MOYENS
Tous les propriétaires d'un arrondissement sont appelés à former une association pour l'amélioration de l'agri^ culture.
Chacun d'eux paie cinq francs, par année, et s'oblige pour 25 ans. Car cette amélioration n'est pas l'affaire d'un jour. Les propriétaires non domiciliés , les femmes , les mineurs» tous sont invités à souscrire : il s'agit d'améliorer le sol par la culture.
Voiis remarquerez que la somme est modique , et toutà-fait minime , qu'il n'y a point ici de ces préférences qui choquent, parce quelles sont souvent injustes. Tout le monde est appelé , tout le monde est nécessaire ; souvent l'homme le plus inaperçu sera le plus utile.
Je travaille sur mon champ , vous sur le vôtre , celui-ci sur le sien ; chacun pour soi et tous en profitent. Car ce que je fais vous sera utile , si nos ^oU ont de ranalogie.
Faites attention que tout aujourd'hui favorise ces asso — dations agricoles. Les propriétaires sont instruits; s'ils ne^ connaissent pas généralement Fagriculture , c'est qu'il;^ n'ont pas porté leur attention sur cette science. Mais qacU ques semaines ou quelques mois suffiront à leur instruction.
Le territoire est admirablement divisé. Ni trop grands ni trop petits , les arrondissemens offrent un théâtre convenable y dont on peut embrasser la surface et visiter tous les points.
Le sol est libre , dégagé de toute redevance , de servitudes , d'entraves , de perceptions gênantes. La propriété est absolue, c'est une chose dont on peut dire: elle esta moi, mon champ m'appartient, comme ma pensée; j'en suis le mmtre et je le suis seul.
Parcourez l'Europe et vous trouverez partout la récotte, bonne ou mauvaise, frappée d'une redevance en nature. Vous verrez les cultivateurs rebutés et découragés.
Profitez donc de ces avantages ; associez-vous , améliorez votre agriculture ; personne autre que vous ne peut le faire. On n'ira pas cultiver , fumer et semer vos champs en prairies ou en céréales.
Que ferez-vous , me dira-t-on , avec cette faible somme!... Chaque arrondissement recevra 2,100 fr. sur les centimes facultatifs. Nous votons ces fonds et nous les payons ; nous ne pouvons en faire un meilleur usage que d'en employer une petite partie à l'instruction du cultivateur et à ramélioration de ragriculturc.
Il me reste donc à donner une âme à cette association , à lui imprimer le mouvement et la vie. C'est au moyen d'agens, de correspomlans et d'inspecteurs, que je puis y parvenir.
Je ne me dissimule pas que cela est difficile; mais lamé-
lioration de ragriculture sur 400 lieues carrées, est une grande entreprise ; et , quand il s'agit d'opérer sur la France entière , c'est un vaste projet dont les résultats sont immenses pour le gouvernement et pour les propriétaires , pour les cultivateurs et pour les populations Je m'explique.
DE l'agent.
Chaque arrondissement opère sur lui-même; ainsi ce n'est jamais que d'un arrondissement que je parle , puisqu'il devient un centre d'action.
L'agent est salarié ; son traitement fixe est de 500 fr. Ce n'est autre chose qu'un commissionnaire agricole. Un propriétaire veut essayer la culture du froment lamas , du froment à fleurs bleues, du Tagaurock , etc. ; il a besoin de sarrazin de Tartarie , de maïs quarantin , de graines de raygrass d'Italie , de trèfle blanc , incarnat , rose , de pimprenelle , de choux , de raves , de betteraves , de colza , de rabattes, de camélines, etc.; celui-ci veut des arbustes, des arbres ou des graines ; cet autre demande une charrue nouvelle , un binoir à cheval , un extirpateur, de larges socs, etc. , il suffit d'écrire à l'agent: il procure toutes ces choses, sans peine et sans embarras pour le propriétaire: c'est enfin comme si tout se trouvait chez le petit marchand du village.
Cet homme est si nécessaire qu'on ne peut rien faire sans lui. A qui un propriétaire, un cultivateur pourrait-il s^a-
dresser? il ne le sait pas J'ai fait, dans ma vie, cent
expériences au moins. J'ai toujours demandé de petites quantités. Eh bien ! ce qui m'a donné le plus de peines et d'ennuis, c'est pour me procurer ces échantillons. Souvent j'ai été fort mal servi ; souvent encore je n'ai pu obtenir ce que je voulais.
Aujourd'hui les cultivateurs connaissent les prodigieux effets du plâtre, dans deux à<trois de nos cantons. Bientôt on les connaîtra partout. Il en faudra alors quinze cents milliers par arrondissement. C'est ici que l'agent est nécessaire.
On le broie et on l'emploie cru. Il en faut 100 livres sur 15 ares (ou 400 toises carrées) ; on plâtre deux années de suite les luzernes et les sainfoins; une seule fois le trèfle, les vesces et les garobes , qui sont des plantes annuelles ou bisannuelles. Ces deux années de plâtrage opèrent complètement pendant trois années. Calcul fait, depuis vingt ans , un cent de plâtre donne au moins un millier de fourrage en sus , sur 15 ares ou 400 tpises carrées.
Qu' est-il arrivé depuis deux années que ce conmiercc s'est étendu? . . . . Celui-ci le laisse en grains pour diminuer le travail ; celui-là le mouille pour augmenter le poids ; d'autres y mêlent de la poussière calcaire , et le plâtre n'agit pas.. Enfin tous augmentent les prix, en raison de la concurrence.
Toutes ces combinaisons réunies feront abandonner ce puissant amendement , et voilà une source de richesses de moins.
L'agent au contraire n'achettera pas cher; parce qu'il sera grand consommateur. Le plâtre sera bien broyé et sans mélange; et vous aurez d'excellente marchandise au plus bas prix.
Cependant on lui accordera cinq pour cent sur toutes ces commissions. Ces soins continuels , cette surv^eillance active, exigent une indemnité. Payez, et qu'il remplisse ses devoirs.
Il n'y a pas do propriétaire i\\n n'ait un puissant intéivt à s'associer. Car il gagnera annueilcnient , par lui-niêmoou
par 8es fermiers , dix fois sa rétribution , sur le prix et sur la qualité du plâtre seulement.