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DE LA MULE ET DE SON COMMERCE

De Vuiilité de la mule. — Admirable animal , dont la place est marquée depuis des siècles I — Le. bœuf pour les marais , le cheval pour les plaines , le mulet pour la montagne. — Sobre comme le chameau , il supporte la faim , la soif, les privations avec une résignation courageuse. — Il vit de peu , il aime les climats chauds et n'est jamais malade. — On en use , on en abuse , il a un cœur de fer et travaille toujours. — Robuste et vif , il a, dans tout son être, une force musculaire incalculable; il porte des fardeaux, laboure , traîne rapidement ou lentement une voiture , gravit ou descend une montagne , comme l'onagre du désert d'où il nous vient.

Animal malheureux! On lui donne des défauts, on le craint, on l'évite. — J'en conviens, la domesticité ne Ta point vaincu , l'esclavage ne l'a point abâtardi ; il est fier , libre encore et même un peu sauvage ; il porte toujours le cachet de son indépendance originaire.

Mais c'est de là que lui vient sa force et son courage. — Voulez- vous un animal de bronze î Le voici. — Aucun ne

33<r L'AGRICULTURE MPULAIRE.

mules. Le chiffire des douanes est moindre ; mais il en passe beaucoup en contrebande.

Nous expédions encore des mules de cinq ans dans les colonies. Nos armateurs perdent ce commerce; traitent avec les fournisseurs à petit prix ; ceux-ci veulent gagner , et Ton envoie des bêtes tarées.

Ce débouché nous manquera. Depuis long4emps l'Amérique du sud élève des mules , elle en exporte (Buenos- Ayres surtout). Ces bêtes ne valent pas encore les^ nôtres; mais elles sont faites au climat des tropiques»

Il faut chaque année , au gouvernement , cinq mille chevaux , à six cents francs pièce ; c*est trois millicms. Le Poitou fait entrer cette sonmie en France.

On tire des bœufs de Suisse et d'Allemagne , des cochoM du pays de Liège , des chevaux de la confédération. Noos exportons seuls des animaux. Qu*on juge maintenant de l'importance de ce commerce.

Le midi de la France élève quelques mules ; mais il ne peut soutenir la concurrence avec le Poitou , ni pour la qualité , ni pour les prix. Nous vendons à la plus petite valeur possible ; aucun pays ne peut rivaliser avec nous. Mais ce qui maintient cette industrie ^ c'est que nous en partageons les bénéfices avec le consommateur ; sans nous voir , sans nous connaître, sans contrat ni convention, nons avons formé la société la plus durable , parce qu'elle est fondée sur dos intérêts réciproques. — Rien de bien , rien de mal ne se fera chez nous , sans que l'est et le midi de la France t gagnent ou perdent. Attaquer cette industrie est une méprise , une erreur , une faute.... j'allais dire, un crime.

Oui , le cheval est beau ; mais la mule est superbe. — Pour moi , quand j'ai deux belles mules à ma charrue, j ai soixante ans de moins , et suis le paysan le plus glorieo de la terre.

LETTRE SUR LA raWUGTION DES MULES. 334

D*oii viennent à la mule du Poitou ces brillantes quali> tés t Du cheval poitevin , de cette race antique et sacrée , de cette race spéciale , créée par le sol , améliorée par des soins infinis , et qui vaut cent mille fois mieux que la race d'Arabie , qui porte le brigand du désert et ne laboure pas. — C'est elle qu'on veut détruire !

DU BSAL QUE NOUS A FArT LE HARAS DE SAINT-MAIXENT .

1^ Ce haras aurait eu peu d'influence ; mais l'attaque à notre industrie fut précédée par une révolution. Nous tirions, chaque année , sept à huit cents jumens mulassières des marais du Bas-Poitou^ quelques-unes de Bretagne. Ces bêtes , employées en partie à la reproduction de la jument, maintenaient notre cheptel mulassier.

Toutrà-coup arrive un mouvement social , et les têtes tournent. On ne marche plus , on veut courir, aller comme le vent , plus vite que l'oiseau qui vole : il faut des bêtes légères. — Toujours le producteur se plie aux goûts du consommateur ; et voilà des chevaux de cavalerie , de poste , de diligence , de roulage accéléré.

Ainsi se tarit , en grande partie , la source où nous puisions ; ainsi périt peu à peu la race poitevine /race pesante et lourde , race mulassiëre et la première du monde pour c^t objet.

Il fallait redoubler d'efforts , rouler sur nous-mêmes et nous suffire. L'imprévoyance est dans la nature humaine : les honunes sont femmes , ils ne songent pas plus qu'elles à l'avenir.

