ORGANISATION PRIMITIVE
Le sous-préfet et les membres des conseils de département et d'arrondissemens s'adjoindront un certain nombre de propriétaires , et procéderont à l'organisation primitive. Ils nommeront l'agent et le correspondant salariés, les
inspecteurs de la première année , et les correspondans de chaque canton.
Ensuite on saisira toutes les occasions , on emploiera tous les moyens pour déterminer les propriétaires à entrer dans l'association. Les inspecteurs, dans leurs tournées, s'en occuperont spécialement.
Un règlement sera fait , d'après les bases adoptées. Car , malgré que le principe soit admis , les conséquences peuvent varier.
DE l'instruction DES CULTIVATEURS.
Rien de ce que je viens de dire ne peut agir efficacement sur les cultivateurs. Mais , avant d'indiquer les moyens qui conyiennent , je vous soumettrai quelques observations.
On a fait, pour la classe riche, un million d'ouvrages; on imprime encore , chaque année , poiu* elle , des volumes par milliers. L'enfance, la jeunesse et l'âge mûr en sont accablés: on rhabille la science de toutes les façons. Dy a abus.
Mais , pour la masse du peuple, pour les trois quarts de la population , qu'a-t-on fait ? rien , depuis l'invention de l'imprimerie jusqu'à nos jours.
Puis tout le monde dit : Le cultivateur est ignoi'unt , U a des préjuges , etc. Si vous n'aviez pas eu plus d'instruction que lui , en sauriez-vous davantage?
J'ai vu , dans ma vie , un nombre grand de cultivateurs , et je ne me suis pas aperçu que celui qui savait lire fit plus instruit que celui qui ne le savait pas. Ceja ne doit pas
étonner. Qu'a lu cet homme, dans son enfance? des
A , B, C, et le catéchisme.... et depuis?.... l'almanach et les relations que vendent les charlatans. Qu'y a-t-il là qui puisse le conduire à la connaissance de son état et des travaux de sa condition ?
HETllODE GENERALE ET NOUVELLE. t93
Vous voulez que tout le monde sache lire ; je le veux aussi. Mais à quoi bon poiu* les cultivateurs , s'ils ne doivent pas avoir de livres! Savoir lire n'est rien , si Ton n*a pas do quoi lire. Renoncez à Tinstruction primaire , ou faites des livres f).
Il y en a de tout faits. . . . Voyons-les. . . . Allez à la bibliothèque royale, examinez, choisissez, triez pendant des jours , des mois et des années; montrez-moi un livre pour les paysans du Poitou, un pour ceux de la Bretagne, du Limousin , de la Creuze , de la Nièvre ou du Cantal! . . . vous n'en trouvez pas. Je le crois bien; c'est qu'on n'en a jamais fait pour eux.
{*) J'ai la preuve acquise que la plupart des jeunes gens qui fréquentent les écoles pendant quatre à cinq hivers , oublient rapidement oe qu'ils ont appris. Dans peu de temps , ils ne savent plus lire , faute d'exercice et de livres. Ils trouvent encore le mot ; mais l'Idée leur échappe , et l'intelligence ne saisit plus l'ensemble de la phrase.
Si vous réfléchissez un peu , vous verrez que cela doit être. C'est donc en vain que le législateur organisera l'instruction primaire , »i l'on ne fait pas de livres ; et c'est d'agriculture qu'il faut parler aux cultivateurs.
Je dirai toujours : si vous voulez la Gn , créez les moyens. La fin c'est l'instruction ; les moyens sont les livres.
n n'y a point ici de partis ; tout le monde est propriétaire ou consommateur. L'intérêt particulier , comme l'intérêt général , est dans l'augmentation des produits , et la question est celle-ci : « Vaut-il mieux retirer 45 mesures de blé d'un arpent que d'en retirer 10 , « nourrir 2 pièces de bétail qu'une. » S'il y a mille nuances d'opinions , elles ne donneront pas deux solutions difitérentes.
