‹ ŒuvresChapitre 29 sur 47 · EGLOGUE V · texte numérisé non relu

EGLOGUE V

Ma muse , la première , a daigné , dans les bois , Du pasteur de Sicile emboucher le hautbois. '

Il commence. Aussitôt les animaux des bois S'assemblent tous en foule autour du vieux Silène; Des Faunes , avec eux , se jouant dans la plaine, Marquent d'un pied léger les accens de sa voix, Et les pins, en cadence, agitent leurs feuillages.

Il chantait tous ces corps, ces principes divers De l'air , du feu léger , de la terre et des mers ,

' C'est Théocrile, célèbre poète grec', natif de Syracuse. Il vivait deux cent quatre-vingt-cinq ans avant J.-C. On a de lui des e'glogues qui portent le titre d'idylles : elles ont servi de modèle aux pastorales de Virgile. ( iVote<ie Malfilatre.)

DES BUCOLIQUES. 27î)

Qui, dans le vide immense épars à l'aventure, S'unirent pour former les premiers ëlëmens , Ces élëmens féconds qui , d'èires différens Par leur mélange heureux peuplèrent la nature '.

' On peut rendre ainsi en vers blancs le reste du système :

La terre tendre encor par degrés s'endurcil , Dans rabimc profond les ondes descendirent i La matière bientôt prit des formes sans nombre. De la terre étonnée il peint renchaniement , Quand le soleil nouveau s'alluma dans les nues. Il dit comment le ciel , au lever de Taurore , Pour la première fois se fondit en rosée i Comment , du haut des airs , les nuages épais Sur les champs altérés versèrent des torrens. 11 décrit et les fleurs et les jeunes forêts , Et des troupeaux naissans d'animaux peu nombreux , Sur des monts inconnus errant de toutes parts.

Mon dessein n'est pas de rendre en vers blancs les beaux endroits de Virgile. J'ai cru cependant que ceux-ci feraient au lecteur plus de plaisir que de la prose. M. de Voltaire dit quelque part : Les vers blancs , ou non rimes , ne coûtent que la peine de les dicter : cela n'est pas plus difficile à faire qu'une lettre. Ce que dit ^I. de Voltaire est vrai quelquefois , et surtout à l'égard des vers familiers -, mais il n'en est pas ainsi des bons vers , et de ceux qui renferment des images et de la poésie. Ils doivent avoir du nombre , du rytbmc , une harmonie sensible et flatteuse pour l'oreille , souvent même imitative ; et il n'est pas toujours aussi aisé qu'on le pense de combiner assez heureusement les syllabes, pour qu'il en résulte sur le champ une belle cadence. Il s'ensuivrait de ce jugement de M. de Voltaire , que la seule difHculté des vers français serait dans la rime 5 ce qui ne peut être soutenu que par ceux qui n'ont pas une oreille aussi délicate que celle de cet illustre poète. Je ne veux pas dire, au reste, que les vers blancs doivent être admis , et fjue nous pui.s.sions jamais nous en contenter. Quand ou pem avoir le plus, en matière de beaux arts, on n'est jamais satisfait du moins. [IVote de MAi.iii.ATRt. )

Je suivrai mon taureau : ses traces vagabondes Pourront frapper mes yeux dans les forets profondes.

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