DU HARAS DE SAINT-MAIXENT
Cet éta!)lissement a donné de grandes espérances et de faibles résultats. Il a fait du bien ; il a fait beaucoup d^ mal. Quand on le créîi ce fut un délire , une passion , une
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areur ; les propriétaires ne rêvaient que de chevaux.
Sept à huit ans après , on se réveilla désenchanté; le (k^uragement succéda à l'enthousiasme , et tous les essais irent abandonnés.
Cela devait être : non que la chose ne fut bonne ; maïs îs élcmens de durée n'existaient pas chez nous.
1® La population se divise en propriétaires ou messieurs, n paysans ou laboureurs ; comme partout. Mais le proriétaire ne cultive point ; il afferme ou fait coloner. Ceux ui habitent la campagne , momentanément ou toujours , ^servent quelques prairies , quelques arpens que leurs mélyers labourent.
Cette faible et petite culture ne pouvait changer nos ices.
2® On n'avait pas calculé la puissance du climaf , Façon du sol , l'influence des pâturages sur les animaux. Lvant d'introduire une race nouvelle , créez des fourrages ui lui conviennent ; vos foins aigres du bocage ne nouriront point des poulains d'Arabie. La nature est plus puisante que l'homme ; il faut modifier les animaux : vous n'y rriverez qu'en perfectionnant vos cultures.
y Sur une grande pfiurtie du sol, les jeunes chevaux erdent la vue. Mes expériences nie font penser que cette laladie est occasionnée par l'eau. Où ce fléau existe , point e jeunes chevaux : il faut les vendre à un an.
4" L'éducation des chevaux fins , comme objet de comlerce et de bénéfice agricole , exige des soins infini^ et ousse à des dépenses énormes. Les résultats sont trop auvent malheureux. — Faire naître un cheval pour soi , élever et s'en servir est ime opération qui ne compte pas.
Les Anglais et les Allemands, me dira-t-on, ont ce- «ndant amélioré » peifeotim m faces. — C'est vrai;
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et , si vous voulez faire comme eux , vous réussirez de même. —- Les limites de l'impossible sont lom devant nous.
La noblesse anglaise possède une grande partie du sol; elle a la manie des chevaux. J'ai sous les yeux une liste immense , contenant les noms des lords anglais et irlandais qui ont , dans leurs écuries , de 150 à 1 ,300 chevaux : c'est effrayant. Ils achetteront un cheval cent mille francs; ib fréteront un vaisseau qui ira chercher des étalons et des cavales en Arabie. — Argent , soins et cultures , rien ne coûte à ces hommes instruits , maniaques et millionnaires. Ce n'est pas moi , vieux paysan , vieux laboureur , qui vous blâmerai de pas suivre ces exemples.
La noblesse allemande est riche , fort instruite en agriculture. Cela doit être : dans une grande partie de la Prusse et de l'Allemagne » on ne connaît ni le fermage ni le colonage; celui qui possède cultive. Vous avez dix, vingt et cent fermes ; vous placez dans chacune un agent , qui fait au gré du mdtre. On conçoit qu'avec ce système , la culture et les races doivent faire des progrès.
Le peuple allemand est le plus heureux et le plus instruit de la terre; il imite, après avoir longuement réfléchi. Il faut que le nouveau devienne vieux pour qu'il l'accueille. Le peuple est ainsi partout, et ce n'est pas un grand mal; les faiseurs de projets le mèneraient trop loin.
Comparez ces usages avec ceux du Poitou. La terre est au paysan, le fermage au maître. Pour faire ici quelque chose en culture, il faut pénétrer les masses.
DE CE qu'on a FArr POUR CE HARAS.
Quand le propriétaire eut calculé la perte et le profit , le doit et l'avoir , il comprit que l'éducation des chevaux était
ruineuse ; il rabandoima. A mon avis , il fit sagement. Mais poussé par les employés du haras , ayant toujours des idées de chevalerie en tête, il imagina de jeter ses malheurs sur le paysan.
Le laboureur plus économe , soigneux et patient , réussira, disait-il. Mais dans les limites du haras, se trouve une industrie fort ancienne , et qu'il fallait détruire : ce n'était pas chose facile.
Je veux parler de la production des mules.
1* — Pour allécher le paysan , on fit des fonds , on établit des prix; le département paya. — Us se distribuèrent à Niort, pendant long-temps; les voisins prirent l'argent; les gens éloignés ne vinrent pas , et firent bien.
EInsuite on divisa la somme entre les arrondissemens , et la distribtution se fit aux chefs-lieux de sous-préfecture.
J'ai vu cette comédie. — Les prix sont excellens pour grossir un rapport, orner un discours, embellir une phrase. Mai» je ne crois pas qu'il soit possible d'employer plus mal son argent.
