DES AVENTURES DE TÉLÉMAOUE
-Ik chante ce héros, dont l'œil de la sagesse Vu milieu des écueils éclaira la jeunesse ;
' Ce fragment se Irouve dans les Catifidcrations sur le poème épique ou Analyse roisnnnce du traité du P. le Bossu sur cette maticre , qui fait partie du Génie de F'irgile , publie' en 1810 par M. INIiger. IMallilàtre a donné celle imitation du Tclémaque pour complaire au P. Le Bossu, qui veut absolument qu'une invocation dans les formes soit une partie essentielle de l'épopée , parce que Homère et Virgile ne manquent pas d'invoquer leur muse en commençant un poème. «Ceux qui regardent Télémaque comme un poème épique , dit notre poète , ciiarmé de pouvoir faire l'éloge de son auteur favori , ne sont pas aussi difficiles que le P. Le Bossu, et ils lui donnent sans façon ce beau titre, quoirju'on n'y trouve aucune espèce d'invocation , ni même de j)roposilion. Je me rangerais volontiers de leur côté , si je n'étais retenu que par cette minutie. La proposition s'y trouve d'ailleurs dans la bouche de Télémaque, lorsqu'il dit à Calypso : O vous, qui que vous soye^, mortelle ou tlécsse i^quoiquît vous voir , on ne puisse vous prendre que pour une dt\'imtê ) , serwi-vowi insensible au malheur d'un
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Qui de vingt iialloris vit|lesjiiœuis et les lois
fils qui, cherchant son père a la merci des vents et desjlots , a vu briser son naK'ire contre vos rochers ? Quel est donc votre père que vous cherchez? reprit la déesse. Il se nomme Ulysse , dit Télémaque , c'est un des
rois qui, etc Je cours toutes les mers avec les mêmes dangers que lui
pour apprendre où il est Si vous savez , 6 déesse, ce que les destinées
ont fait pour sauver oupour perdre Ulysse , daignez en instruire sonjîls Télémaque. L'auteur, clans son récit , avait déjà dit que Calypso avait compris que Tun des deux hommes qvii avaient échoué auprès de son île était Télémaqvie ^ mais que, quoique les dieux surpassent de loin en connaissance tous les hommes, elle ne put découvrir qui était cet homme vénérable dont Télémaque était accompagné. C'est que les dieux supérieurs cachent aux inférieurs tout ce qu'il leur plaît ,• et Minerve , qui accompagnait Télémaque sous la figure de Mentor , ne voulait pas être connue de Calypso .
a Rien de si adroit que cette exposition du sujet faite en action. Si le P. Le Bossu l'eut trouvée dans Homère , il nous aurait dit : La proposition se trouve 'quelquefois dans V invocation, comme on le voit dans Z'Odyssée et dans /'Iliade ^ quelquefois elle en est séparée j de sorte que la proposition se trouve la première, et l'invocation ensuite : Virgile est mon garant dans /'Enéide. '^Ow peut, au reste, se passer d'invocation , comme dans le Télémaque , poème composé aussi par Homère ; et , quant a la proposition , la mettre en forme d'exposition , faite en partie par le poète\ et en partie par le héros , ainsi qu'il paraît par le même poème. Il aurait, d'après cet exemple, multiplié les règles j mais comme, par malheur,^ le Télémaque est un ouvrage moderne , on n'en peut rien conclure qui ait force de loi , quand même il aurait toutes les parties qui constituentj'^un poème : s'il les avait cependant, et qu'il ne tînt qu'à'une proposition et une invocation pour qu'il eiit toutes les qualités que demande le poème épique , il serait aisé de satisfaire le P. Le Bossu , et de commencer ainsi :
Je chante ce héros , dont Vœ'A de la sagesse An milieu des ecueils éclaira la jeunesse
MalPdâtre , en ajmilant une invocation et une proposition au 'Vé-
irniMiTATlONS. 10
Kl par ses inallieuis même apprit l'art des {^raiiùs lois '
Toi , génie éternel , qui dirigeais sa route ,
liispire-moi , du haut delà céleste voûte,
Ou descends dans mon sein pour animer mes chants ,
Les accens de ma voi.v en seront plus touchans.
La vertu , dont le joug paraissait trop austère ,
V l'homme, dans mes vers, sera sure de plaire:
Pour la faire goûter on doit l'aimer d'ahord %
Jù l'esprit parle mieux quand le cœur est d'accord.
l lysse était parti, (^alypso consternée ^ Vu plus tendres regrets était abandonnée ;
l«'inii(jiie , imite 1»^ début simple et modeste qu'Horace d(»nur |><>ni modèle :
Die mihi , musa , viruin
Qui mores liominum mullorum \i(lit t;i iitbe^.
ARk ror.Tu *.
' (^e vers a quelcjuc analogie avec celui-ci :
IJui par bcs malheurs nu'mc apprit ii gou\crncr.
Voltaire , Hennnde . < li.int l.
' On se rappelle les deux vers de l\^/rl poiliifuc de lîoiloau , dont I» poète suit ici le précepte :
Xiinez doue la mmIu , fjur toujours m)s écrits * Eni|)runtcnl il'cllr >culr rt leur lustre et lr\ir prix.
' AvanI (jue ci- iVaj^menl (Vit cuiinii . un des ;unis de ^lallUàlie as-
Elle avait en horreur la lumière des cieux,
Et demandait la mort comme un bienfait des dieux.
Inutiles souhaits ! la mort fuyait loin d'elle ,
Et pour combler ses maux , elle était immortelle.
Les échos étonnés se taisaient dans les bois ,
Et ne répondaient plus aux doux sons de sa voix :
Seulament, au milieu d'un silence farouche ,
Le nom d'Ulysse encore échappait de sa bouche.
Témoins de ses chagrins , mais sans la consoler ,
Ses nymphes la servaient et n'osaient lui parler.
Seule , elle allait souvent porter sa rêverie,
Sur le gazon naissant de son ile fleurie ;
Mais, loin de modérer le trouble de son cœur,
Ces beaux lieux ne faisaient qu'irriter sa douleur ,
Et lui parlant toujours de son amant volage ,
De ses plaisirs passés lui rappelaient l'image.
Immobile souvent sur ses rochers déserts,
Elle arrosait ^e pleurs le rivage des mers.
Là , des eaux tristement parcourant la surface ,
Ses avides regards cherchaient encor la trace
De ce vaisseau jaloux , qui, fuyant sur les flots.
Pour jamais à ses yeux enleva son héros.
Soudain elle aperçut sur les plaines profondes
surait que la traductioo en vers du Télëmaque , qu'il avait entreprise commençait par ces deux vers :
lilysse était parti \ Calypso gemissunle
Se livrait a\i\ Iransporis de sa douleur naissanle.
i:t imitations. r.r^
Les débris d'un navire abîmé dans les ondes, Un gouvernail, un mât , des cordages flottans....
Cependant, sur le sable, au loin dans l'étendue , Deux liommes différens s'offrirent à sa vue ; L'un marchait à pas lents, et semblait déjà vieux ; L'autre jeune , brillant, semblable aux demi-dieux.
TRADUCTIONS ET IMITATIONS. i>01
TRADUCTION UIRRE