Aussi voyons-nous la Prusse , le Danemarck , l'Angleterre et les Etats-Unis propager les connaissances agricoles par tous les moyens poeaibles. Ces gouvememens diffèrent de principes politiques ; mais ils sentent tous que l'existence du peuple , ainsi que la force et la puissance de l'Etat , sont-là.
Je le dis à regret et tout bas : nous sommes un peu Espagnols , un peu insoucians sur cet article ; nous l'ajournerions volontiers à 1 00 ans.
Voici un principe inexorable: dans tout département mal cultivé, une somme doit, chaque année, être inviolablement consacrée à l'amélioration de l'agriculture ; et tout conseil qui la refuse ou la retire , manque à ses devoirs et trahit les intérêts du pays.
Eh bien ! il faut en faire un sur Tagriculture. Mais il doit porter le cachet de la localité; il doit être Texpression du climat , du sol , du commerce , des mœurs et des habitudes; sans quoi il ne vaudra rien et sera tout-à-fait inutile.
Vous ne le ferez donc pas faire à Paris , car on n y fait
rien de tout cela ; vous le ferez vous-même. C'est un
ouvrage difficile, me dira-t-on. Je pense que c'est un ouvrage d'observation et de jugement.
Mais payez , établissez un concours. Ne demandez pas surtout un livre parfait; il ne vaudrait rien aujourd'hui. Dans cinq ans , vous le corrigerez ; dans dix , vous le referez ; dans vingt , il sera ce qu'il doit être.
Il marchera avec vous; il suivra les progrès de votre agriculture. Il sera d'abord l'œuvre d'un homme, et finira par être l'œuvre de tous ; enfin il ne sera bon que lorsque vous y aurez consigné vos observations et votre expérience.
Celui qui n'en voit aujourd'hui que les difficultés, contribuera peut-être le plus à sa perfection.
Ce livre sera court; il doit coûter peu. Songez qu'il sera dans toutes les écoles et dans les mains de tous les enfans : partout il doit servir à l'instruction des hommes et des vieillards.
Quand vous en aurez un pour le sol calcaire, vous en ferez un pour les argiles , les sables et les marais : de manière que chaque zone ait son ouvrage.
Ces livres sont nécessaires. S'ils sont indispensables aux cultivateurs, ils seront très-utiles au propriétaire. Faites-les donc; achetez, payez le talent; c'est une production (*).
f"*) Un membre du conseil général des Deux-Sèvres , homme influent et instruit , me disait : Mais ce serait assez que d'ofl'rir une méflaille à l'auteur de c^s livres j)0|Hilaires.
Cet homme ne comprend pas ce (lue je demande. La bande c;îI-
Si , dans des temps éloignés , vous faisiez un ouvrage de tnaiHile pratique , avec quelques pages sur les phénomènes de la nature, je vous dirais: C'est assez; arrêtez-vous là. Nous travaillons et lisons peu : savoir notre état , aimer notre condition , c'est tout ce qu'il nous faut.
Considérez que l'instruction ne peut arriver au cultivavateur que de trois manières : par la parole, V exemple ou la lecture. Car il ne voyage pas , et ne voit que son hameau.
Poiu» l'instruire par la parole , il faudrait que le propriétaire eût étudié son sol , et qu'il connût l'agriculture théorique et pratique ; il devrait encore habiter la campagne , et avoir des rapports journaliers avec le cultivateur.... Ces conditions manquent.
caire a , chez nous, 4 00 mille mètres de longueur, ou ?.5 lieues de poste, et 60 mille mètres, ou 45 lieues , dans sa plus grande largeur. Pour faire ce livre , il faut la connaître , ainsi que les gisemens de marne el de craie , voyager , correspondre , étudier les variétés du sol et les habitudes du cultivateur , acheter des livres et savoir écrire la science.
