolterez
,K^ \\v,;s a; o^^r.rî;* V î^îTOf tdo^tt. des bênéâces sur cha— ^ .;uo ,^xJs\v *io K-^wu, . af.x ç»r ciar^s: de tous puisse choisir,^ ,, .^jnînS. îa <4a';î;^ i;: f.v^rrapr ot::! iwtolte icar tous le^ ^^>a^N^\^ vo .Mr,x ï^^r^TH^T.: pjfcs i T,**^ ît^s animaux'' ; selon 1^ ^M\^ i)\i ^t hjiiv^" *"^ V oomiïnfr^Y «jïù s'y faii.
DISG0UB8 DU VŒUX LAMONTAGNE. 2i3
Les uns diront que ce bénéfice est trop mince , d'autres
soutiendront qa'on ne gagne pas ça. — Je vous assure que
l*almanach ne se trompe point, si toutefois vous savez
acheter et vendre , et soigner bien le bétail. — C'est calculé
sar 10 années.
Il n'y a point de ferme , dans le département , où 50 pièces de bétail ne rapportent 2,700 fr. ; il y en a où elles donnent quatre et quelquefois cinq mille.
Mais il faut du soin , ne pas user sa vie , perdre son temps et applatir sa bourse au cabaret. Ce n'est pas le métier d'un fermier que d'ivrogner et de se soûler. — Hélas ! ce n'est le métier de personne , pas plus de l'ouvrier que du fermier.
Puis il ne faut pas fjEÙnéanter. — Dieu nous a donné des jambes pour marcher , des bras pour travailler. — • Qui ne travaille pas ne mange pas. — Mais c'est le diable qui a établi les cabarets.
Il y a bien des fermes , dans le département , où l'on peut tenir de 40 à 80 pièces de bétail , si l'on met le tiers des terres labourables en prés , et si on cultive des racines.
Mais il ne faut pas semer du blé , toujours du blé , dans les plaines ; — laisser , dans les bocages , des pâtis et toujours des pâtis.
Je ne parle point des prairies naturelles, tant mieux pour ceux qui en ont : — ils nourriront plus de bêtes , et feront plus de profit.
Vient le fumier ; c'est la vie , le cœur et l'âme de la culture. Ou plutôt c'est tout. — On a plus de blé, plus de paille , et à mesure qu'on avance , plus de fourrage , plus de bétail et plus d*argent. — C'est que la terre 'améliore.
On cultiverait partout le froment, dans nos bocages,
on pouvait mettre un peu de chaux dans nos champs.
— Cette terre manque de. calcaire. — J*espëre que la mine de houille de Faymoreaa fertilisera ce pays. — Essayez la chaux» lisez Talmanach qui en parle , essayez la chanx.
Dites donc, Monsieur, êtes-vous propriétaire! Oui.... P»isez-voa8 qu*il soit utile d*ayoir toujours le tiers des terres labourables en prés!... Certainement.... Pourquoi n^obligez-vous pas vos fermiers à en faire!... Cest qu'ils disent que les prés ne viendraient pas chez eux... Cest \Tai » répondent cent propriétaires , nos fermiers en disent autant — Les croyez-vous, ni oui, ni non, pas trop, un petit peut^tre.... Voulez^vous faire leur bien-être et le vôtre ! insérez, dans le prochain bail , les conditions suivantes : — « Tu mettras , dans le cours de quatre ans , le quart des terres labourables en prés (voici le cadastre, c*est telle quantité). Tu les entretiendras et les laisseras à la sortie , et tu ne vendras ni foins , ni pailles, ni fumiers, — Sinon , tu sortiras quand je voudrai , sur une simple sommation faite par huissier , six mois axM Texpiration de l'année. »
Mais je ne ferai pas ça. Mon fermier me dirait que cela no me fait rien , pourvu qu'il me paie , que je ne dois j>as le gêner... Alors vos biens seront, dans mille ans, IV qu'ils sont à présent. — Cependant la terre s'améliore pi\rtout . et l'agriculture marche. — Qui ne fait rien pour stù, no doit compter sur les autres. — Que Dieu vous gurdo long-temps ! Mais l'almanach attend vos successeurs.
Ainsi |>arla le vieux Lamontagne. — Tout le monde imrtnil. — Arrêtez! arrêtez! cria-t-il. — Jai oublié de vous dire (ju'il y a six espèces de bêtes , dont il fa^^^ m débarrasser promptement.
Quelles sont-elles? demanda-t-on C'est, dit-il, ^^
gourmand , l'ivrogne et le fainéant , le chien galeux , l'âne rétif et le cochon ladre. — Menez toutes ces bêles à la foire , vendez-les ou donnez-les , ou laissez^es ; si elles reviennent , fermez la porte.
Tout le monde riait et s'en allait, disant c'est ce qu'il faudrait faire.
Arrêtez! arrêtez! cria-t-il encore. — M^tre Caton l'ancien était un grand laboureur; il vivait, il y a deux mille ans, en Italie. Je l'ai vu , je lui ai parlé: datn ! j'étais alors un enfant , j'avais au plus cent ans ; mais j'en ai parfaite souvenance.
