‹ ŒuvresChapitre 9 sur 47 · ENLEVÉ AUX CIEUX · texte numérisé non relu

ENLEVÉ AUX CIEUX

ODE COURONNÉE A CAEN EN IjSS, ET LA MEME ANNEE A ROUEN.

Cùnique pergerenl et incedenles sermocinarenlur , ecce currus igneus et equi ignei diviserunt ulrumque : et ascendll Elias per turbinem in cœlum. Rec. , lib. 4 , cap. a , i'. i i .

Lorsqu^ls continuaient leur chemin et qu''ils marchaient en s'enlretenant , un char de feu et des chevaux de feu les séparèrent tout d^un coup Tun de l'autre , et Elle monta an ciel au milieu d'un tourbillon.

Quel cercle éclatant m'environne!

D'où part ce déluge d'éclairs?

Quelle source de leu bouillonne ,

Et soudain embrase les airs !

Plus prompts (|ue les traits du tonnerre,

Des coursiers fondent sur la terre ,

' G;Ue ode fui imprimée en i8o5 dans Tedilion de IMallilàhe, publiée par M. Auger j elle était extraite des Recueils 'palinudiijues de Houcn.

Et bondissent parmi les feux.

Où tend ce tourbillon rapide , Et quel conducteur intrépide Vole sur un char lumineux ?

Est-ce toi qui viens, Dieu suprême, Remplir le monde de terreur ?

Veux- tu le dévorer toi-même Par le souffle de ta fureur ?

Est-il venu, ce jour de crainte, Ce jour où ta majesté sainte Doit prononcer ses jugemens , Et sur une nue enflammée Parcourir la terre alarmée Au bruit de la foudre et des vents?

Elisée , ah î c'est ton cher maître.

O regrets ! ô cris superflus !

11 fuit, il vient de disparaître.

Hélas ! tu ne le verras plus 1

Oui, c'est lui, douleur immortelle!

C'est mon guide : en vain je l'appelle

En pleurant je lui tends les bras;

Mais à mes yeux il se dérobe ,

Et déjà vers un autre globe

Il s'élance , et ne m'entend pas. ,

Qui consolera ma patrie De cet événement cruel?

Quel mur contre l'idolâtrie S'élèvera dans Israël ?

Peuple, accablé de ta tristesse, Tu n'as plus celui qui sans cesse Brûlait de zèle pour ta loi.

De ton char il tenait les rênes , Et de tes tribus incertaines , Lui seul affermissait la foi.

Je l'ai vu rendre ses oracles, Libre et vrai dans tous ses discours.

De la nature , sans obstacles , Je l'ai vu suspendre le cours.

Aux ordres de sa voix puissante Sur nous la nue obéissante , Retenait ou versait ses eaux.

Par des prodiges manifestes, Il fit tomber les feux célestes , Ouvrit ou ferma les tombeaux'.

• Tous ces miracles sont exaciemenl racontes dans les Ecritures. IN ou.*: regrettons que les bornes cVune noie ne nous jiermettent pas de rapporter le texte sacre, Elie prophétisa devant le roi Achab qnil ne tomberait pendant ces années ni rosée ni pluie, nue selon la parole qui sortirait de sa bouche. Il se retira par l'ordre de Dieu sur le bord du torrent de Carilh , où les corbeaux lui apportaient du pain et de la chair ^ mais le torrent s'e'tant desséche , il alla à Sarepta , toujours conduit par le Seigneur. Une pauvre veuve qui possédait un peu de farine et quehjues gouttes d'huile , se chargea de le nourrir; il est inutile d'ajouter que la farine et l'huile ne diminufcrent pas durant les trois années que dura la disette. Elie reconnaissant , ressuscita le fils uniijue de son hôtesse . en le réthauffaiil mire ses bras. En rc-

Ses merveilles nous étonnèrent :

C'en est fait, il n'est plus pour nous; Et les cieux qui nous le donnèrent, De ce grand homme sont jaloux.

Leur vaste sein s'ouvre et l'embrasse.