Ce n'est pas un calendrier , une série de préceptes , un pillage , un livre uniquement fait avec des livres , qu'il faut. C'est vraiment un ouvrage qui aura son sujet et son drame , et qui devra intéresser et flatter l'enfant et l'habitant de la campagne , en les instruisant. H sera court et travaillé. Le style doit être simple , clair et surtout précis. Le cultivateur ne comprend pas les longues périodes.
Je vois là des dépenses et du travail : celui qui recevra la médaille la paiera 2,000 francs.
Mais il travaillera pour la gloire. — Alors elle suffit de reste. Mais les magistrats , les administrateurs et les financiers travailleront aussi pour la gloire , et nous serons tous des gens glorieux.
L'architecte du dé|Kirtenient reçoit 2,000 francs par année; on lui a donné , pour le devis des maisons du préfet et du tribunal , huit à neuf mille francs d'indemnité. Si vous avez vos livres pour ce prix , vous serez fort heureux ; et ceux qui les feront auront encore un peu de gloire.
Je ne crois })as qu'un seul individu puisse entreprendre ces ouvrages. Je conseille à ceux qui concourront , de s'associer deux ou trois au moins. Car il faut être voyageur , observateur , théoricien , praticien et écrivain.
Donnez 3,000 fiancs pour la zônc la plus étendue ( chez nous pour
Les exemples sont nuls. Il n'y a pas deux propriétaires par canton qui cultivent 50 hectares. Si l'un d'eux l'entieprend , il se rebute et met en ferme : il semble confesser par-là qu'il n'entend rien à la chose ; ce qui est souvent vrai ; et le paysan le prend au mot.
Aussi le cultivateur n'a-t-il aucune confiance dans le propriétaire; jamais il ne suit ses conseils. Il n'en est pas ainsi de ses pareils : si Thjomas parle , il Técoute ; s'il
raisonne, il l'approuve; s'il fait une chose» il l'imite
Instruisons Thomas,
Vous n'avez pas d'autres moyens que la lecture. Le cultivateur a confiance dans les livres ; profitez de cette disposition , et flattez son amour-propre , en écrivant pour lui.
N'est-il pas étonnant que , dans toutes les librairies de la France , il n'y ait pas im livre pour le simple cultivateur! Il en cherche , il en demande , et n'en trouve pas. Faites* en donc !
Remarquez aussi qu'il vit nécessairement isolé ; toujours dans ses champs, il ne communique qu'avec ses pareils.
la bande calcaire], et 4 ,000 francs pour chacune des autres; souvenezvous aussi qu'il faut quinze à dix-huit mois de courses et de travail.
Pourquoi cette différence dans les prix?... parce que le premier ouvrage servira de type, et qu'il contiendra beaucoup de choses qui seront communes à tous.
Le concours donnerait le meilleur ouvrage ; mais il est possible que personne ne veuille concourir dans la crainte de faire un travail inutile. Cet inconvénient est fort grave.
Si j'étais membre d'un conseil , voici ce que je proposerais : on répandrait la méthode ; c'est un préliminaire indispensable. L'imprimeur auquel je l'ai donnée en fournirait 500 exemplaires pour 230 fr et \ ,000 pour 400 fr. Ces fonds seraient votés.
On nommerait une commission pour faire les ouvrages populaire; on la paierait bien. Cette commission recueillerait aussi les opinions sur la méthode , et proposerait les rectiûcations.
Au terme fixé , qui serait d'une année , un jury serait désigné pour examiner le tout.
MÉTfiODB GÉNÉRAiE ET NOUVELLE. 197
L'artisan habite les villes et voj-age ; il s'instruit de mille manières , sans s'ea douter. Ne refusez donc pas l'instruction à des hommes que votre existence retient dans cet état d'isolement.
Mille autres considérations se présentent encore.