C'est au milieu de cette crise que sont venus les inspecteurs et directeurs de haras.

2** J'ignore quel est le droit et la puissance de ces messieurs. Toujours est-il qu'ils se sont faits les arbitres et les réformateurs de nos haras.

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£c ienr godiie demâtres , Us ^*t^wi*»t Tenir nos é(ajiBK. ài âuai-liamnt , eosaîiie à Xîoit , puis aux cheishBOL àt MaoB-joéshscarK , «1 là , îk Tnrttaîftit à la reforme

L jeur ittliui àt franàts faêles . ayant long coa, loog rnms ei janfrofis iamlies , des 'bètes de course et de volée. Ct*Ik!«-lb SBokmem srraieDt 7o jMzrîf .

SBT-fiz-Tiins. est que t'est que la paie f Toute jument qui lîvaii sn frim de oe^ deiwziL étr^iés ooDOooFait pour les

J as vu ime ^oqne où 1 en ne parlait que de la paie; et loiiMinirs îes bêles It^fères araient les prix. — Ainsi les cfkpraizx aidassies^ disparaissaient de nos haras.

XoQS aroDs paré poiff déonire notre industrie , en donliant à ces meââeors une poiâsanoe qu'ils n*avaient pas.

Mais me direz-Toos. pourquoi vos maîtres de haras s'y M»it-i]s laissé prendre !... Cette objectiim est forte , et j'y réponds :

1 II ny a point de haras de chevaux , dans le Poitou. Quel«|ii€->-uns dans le bas marais, près de la mer j. Mais iJ y a df-s haras mulassiers par centaines. On y trouve un cheval sur quatre à cinq baudets ; ces chevaux sont destina •s à l'entR'tien du cheptel mulassier.

Tous nos haras sont tenus par des fermiers , paysans et lalioureurs ; gens de travail et d'économie , faciles à séduire quand ils ne se doutent pas que leurs intérêts sont ronipnimis.

2" C'était la j)remière fois , depuis la création du monde , qu'on Ic.'ui- disait que la race poitevine n'était pas la meilleure ia<e niulassière. L'expérience n'était pas faite , rien iKî leur jirouvait qu'on les trompait.

îi" Les chevaux poitevins étaient rares , coûtaient beau-

coiip , tandis que leurs grands flandrins d'animaux se trouvaient partout et coûtaient moins. — Nous ne sommes pas des riches ; tout , chez nous , vient du travail , et le premier épargné est le premier gagné. — Prendre quelqu'un par son intérêt , c'est le prendre du bon côté.

' 4** Puis la mauvaise bête avait la paie. On faisait sonner le mot , on se glorifiait , en épargnant. — Profit et vanité remueraient le monde.

5® Enfin le mal se fait plus facilement que le bien ; ime sottise trouve toujours des sots qui la prônent.

A présent , prenez ces raisons ime à une , ou bien mêlezles ensemble ; vous comprendrez que c'était trop , et qu'on devait réussir à moins.

Mais quand on eut vu les résultats, tout le monde se plaignit et cria sur ces beaux messieurs ; leur influence fut détruite ; il n'était plus temps.

Pourtant il y a des étalons mulassiers par le monde ; il faut les chercher au loin , dans les pays où vont les poulains du marais , dans la Beauce et la Brie.

Nos maîtres de haras ne sont jamais sortis du pays : aller à 100 lieues , c'est aller au bout du monde. Puis la dépense , l'incertitude , les frayeurs , les accidens , les mais et les si de toutes couleurs. Enfin c'est le voyage impossible ; on se croirait perdu.

Avant de vous dire comment on peut réparer le mal, je dois vous parler des dernières tentatives de ces messieurs.

Aujourd'hui tout est avoué , on marche à découvert ; il s'agit de remplacer la race poitevine par la race normande. Ce* plan est consigné dans xm mémoire fourni par le directeur du haras de Saint-Maixent au préfet , en 1834. Le préfet l'a conununiqué au conseil général.

U4 L*ifitlC»LTORE POPULAOŒ.