Un jour , tout le peuple l'entourait , et lui demandait que faut-il pour s'enrichir dans une ferme!... Beaucoup de bétail, rendit-il , bienac^ié et biemoigné.... Aprëst....
' Beaucoup de bétail, bien acheté, médiocrement loigni
Et ^Hrèst.... Ruineou, mi$ère, dit-il d'une voix de colère et de tonnerre.
Ces belles paroles ont été écrites deux cent mille fois depuis deux mille ans, et personne ne les répète.
BEAU DISœURS DE MADAAIE LA PEINE
SrR LE TRAVAIL.
Franck ôte sa casquette et dit : parlons peu , parlons bien. — Les grands parleurs sont souvent menteurs. — Ce
n'est pas avec des mots qu'il faut remplir le boisseau.
J'arrive de la grande Bukarie , à 4,217 lieues de CSudooe, par le chemin que j'ai pris; — peut-être y en a-t-il un pte court.
Qui ne voit rien , n'a rien à dire. — Si je n'allais qu'à Celles , Melle et Niort , je ne ferais pas d'almanachs. Je vais , je viens , je cours le monde , pour entendre ce qu'on dit et voir ce qu'on y fait. — Puis je vous le redis en couf' tes paroles.
N'est-ce pas bien , dites-moi!
Sans doute , répond tout le monde.
Me voici près de Samarkand , grande ville , d'un millier^ d'âmes , comme Paris. — Capitale d'un grand état de 5^ millions d'hectares , comme la France , ayant 34 milUon^ d'habitans , comme chez nous , puis cabarets partout , ivro-^ gnes , fainé,ans et routiniers comme dans le Poitou. — J'étais en pays de connaissance.
KAU NSœURS DE MADAME LA PEINE. 247
marchais tranquillement sur mon mulet , mangeant du «ùii et du fromage , quand j'entends : Halte-là I — C'éeiit un général. — H m'interroge. — Viens , dit-il , vers le
M'y voici. — Mes amis , c'est un brave homme.
D'où es-tu , me demanda-t-il ?
De Tauché , en Sainte-Blandine.
Comment te nommes-tu ?
Franck , le faiseur d'almanachs.
Quel âge as-tu t
Huit ans , huit mois , huit jours, à l'heure qu'il est.
Dis-moi , l'as-tu vu dans tes voyages t Je te parle du çéant , haut de 30 mille mètres et qui mange le monde.
Sire le roi , répondis-je , je ne l'ai pas rencontré. — J'ai vu le vieux Lamontagne, qui a 3,200 peaux d'ours dans «a casaque ; mais il ne mange personne.
E!s-tu brave , mon enfant t
Je me suis battu contre le diable.
Elh bien I tu seras des nôtres. — Nous avons six cent mille fiuitassins , cent mille cavaliers , et dix. mille pièces de canon. — n faut que nous tuions le géant ou qu'il nous tue.
Sire le roi , répondis-je, permettez-moi de dire un mot. — Parle , mon garçon.
Mon Dieu , repris-je , ce que l'on dit n'est pas toujours vrai. — Envoyez-moi eaa, ambassade , et je reviendrai vous dire la vérité.
Mais , s'il te mange , tu ne reviendras pas. — D'autres y sont allés et ne sont revenus.
Dam I s'il me mange , autant vaut aujourd'hui que demain , si c'est mon lot.
Eh bien ! pars.
On me donne deux mille hommes de cavalerie et trois
TAGBKULTURB POPULAIRE.
Ecoutez mes paroles , reprit madame la Peine. — Jamait peuple n'a brillé sur la terre sans une classe nombreuse économe et laborieuse. — Un peuple de fainéansne pas long-temps. — Un peuple de gourmands ne vivrait un an.
La fainéantise est comme la rouille , elle use plus que travail. — La clé dont on se sert est toujours claire.
Qui dissipe le temps , dissipe sa vie. — Car c*est de tem que la vie est faite.
Le temps vient , passe et ne revient plus. — Temps pei c'est argent de moins.
Employez-le quand vous le tenez. — Travaillez, le tetaf> sera court. — Fainéantez , le temps sera long.
Réveille-toi donc , fainéant; quand tu seras mort , tu dormiras longtemps.
Qui ne travaille pas , ne mange pas. — ^Le renard qui dort ne prend point de poules.
La misère regarde à la porte du travailleur , et n'entre pas. — ^Mais elle eutre chez le fainéant » s'assied à son foyer, et les voilà qui se peignent comme chats qui se battent.
La paresse va lentement , la pauvreté la joint. — Le bon travailleiu* échappe toujours.
Qui compte sur l'espérance mourra de faim. — Cest snr tes bras que tu dois compter.
Le travail: c'est de l'argent. — A tout travail il faut du temps. — Ainsi perdre son temps , c'est perdre son argent.
Il n'y a point de profit sans peine. — ^Pour gagner , il fa^^ travailler.
Le travail paie les dettes. — La fainéantise les fait.
La bonne fileuse ne manque point de chemises , ni le bon travailleur de pain.