Nous vivons tous de l'agriculture , et nous abandonnons nos biens à des malheureux qui ne savent rien , et qui ne sont jamais sortis de leur village.... N'est-ce pas de Tinconsé* quence?.... Que diriez-vous d'un manufacturier qui confierait ses capitaux à des mains aussi inhabiles! .... qu'il se ruinera , comme on ruine votre sol.
Pourtant vous dites chaque jour : Tant vaut l'homme, tant vaut la terre. Donnez-donc une valeur à l'homme, et vous en donnerez une à la terre.
Les départemens du centre et de l'Ouest sont mal cultivés et mal peuplés. Il y a long-temps qu'on a dit : A côfi d'un pain, il naît un hatnme; et partout où deux penanneM peuvent vivre, il se fait un rnariage. Améliorez Tagriculture , et vous augmenterez la population , le travail , Ii;m produits et les revenus. Tout cela se tient , se suit , sr; lice , et ne marche pas l'un sans l'autre (^.
(*) Eq France , si les saisons sont contraires , la réa>lt« niaiv|ij« h les populations souffrent. C'est qu'on ne varie pas assez les i^Hurns . et qu'un petit mal fait de grands ravages sur un sol éfwisé.
Alors Odessa , Naples et Uvoume nourrissent le nikli ; ï'KmI Un de rAUemagne et des Pays-Bas ; les Etats-Unis et la Baltiqiit «pprunrt* sîonnent le Nord. Ainsi nous courons les mers , explôrao» U» n^ vages , mendiant , une bourse à la main.
Notre agriculture , qui fournirait au-delà de nos besoém , 09A u^mtv donnée ; tout le monde est découragé ; ne sacbaol emanmii %y fin»»* dre pour l'améUorer , on n'en parle plus. Mais k» tnMUUÙminrtm tttil^ frent et le commerce languit , parce que le peuple a iV; la |^im m vivre , et qull n'acbette point quand il n'a pasd'ar^^mt.
Puis on va criant : vite la dtiliuUkm !..„ (là pliM»-^/^*» ^091*^ U civilisation?— Mais le bon ton, lesmanim», Teaprit , un r^/ri i#»^4 . les calembourgs ; puis des réuniMis , des Utmi de» a^Mtod*» , ^ U
Enfin, toutes les richesses se résolvent dans le trayail. C'est de là que tout sort , c'est là que tout vient se conf(mdre : apprenez donc aux hommes à travailler utilement, à produire le plus possible avec im travail donné. Pourquoi tant de malheureux se ruinent-ils! c'est qu'ils ne savent pas varier les cultures , donner à chaque sol la plante qui lui convient. Ils sèment toujours les mêmes grains sur une terre épuisée par ces récoltes , et souvent le produit ne paie pas les frais (*).
Quoi ! vous marchez à la tête des populations , et vous en laissez les trois quarts dans l'ignorance ! . . . Vous n'êtes pas
musique , des bals , des dîners et de la politique , n'est-ce pas là de la civilisation? — Je ne sais trop... L'bonune public et l'économiste ne la voient que dans l'instruction des masses, dans le développement de toutes les facultés agricoles et industrielles , parce que cela prouve que chacun possède la science de son état et de sa condition... Les Anglais sont civilisés , les Sybarites étaient corrompus.
(*) Les machines et la vapeur vont imprimer à l'Europe un mouvement qui doit l'étonner. Elles abrègent tellement le travail qu'elles laissent partout des bras dans l'oisiveté. Aujourd'hui 30 millions d'individus peuvent fournir aux besoins de 400 millions.
Cette révolution s'accomplit et marche rapidement : elle est inévitable ; aucune nation ne peut s'y soustraire. Personne aussi ne peut calculer encore les effets de cette perturbation. On les sent en Angleterre , en France , en Belgique ; mais au lieu d'agrandir le champ où se meuvent les populations laborieuses , le génie des arts le rétrécit sans cesse. Je suis loin de blâmer ce noble et brillant essor de Tesprit humain.