A.h! que ne puis-je sur sa trace, Voler dans ce lieu fortuné !

O vous qui m'aimiez , ô mon père !

Pourquoi , sur ce triste hémisphère , M'avez-vous donc abandonné?

Arrête , serviteur fidèle ,

Les pleurs qui coulent de tes yeux :

vanche , il fit mourir seulement quatre cents prêtres de Baal , qui n'avaient pas eu le secret de faire descendre le feu du ciel sur une victime offerte à leur dieu. Elie communiquait souvent avec Dieu , qui passait devant sa face comme un petit souffle. Avant d'être enlevé dans un char de feu , il signala encore le pouvoir qu'il tenait d'en haut. Ochosias , roi de Samarie , e'tant malade , envoya consulter Belzébut ,; Elie lui fit dire : Est-ce qu'il n'y a pas un Dieu dans Israël , que vous

consultez ainsi Belzébut j, le dieu d'^ccaron? J^ous ne relèverez pas

du lit où -vous êtes. Cette phrase et une foule de passages de la Bible ont fait penser que les Juifs croyaient que chaque peuple avait son dieu particulier, inférieur à celui d'Israël. Le roi , à qui on rapporta les paroles d'Elie, ordonna à un capitaine de cinquante soldats de l'amener en sa présence , le feu du ciel les dévora à la voix du prophète. Un autre capitaine et son escorte eurent le même sort. Un troisième , qui eut la prudence de se mettre à genoux devant Elie , revint sain et sauf de sa dangereuse mission. On devine aisément qu' Ochosias mourut. Le saint prophète laissa son manteau et sa puissance à son disciple Elisée, qui avait quitté la charrue pour devenir prophète et pour faire déchirer par des ours des enfans qui se moquaient de sa tête chauve. Ce fut là son premier miracle.

De son esprit et de son zèle Tu reçois les dons précieux.

Succède à ce ministre sage :

Mais, hélas ! que de jours d'orage Naîtront pour toi de cet honneur !

De ton maître l'illustre vie Fut sur le point d'être ravie Par les ennemis du Seigneur.

Grand Dieu ! ton équité répare Les outrages que tu permis.

Périsse la reine barbare , Qui fait la guerre à tes amis ; Dieu vengeur qu'elle persécute, Apprends aux hommes par sa chute A ne pas braver l'Eternel , Effrayés de son sort funeste , Ils diront : Voilà ce qui reste De l'orgueilleuse Jézabel '.

Loin de cette femme implacable , Jouissez d'un destin plus doux ; Prophète , le bras qui l'accable Prodigue ses bienfaits sur vous.

Conduit par de brillantes routes, Au dessus des célestes voûtes,

' Elic avait prédit la mort affreuse de celte reine impie : « Le seigneur a prononce' cet arrêt conlrc Jezahrl l«s rlii«'iis mangeront Je- 7,abel dans le champ de Jezxahel. »

Attendez le temps limité.

Pour nous alors , ange propice , Vous viendrez fléchir la justice Du souverain juge irrité.

Allusion.

Du Très-Haut sublime interprète ^ Vous n'avez point connu la mort :

Avec vous nul autre prophète N'a partagé cet heureux sort '.

L'instant qui nous donne la vie , Dans notre âme au corps asservie , De la mort imprime le sceau.

Tu n'as point connu nos ténèbres , O Vierge ! et les ombres funèbres N'ont point entouré ton berceau.

. L'érudition de Malfilàtre est ici en défaut. Enoch , père de Mathusalem , avait été , comme on sait , enlevé au ciel vers l'an 3o48 avant J -C. Quelques savans ont prétendu que Mo.se , après avoir converse sur le sommet du mont Hébo avec Dieu, qui lui montra la terre promise , alla tout vivant en paradis. Au reste, ces ascensions n étaient pas rares autrefois : Ganymède et Romulus ont partage le sort d Elie et des autres qui ont quitté la terre sans mourir. Que ne sommes-nous encore au temps des miracles?

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