Us sont tout^à-fait inutiles.
Us nuisent aux progrès. Ceux qui n'ont rien sont mécontens , trouvent qu'on juge mal , et n'ont pas toujours tort.
'En supposant que cet adage : L'intérêt pour les masses, les prix pour Vintrigant , soit sans application , ils ont toujours un caractère d'inconséquence et d'injustice. Vous êtes forcé d'en convenir : les bêtes superbes seront achetées par les riches, et le peuple paie. — Vous avez de la fortune, voici de l'argent; c'est le travailleur qui le doime. (Aumône superbe) !
Les prix furent chez nous un spectacle annuel , un scandale perpétuel, une longue et inutile dépense. Us n'ont fait aucun bien , ils ont fait beaucoup de mal : je dirai bientôt
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comment. On les abandomia , et tout le monde répudia le mérite de l'invention.
j2^ — Plus d'enthousiasme , plus de prix. Que faire! On achette , en Normandie , de belles cavales, qu'on donne aux propriétaires qui pouvaient les faire soigner. ( Ces achats durèrent pendant deux à trois ans , je pense).
Qu'ont produit ces jumens! — Rien. — Le mot est dur, le mot est vrai.
Je vous l'ai <fit : vous ne ferez rien , chez nous , par le propriétaire ; il ne cultive pas. Puis le feu sacré était éteint; on prenait, parce que le département donnait; mais on savait les résultats d'avance. Enfin les* mœurs, les usages n*y sont pas; nous ne sommes ni Anglais ni Allemands; nous sommes Poitevins : ce n'est pas plus mal ; mais on ne nous changera point , et tous les chevaux du haras de Saint- Maixcnt ne nous tireraient pas d'une habitude.
Vous voyez que la prospérité du haras n'a pas dépendu de nous. On a fait successivement de grands sacriiiees. Chaque génération fait son école ; celles qui suivent doivent en profiter.
Mais le plus grand obstacle a toujours été l'industrie mulassière : ce haras , au lieu de la protéger , n'a eu d'autw objet que de la détruire. Les inspecteurs et directeurs, hommes de chevaux, n'ont jamais voulu comprendre que la jument mulassière était une spécialité, créée par les siècles, que c'est enfin une race à part. — C'est de là que vient le mal qu'ils nous ont fait, qu'ils font encore.
Pour prouver ce que j'avance, je vous parlerai — de la jument mulassière ; — de la difficulté de la faire emplir du baudet; — de l'importance de la mule et de son commerce; — de ce qu'ont fait les employés du haras ; — de ce que peut faire le gouvernement pour ranimer cette industrie.
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Je tâcherai d être court : je ne sais point faire la phrase , je n*ai rien appris dans les livres. Cela vient de mon grandpère , qui me disait souvent : Jacques , qui lit toujours ne sera pas lu; réfléchis, mon garçon. — C'est en conduisant ma charrue que je tourne et retourne ma pensée; et , si elle est claire dans ma tête , elle se trouve claire sur le papier.
DE LA JUMENT Ba'LASSiÈRE.
Je répéterai ce que j'ai dit dans Talmanach du cultivateur , de 1835. La jument mulassière a la patte large, — Tenfergeure courte , — le talon bien sorti , — beaucoup de poil au talon , — l'os de la jambe gros, — le jarret lai^ge et bas, — la cuisse charnue, — les hanches larges , — le corps court , — les flancs relevés , la côte longue, — le ventre abattu , — le devant bien ouvert , — un petit ensellée ,
— haute de 4 à 9 pouces à la chaîne.
Il faut donc une bete forte , trapue , écrasée. C'est la capacité du cofire , la largeur du bassin qui fait la belle mule ;
— une jument de 6 pouces produit une mule de 8 à 1 1 .
On voit que la race mulassière est lourde , lente et sans aucun agrément , propre , tout au plus , à traîner un fardeau.
Les gens du haras ne la trouvent belle; cela ne m'étonne point. Les entêtés ne veulent pas comprendre que ce n'est pas de la jument qu'il s'agit, mais de la mule. Ils disentcette bête est affreuse. — Malheureux , regarde ; elle donn des mules superbes.
Le malheur est encore que tous les étrangers qu'on nous envoie ont des systèmes; ils n'écoutent point: puis ils no prennent pour des imbéciUes , des sots , des ignorans (^^ pourrait être , et , pour mon compte , je ne contrarie UbI^ sur la jument mulassière. un paysan du Poitou en sait ni que tous lessavans de l'Europe. Il a pour lui les tniditioT
Hi L'AGMGULTURE POPULAIRE.
son expérience et celle du pays. .— U n y a pioint de livres là-dessus ; la science est dans la tête du laboureur.