Cependant qu'arrivera-t-il quand tous les peuples viendront offrir le superflu de leur industrie sur les marchés de l'Univers?... Je l'ignore.. Mais j'affirme que le plus riche sera celui qui fournira le plus de matières brutes , et que le commerce le plus lucratif sera dans les productions du sol.
Améliorez donc l'agriculture : car elle peut occuper les bras que les inventions nouvelles ont paralysés... C'est sur ce point que le gouvernement et les chambres doivent réunir leurs efforts ; c'est là que toutes les opinions doivent se confondre ; cela doit être aussi le premier objet de la sollicitude des conseils généraux.
Je le dis avec une amère et douloureuse conviction : malheur à la France , si elle ne se repose enfin dans l'économie poHtiquc , agricole, industrielle , commerciale et domestique.
dignes du rang que vous occupez. N'entendez-vous donc pas , en vous-mêmes , une voix qui vous crie que les avantages sociaux dont vous jouissez vous imposent des obligations!
L'instruction est lente , ditron ; elle n'agit que sur l'enfance : tandis qu'il faudrait instruire les hommes et les A-ieillards , ceux qui savent lire , comme ceux qui ne le sevent pas.
Vous voulez l'impossible. Pourtant les peuples ne meurent pas comme les individus ; les générations se succèdent; et l'instruction peut marcher avec elles : le temps ne leur manquera pas. Vous avez un long voyage à faire ; vous n'arriverez jamais , si vous ne bougez pas Marchez donc.
Cependant je n'ai pas entendu votre objection pour me la faire, et je crois l'avoir résolue. Ecoutez: car c'est important.
A la fin du livre sont trois petits chapitres contenant 6 à 8 pages , au plus. Là se trouvent réunis les principes de l'économie rurale. On les fera aussi imprimer séparément.
Il faut que , dans les écoles , tous les enfans apprennent par cœur , filles et garçons ; on y trouvera de l'instruction pour tout le monde. Il le faut , c'est un besoin , un devoir, une nécessité.
Les plus instruits enseigneront les commençans. Le soir, dans la famille , ceux qui sauront lire feront répéter , posément et doucement , le premier , le second , le troisième chapitre. Si personne ne le sait , ou ira chez im voisin. Quand l'enfant les saïua un peu , il les lira couramment et répétera seul.
L'hiver suivant , il recommencera. ... Il les sait bien : tant mieux. Pourtant il répétera sans cesse, il les redira chaque jour et plusieurs fois, hors de lu classe et chez lui. L'on
300 L'AGOtiCULTURE ràPULAIRE.
vérifiera de temps à antre , pour s'assurer qu'il ne trompe^ pas. Tout cela est indispensable.
Croyez-vous que ces enfiems pourront apprendre par eœor! Et pourquoi past Est-ce que la mémoire n'est pas un don de la nature!... Ils appprcnnent bien le catéchisme.
Quel est votre but! — Ces enfans n'oublieront jamais ce qu'ils auront appris de la sorte. Mais toute la fiunille l'apprendra avec eux forcément et sans s'en douter. Cn petits babillards corneront leurs principes aux oreilles de tout lé monde. Personne ne leur échappera, et le grandpère les saura le premier.
Ceux-ci quittent , et d'autres viennent. Les trois diapitres reparaissent encore ; 1& maison retentit de nouveau. Elle retentira , tant qu'il y aura des enfans dans la famille; c'est-à-dire , jusqu'à la fin des siècles. Mais l'enfance au* instruit la vieillesse et l'âge mur , et tout le monde saura les principes. Les inspecteurs et les trois chapitres, voilà la base de la méthode ; elle est là tout entière. Choisissez bieo les hommes, et qu'on apprenne par cœur les principes; dans cinq ans , on saura partout ce que c'est que l'agriculture.