Je oe dini point que ce projet est insensé ; ce serait ■^iKnMfcPt» >[ûs son esécoÈiaa est physiquement impos-

PoQT ttnspcnter une race d'un pa^'S dans un antre, il tt:i: q^i'il y ait analogie et rapport entre les climats , les ^^ et ks foiiirraev?s. Or, entre la Normandie et le haut et uoveiî PcàoQ , il V a une distance de mille à douze cents beQt>>. U ne s agit point ici des bas marais de la Vendée i.

i>: ooBDjdt une terre aux plantes qu*elle produit spon- VJLiy.'uxxt : un pays , à ses races d^animaux. La nature procti\k avec une sagesse admirable ; elle proportionne toujours Lt Nète au stJ . le poids à la nourriture. Quand donc vous Aur^z apix>rto les pàmrages de Normandie dans les plaines et dans Ws bocages du Poitou , vous y introduirez la me uonisaade.

Je sais que la culture peut tout , et qu au moyen d'amé- UomiioQs infinies, «m implanterait la race de Picardie dans les landes de Bretagne. !Mais , chez nous , la vieille nature i>t Jiins sa torve . et la cultiire dans sa faiblesse : attendez quelques sitvles.

Puis, comiiuiit prtvt\lerez-vous ! En important des cavales et dt^ chevaux normands! Alors nous tuerons ce que nous avons; vous nous prêterez de l'argent. — Sera-ce seulement jxir les étalons ! Vous aurez une race bâtarde et démanchée , sans utilité comme sans agrément. — On l'appellera !a race du Dùrcttur.

Enfin , faire de la race normande une race mulassière , c'est la plus burlesque folie qui soit sortie de la tête d'un houmie !

Avec votre permission , causons ensemble , monsieur le Directeur. — Vous avez de Tàge et du savoir. Ce n*est pas un rê\*e? Vous avez bien certitude de succès, tout au moins des probabilités? — La race normande n*est pas extérieu-

LETTRE l^JE LA PRODUCTION DES MULES. 335

rcment mulassière; mais art-elle ces qualités occultes ^ qui manquent si souvent! Sur dix jumens, aura-t-on six mules! — C'est un grand avantage. (Vous ne comprenez pas ce que je dis.) .

Vous connaissez sans doute des cultivateurs qui ont bon nombre de ces jumens, des pays où on les trouve par centaines! Vous savez que leurs mules valent mieux que les nôtres! Eh bien! il faut le dire. — Coûte qu'il coûte, les fiedts seront vérifiés , constatés , publiés. Ces faits décideront la question; au lieu de vous blâmer , on vous approuvera.

ilais si c'est une idée , un songe , une illusion (et je Tassure) ; si vous ne pouvez citer qu'un fait isolé , contestable peut-être (et je le soutiens) , serez-vous excusable!

Vous , préposé , payé pour protéger cette industrie agricole^ vous entreprenez de la détruire! La mule du Poitou est , depuis des siècles , la plus belle du monde ; vous pouviez l'améliorer ou la maintenir; vous l'abîmez par \m simple caprice ! — Jugez de ce qu'un éanvain sans gêne ou la presse à tout poil pourraient vous dire !

Notre Directeur , poursuivi par clameur de haro , a voulu se réconcilier avec nos laboureurs , afin de glisser sa bete normande ; il a demandé , obtenu du ministre des prix pour nos mules.

Vous connaissez mon opinion sur les prix: c'est de l'argent perdu; l'expérience est faite; y revenir, c'est se replonger dans une vieille erreur. Mais des prix pour des mules est chose ridicule, pour qui connaît ce commerce. Notre Directeur ne s'en doute pas.

Les belles mules se trouvent dans sept à huit cantons du Poitou. Elles ne partent point à un an , mais à cinq. — Elles sont achetées , à dix ou douze mois , par les laboureurs de la Vendée et des Deux-Sèvres qui les font tra-

336 L'AGmCDLTDRE PÙKLÂSBE.

vailler. La vente de ces jeunes moles comnience à la micarême de chaque année.

Nous avons une classe d'hommes industrieux et connaisseurs, qui battent la campagne pendant Thiver, adietteot ce qu'il y a de beau chez lé producteur. Long-temps a:vaDt la vente , ils sont maîtres de tout. Bs paient cher , et vendait plus cher encore , parce qu il y a monopole. Cela se borne a trois cents bêtes de choix , dont le prix , terme moyen, est de cinq cents francs la pièce. (Elles ne tiennent pas de jumens normandes.)

Au mois de mars dernier (1835) , le directeur a commencé sa distribution; il a donné ses prix à nos maquignons, qui tmt mangé son argent au cabaret, buvant à sa santé et se nuH]uantdelui. Ils les axuront toujours, parce que toujours ils seront maîtres de ce qu'il y aura de beau. Quel bel en- 1 ouragomont ! Il y a bien des folies par le monde ; mais ivlli's quon paie sont les plus sottes; c'est ainsi qu'on tn>mpo le gouvernement , qui fait mal , croyant bien faire.

