ELECTRE, ISMÈNE
I s MÈNE.
Pourquoi me fuyez-vous , interdite , égarée ?
électRe.
Mon âme à ce revers n'était point préparée ,
de tableaux , manquent presque toujours leur effet. Le crime , même dans la tragédie, doit avoir une certaine noblesse. Si la destinée place sur le trône de vils scélérats , ou l'on ne devrait voir agir que des héros faibles mais vertueux , ou bien d'illustres criminels.
La scène entre Electre et sa mère, qui promet un contraste si intéressant , n'est pas développée. D'ailleurs , souffrirait-on une mère tombant aux pieds de sa tille , qui ne la relève point ? Souffrirait-on , après cette lâcheté de Clytemnestre , sa joie insolente, en apprenant la mort de son fils. Ah ! monsieur, où est la nature? Peut-on la blesser à ce point? Pylade qui vient faire un long récit pour confirmer la mort d'Oreste , n'est pas moins i-évoltant. Un mensonge de deux cents vers , est-il supportable avi théâtre? Surtout dans la bouche d'un prince , de Pylade , de l'ami d'Oreste ? Comme ce ressort les dégrade l'un et l'autre î comme il est petit quoique employé par Sophocle ! On pourrait dire en faveur de ce dernier, que le mensonge dans les mœurs grecques n'était pas déshonorant j mais dans les nôtres rien ne peut justifier ce défaut. Et puisque tout l'art de Racine n'a pu faire pardonner la feinte de Mithridate , à plus forte raison notre auteur devaitil craindre ce reproche , n'ayant pas les mêmes ressources que cet illustre écrivain.
( FrÉron j Année littéraire 1 76 1 . j
DE CLYTEMNESÏKE. 343
Ismèiie, il n'est donc plus ! . . . , .
Egisthe est satisfait. /
Le barbare triomphe... ah ! je n'y puis survivre
De ce comble d'horreur que la mort me délivre ' I
Mon frère, je te suis , et mon sort va changer , Je puis mourir... Mais quoi? mourir sans te venger ! Laisser , en expirant , deux monstres sur le trône , Jouir insolemment du ciel qui t'abandonne ! Ah ! pardonne... je vais leur déchirer le flanc ; Va . tu ne me verras que teinte de leur sang.
\h ! Madame, craignez
ELECTRE
Vous parlez en esclave.
Mais seule...
ELECTRE
Je me reste '.
' Mourons . tle lant d'hoirettri qu'un tréps me ile1ivr«.
Racise . Phèdre , acte IV,
' Cest une laihle imilation du sublime moi de Medee : Dan» un si grand rêver* que vou> resie-t-il ?
Moi.
Moi , <li*-je,r« c'est a>-i .
Et la mort.
ELECTRE
Je la brave.
Que dis-je? je la cherche et je veux dès ce jour , Dans ce palais sanglant, au milieu de leur cour , Je veux plonger mes mains dans le sang des perfides.
Electre , après un délire de quelques vers , tombe dans l'abattement.
Ismène , tu l'as vue ,
Clytemnestre , en mes bras se jeter éperdue,
Et frémissant , d'un songe envoyé par les dieux,
Mendier par ses pleurs mon secours auprès d'eux.
J'étais presque sensible à sa douleur mortelle.
Mais de la mort d'Oreste elle apprend la nouvelle ;
Sa criminelle joie éclate dans ses yeux ,
Ils brillent devant moi de leur bonheur affreux.
Electre jure la mort de sa mère.
Chrysothe'mis accourt.
Ma sœur , Oreste vit, dissipez vos alarmes.
11 n'est plus.