Je vais vous donner un faible et court exemple de ces adages ; vous comprendrez mieux ce que doit contenir le livre que je vous demande : car tout doit s'y trouver.
EXEMPLE
Le propriétaire aurait aussi besoin d'adages ; mais ce n'est point l'objet de la méthode. En voici pourtant quelquesuns :
Il faut à tout cheval un bon palefrenier , comme à toute ferme un bon cultivateur.
Choisis un fermier avec tout le soin que tu mettrais à choisir im associé.
Celui qui ruine son fermier ruine sa terre.
Deux clés sous la porte mettent une ferme à T envers.
Celui qui néglige ses biens perd au moins le tiers de son revenu ; et , s'il vend , la moitié de son capital.
Aimes-tu tes enfans!... soigne tes domaines.
Je ne te dis pas : cultive-les.... mais veille à ce qu'ils soient bien cultivés.
Quand tu affermes , impose cette condition : le tiers des terres en IcUfour sera mis en prairies.
Prendre un fermier général , qui sous-loue ensuite ou fait colonncr , c'est donner deux charges , deux bâts , deux sangles à son âne , et lui mettre un essaim de frelons au derrière.
Venons au cultivateur.
La bonne ménagère est un trésor.
Tout prospère sous la main d'une femme active et soigneuse (*).
Un cultivateur économe et laborieux s'enrichit ; et celui qui est fainéant et dissipateur se ruine.
Le chemin du cabaret est aussi le chemin de l'hôpital.
Ne va aux foires et aux marchés que pour tes affaires ; il y aura toujours assez de fainéans , d'ivrognes et de gourmands , sans toi.
f^': La volaille , les cochons , la laiterie sont confiés aux femmes : œ sont dans une ferme des articles importans.
Combien de ménagères ignorent que les poules et les pigeons ne pondent que jusqu'à quatre ans. Elles nourrissent de la volaille sans profit.
Sait-on partout que la manière la plus économique de nourrir les cochons est de leur donner des pommes de terre l'hiver et de les faire pâturer dans un trèfle pendant le restant de Tannée. Ces animaux paissent comme les bœufs , les chevaux et les moulons; ils se nourrissent fort bien de la sorte.
Dans le bocage du nord de ce département, chaque borderie a deux ou trois vaches ; chaque ferme en a de quatre A huit ; on n V lait point de fromages, et l'on chauffe le lait pour faire monter la crème. Que de sots usages on trouve partout !
aoi L'AmiiCULTURE POPULAIRE. ^
Quand ta es hors de chez toi , tu no fais rien , tu dépenses ton aigent , et rouvrage va mal à la maison. Ccst pis qae de brâlor sa chandelle par les deux bouts.
Le premier épargné est le premier gagné. On n'est pas tonjoois sur de gagner ; mais on tient ce qu'on épargne.
Ne laisse rien perdre de ce qui est utile à l'homme , aux bestiaux ou à la terre.
Une poignée de paille donne deux poignées de fumier , qui donneront une poignée de grain.
Mets diaque chose à sa place : aie soin de tes instrumeDs ; le soleil et la pluie gâtent tout , puis il faut du bois , du fer, du travail et de l'argent.
Habitue tes enfans à tout serrer , à tout ramasser.
Soigne aussi tes récoltes. On perd souvent plus , dans un jour , par négligence , qu'on ne gagne dans une semaine par le travail.
Fais mettre en écrit , par tes enfans , le produit de tes récoltes", tes achats , tes ventes et tes dépenses.
Laboure bien , fume bien , n'épuise pas ta terre ; tu seras bon cultivateur.
Soigne ta terre , comme ton attelage ; ne lui donne pas trop de charge.
Celui qui épuise sa terre , épuise sa bourse.
Ne laboure point les terres fortes quand elles sont mouillées , ni les terres légères quand elles sont sèches.
Il n'y a pas de bon labour , sans une bonne charme et un large soc qui coupe les racines.