1>K. Ci: QUE PEUT FAIRE LE GOUVERNEMENT.

Je no suis jxns de ceux qui croient que le gouvernement dou liHii t'ain^ . et qui se plaignent de lui quand leurs affaii\> vont mal. — Il y en a bien assez de cette trempe, sans ijuejeiie m'en uièle.

Je ne \eu\ point de stK^ours; il n'en doit pas. — Mais > il \ a des Tonds au budget pour les haras , si celui de Suul Maixent ne jvut être utile qu'autant qu'on y placera Ue^ i lio\ eaux nuilassiers , pourquoi n'en mettrait-on pas ?

i'esi la qiu^lion. — Je serai court; ma lettre est déjà lonj;iu\ Les \ieillaixls sont bavards! mais, remarquez-le bien, e est la pi'\*mieiv fois qu'on traite ce sujet, qu'on tvnl Mir la niatieiv; rien de ce que j'ai dit ne se trouve

dansles livres ni dans aucun mémoire, il fallait tout expliquer.

l"* La mule est nécessaire au midi de la France. Cettô industrie ne se borne pas à une province ; elle s'étend sur on vaste territoire. Le producteur et le consommateur ont les mêmes intérêts.

: 2" Le producteur est pauvre, travailleur, fermier, métayer, laboureur; il ne peut faire de sacrifices. Faute de inoyeps, il laisserait périr la race.

. y Après les haras de Pon^adour et du Pin , celui de Baint-Maixent est le plus utile et le mieux placé.

Bonaparte Tavait compris. Grand législateur, grand administrateur (sa qualité de g^erroyeur ne me plaît) , cet liomme comprenait tout. Au bas d'im rapport fait par M. Dupin (alors préfet) , il écrivit : Trente chevaux mulassien à Saint'Maixent. Il avait pourtant grand besoin de chevaux de cavalerie.

. On en plaça dix-sept. — Mais on prit de grands et forts chevaux de Picardie. — On crut bien faire , et on fit mal. — Cette race , trop forte pour la nôtre , fit des poulains hauts montés et démanchés. Ce fut pour nous un .grand malheur.

Le croisement exige une main habile : on ne greffe point on chcne sur un brin d'herbe. — L'amélioration en dedans valait mieux ; elle consiste à prendre ce qu'il y a de plus beau dans une race , et Ton ente franc sur franc.

Il fallait la race poitevine , race lourde , pesante et de

taille moyenne. Je le dirai toujours : c'est , dans la jument ,

la largeur des hanches , la grosseur du coffre , la capacité

du bassin , le jarret , la patte et le poil du talon qui font la

belle mule. Puis la bête doit être en rapport avec le sol , le

fourrage et le pâturage : la nature est là , posant son cachet

surtout..

Depuis , la pensée du grand homme a reposé dans a tombe.

4* Arrive la guerre qu'on nous a ùâte ; la plus sotte guerre du monde. A quoi bon , en effet , an centre de Tindustrie mulassière, ces cheraux fins , longs, étripés! Ayes* en quelques-uns, contentez tous les goûts; c'est sage et bien pensé.

Mais les avoir en troiqie, et n'avoir que ceux-là, c'est une vêhtable folie. A quoi serv»it-ils! A rien. — Qodques prc^wîétaires ODt une jument avariée; ils la mettent au dieval de Saint-Maixent , afin de la remplacer. Cest toM. O la belle industrie! Souvaaez-vous toujours que le pi\>prietaine ne cultive point , que le laboureur ne produit q^9o des muks et ne veut pas de vos chevaux fins. .

Voiss avei un haras pour le riche , et pour le pauvre, 77C7S. — W^Eks avez un haras pour quarante bêtes, et pour f;ïiâ:»UQle voUe « lien. — Vous avez un haras pour cent w>aï!^>D$. rtpcvur le Poitou, TEstetleMidi, rien. — Haras r,vAj,v: Hiras «i: diable!

,> ^;.:: r «:c:tf>d q«*une cloche, n'entend qu'un son. Le s'/^-ft. .' ,^;-s >>Àrî;> r. A h: qTie les rapports de ses employés, ^^'^ s .V.' >\^i*rTr»!'^ . p-^r^ de chevaux et non pas de mules.

Vrs .V.: fjt:; à*^ cxperitooes à nos dépens, disant : Nous >»,^a;^TA> tr^si ^^'c^' îci^ ies sots; nous savons tout, vous ne >*\v : *'\ 'T î"is ,-^4 zajcu* scr ikts épaules , pour être vus de ^\^,:v *', ►.?:. i-^ ;î^ xx'ikTï^'vc V* es ^ coutume.