Tâche d'éviter les mauvaises herbes ; elles sont de la famille des mauvais cidtivateurs.
Veux-tu du grain ? Fais des prés.
Les prés sont à la terre ce que la nourriture est à l'homme. Si elle est épuisée , ils la fortifient ; si elle est lasse , ils la reposent ; si les mauvaises herbes la tuent , ils la nettoient
Il n'y a point de terre où Ton ne puisse faire un pié d'une espèce ou d'une autre.
Les prés nourrissent le bétail ; le bétail fournit le fiumer ; le fumier donne le grain.
Point de fourrages sans prés ; point de bétail sans fourrages ; point de fumier sans bétail ; point de grain sans fumier.
Ainsi les prés , le fourrage , le bétail et le fmnier amènent le grain. Mais tout cela se tient, et si Yfm manque , adieu la récolte.
Celui qui a la moitié de ses terres labourables en prés , est un excellent cultivateur. Il est encore bon , s'il en a le tiers : le quart n'est pas assez.
Si je fais autant de prés , où placerai^e mon foin ?. . . Où! on le place, dans les trois quarts de l'Europe.. . à la belle étoile.
Celui qm n'a pas de foin dehors n'a pas assez de foin.
Sème chaque année des prairies , chaque année tu en rompras. Une boisselée de défrichement en vaot trois.
Plâtre tes prés artificiels. Pour trente sous de plâtre , tu auras douze cents de foin en sus de ta récolte babitoelle.
Ne sème que ce que tu peux fumer. Fais des prés , élèie du bétail jusqu'à ce que tu puisses fumer tous tes blés.
Ne sème pas en raison de la terre que tu as , mais du fumier que tu fais.
Celui qui sème sans fumer travaille mal , se ruine et mettra la clé sous la porte.
Une pièce de gros bétail fume deux boisselées et demie (ou 37 ares 1/2 ou 1,000 toises carrées), dix moutons en fument autant.
Si , dans la plaine , tu sèmes 100 boisselées ( ou 15 hectares ) en froment , il te faut 34 pièces de gros bétail et 60 moutons , bien nourris et fourms de litière.
Si ta terre est froide et humide , tu n'en fumeras que la moitié , avec la même quantité de bétail.
Tu ne plantes jamais Tail et les oignons deux années de suite dans le même carré ; pourquoi sèmes-tu donc plusieurs blés de suite dans ton champ î
La terre s*épuise par les mêmes cultures : les mauvaises herbes prennent le dessus , et tu n'as que de petits épis.
Les beaux épis font les belles récoltes.
Cultive de tout ; parce que tout ne manque jamais à la fois.
N'oublie pas la ponmie de terre ; c'est elle qui te nourrira dans la disette , et qui engraissera ton bétail dans l'abondance.
Ne la mêle jamais à ton pain : tu gâteras deux bonnes choses , sans profit.
Fais-la cuire , sans eau , dans une marmite de fer, bien couverte. Ecrase-la chaude , et fais-en une soupe épaisse trois fois par jour ; mets-y très-peu de pain. Tu peux aussi manger la pomme de terre chaude , à la place du pain ; car Dieu a dit: C'est un pain tout fait.
Tu trouveras cette soupe excellente , et ton grenier ne se dégarnira pas. On ne vit pas autrement dans tout le nord de l'Europe.
Nourris des bestiaux de plusieurs espèces : si l'une ne se vend pas , l'autre te fera de l'argent.
Celui qui soigne son bétail , soigne sa bourse.
Engraisse ton bétail avant de le vendre : la graisse cou» vre les défauts.
Sème et cultive pour chaque espèce de bétail : il faut que tout vive et vive bien.
Je n'ai pas d'argent pour avoir du bétail achette de
petits veaux , de petits agneaux. Bien nourris , ils profiteront plus , dans un an , que dans deux , mal soignés.