\t <. c> ,i -^ < V iT ii;::-<» «rocxiamner les employés , parce xN, ,. wfcX'sj;'* ',"s^ AyàiXT^Tk*^ * — Xon, vraiment.

Wvi .V ^*j,' ,;.; «,• \-5,'*ix iâSsavur €st-il mot d'évangile!

V^N,,.-^:-;!- •*> ^.vx^MaL Kiilaâsiers , parce qu'un ^>s>\\>\v ,V5J5.v^T ;rv\^T4:i Ktsoruit et ignoré l'aura dit! —

Mais il faut douter et vérifier; envoyer sur les lieux un homme sans système et sans préventions. Il visitera les fermes et les paysans , causant avec tout le monde et s'instruisant. Point de livres ; seulement des yeux et du bon sens.

Il verra les belles mules , ks jumens qui les donnent. — Que manque-t-il à cette bêteî Que faut-il à celle-là? Pourquoi telle chose? Pourquoi telle autre? — Il voit, s'instruit , recueille des faits et juge. — Qui commence par le doute finit par la science : Tinstruction est au milieu.

6* Veut-on revenir aux idées de Bonaparte? (C'est une autorité). Relever un haras qui tombe? Se plier à l'exigence des localités? Encourager im commerce qui embrasse un cinquième de la France? — Il ne faut ni secours ni excès de dépense , placez les chevaux mulassiers dans ce Laras. Le conseil général des Deux-Sèvres le demande , le préfet également.

Pour réussir, prenez l'antique race poitevine. Vous trouverez plus facilement ces étalons dans la Beauce et dans la Brie , où vont les poulins du Poitou , qu'ailleurs ou dans le marais, parce qu'on les vend à im âge oii l'on ne peut les juger encore.

De toutes les races , celle qui se rapproché le plus de la nôtre, c'est celle du Mecklembourg. Deux étalons de ce pays , écrasés et trapus , de 8 à 9 pouces , pourraient convenir. Je ne l'affirme pas ; mais un homme sans prévention fait des essais.

Pour que l'acheteur ne se trompe pas sur le cheval poitevin , comme sur sa structure et ses qualités , on le fait accompagner par trois de nos maîtres de haras , choisis par eux. C'est nécessaire, le succès dépend de là; car on a déjà fait une école pour n'avoir pas consulté ceux qui ont de l'expérience. — Bientôt ces précautions seront inutiles.

3M L'iGRKULTUllE POPULAniE.

Je ne crois pas que le conseil général refuse de faire des fonds pour le voyage.

Ce projet est-il insensé! Est-il inexécutable! Entraînet-il à de grandes dépenses! Non certainement. — Faire concourir le pays au choix des animaux qu'on lui destine, prendre des hommes spéciaux quand il s'agit d'mie spécialité , c'est agir avec prudence , bon sens et raison.

Je vous assure qu'un honmie raisonnable et sans système, qui cherchera la vérité de bonne foi , voulant le bien-être du pays , aura les populations à ses ordres : tout lui sera facile; avec un autre, tout est impossible.

Monsieur, ma tâche est finie, la vôtre commence. Vous êtes actif; redoublez d'activité.

Parlez à la société d'agriculture ; elle nous secondera.

Parlez au propriétaire ; son intérêt le réveillera : la mule paie une portion du fermage.

Parlez au conseil général ; il est déjà pour nous.

Pariez au préfet ; c'est un homme de jugement , instruit et laborieux; prenant à cœur nos intérêts, il fera plus qu'on ne pense.

Mais surtout parlez à nos députes; ils sont dévoués au pays et connaissent ses besoins. Ils verront leurs collègues du Midi , ceux de la Drôme et de l'Isère ; ils iront au conseil des haras, parleront et diront bien. Us en feront plus dans ime heure que nous, pauvres laboureurs, dans dix ans de pétitions.

Portez-vous bien. J'ai grande espérance; je la garderai tant que je croirai qu'il y a bon sens et justice en ce monde , et je n'en doute pas (*).

(*) Los paysans du Poitou recommandent cette lettre aux députés des Deux-Sèvres. On leur en envoie, à chacun, trente-cinq exemplaires, afm qu'ils en donnent à leurs collègues de l'Est et du Midi , de même qu'au conseil des haras. Ils feront ce qu'ils jugeront convenable; mai» les paysans ont bon espoir , et comptent sur eux.

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